‹ Lettres de Madame de Maintenon (volume 2)Chapitre 4 sur 80 · P RÉ F A C · texte numérisé non relu

P RÉ F A C

CE S Lettres rn ont paru digues d'avoir le jour y et propres à faire connaître un évêque qui a fait honneur à V église , et une femme qui a fait honneur à son siècle.

Peu importe au lecteur de savoir comment elles me sont tombées entre les mains, Qu^il en jouisse , quil en profite ! c^esttout ce que je demande de lui , et tout ce quil aura de moi.

V histoire de Me. de Maintenon , que M, de la Beaumellefait im.primer actuelment en Hollande , sera ou démentie , ou confirmée par ces lettres ; et cest ce qui nia engagé à n en pas différer Vimpress ion.

Elles ennuieront ces courtisans , pour qui la vertu est une chimère; et ces sages dit siècle y pour qui la dévotion est un ridicule\ ces beaux esprits , qui lisent tout pour tout dédaigner \ ces femmes , qui n aiment que les livres aussi Jrivoles qu'elles. Mais ce 71 est point pour eux qu* elles cnt été écrites ^ ni pour eux que je les publie.

Je les offre à ces âmes pures et innO" eentes , qui aiment Dieu, ne cherchent que lui i et ne tiennent au monde que par le

a PRÉFACE.

désir de le réformer par leur \eh y et de

V édifier par leurs l'ertus.

Je les offre à ces esprits supérieurs et

simples que la grâce conduit comme parla

main au seul bien digne de nos iceux ^ et

qui sai'ent be rendre présent le plus obscur

avenir.

Je les offlc aces hommes, que la charité^

et non l\imbition, charge des consciences ^

qui sont les modèles de toutes les autres. Je les offre a ceux qui peuvent soutenir

sans étonne ment le spectacle de la fdle d un gentilhomme malheureux , devenue lajemrme de son roi : à ceux qui sont plus sur^ pris de voir la vertu approchée du Trône , qu'ils ne le seroient de ly voir assise.

Quel goût les mondains pourroient-ils

prendre à la lecture des lettres y où tout est

saint est grand ; il leur faut des bagatel^

les , et ici tout respire la plus sublime per^

fection.

Si cependant ce livre pouvait toucher un seul homme vicieux , et produire une seule bonne action y je me consolerois de toutes les laill ries auxquelles je sens que f expose la vraie piété.

En effet , que dira t-on de ce chemin semé d* épines y par oii M. de Chartn s conduisait Aïe , de A ^aintenon ; on dira peut- étrg que le directeur et la dirigée étoieat éga^

lemenî superstitieux ^ ou que îe propre de la déi'Otion est de rétrécir C esprit , comme s'il fallait juger de la grandeur eï'angélique par les maximes de la sagesse humaine ,• comme si Von ai'oit déjà oublié ce philo sophe chrétien , qui d'une main , se donnoit la discipline , et de Vautre ^foudroyoit les docteurs de la morale relâchée.

Il y a dans la piété un goût ^ un j^trait dont Inexpérience seule peut donner Vidée. Depuis que le monde se joue de tout ce qui le condamne ^ depuis que Chypocri e ne trompe presque plus personne , la pieté auroit disparu^ s 'il n y ai' oit en elle des plai^ sirs qui élèvent Vame au dessus de tous ceux que les passions donnent ou promettent.

U amour du bien est le comme nci ment de cette volupté céleste : V amour du bien pour lui-même en est la perfection. Me. de Main" tenon passa par ces deux états. 1: n comparant ses lettres à Vabbé Gobelin , à celles de Vévêque de Chartres , on voit dans les premières une ame qui va à Dieu parVespérance , et dans les autres une ame qui y est arrivée par V amour.

M. de Chartres avoit exigé de Aïe. de Maintenon qu'elle écrivit tous les soirs tout ce qu'elle avoit/ait ^ pensé ^ senti y voulu dans la journée. Elle étoit fidelle à cette pratique : et avant de se coucher ^ elle met-

toit par écrit le journal du conseil , et celui de Sd conscience . Ces deux journaux furent jetés au feu : etMe.de Maintenon fit bien d'autres sacrifices à Uhumilité.

Je regrette peu le premier : qu* est-ce que r histoire des actions des hommes y en comparaison de l'histoire de leurs sentiments ? mais quelle perte ^ que ces comptes rendus tous les mois par une femme qui étoit à la place des reines ! nous y aurions lu plus de vertus que de faiblesse , et appris ce coeur huniain qui nous est si peu connu,

M. de Chartres nous en a conservé quel-^ que s fragments plus précieux que ses lettres mêmes. On y verra combien les jugements des hommes sont injustes et incertain^ : on y verra Me. de Maintenon passer en prier es ces heures qu'on l'accu s oit de passer en in-^ irigues.

Me. de Maintenon navoit-^elle pas asseï^ de lumières pour se conduire ?. oui , sans doute ; mais elle avoit aussi trop de modestie pour ne pas s* en défier. Elle choisit pour son guide un homme qui lui étoit bien in^ férieur du côté de P esprit. Fit-elle ce choix pour avoir la gloire de lui obéir , et le plai^ sir de le gouverner î Non y elle sut se sou-* mettre à tout, et se plaignit souvent de n'ê^ tre pas asse';{ exercée. Du reste^M.de Char^ {r£4 ne discutait , n'approfondissait rieji

PRÉFACE. i

dans ses lettres : il écrivoit simplement h résultat de ses réflexions sur le cœur que sa pénitente lui ai'oit déi'eloppé ; de sorte que Me. de Maintenonétoit plutôt excitée qus conduite : il ne fallait que du sentiment à une ame si sensible.

M. de Chartres ne passa jamais ses limi' tes : il ne se servit point de son crédit sur l'esprit de sa dirigée pour se mêler des afjaires d^état : et le ministre de Dieu ns traversa jamais ceux du roi.

Qu'on ne le blâme point de T avoir fait entrer dans les démêlés de religion. Ce toit r opinion de son siècle ; c'est encore celle du nôtre , que r autorité civile a droit de se mê^ 1er des différends des Théologiens. Du reste y Me. de Maintenon tenoitsa mission de r église même ; le bref du pape , de 169O3 Vavoit tirée de cette place modeste qu'une femme doit tenir dans l'église.

Invariable dans ses principes , M. de Chartres paroît par-tout plein de V esprit de Dieu. On n*y voit en lui , ni les raffine^ ments du quiétiste , ni les chimères de Pen^ thousiaste , ni les relâchements de Févêque de cour ; on ny voit que le chrétien austère tt le citoyen \élï.

Son style est sans élégance ; mais naturel y vif y quoique diffus , et nourri de la lecture de ces livres sacrés ^ qu aujourd'hui

é PRÉFACE.

quelques prédicateurs dédaignent presque de citer.

On sera surpris des louanges dont ilac^ cable Me. de Maintenon. Elle les lui ai'oit défendues , et il ne pouj-'oit s^en abstenir : elle étoit sans cesse flattée par V homme h moins flatteur : et le directeur sembloit nourrir son orgueil en lui ordonnant de l écraser.

D^oii i^'iennent donc tant de louanges à une flamme qui les craignait si Jort , parce qu'elle les aimoitf De C admiration dont M. de Chartres étoit pénétré pour elle. Il poyoit dans ses redditions de comptes Vame la plus grande et la plus pure ; son imagination s enflammoit : il vouloit retenir la louange : il ne pouvoir retenir la vé» rite ; il lui pr échoit une humilité absvlue , etlacanonisoit toute vivante. Aussi ne serois-^je pas surpris que l^ histoire qu^on nous promet , parût un panégyrique.

Les âmes les plusjortes ont leurs moments de joibl esse : Me. de Maintenon ^toujours sainte , mais quelquefois attiédie , ou du moins privée d'une ferveur sensible ,fai^ soit son .çj^i/r avec crainte et tremblement. Les louanges devenoient utiles dans ces temps de sécheresse , de dégoût : Me. d§ Maintenon avait besoin d'être consolée de tout le bien qu'elle ne f ai soir pas ^ par le souvenir de t^outle bien qu'elle avoit fmt.

Souvent aussi ilfalloit r encourager à des choses dijficiles , en lui étalant tous les trésors dont la nature et la grâce Uavoient comblée. En un mot , puisqu'un directeur si peu complaisant la louoit ^ il nétoit point dangereux de la louer : il étoit im-^ possible de ne la louer pas.

Cependant il paroi t par ses lettres mi^ mes , qu^elle avoit un extrême penchant à r orgue il. Mais le prélat qui connoissoitson intérieur^ savoitque c^étoitun ennemi vaincu et désarmé , et qu^il ne lui restoitplus de cet amour-propre dont V homme ne peut se dcpcuiller ^ sans se dépouiller de son etre^ mais que le chrétien doit toujours combat-' tre . Cette secrette tstime d'elle-mcnie étoit unfruitde ses vertus. Si elle ai oit eu des foiblcsses dhin certain genre à se reprocher^ elle eût eu moins de combats à livrer à la vaine gloire : l'humilité lui auroi tété aussi naturelle , quelle lui étoit dans le fond étrangère y je dis dans le fond du cœur ^ car tout ce qui pouvoit la manifester audehors avoit été réprimé. Elle n tût eu quà se rappeler des chutes avilissantes , ces sentiments impurs dont le vice même rougit ; ces peclu's qui dégradent si jor tune femme a ses propies jeux , que , rendue à la vertu et régénérée par la grâce , elle doute encore ji/e les puis longues humiUativns puisseni

les expier. Me. de la Valliere et Me. de Maintenon arriérèrent â laplus haute piété'. Me. de la Valliere ne put parvenir à s estimer elle-même , ni Me. de Maint enon à se mé^ priser. Conduites par les mêmes principes , pourquoi différoient-elles de sentiments ? Parce qu^ elles avoient différé de mœurs.

Comment Me. de Maintenon , si vraie dans tous ses jugements^ si sévère pour les autres , si impitoyable pour elle-même , comment eût-elle pu s'estimer^ si elle ne s£ fût apperçue estimable^ elle qui, dans un de ses écrits , peint si bien la honte , Vembar^ ras , le supplice d*une femme sans vertu , quand on parle de vertu devant elle ? la vanité est d^ un cœur mécontent de lui-même^ Vorgueil est d'un cœur satisfait.

M. de Chartres eut le temps d"* étudier Me. de Maintenon : il la conduisit depuis j62*j , jusqu''en 1709 : il la vit dans tous les états , dans la guerre , dans la prospéri' té y dans les revers , toujours la même ^ toujours affamée de bonnes ceuvres , toujours dévorée é\i zèle de la Maison de Dieu , toujours prudente , plus occupée encore à sauver le roi quà lui plaire , et toujours allant de vertu en vertu , jusquà ce qiÛelh les eût toutes acquises.

M. de la Beaumelle nous développera sans doute ce cœur si respectable et si peu

éonnu. Je m* abstiens donc d\n rapporter quelques traits qui auroient édifié^ et quil racontera mieux que moi. Mais je ne puis me dispenser de placer ici V éloge histo rique deM.Godet des Marais ^éi'êque de Chartres.

È LOGE HIS TORIQUE

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