‹ Lettres de madame de Maintenon (volume 4)Chapitre 190 sur 243 · LETTRE C C V I I I · texte numérisé non relu

LETTRE C C V I I I

à St. Cyr, 14 juillet,

DEpuis que je crains une defcente en France , * Monfeigneur , j'ai eu envie de vous écrire , pour vous confier ma douleur , mes inquiétudes. Ste. Geneviève a toujours protégé , dit-on , le roiaume. Et quoi que les libertins puiflent penfer , on en a vu autrefois des miracles , & le peuple a une grande confiance en elle. Ce n'eft pas à moi à vous rien propofer , & encore moins à vous exciter. C'eft à vous , Monfeigneur , à nous conduire, â nous marquer comment il faut apaifer ia colère de Dieu. Si Ton n'ofe pas faire beaucoup , on peut faire peu : les magiftrats s'opoferont-ils aux prières ? les libertins même croient qu'il y a un Dieu qui veille fur nous : pourquoi ne crciroient ils pas qu'on peut le fléchir l Lifez, je vous prie, la lettre de la fupérieure de Chaillot : je ne mérite point

les

* M. le duc de Savoye paffa le Var le 11 iuMlet » entra en Provence le 23 du même mois, & en iorti* le 22 août. Il n'avoir peint aprouve ce:te defcente-) & avoit dit : Je Jai trente chemins cour entrer en Fr ance . je nenfaivas un pour enjortir. 11 y perdk 10000 hommes.

de Maintenu n. 265

les reproches qu'on me fait : s'il eft vrai que le peuple nie maudit , c'eft qu'il ne me connoit pas : fans héfiter , je donnerois mille vies pour obtenir la paix : mais il vaut mieux qu'on murmure contre moi que contre notre maître. Le Duc de Noailles eft bien affligé de votre état. Je n'ai pas eu encore le courage de lui faire réponfe.

P. S. \\ n'y a , Monfeigneur , qu'à brûler la lettre que je vous envoie.

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