LETTRE IV
JE suis tout-à-fait consolé -de ce que vous me mandez de ia part de cette personne que vous m'avez recommandée.
Je n'ai point cru la faute considérable , et je n'en aurois pas écrit légèrement ^ si je Tavois pensé : car je ne pourrois voir une chose semblable sans une profonde douleur. J'espère que cela ne lui arrivera jamais en quelque manière que ce soit, de propos délibéré. Elle vit à Dieu pour ne jamais mourir. Son zelè , son courage , sa détermination au bien me fait tout espérer. Ne vous lassez point, madame , de prier , et de la porter à une pleine confiance en Dieu; Elle peut aller à tout, et rien ne doit aller au dessus de ses espérances , étant à un si fcon maître, n J'ai sou verainem.ent espéré ?> en vous : disoit David : ceux qui es- ?? perent en lui ne seront jamiais confon- » dus ". Que ne fait-on pas quand on a de grandes espérances ! vous en aves.
A Mad. de Maintenon. 27
assez d'exemples an tour de vous.Queîticî devroit-on pas entreprendre quand oa en a au dessus de celles que le monde donne, et qu'elles sont certaines ^ Dieu et le Paradis ? Quiconque sait ce que c'est ^ n'a plus de peine à rien ; et s'il sent de la peine , il aime cette peine qui le rnene à un si, grand bien.
Puisque vous le permettez , madadame , et que la personne que vous m'avez adressée veut que je vous confie tout ce que je lui envoie , sans vous rien cacher , ayez la bonté de lui dire que j'ai reçu sa reddition , dont je suis, très-content : elle ne doit pas craindre de m'accabîer p?.r de pareilles écritures.. Je suis par là aussi informé de sa conscience que si elle m'^en entretenoit tous. îc" jours. J'y vois ses dispositions, sea résolutions 5 ses tentations : et j'espère y. avec la grâce de Dieu , être par là mieux: en état de m'acquitter de ce qui sera de* mon ministère. 11 ne faut pointdisconîinuer cette pratique. Je ne puis voua dire la joie que j'ai de la voir exacte à ses pénitences ^ simple>. soumise : je smB
iS Let. de m. t^Ev. DE Chartres
le bien qui lui en doit revenir. Ce m'est un préjugé certain de ce que Dieu fera en elle. Oui y madame , sa sûreté sera dans son obéissance : j'en serai plus chargé : mais j'espère que Dieu m'aidera , puisqu'il m'a fait prêtre pour ceia , et qu'il paroit l'exiger de moi. Je trouve présentement cette chargeaussiiégerejq ue je l'ai envisagée d'abord pesante et formidable avant que de connoîrre les dispositions de cette personne. Elle ne doit pas craindre que ce qu'elle m'a marqué suc ce qu'on pouvoitîui en demander davan»tage à Favenir ^ me retienne. Il est bon que je sache ses appréhensions sur cet article. Elle veut faire ses ap... {il manqua ici une phrase^ tout ce qui sera de son devoir , s^en tenir à ce que son guide lui en dira de la part de Dieu : cela me suffit. Je répondrai librement, je presserai^ je gronderai même , s'il le faut , à temps et à contretemps , selon l'avis de St. Paul,, quand je le croirai nécessaire au bien de cette personne. J^ai dit la Messe aujourd'hui pour elle : j'ai présenté ses besoins». J'espère beaucoup pour elle; et je ne puis m'ôter de l'esprit qu'elle est de celles dont Notre-Seigneur a dit que personne ne lui ravira , qu'il leur donnera la vie éternelle. Sa déteimination contre tout
A Mad. de Maintenoît. ±if
le mal, et pour tout le bien que Dieu voudra d'elle , m'en est une assurance. Je ne crois pas lui avoir marqué de baisser la tête ailleurs que pendant le Confiteor\ ce n^a pas été mon intention, Je vous prie de lui faire entendre que dans l'état où elle est , elle ne doit jamais avoir de singularité qui choque ^ si ce n'est dans les devoirs essentiels dont eWe est redevable à Dieu et à rédification publique : alors il faut se singulariser avec le petit nombre des élus. Je lui conseille de continuer l'anstérité dont elle se sert deux fois la semaine , et autant de temps qu'elle m'a marqué avoir accoutumé de la pratiquer, hors le temps des migraines ou autres contre - temps qui rendront cette pénitence impraticable. Je lui enverrai la pratique pour le mois prochain : s'il n'y a pas d'inconvénients , ayez la bonté de me îe faire savoir. Je vois dans son écrit la guerre que lui fait son orgueil depuis long- temps. Je bénis Dieu qu'elle l'ait présentement en horreur , et qu'elle veuille à son tour l'attaquer vigoureusement et sans relâche. Car je sais que Dieu résiste aux superbes , et qu'il se communique aux humbles. Son élévation me feroit craindre , sans ce correctif que la grâce met dans son cœur» Je suis bien
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content de ce qu'elle m'apprend touchant la première partie delà justice chrétienne qu'elle pratique : affermissez - la bien, madame , dans Thorreur qu'elle doit avoir du péché : qu'elle ne craigne que ce grand mal : qu'elle le regarde comme l'unique ; qu'elle en prévienne les moindres commencements : qu^elle lave avec soin les fautes les plus légères de la semaine dans le sang de Jesus-Christ , le jour de sa confession. Elle fera des fautes de fragilité ; mais elle doit éviter les moindres aux dépens de tout ^ et retrancher toute affection aux vénielles. L'^heure venue de la faire avancer , je ne tarderai pas im moment à lui marquer ce qui me paroîtra de son devoir. Laissons cependant faire le grand ouvrier : il est le maître de la place : il en éloigne l'ennemi : il y mettra un mur et un contre - mur pour la défendre : il y fera fleurir la justice et la paix, et l'armera imperceptiblement de toutes les vertus nécessaires.