‹ Lettres de madame de Maintenon (volume 4)Chapitre 3 sur 243 · LETTRE III · texte numérisé non relu

LETTRE III

Réponse de M. de Chalons.

l5o4» A- Ckdlons, 6 yuillet'

Es livres de Me. de Guion intitulés , il'un , le moien court & facile de faire V or aï f on , & l'autre ly exposition du cantique des cantiques renferment fous une apparence de pieté des proportions dangereufes , & qui tendent à renouveller les erreurs du quiétifme. On y trouve des maximes condamnées il y a près de 400 ans dans un concile général tenu à Vienne en France , & qui étoient foutenues par des gens qui vouloient établir une nouvelle fpiritualité, dont les principes étoient fort conformes à ceux que Me. Guion enfeigne dans fes ouvrages. Les joies de perfection qu'elle y donne ont été non feulement inconnues aux apôtres à qui toute vérité a été révélée , mais font formellement oppofées aux régies qu'ils nous ont laiffees , à celles des Sts. Pères qui les ont fuivies , & à la pratique de tous les faints. Car cette nouvelle manière d'oraifon rejette adroitement les prières vocales , la méditation de la loi de Dieu , l'étude de fa parole dans l'écriture fainte , l'attention aux beaux exemples de J. C» & des feints*

de Maintenu n,

Elle regarde la mortification des fens, non feulement comme inutile, mais même comme nuifible à la purification de l'ame , en ce qu'elle met les fens en vigueur , loin de les amortir : ce font fes termes. Elle condamne finement les examens de conscience, les réflexions fur la conduite particulière , les ieftures faintes , & les autres moyens qui ont élevés les faints à la perfection , qu'ils ont pratiqués toute leur vie avec un fi grand foin , & qu'ils ont fi fortement recommandés dans leurs écrits. Ainfi cette doctrine eft entièrement oppofée à celle de l'églife , & ne peut faire aufïi que des chrétiens d'une efpece bien différente de ceux que l'églife forme fur les règles de l'évangile. Car, au lieu de les rendre vigilans , ardens à remplir leurs devoirs , fervens dans le fervice de Dieu , au lieu de les porter à fe faire continuellement la violence nécefTaire pour vaincre leurs défauts & furmonter leurs tentations, de les mettre toujours aux mains avec euxmêmes pour parvenir au renoncement de foi-même , & de les exciter à faire leurs efforts pour fuivre J. C. comme il leur ordonne , cette nouvelle doctrine les livre à l'indolence, à l'ina&ion , à la mortification , à l'orgueil : elle excufe leur pareffè & leur négligence, & la regarde même comme un moïen utile pour confer-

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ver la paix dans leur intérieur, que l'emprefTement à s'inftruire de leurs devoirs, & à les remplir pourroit troubler : elle les difpenfe , pour ne leur pas faire perdre leur prétendue union avec Dieu, de l'application qu'ils doivent avoir à combattre Jes tentations : les fautes même qu'elles leur peuvent faire commettre , ne fouillent point ieurs âmes à caufe de la fublimité de leur oraifon , & de la pureté qu'elle leur a communiquée, non plus que l'or ne peut plus lorfqu'ii a été parfaitement épuré dans le feu , contracter d'impureté que fuperficieile : comparaiion qui autorife les plus dangereufes & les plus honteufes conféquences , que les quiétiftes tirent de leurs principes. Les livres dont il s'agit les établifîènt en plufieurs endroits , & font par conféquent fort condamnables : la nouvelle manière de prier qui y eil enfeignée , loin de conduire à la perfection qui doit être le fruit de la prière , en éloigne, & n'aboutit qu'à une pieté apparente qui etf: toute en idée & en imagination, parce qu'elle ne va point à réformer le coeur , & à le remplir de vertus chrétiennes , fans quoi il ne peut jamais faire de prière agréable à Dieu , ni s'unir à lui : c'eft le jugement que je crois devoir en confcience porter de ces livres.

LOUIS ANT. ÉV£-C0MT£ D£ CfiALONS.

DE MaINTENON,

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