‹ Lettres de madame de Maintenon (volume 4)Chapitre 165 sur 243 · LETTRE CLXXX I · texte numérisé non relu

LETTRE CLXXX I

à Marly, le 10 mars. 1702

E roi me raconta affez de chofes de ~

-Jla dernière converfation qu'il a eue

226 Lettres de M a d.

avec vous , Monfeigneur , pour me faire juger que vous avez été affligé. J'eus bien envie de vous écrire. Mais qu'écrire dans de fi triftes occafiuns ? Je ne pouvois que vous répéter ce que vous aviez entendu. Il eft certain que deux endroits ont choqué le roi : le premier eit celui d'avoir voulu l'obliger à défendre aux autres évêques d'écrire. Il s'eitfouvenu des plaintes que vous fefiez il y a deux mois de ce qua M. le chancelier vouloit leur impofer quelque contraint : & il a conclu que vous vouliez épargner es jjnf:nift:s. Le difcours de M. ûe A/ieims le perfuada , que vous les aviez ménagés : & tout cela joint aux anciennes préventions & à une nouvelle converfation du père de la Gftaife à fon dernier voiage de Verfailles, le mit dans l'humeur où vous le trouvâtes» Elle paiTera , fur-tout fi le bon père lui paroit content de votre ordonnance :

mais pour le fonds , je n'y vois point de remède : & c'eit ce qui m'afflige fenflblem-nt. Il faudroit pour détromper ie roi, q.ie vous vous jenafïiez dans des extrémités dont vous n'êtes pas capable, & que vcub ne croiez pas chrénennes. Ii Voudrait que les [anféniftes fuiïènt aufïi mécontens de vous que les quiétifles. L'affaire de port- o/al ne s'.ffjce point : vous avez un ami en M. de Kheims qui

D h M A I N I fc N O N. 2lJ

vous fera toujours torr : il fe pare de vous : mais il ne vous fait pas autant d'honneur que vous lui en fates, Pourquoi M. de Meaux ne dit-il mot ? Je n'ai jamais attendu le P. de la Chaife avec autant d'impatience 7 que je fais préf.ntement , pour voir s'il parlera au roi comme il vous a parlé : & jamais je n'ai éprouvé plus vivement les fentimens que j'ai pour vous : car j • puis vous dire fans aucune exagération , que j'en ai le coeur ferré à tous l*s momens du jour & de la nuit. Je prie Dieu d'être votre confolation. Je comprends combien votre bon cœur en a belbin : & il n'y a rien que je ne vouluifè Lire pour y contribuer.

P. S. On veut abfolument que notre cardinal & la P. des Urfius fe racommodent autant qu'il efr néceiïàire pour le bien des affaires. Ne leur écrirez -vous pas à tous deux pour les porter à faire ce facrifice au roi ? Tout tombe fur l'abbé d'Eftrées : & ceux qui font le plus pour le cardinal abandonnent le neveu : vos lettres feront plus d'effet que celles des miniitres.

Page 1