LETTRE XCIX
le 3 avril.
Es penfions* étoient dans le projet \àe notre mariage comme le refte ; mais comme elles ne dévoient point entrer dans le contract , on n'en avoit point parié. Nos jeunes gens jouiront de quatre vingt mille livres de rente. Dieu veuille qu'ils en fatfènt un bon ufage '. Souvenezvous , Monfeigneur, de la part que vous avez à mon choix : & mêlez-vous de donner vos conk-iis, pour que les pauvres & les bonnes oeuvres aient quelque part à la dépenfe. Je fuis ravie de vous voir content de ma nièce, que je vous conjure de nommer roj jours la vôtre. Elle eft véritablement moJefte ? elle craint Dieu : elle refpefte f^s miniitres. Je vous charge, Monfeigneur , d'empêcher qu'on ne la gâte par trop de careiïes , par trop d'aj aftement, par trop de plaifns, par trop de magnificence,
* Le roi , le lendemain des noces de M. le comte tVAven avec Mile. d'Aubigné , dit au comte : je vous donne unepenfîon de deux mille écus : & à Me. la D. de .Bourgogne : je vous conieiile d'en diic xutant à Me.
de Maintenu n. 121
£cence, & par tout ce refte , qui eft fi dangereux.
J'ai montré au roi ce que vous m'avez envoie : il me dit que M. de Pontchartrain en avoit eu autant de M. d'Argenfon.
Au refte , Monfeigneur , je vous avertis qu'il n'y a rien de 11 galant que ce que vous me mandez fur Ste. Françoife. Je n'aurois ofé vous donner mon portrait.
Mais , pour parler plus férieufement , faites, par vos prières & par vos confeils, que je fois véritablement fainte, comme celle dont on a pris l'habit pour me peindre. Gardez toujours le St. François pour l'amour de moi : ne prétendez pas que toute la noce finiïïè , fans que j'aie l'honneur & le plaifîr de dîner avec vous. Préparezvous à être complaifant.