‹ Lettres de M. OlierChapitre 73 sur 226 · LETTRE XLV · texte numérisé non relu

LETTRE XLV

A LA MÈRE DE BRESSAND

Il l’encourage à combattre généreusement sans rechercher dans le combat aucun soulagement ni en soi ni en autrui.

[20 avril 1639 (2).]

Qui a Jésus a tout.

Ma très chère fille,

J écris à notre chère demoiselle (3), de laquelle j’étais en peine et ne savais de quel style lui écrire, si bien que sa dernière m’a tout à fait consolé et lui en rends témoignage; mais, ma très chère fille, que dirons-nous de la vôtre dernière ? Elle me fait voir encore votre disposition altérée, ce que vous devriez, s’il se pouvait, un peu surmonter ou adoucir; car, ma très chère fille, quoique ce soit un exercice de Dieu, ce n’est pas pour y céder. Il veut qu’on lutte contre luimême, comme un autre Jacob, et quelque coup qu’il vous donne, quelque touche qui puisse être, il faut toujours vous tenir liée, serrée, pressée à lui, sans donner la liberté à votre esprit de regarder et examiner votre plaie, ni même en rendre les témoignages. Ce n’est qu’ainsi, ma très chère fille et Mère, qu’on i emporte la victoire. Il faut combattre généreusement,

(1) Sur l’autographe.

(2) M. Olier écrivait le mercredi saint qui, cette année 1639, tombait le 20 avril.

(3) M“e de Clisson , selon toutes les apparences. (Voir la lettre XL1II® et 1 & post-scriptum de celle-ci.)

rendant Dieu seul témoin de nos combats, et n’y rechercher aucun soulagement ni en nous ni en autrui, ne l’attendant que de celui qui est l’auteur de votre peine, et le sera, quand il voudra, de votre soulagement. Il mortifie, il vivifie, il mène aux enfers et en retire les âmes, et lui seul le peut faire : d’où vient que souvent nous augmentons nos maux, y cherchant imperceptiblement quelques soulagements ailleurs, et quoique en apparence on s’allège, dans le fond on rengrège son mal, qui ne peut être soulagé que par la main toute-puissante qui le presse au plus intime de sa substance, lieu qui n’est jamais pénétré de la créature. C’est ce mercredi saint qui me fait parler de la sorte, en vous conjurant de souffrir ma liberté, qui part du zèle que j’ai de votre perfection, à laquelle vous voulez que je contribue en la manière que je le pense, ce que vous ne devriez souhaiter, n’étant que misère et abjection devant Dieu et ses anges.

Olier.

J’écrirai encore par le premier ordinaire à notre très chère fille de Clisson. Nos recommandations à M. de la... (1), sans oublier notre chère Mère et toute la communauté et la pauvre sœur de Clisson ; et si la chose... (la fin manque).

(1) Peut-être M. de la Musse dont il est parlé ailleurs.

LETTRE XL YI (1).

A LA MÊME RELIGIEUSE

X l’occasion de la fête de la Pentecôte qui approche, il demande que l’on sollicite pour lui l’esprit apostolique dont il sent un besoin particulier, le père de Condren l’envoyant ù la mission de !\Iontdidier (2).

[10 mai 1639.]

Qui a Jésus a tout.

Ma très chère fille,

Vous me voyez comme disputant si je vous dois demander pardon de ne vous avoir point écrit plus souvent, car je n’en ai point eu la pensée, quoique souvent la vôtre, à laquelle j’ouvrais mon cœur et lui racontais les miséricordes de Dieu qui sont grandes, ma très chère fille, et qui me font espérer ce pourquoi je voudrais avoir tout donné. C’est l’esprit de notre amour, 1 esprit ou une parcelle de ce qu’il versa sur les apôtres à cette Pentecôte. Ma très chère tille, faites dire pour moi quelques Veni Creator , pour obtenir cette grâce, ce don divin. Vous le ferez de bon cœur, comme je pense, et toute la chère communauté, puisqu’il y va de sanctifier une âme et la remplir du don nécessaire pour embaumer les autres.

(1) Sur l’autographe.

(2) Lesuccès de la mission d’Amiens fit désirer à l'évêque de cette ville qu on en fit une à Montdidier. Elle fut fixée aux premiers jours de juin. M. Olier et l’abbé de Foix y allèrent ensemble avec M. du Ferrier qui, à Pâques, était venu d’Amiens à Paris pour ses affaires. C’est de la mission de Montdidier que parle M. Olier dans cette lettre et la suivante.

C est pour elle qu’il demande l’esprit apostolique et une participation abondante à la grâce de la Pentecôte.

Ma chère fille, que Dieu est hou, et bon sur nous ! ses miséricordes sont sans fin, et je vois bien qu’il les veut exercer libéralement sur son pauvre chétif esclave, cette petite créature, basse, faible , impuissante ; et, néanmoins, très chère fille, il m’aime et me veut encore plus aimer. Il faut s’y disposer et lui répondre. Je ne le puis (très chère fille que le ciel a destinée pour mon salut particulier), je ne le puis tout seul; employez-y vos puissances, agissez pour moi, répondez pour moi, donnez à Dieu des cautions de ma fidélité : notre toute belle, la sainte Yierge et saint Joseph, notre bienheureux Père; enfin, intéressez toute la cour céleste qui réponde pour moi, que je ne recevrai en vain cet esprit adorable de Jésus, esprit apostolique qu’il versa sur les apôtres pour aller sanctifier le monde. Je fais dire des neuvaines pour cela; faites-en de votre côté.

Je vous envoie la petite oraison de notre Père que vous direz pour vous et pour moi, et la ferez dire aussi aux particuliers de notre cher troupeau (1). Je ne sais point de nouvelles de notre petite dame, et s il n y a point d’amendement (2). Vous en aurez compassion, ce que je demande aussi à notre Mère.

Je m’en vais écrire à notre sœur Charlotte ce qu il plaira à la bonté divine de m inspirer. Madame sa mère travaillera à la faire venir, si le couvent de Saint-

(1) Il s’agit de la prière que le P. de Condren donna à M. Olier et sur laquelle a été formée celle qui se récite deux fois par jour à Saint-Sulpice. Elle était ainsi conçue : Venez, Seigneur Jésus, et vivez en votre serviteur dans la plénitude de votre force, dans la perfection de vos voies, dans la sainteté de votre Esprit, et dominez sur toute puissance ennemie, dans la vertu de votre Esprit, à la gloire de votre Père.

(2) Peut-être une dame bienfaitrice de la Visitation de Nantes qui fit beaucoup souffrir la mère de Bressand. ( L’Année sainte , X, 595.)

Denis s’établit (1). Vous avez à présent de quoi travailler à la gloire de Dieu sur le prochain, ayant tant de sujets comme vous marquez. 11 vous y faut rendre fidèle, priant beaucoup pour eux et ayant beaucoup de support de leur infirmité. C’est où votre vertu doit se perfectionner et où elle trouve plus de matière qu’à l’oraison. C’est ainsi qu’il faut être apôtre, et taire, pour ces esprits, ce que nous devons faire pour les pauvres et les riches, donnant à tous part à la gr'âce que Dieu nous donne.

Adieu, ma très chère fille; mon Père général m’ordonne de m’en aller à dix-huit lieues d’ici, en mission, pour trois semaines ou un mois (2). C’est là où je dois recevoir les grâces que vous m’obtiendrez. Je ne demanderai rien à notre petite demoiselle (3) ; car on sera soigneux de me faire tenir ses lettres, auxquelles je répondrai toujours très promptement, quelque travail que je prévoie, le tout avec la grâce de notre amour, qui me fait être plus que jamais tout vôtre.

Olier.

A Paris, ce 19 mai 1639 (4).

Faites part de cette oraison à notre Mère.

(1) La sœur Marie-Charlotte de Feu n’alla pas à Saint-Denis, mais fut envoyée, en 1646, a la fondation du couvent de la Flèche, comme il a été dit plus haut.

(2) Montdidier, où M. Olier fut envoyé vers la tin de mai 1639, est à plus de 18 lieues de Paris, selon noire manière de compter ; mais on sait qu autrefois la lieue commune était d’environ 4 kilomètres et 1/2, et même, en bien des cas, on désignait par lieue la distance qui pouvait être parcourue en une heure de temps, ce qui allait facilement à 5 et même à 6 kilomètres.

(3) Probablement Mlle de Clisson.

(4) Le 19 mai, en 1639, tombait le cinquième dimanche après Pâques. C’était donc quinze jours avant la Pentecôte que M. Olier demandait des

LETTRE XLYII (1).

Il lui demande le même service «ju’à la ntêre de Bressand.

[Paris, le 19 mai 1639 (3).]

Ma très chère fille,

Je vous écris ce mot sur mon départ pour une mission où l’on m’envoie. Je vous conjure de demander pour moi fortement et souvent l’esprit apostolique ; car le ciel me donne de puissants désirs pour cette grâce. Je vous regarde comme la personne qui êtes destinee à prier sans cesse pour tous mes besoins. Lelui que je vous expose ici est mon plus grand, car si j’obtiens cette faveur, je ne désire et ne ne demande plus rien à Notre- Seigneur que de la conserver. Quels biens ne serons-nous pas capables de faire avec cet esprit! Que de cœurs seront convertis, que d’âmes reviendront à Dieu, que de bénédictions partout où nous irons ! U faut employer toutes nos forces pour obtenir ce don. Toici la fête qui approche où cette grâce se distribue (i). Levez les mains au ciel, ouvrez votre poitrine, et fendez votre cœur. 11 ne faut rien épargner pour cela. Je vous le rendrai bien

prières pour obtenir de participer à la grâce que les apôtres reçurent ce jour-là.

(1) C’est la LV11C des imprimées. .

(2) La sœur de Vauldray était la seule, avec la mère de Bressand, à qui M. Olier écrivit alors et recommandât ses besoins spirituels.

(3) Tout porte à croire que cette lettre a été écrite le même joui que la précédente. Le service de la poste ne se faisait que tous les liuit jours (lettre XLlIIe) et M. Olier était à la veille de son départ quand il écrivi Tune et l’autre.

(4) La Pentecôte, qui tombait le 12 juin en 1039.

après, et vous en sentirez avantageusement les effets. Mais quand vous n’y auriez pas d’intérêt particulier, la pure gloire de Dieu, qui y est intéressée, vous oblige à le faire.

LETTRE XLYtlI (1).

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