‹ Lettres de M. OlierChapitre 1 sur 226 · SUR CETTE NOUVELLE ÉDITION · texte numérisé non relu

SUR CETTE NOUVELLE ÉDITION

Lorsque M. Tronson, en 1672, publia les lettres spirituelles de M. Olier, il ne fit pas entrer dans son recueil toutes celles dont il possédait les autographes, et même il donna rarement en entier celles qu’il jugea à propos d’y placer. Le but de sa publication étant uniquement, ainsi qu’il le disait dans la préface, de donner un abrégé des dispositions et des maximes de M. Olier , tout fut subordonné à ce but.

C’est ce qui porta le pieux éditeur à unir ensemble des lettres, ou parties de lettres, écrites en différents temps, et quelquefois à des personnes différentes, mais qui avaient de l’analogie et, par leur réunion, pouvaient former un enseignement plus complet, sur certains points de la vie spirituelle.

De plus, comme la date encore récente de ces lettres aurait pu faire découvrir les personnes à qui M. Olier écrivait ou dont il parlait, M. Tronson , pour éviter cet inconvénient, eut soin de supprimer les adresses, les détails d’affaires et tout ce qui n’allait pas directement à l’édification du lecteur. Grâce à ces précautions , il réussit à leur donner, si l’on peut parler ainsi, ce caractère impersonnel qu’elles ont conservé jusqu’à ce jour.

Les inconvénients que craignait l’éditeur de 1672 n’existant pas aujourd’hui, il a semblé que la publication intégrale des lettres de M. Olier ne serait pas sans utilité pour l’édification du clergé et des personnes pieuses, peut-être même, en quelques points, pour l’intérêt de l’histoire.

Il AVERTISSEMENT.

C’est ce qui nous a porté à entreprendre cette nouvelle édition, pour laquelle nous avons eu recours aux autographes et aux anciennes copies des lettres de M. Olier, que le séminaire de Saint-Sulpice possède et conserve précieusement.

La première édition, que les éditions subséquentes (1) n’ont fait que reproduire, renferme deux cent cinquante lettres. Les autographes nous ont permis d’en porter le nombre à quatre cent trente-trois, et de rétablir, en outre, le texte primitif de plusieurs de celles que M. Tronson n’avait publiées qu’incomplètement.

A ces premières améliorations, dont l’importance n’échappera à personne, s’en joignent quelques autres qui étaient vivement désirées aussi par un grand nombre de lecteurs.

1° On trouve dans cette nouvelle édition, pour le plus grand nombre des lettres, le nom des personnes à qui elles furent écrites, et la date, au moins approximative, de leur envoi.

2° Par des notes placées au bas des pages, on s’est efforcé de jeter du jour sur les passages difficiles à comprendre, et pour cela on a indiqué ordinairement les circonstances dans lesquelles M. Olier écrivait, les faits particuliers qui donnèrent lieu à sa lettre et ceux dont il eut occasion de parler.

On n’a pas omis non plus, toutes les fois qu’on l’a pu et que cela a paru utile, de donner des détails biographiques sur les personnes à qui les lettres sont adressées, ou dont il est fait mention.

Cependant, il n’a pas semblé à propos d’étendre les

(1) Il a été donné dans ce siècle au moins trois éditions des Lettres spirituelles de M. Olier. La première, en deux volumes in-12, fut publiée à Paris en 1831, par M. Gaumc. Il en parut une deuxième à Nantes en 1851, par les soins de M. Boiteux, prêtre de Saint-Sulpice. Elle forme 2 volumes in-32. MM. Poussielgue frères l’ont reproduite et l’ont fait entrer dans leur collection des opuscules de M. Olier.

AVERTISSEMENT

notes explicatives aux locutions et constructions de phrase qui ne sont plus usitées aujourd’hui : c’eût été beaucoup trop les multiplier. On rencontre les mêmes irrégularités apparentes dans tous les écrivains de ce temps, ce qui n’empêche pas qu’on ne les lise avec intérêt.

Il est vrai que M. Tronson jugea convenable, dans la première publication des lettres de M. Olier, d’en faire disparaître les mots vieillis et les tournures surannées : en cela il se conformait au goût de son temps; mais aujourd’hui que l’attention se porte vers l’étude de notre langue, à ses différentes époques, on nous pardonnerait difficilement d’avoir rajeuni le style de M. Olier, et préféré aux autographes le texte plus ou moins remanié des lettres imprimées.

Mais autant il a paru convenable de respecter le style de l’auteur, autant il a semblé superflu et même préjudiciable d’en conserver l’orthographe. A l’exemple du récent éditeur des Lettres de saint Vincent de Paul, nous avons donc employé l’orthographe moderne, qui facilitera toujours la lecture, et quelquefois aussi l’intelligence de ces lettres.

On a cru enfin qu’il serait agréable aux lecteurs qui ne possédaient pas la Vie deM. Olier, d’en trouver un abrégé en tête des lettres, et la préférence a été donnée à celui que rédigea M. Leschassier, quatrième supérieur du séminaire de Saint-Sulpice et que le P. Giry, provincial des Minimes, fît entrer dans la Vie des saints. Nous le reproduisons textuellement en mettant en note quelques observations qu’il a paru à propos de faire.

Pour faciliter les recherches, nous donnons à la fin du second volume une table générale renfermant, par ordre alphabétique, le nom de toutes les personnes mentionnées dans l’ouvrage et l’indication des principaux sujets de spiritualité qui y sont traités.

Quant au fond de la doctrine spirituelle contenue dans les lettres de M. Olier, la préface de l’édition de 1675,

AVERTISSEMENT

qui est reproduite ici et que l’on doit à M. Tronson, mettra d’avance le lecteur en état d’en apprécier le mérite. Il y verra le jugement qu’en portait cet homme si judicieux et si versé dans les matières de spiritualité, cet homme dont Bossuet et Fénelon prenaient volontiers les conseils et qui, dans les conférences d’Issy sur les états d'oraison, eut une part importante à la rédaction des trente-quatre articles qui y furent arrêtés et signés.

Et toutefois, à l’approbation d’un juge si compétent et que corroborerait au besoin celle du docteur Grandin, qui, en qualité de censeur, examina les Lettres spirituelles avant leur impression, se joint l’approbation de Bossuet lui-même. Dans l’un de ses principaux écrits sur le quiétisme, après avoir invoqué le témoignage des auteurs mystiques les plus autorisés, sainte Térèse, saint Jean de la Croix, saint François de Sales, Gerson , etc., il ne fait pas difficulté, sur un des points les plus élevés de la vie spirituelle, la suspension des puissances de l’âme dans l’oraison, d’apporter l’autorité de M. Olier, et, après en avoir faille plus bel éloge (J), de citer jusqu’à six passages de ses lettres sur ce sujet (2).

Ailleurs, cet homme si en garde contre toute mysticité de mauvais aloi, range M. Olier parmi les bons auteurs spirituels et dit à la sœur Cornuau « qu’elle n’avait qu’à suivre en confiance l’attrait qu’elle éprouvait pour la lecture de ses écrits (3) ».

De telles autorités sont plus que suffisantes pour dissiper toute crainte au sujet de la doctrine contenue dans ces lettres et faire lire avec respect les passages où M. Olier, parlant à des âmes très élevées, a dû employer un lan-

(1) Audi virum præstantissimum ac sanctitatis odore llorentem Olcrium. ( Mystici in tuto , cap. XXX, n° 99.)

(2) Ces passages sont tirés des lettres CXVIIP, CXXI1P etCLVII de la première édition, qui sont la CCCLVP, la CCCLVIP et la CXVIIP de la nouvelle.

(3) Lettres de piété et de direction, lettre XCVIIP, à la sœur Cornuau.

AVERTISSEMENT

gage qu’ont de la peine à comprendre ceux qui ne sont pas encore arrivés à ces états.

Il ne faut pas non plus lire avec défiance, ou une sorte de défaveur, les nombreuses lettres que le serviteur de Dieu adressa à Mme Anne Campet de Saujon, sa paroissienne et l’une de ses tilles spirituelles les plus estimées et les plus soigneusement cultivées. Quoique, par un changement déplorable et bien surprenant, cette dame ait démenti, après la mort de M. Olier, les belles espérances que sa vertu et ses progrès dans la perfection avaient fait concevoir à ce sage directeur, les lettres, les conseils et les encouragements qu’il lui adressa, n’ont pas cessé pour cela d’être très propres à instruire, édifier et consoler; de même que les lettres écrites par saint François de Sales et sainte Chantal, à la mère Angélique Arnaud, dans le temps de la première ferveur de cette religieuse, n’ont rien perdu de leur parfum, quoique cette trop célèbre abbesse soit devenue, plus tard, janséniste obstinée et le plus ferme appui de Port-Royal.

PRÉFACE

de l’édition de 1672, par m. tronson.

L’accueil favorable que tout le monde a fait aux premiers livres de feu M. l’abbé Olier d heureuse mémoire, et les désirs pressants qu’un chacun témoigne de voir ce qui reste à mettre au jour des ouvrages de ce grand homme, m’ont persuadé de ne pas refuser plus longtemps au public une satisfaction si légitime ; et, en attendant que l’on mette en lumière ce qu’il a écrit sur différents sujets, de ramasser plusieurs de ses lettres spirituelles, dans lesquelles on trouverait un abrégé de ses dispositions et de ses maximes.

Ceux qui ont été assez heureux pour converser familièrement avec cet homme de Dieu, pendant qu’il était sur la terre, seront hien aises de voir dans ce petit recueil, une partie des saintes vérités qu’ils lui ont entendu débiter autrefois, avec tant de grâce et d’onction ; et ceux qui n’ont jamais eu le bonheur de le voir, auront au moins la consolation de l’entendre ici parler sur toutes sortes de matières, et d’y contempler un portrait fidèle de la beauté de son esprit* et de ses éminentes vertus.

En effet , on peut dire que, sans y penser, il s’est dé-

PREFACE

peint lui-même en cet ouvrage avec tout l’éclat et le succès qu’on eût pu désirer, et que la charité qu’il avait pour le prochain ayant trahi les sentiments de son humilité, nous a laissé dans ses lettres une vive expression de son intérieur, et des perfections qu’il y tenait cachées; en sorte qu’on peut justement lui appliquer ce que Godefroy, religieux de Clairvaux, dans la "Vie qu’il a faite de saint Bernard, a dit à l’avantage de ce grand saint, que l’on voyait dans ses écrits, et son portrait et sa couronne ; puisqu’on y trouvait et la matière de son panégyrique, et l’image achevée de ses vertus. Itasuam videtur expressisse imaginem, et exhibuisse spéculum, quoddam sui, ut illud Ambrosianum merito illi videa tur aptari : laude sua ipse se sonet , et laureatus spiritus scriptis cor onetur suis (i).

Je puis dire le même de l’auteur de ces lettres. Quand il n’aurait pas fait d’autres ouvragés , elles seules seraient capables de faire très avantageusement son éloge, et de nous mettre devant les yeux un tableau parfait de ces belles qualités de la nature et de la grâce, qui lui ont attiré l’estime de tout le monde.

Car, sans parler de l’éminence de son génie, et de cette beauté d’esprit naturelle qui lui a fait traiter si délicatement et si à fond les matières les plus sublimes, l’éclat de ses rares vertus paraît d’une manière si noble et si élevée dans chaque page de ce volume, qu’on peut

(1) Cap. au.

PRÉFACE

assurer sans crainte, que lui seul était capable de nous les exprimer avec toute la grâce et la beauté qu’elles méritent; et qu’il est en cela semblable au soleil, à qui il ne faut point d’autres traits pour se représenter que ses rayons, et qui ne peut jamais être mieux dépeint que par sa lumière.

C’est assurément le jugement qu’en formeront toutes les personnes non passionnées, qui s’appliqueront à la lecture de ces lettres avec le même esprit avec lequel elles ont été écrites. Je ne doute point qu’en y voyant tant de merveilles, et y découvrant tantde trésors, elles n’aient pour l’auteur une estime et une vénération toute particulière, et qu’elles ne jugent avantageusement des richesses et de la fécondité de la source, par de si beaux et de si nobles écoulements.

C’est une chose tout à fait rare, au sentiment de saint Bernard (i), qu’un homme ignore sa vertu quand elle est connue de tout le monde; qu’il fasse de grandes actions, et qu’il soit très petit devant ses yeux; qu’il soit regardé comme une personne admirable, et qu’il se traite comme le plus misérable de tous les hommes; et que, se voyant tout plein des dons de Dieu et de l’estime du monde, il soit néanmoins si fidèle que de ne recevoir aucune vaine complaisance pour toutes les louanges qu’on lui donne, et que de renvoyer au ciel la gloire de tous ses biens.

(1) Serra. 13, in cantic.

PRÉFACE

Ce sentiment, si peu commun parmi les hommes, a etc la disposition ordinaire de M.Olier ; et bien qu’il ne pût pas ignorer les bénédictions très abondantes que Dieu versait sur ses travaux; bien qu’il sévit favorisé de plusieurs grâces extraordinaires et qu’il possédât les vertus dans un degré très sublime, il n’y avait rien néanmoins de plus humble que lui ; et on verra partout en ses écrits qu’il se regardait comme le plus inutile, le plus infidèle, et le plus grand pécheur qui fût au monde.

Sa charité n’a pas été moindre que son humilité. Elle lui faisait chercher continuellement de nouveaux moyens et de nouvelles inventions pour procurer partout le bien des âmes et l’avancement de la gloire du Fils de Dieu : et comme tout ce qu’il faisait n’était pas capable de satisfaire à l’ardeur de son zèle et de remplir toute l’étendue de ses désirs, elle l’a porté plusieurs fois à s’offrir pour aller prêcher la foi jusques à la Chine et jusques au Tonquin; ce qu’il aurait exécuté, sans doute, s’il n’avait été retenu par l’autorité de ceux qui avaient charge de sa conduite. La France était trop petite pour cet homme apostolique ; sa charité s’étendait jusqu’au bout du monde, et jusqu’aux dernières extrémités de l’univers, et renfermait dans son sein non seulement quelques villes et quelques provinces particulières, mais aussi tous les royaumes et toutes les nations de la terre. De sorte qu’on pouvait dire de cet admirable serviteur de Dieu, ce que saint

PRÉFACE

Chrysostome a dit du grand Apôtre, que son cœur était comme le cœur de tout le monde : Si quistotius orbis cor clixerit , certe non err cirer it (i).

Comme la charité, qui est l’achèvement et le comble de la plus haute sainteté, ne va jamais seule, et qu’elle porte toujours avec elle les richesses et les trésors de Dieu, il n’y aura pas lieu de s’étonner si M. Olier ayant été si excellent en la pratique de cette vertu , a possédé ensuite toutes les autres en une manière très sublime , et s’il nous en a découvert les beautés dans tout le corps de cet ouvrage avec tant d’éclat et de lumière.

On y verra un homme qui fait ce qu’il dit ; qui enseigne la patience dans les adversités et dans les maladies, et qui n’a point d’autre joie sur la terre ni d’autres délices cpie d’y souffrir; qui conseille à tous ceux qui s’adressent à lui la pratique de l’oraison, et qui en est si amoureux que d’y passer souvent les nuits entières, après avoir travaillé tout le jour pour le bien de son peuple ; qui ne parle que de détachement, que de séparation, que de mépris qu’on doit avoir pour le monde, et qui ne pouvait l’envisager qu’avec horreur, foulant aux pieds, avec une générosité non pareille, l’éclat et les richesses des dignités les plus recherchées qui lui ont été offertes plusieurs fois.

On admirera son zèle incomparable pour la sancti-

(1) Hom. 32, iu cap. xvi Epist. ad Rom.

PRÉFACE

fîcation clés chrétiens , pour la perfection des âmes religieuses, pour la réforme du clergé; et sa prudence extraordinaire pour discerner les voies de Notre-Seigneur sur les personnes dont il avait la direction, et pour régler sa conduite selon les différentes impressions de grâce, que le Saint-Esprit lui faisait remarquer en elles.

On s’étonnera de l’adresse merveilleuse qu’il avait à réunir les esprits les plus divisés, et de ce courage invincible qui le rendait ferme comme un rocher pour soutenir les persécutions qui lui étaient si souvent suscitées, pendant que sa douceur charmante lui faisait gagner les cœurs de tout le monde : Percutïentibus ndamas efficitur; dissidentibus magnes (i).

On trouvera enfin dans ce grand serviteur de Dieu l’image d’un homme achevé, qui, renfermant en soi la grâce de toutes les conditions, nous a fait voir en sa seule personne un chrétien consommé, un ecclésiastique parfait, un directeur fidèle, un saint pasteur ; en un mot, une vive représentation deNotrc-Seigneur Jésus-Christ, et une illustre copie de ses plus éclatantes vertus.

(1) Greg. Naz., orat. 21.

Page 1