LETTRE XL
A LA MÈRE DE BRESSAND
II se recommande înstammenl à ses prières et Ini demande ses pensées sur son intérieur dont II lui fait connaître l'état. II lui parle encore de la Régripiëre.
[26 mars 1639.]
Ma très chère fille, j'ai reçu votre dernier paquet par M"° de Feu, que j'ai eulebiende gouverner un peu (2). Elle m'a témoigné beaucoup de bonne volonté pour vous : elle est très vertueuse et bonne amie. Je ne manquerai d'aller la voir chez elle. Je ne fais pas les visites que je devrais; car, ma fille, je me tiens le plus que je puis à couvert, pour jouir de l'avantage que Dieu, ce bon Dieu, me donne.
Très chère fille, vous savez combien j'ai besoin de prières ! Hélas ! vous ne le savez pas encore comme il est; car, à vous dire comme je le pense et je le dois,* la voie de dépendance de Dieu demande tant de fidélité et tant d'attention, mais encore plus de dépouillement et de détachement de toutes choses, même les
(1) Sur l'autographe.
(2) La mère de Chaugy fait le plus grand éloge de celle dame. « C'était, dit-elle, en se conformant pour la qualification à l'usage du temps, une demoiselle si pleine de piété qu'on l'estimait une seconde M™' Acarie. » Elle eut deux filles à la Visitation de Moulins. La plus jeune, Claire-Geneviève, mourut de très bonne heure; l'aînée, Marie-Charlotte dont il est question dans la lettre XXXI®, accompagna la mère de Bressand à la fondation de Nantes, ce qui permit à M. Olier de la connaître. En 1646, elle fut envoyée à la Flèche où la maison de Nantes forma une colonie. (Archiv. de la Visit. de Nantes. {Année sainte, IX, 791.)
plus saintes, qu'en vérité, en vérité, il faut être bien secouru , n'ayant point ces avantages (1) ! ,
Ma très chère fille, demandez fidélité, dépouillement, indifférence pour ce pauvre chétif Père, qui est, autant que vous le pouvez désirer, tout vôtre, et qui est bien étonné de ce que vous lui mandez que vous n'avez reçu qu'une des nôtres : celle-ci est la quatrième; je vous conjure de m' excuser, si je ne le fais si souvent que je le dois; car, en vérité , je n'ai écrit encore nulle part qu'à Nantes et à la Régripière. Adieu.
Vous avez bien lâché trop tôt la parole, mais les enfants du monde sont plus prudents que les enfants de Dieu. Je vous avais bien dit que le moins serait 8,000 livres (2).
J'ai fait réponse à notre sœur Charlotte, comme je l'ai dit à mademoiselle sa mère.
Vous ferez mes baise-mains à toute votre chère communauté et à la révérende Mère, à laquelle je ne souhaite de santé que pour souffrir davantage par elle-même en Jésus-Christ Notre-Seigneur.
(1) M. Olier, en parlant de la maladie qu'il avait faite en Bretagne, disait qu'elle avait été pour lui la préparation à de nouvelles grâces. Déjà depuis quelques années il vivait dans une grande dépendance de Dieu, mais en ce moment il se trouvait plus fortement et plus habituellement attiré à ne rien faire que dans cette disposition, qui demandait de lui un complet dégagement des créatures. De là les instances qu'il fait pour être aidé en ses besoins spirituels par les prières de la mère de Bressand.
(2) Il s'agit vraisemblablement d'une fondation dont la mère de Bressand avait à s'occuper. L'auteur de sa Vie (p. 28) dit qu'elle prit part à plusieurs de ces établissements faits en Bretagne et qu'elle y donna des preuves de son zèle et de son désintéressement. Elle venait tout récemment de travailler à la translation du couvent établi par ses soins au Croislc, en 1632, et qui n'y pouvait subsister. Grâces à ses démarches et à son influence, la ville de Vannes, en 1638, avait bien accueilli la nouvelle communauté. Il est assez vraisemblable que c'est à son sujet et relativement à son complet établissement que M. Olier fait la réflexion qui a donné lieu à cette note.
Depuis la présente écrite, j'ai reçu votre dernière, accompagnée de celle de notre Mère; pour réponse à la vôtre, je vous conjure, au nom de Dieu, et autant que je le puis faire, de me vouloir mander vos pensées touchant mon intérieur, étant vrai que rien ne me profite davantage; et voudrais être auprès de vous pour avoir le moyen de recevoir plus souvent cet avantage. Ne me refusez cette grâce, au nom de notre unique amour Jésus.
Pour Itf^^de Clisson, je lui écris ce que vous désirez. Elle m'écrit assez nettement ses peines : je suis marri qu'elle n'en fasse de même à votre égard. Notre-Seigneur finira cet ouvrage par vos mains, s'il lui plaît. Je n'ai point reçu, avec les vôtres, la lettre de M™^ de Vauldray, qui me devait apprendre des nouvelles de notre chère demoiselle. Il me semble que notre sœur de Vauldray reprend pour moi sa première simplicité ; mandez-moi ce qu'elle fait à votre égard. Le Père général m'a ordonné d'en reprendre le soin, quoique je l'eusse destinée au R. P. Chauveau, crainte de la brouiller, comme elle avait déjà fait, et qu'elle m'en fait de si continuelles instances, jointes aux soins et applications que Dieu me donne pour son âme, qui ne sont point petits. Je pense à la fin que vous aurez dit vrai, disant que j'en dois répondre à Dieu, ce qui me sera aisé, si elle continue, aussi bien que vous, taa pauvre fille.
Je n'ai point ouï parler de changement de condition; ce n'est pas la pensée de notre Père général, et encore moins la mienne, quoi que l'on en dise çà et là : car il y en a qui le souhaitent assez (1).
(1) Il s'agit du projet de nomination de M. Olier à la coadjutorerie
Je ne bouge de cette ville, continuant mon petit travail, pour lequel je demande vos prières, afin qu'il soit tout pour Dieu.
Je ne serai plus paresseux pour vous envoyer nos lettres. Je vous conjure encore de vouloir bien me mander au long, en personne tierce, comme vous le savez, ce que vous pensez m'être utile; vous êtes ma petite Mère, vous le devez, je suis votre petit enfant et je l'attends : je suis aussi votre Père et vous le commande. Vous le voulez bien ainsi : car ne dois-je pas Lie servir -de tous les titres qui ont pouvoir pour obtenir ce que j'ai de besoin pour la gloire de Dieu, en l'amour duquel je suis et serai à jamais, ma très chère Mère,
Tout vôtre,
Olier.
■* A Paris, ce lendemain de Notre-Dame.
J'écrirai à notre Mère par le premier ordinaire.
Si je vous ai parlé d'argent, c'est que M. Coquin m'a dit avoir appris de quelqu'une de vous que vous en aviez besoin. Je conjure m'envoyer le mémoire au plus tôt.
de Châlons, projet réalisé trois mois plus tard et dont on pouvait parler assez longtemps d'avance, Henri Glausse de Marchaumont ne faisant probablement pas secret de la demande qu'il faisait d'un coadjuteur et du nom de celui qu'il désignait pour cette place.
LETTRE XLI(l).
A LA SOEUR DE VAULDRAY
n prend en main sa direction et Inl trace la règle de conduite qu'elle doit suivre dans les circonstances où elle se trouve.
[Paris, vers le 26 mars 1639 (3).]
Ma 1res chère fille ,
Je m'étonne de l'instance que vous me faites pour vous conduire, étant si peu capable de le faire; et de ce que vous préférez ma misère aux avantages que vous auriez trouvés en la personne que je vous proposais. Mais quoi ? je le veux bien, puisque vous le voulez, et que celui par qui Notre-Seigneur me fait connaître ses volontés, ayant égard à vos instances que je lui ai représentées, et à la crainte de vous brouiller, m'a dit de continuer, et de vous rendre tous les services que vous désireriez de moi. Ordonnez donc, et servez- vous de celui que le ciel vous redonne, et qui continue d'être toujours tout à vous en notre Tout amour.
Je vous demande particulièrement une grande simplicité envers nous, et surtout envers Notre-Seigneur, n'ayant en toutjqu'un simple et seul regard de Dieu, sans mélange d'aucun autre motif, et ne souffrant point que votre âme, que Jésus a achetée pour l'employer à la gloire de son Père, s'amuse et s'arrête jamais à ce qui n'est pas de lui.
(1) C'est la XXin* des imprimées.
(2) Elle est certainement adressée à celle religieuse dont le P. de Condren avait voulu, ainsi qu'il est dit dans la lettre précédente, que M. Olier reprît la direction.
(3) Cette date approximative est donnée par la lettre XL".
Pour ce que vous me dites, que vous ne faites point d'actes intérieurs, à moins d'y être bien attirée, jusqu'à ne vous en pouvoir défendre, il y a quelque chose à dire là-dessus. Car si c'est que vous attendiez le sentiment pour agir, et que vous vous teniez en cette dépendance du sensible, au lieu de vous tenir seulement dépendante de la foi qui vous présente Dieu partout, Jésus en tant d'endroits, et sa divinité inséparable de vous-même, cela ne serait pas bien; et ce serait une paresse spirituelle. Mais si vous trouvez par réflexion sur vous-même, que votre cœur et votre volonté se portent ordinairement à Dieu, quoique vous ne puissiez pas si facilement en remarquer les actes formels, cela n'est pas mauvais; au contraire, je serais pour cette disposition. Car il y a deux sortes d'opérations en nous. Les unes que nous pouvons discerner et remarquer; les autres que nous ne pouvons pas : et les dernières ordinairement sont les meilleures, parce qu'elles tiennent l'âme dans une plus grande simplicité, et unissent plus intimement l'esprit à Dieu que les autres. Mais aussi on y prend aisément le change; et l'âme, si elle n'y prend garde, tombe souvent dans l'oisiveté, au lieu d'être dans l'exercice continuel de son amour. Et même ces opérations ne se donnent pas ordinairement aux commençants. Il faut avoir pratiqué longtemps l'amour avant que de s'y fier. Néanmoins Dieu est le maître de ses dons : il n'a ni temps ni heure : il offre les choses diversement, et comme il lui plaît. Aux uns il les donne plus tôt, aux autres plus tard; et pourvu qu'il trouve fidélité, il ne s'en soucie pas.
Il faut que vous vous tentiez vous-même, et que vous examiniez si vous vous plaisez dans les bas em-
plois, dans les moindres exercices qui sont si sortables à votre état de pauvre pénitente. C'en est surtout le temps maintenant que le Fils de Dieu converse avec les bêtes, et se laisse approcher des démons (1). Exercezvous à cette vie cachée et intérieure. Aimez le silence, et parlez peu si ce n'est par œuvre, ne cherchant en tout qu'à plaire à Dieu, qui découvre ce qu'il veut, et qui cache ce qu'il lui plaît.
Donnez-vous foute à lui, afin qu'il fasse de vous et en vous ce qu'il voudra, surtout afin qu'il vous donne le feu de son saint amour. Il ne faut rien vouloir, ni désirer pour vous. Il ne faut même vous purifier que pour plaire à Dieu, et être parfaite devant ses yeux.
Je suis bien consolé de la communion que vous avez faite : je souhaiterais beaucoup que vous en eussiez l'ouverture. Je vous demande une dévotion toute particulière pour ce mystère, qui comprend et nous donne tous les autres. J'ai des obligations très pressantes de le faire honorer : vous en saurez un jour davantage. Je vous conjure d'y contribuer de votre part, et que je commence par vous : et puisque Dieu veut si expressément que je sois vôtî e par mes petits services, soyez aussi nôtre par ces petits devoirs que je vous demande pour ce tout aimable sacrement, qui vous donne votre Époux, qui le fait être vôtre, et qui vous fait être une même chose avec lui. ma chère fille, quel trésor ! Celui qui fait les bienheureux descend en vous : que ne devez-vous pas être en jouissant de ce Tout ? Les bienheureux en le possédant ne désirent que de le posséder : comment donc voudriezvous soufirir en vous d'autres désirs? Comment votre
(1) Allusion au temps de carême où l'on se trouvait, lequel rappelle et honore les quarante jours que Notre-Seigneur passa dans le désert.
cœur peut-il être séparé de ce tabernacle où il habite et où il demeure, en attendant que voujs le receviez, et que vous le délivriez de cette prison où son amour le met pour entrer dans votre âme ? Soyez-en inséparable de cœur, si vous ne le pouvez être de présence réelle. ' Soyez à lui sans réserve, et donnez-vous-y le plus souvent que vous pourrez. Notre-Seigneur continue de vous attirer aux mystères de sa passion et de sa mort; et l'institution de ce saint sacrement est en partie pour vous représenter ces mystères. Car qu'y a-t-il de plus puissant pour vous les remettre devant les yeux, que de vous faire voir un corps, qui par la seule puissance des paroles est séparé de son sang; un corps qui est sans sentiment, sans parole, sans vue et sans l'usage du moindre de ses sens ? Et c'est ce que fait cet adorable sacrement, qui vous rapporte votre époux en personne, lequel ayant été crucifié une fois pour tous les hommes, se sacrifie encore pour vous sur les autels. Accoutumez-vous à faire toutes vos actions en union à Jésus-Christ; car tout hors de lui et de ses mérites n'est rien. Et pour cela habituez-vous à reconnaître que vous n'êtes rien, que vous ne méritez rien, que vous n'êtes que péché, indigne par vous-même de pouvoir plaire à Dieu en aucune de vos actions; que vous ne pouvez être recevable devant ses yeux que comme revêtue de cet aimable Sauveur dont vous avez été rendue par le baptême membre vivant, et animée de ce divin esprit, qui conduit et gouverne tout le corps de l'Église, dont vous êtes ime partie; et que c'est ainsi que vous devez vous présenter à Dieu pour être supportable devant Sa Majesté.
Surtout quand vous vous présentez en l'oraison, conjurez-le de vous regarder comme sa fille, comme
membre et supplément de son Fils, des mérites duquel vous êtes en cette qualité revêtue. Donnez-vous-y aussi à l'esprit de l'Église, qui seul sait comme il faut prier, ce que vous ignorez, afin qu'il vous conduise, et qu'aidant votre infirmité, il vous fasse prier. Cet esprit de l'Église est l'esprit de Jésus-Christ, qui est le même dans les membres et dans le chef. C'est le Saint-Esprit même que Dieu a donné à ses fidèles, pour les conduire dans la prière et dans toutes leurs œuvres, comme étant le principe de toute sainteté, sans lequel ils ne sauraient rien faire qui puisse plaire à Dieu. Il faut donc tout faire en la personne de Notre- Seigneur, comme ses membres, comme lui étant unis, comme ne faisant qu'un tout avec lui, comme étant revêtus de lui-même. Il faut même se donner à lui, pour faire tout par son esprit et par sa vertu sainte. Ainsi quand vous boirez, quand vous mangerez, quand vous dormirez, aussi bien que quand vous prierez, ou que vous ferez quelque autre chose, faites-le toujours de la sorte, agissant dans les maximes, dans les dispositions, dans les vertus et dans l'esprit même de Notre-Seigneur. Car c'est là ce qu'on appelle agir chrétiennement.
Je vous dirai encore, outre ce que je vous mandai il y a quelques jours (1), d'observer extérieurement, que vous devez savoir pour votre consolation intérieure, que les commençants sont obligés d'être beaucoup sur leurs gardes touchant tous les sujets qui les ont pu blesser sur le passé. C'est ce que vous éviterez soigneusement en vous abandonnant à Notre-Seigneur, pour ne point mettre d'obstacle à ses desseins et à ses
(1) C'est probablement de la XXXIV^ lettre que parle ici M. Olier.
ordres sur vous. Jésus-Christ est fidèle à ses promesses. C'est lui qui est le père et le tuteur des orphelins, et lorsqu'ils s'abandonnent à lui, il veut les garantir, et en être le protecteur par l'opération de sa grâce. Ainsi soyez assurée qu'il vous protégera en sa sainteté, ' si de votre part vous vous tenez toujours unie intimement à lui en Marie. Il vous protégera particulièrement contre ceux qui pourraient servir d'empêchement à la sainteté des voies qu'il veut tenir sur vous. Soyez pour cela dans une retraite intime avec votre Tout, qui vous veut être toutes choses. Il ne peut souffrir que rien aborde de vous, que lui tout seul. Voyez avec quelle douceur il veut se rendre victorieux de votre âme. Soyez toujours honteuse de vos résistances et confuse de vos faiblesses. Anéantissez-vous en elles, et faites profit de tout, pour mériter l'unique amour de votre Tout. Adieu, ma fille, les affaires du Maître m'appellent. Si je reviens à temps , je continuerai de vous écrire.
J'oubliais à vous mander, pour vous donner toujours matière d'humiliation, qui est une chose si chère à l'âme fidèle, que vous devez travailler à vivre incessamment dans la méfiance de vous-même. Car ce que nous croyons éteint en nous est souvent très vivant et caché sous la cendre. Il ne faut jamais se fier à cette maligne bête, qui fait semblant de dormir pour nous mordre. L'éloignement de soi-même, en attirant à soi le Fils de Dieu, pour être à l'âme toutes choses, et en se retirant toujours de tout en Jésus-Christ notre prince et notre roi, est d'une merveilleuse sûreté. Un seul est nécessaire, nous dit ce divin Sauveur en la personne de sainte Madeleine. Réjouissez- vous de ce qu'il accomplit pour vous cette
parole, et de ce qu'il vous donne matière de faire un des sacrifices de la très sainte Vierge en sa divine purification, où elle faisait profession de vouloir être morte dans l'esprit et dans l'affection de toute créature, et de se contenter de Jésus-Christ, qui sait bien fournir par lui-même les choses qui sont utiles et nécessaires à notre maintien.
Pour ce qu'on n'approuve pas que vous demandiez quelquefois à Jésus la raison de vos angoisses, je vous dirai que si vous le faites par curiosité, pour votre soulagement, ou bien par quelque sorte de soulèvement et de murmure contre l'ordre de Dieu, cela serait contraire à l'humilité, à la soumission, et à la parfaite charité qui doit régner dans l'âme, et qui doit faire de la volonté de Dieu une même chose avec la nôtre ; et de la sorte on aurait raison de ne pas l'approuver.
Mais si vous faites simplement cela devant Dieu, pour lui ouvrir votre cœur, pour lui découvrir votre intérieur, pour épancher votre âme devant lui, comme dit l'Écriture sainte, parlant d'une âme qui traite avec lui en confiance, pour ne plus penser qu'à ce qui le regarde, la pratique en serait sainte, puisque l'Apôtre même la conseille, et que cela est commun parmi les épouses de Jésus-Christ, comme nous l'apprenons dans leurs vies.
Au reste qu'aucun jour ne se passe que vous ne fassiez quelque mortification de corps ou d'esprit, soit en étouffant des pensées inutiles, soit en retranchant quelques paroles superflues, soit en vous séparant, ou tout à fait ou du moins pour un temps, de quelque conversation naturelle , soit en retenant votre vue et la retirant des objets inutiles, soit en vous privant à table
de quelque morceau qui serait à votre goût. Encore faites en sorte que tous les jours vous gagniez sur vous quelque chose, et remportiez quelque victoire sur votre chair. Voyez ce que le salut et la gloire ont coûté à Jésus, votre époux : c'est ce qu'il doit coûter à ses élus qui lui doivent être conformes.
Enfin ne quittez jamais votre oraison pour les tentations qui vous y arrivent, mais demeurez ferme aux pieds de Jésus-Christ, qui souffre ces misères en vous pour votre humiliation, relevant votre esprit en Dieu, et renonçant à tout ce qui lui déplaît. Ce qui se passe en nous et en notre sentiment contre le gré de notre volonté ne déplaît point à Dieu, au contraire c'est une matière de victoire , pourvu que par nos pensées et par nos entretiens volontaires nous n'y ayons point donné sujet. Et même quand il y aurait eu de notre faute, après en avoir demandé pardon à Dieu, souffrons ce qui se passe en nous, et prenons des pensées de Dieu qui nous occupent aisément, et qui rappellent notre esprit.