A LA
Aux Rodiprs, mercredi 34 juin 1671, au cuin de mon feu.
Je ne vous parlerai plus du temps, je serais aussi ennuyeuse que lui , si je ne finissais ce chapitre.
qu’il soit l)eau, qu’il soit laid, je n’en veux plus rien dire.
.l’en ai fait vœu , etc.
Je n’ai point eu de vos lettres cette semaine, mais je n'en ai point été eu peine , pareeque vous m’aviez mandé que vous ne m’écririez pas. J’en attends donc de Grignan avec patience ; mais pour l’autre semaine , comme je n’y étais point préparée , je vous avoue que le malentendu qui me retint vos lettres nie donna une violente inquiétude. J’en ai bien importuné le pauvre d’Hacqueville , et vousmême , manille : je m’en repens , et voudrais bien ne l’avoir pas fait; mais je suis naturelle, et quand mon cœur est en presse , je ne puis m’empêcher de me plaindre à ceux que j’aime bien : il faut pardonner ces sortes de faiblesses ; comme disait un jour madame de La Fayette , a-ton gagé d’être parfaite? Non, assurément ; et si j’avais fait cette gageure , j’y aurais bien perdu mon argent. J’ai eu ici deux fois M. de Coëtquen, à trois jours l’un de l’autre; il allait affermer une terre à trois lieues d’ici ; et , pour la hausser de cinquante, francs, il a dépensé cent pistoles dans son voyage. 11 m’a fort demandé de vos nouvelles et de celles de M. de Grignan . en parlant des gens adroits et de belle taille, il le nomma le plus naturellement du monde : je vous prie de me mander s’il est toujours digne qu’on le mette au premier rang des gens adroits. Nous trouvâmes votre procession admirable : je. ne crois pas qu’il y en aifune en France qui lui ressemble '. Mes allées sont
' La procession do la Fcte-Dioii clail à Aix la chose du monde la plus
1)K MADAMK DK SKM(i>K. 2K3 •
(l'uiic beauté extrême; je vous les souhaite quelquefois pour servir de promenade «lux habitants de votre grand château. Mon lils est encore ici , et ne s’y ennuie point du tout : j’aurais plusieurs choses à vous dire sur son chapitre , mais ce sera pour un autre temps. Nous avons eu de vilains Bohèmes qui nous ont fait mal au cœur. Us ne dfinscriont ma foi , Madame, non plus, ne vous déplaise , sauf le respect qui est dû à votre grandeur, non plus que des balles de laine. A'oilà ce que dit une de leurs femmes, qui était en colère contre la moitié de sa compagnie. J’ai retrouvé ici le dialogue que vous fîtes un jour avec Pomenare : nous en avons ri aux larmes. Pomenars peut se faire raser au moins d’un côté , il est hors de l’affaire de son enlèvement ; il n’a plus que le courant de sa fausse monnaie dont il ne se met guère en peine. Que vous dirai-je entK)re, ma petite? Il y a peu de choses dont on puisse parler à cœur ouvert de trois cents lieues. Une conversjition dans le mail me serait bien nécessaire ; c’est un lieu admirable pour discourir, quand on a le cœur comme je l’ai ; je ne veux point vous parler de la tendresse vive et naturelle que j’ai pour vous, ce chapitre serait ennuyeux.
Adieu donc, ma très aimable enfant; notre abbé vous adore toujours 5 j’attends avec une grande impatience des nouvelles de votre voyage et de vos affaires ; j’y prends un extrême intérêt : j’embrasse M.’de Grignan.
.Vu)L Kochcrs, iliin.iiiclicâSJiiiii <671.
N’ous me l•ccompensez bien, ma (llle, de mes pertes
cxIravaRanto. lîlli- fui institiH'c par le roi llciié, eomlc ilc Provouee , vers le milieu du (piinziéine siéele. La dcseriplioii de colle mascarade remplil un v(dumc in-<â, publié 5 Aix eu <777; il csl inlilulé Ex/iliciihon det Cti fmimiet de la l'fte-Üitu à Aix, en Provence. Ce volume csl orné de ligures i]ui roprésentenl le lieiilenanl prince d'.Amour, les jeux des Diables lies UalzealTelos, des Apôlre.s, de la Ueiue de Sidia, ele., cle.
LETTRES
passées ; j’ai reçu deux lettres de vous qui m'uiit transj)ortée de Joie : ce que je sens en les lisant ne se peut iniafîiner. Si j’ai contribué de quelque chose à l’agrément de votre style, je croyais ne travailler que pour le plaisir des autres, et non pas pour le mien : mais la Providence, qui a mis tant d’espaces et tant d’absences entre nous , m’en console un peu par les charmes de votre commerce, et encore plus par la satisfaction que vous me témoignez de votre établissement et de la beauté de votre chîUeau : vous, m’y représentez un air de grandeur et une magnificence dont je suis enchantée. J’avais vu, il y a longtemps, des relations pareilles de la première madame de Grignan * ; je ne devinais pas que toutes ces beautés seraient un jour sous l’honneur de vos commandements; je veux vous remercier d’avoir bien voulu m’en parler en détail. Si votre lettre m’avait ennuyée, outre que j’aurais manvais goût, il faudi'ait encore que j’eusse bien peu d’amitié pour vous, et que je fusse bien indifférente pour ce ([ui vous touche. Défaites-vous de cette haine que vous avez pour les détails ; je vous l’ai déjà dit, et vous le pouvez sentir ; ils sont aussi chers de ceux que nous aimons, qu’ils nous sont ennuyeux des autres ; et cet ennui ne vient jamais que de la profonde indifférence que nous avons pour ceux qui nous en importunent : si cette observation est vraie, jugez de ce que me sont vos relations. Ehi vérité, c’est un grand plaisir que d’être, comme ^ ous êtes, une véritable grande dame : je comprends bien les sentiments de M. de Grignan, en vous voyant admirer son château : une grande Insensibilité là-dessus le mettrait dans un chagrin que je m’imagine plus aisément qu’un autre : je prends part à la joie qu’il a de voiis voir contenté ; il y a des cœurs (jui ont tant de sympathie en certaines choses, qu’ils sentent par eux ce que pensent les autres. Vous me parlez
• Angoliqiic-Clairc d AnRoniiej.
. trop peu de Vardes ‘ et de ce pauvre Corbinelli : n’avezvous pas été bien aise de parler leur langage? Comment va la belle passion de Vardes pour la T.. .2? Dites-moi s’il est bien désolé de la longueur infinie de son exil, ou si la philosophie et un peu de misantkroperie soutiennent son cœur contre les coups de l’amour et de la fortune. Vos lectures sont bonnes ; Pétrarque vous doit divertir avec le commentaire que vous avez ; celui que nous avait fait mademoiselle de Scuderi sur certains sonnets, les rendait agréables à lire. Pour Tacite, vous savez comme j’en étais charmée ici pendant nos lectures, et comme je vous interrompais souvent pour vous faire entendre des périodes où je trouvais de l’harmonie : mais si vous en demeurez à la moitié je vous gronde ; vous ferez tort à la majesté du sujet; il faut-vous dire, comme ce prélat disait à la i*eine mère : ceci est histoire ; vous savez le conte. Je ne vous pardonne ce manque de courage que pour les romans (jue vous n’aimez pas. Nous lisons le Tasse avec plaisir : je m’y trouve habile, par l’habileté des maîtres que j’ai eus. Mon fils fait lire Cléopâtre 3 â La Mousse, et , malgré moi, je l’écoute et j’y trouve encore quelques amusements. Mon fils s’en va eu Lorraine ; son absence nous donnera beaucoup d’ennui. Vous savez comme je suis sur le chagrin de voir partir une compagnie agréable ; vous savez . aussi mes transports de joie quand je vois partir une chienne de carrossée qui m’a contrainte et ennuyée ; c’est ce qui nous faisait décider nettement qu’une méchante compagnie est plus souhaitable qu’une bonne. Je me souviens de toutes ces folies que nous avons dites ici, et detoutce que vous y faisiez, cl de tout ce que vous y disiez ; ce souvenir ne mequitte jamais ; et puis tout d’un coup je pense où vous êtes ; mon
t 11 ne Tut rappelé qu'en 1682. C’élait un homme inflniment aimable.
* Dans l'cdUion de 1726, on voit que mademoiselle de Toiras éiail la m.'itii^ssc ‘de M. de Vardes.
' Roman de La (alprenéde.
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imafîiiiatiuli Jie me piésente qu’un grand espace fort éloigné; votre château m’arrête maintenant les yeux ; les murailles de votre mail me déplaisent. Le nôtre est d’une beauté surprenante, et tout le jeune plant que vous avez vu est délicieux : c’est une jeunesse que je prends plaisir d’élever jusqu’aux nues ; et très souvent, sans considérer les conséquences ni mes intérêts, je fais jeter de grands afbres à bas, parcequ'ils font ombrage, ou qu’ils incommodent mes jeunes ei\fants : mon fils regarde cette conduite; mais je ne lui en laisse pas faire l’application. Pilois (jardinier des Rochers) est toujours mon favori, et je préfère sa conversation à celle de plusieurs qui ont conservé le titre de chevalier au parlement de Rennes, .le suis libertine plus que vous ; je laissai l’autre jour retourner chez soi un carrosse plein de Fouesnellerie par une pluie horrible, faute de les prier de bonne grâce de demeurer ; jamais ma bouche ne put prononcer les paroles qui étaient nécessaires. Ce n’étaient pas les deux jeunes femmes, c’était la mère et une guimbarde de Rennes, et les fils. Mademoiselle du Plessis est toute telle que vous la représentez , et encore un peu plus impertinente ; ce ((u’elle dit tous les jours sur la crainte de me donner de la jalousie est une chose originale dont je suis au désespoir, quand je n’ai personne pour en rire. Sa belle-sœur est fort jolie, sans être ridicule en rien, .et parle gascon au milieu de la Bretagne : j’en ai la même joie que vous avez de ma Laguette, qui parle parisien au milieu de la Provence : cette petite Basse-Brette est fort aimable. Je vous trouve fort heureuse d’avoir madame de Simiane 2 ; vous avez avec elle un fonds de connaissance qui vous doit ôter toutes sortes de contraintes ; c’est beaucoup ; cela vous fera une
> I.a raniille de Foucsnel habiialt le château de ce nom , A quelques lieues des Rochers. (M.)
s Madeleine Hai-du-Châlclet, femme de Charles-Louis, marquis de Sitiiiane. Klle fui dans la suite l)ello-nière' de Pauline de Urignan. (A. (1.)
compimnie agréable : puisqu’elle se souvient de moi, faites-lui bien mes compliments, je vous en conjure, et à notre cher coadjuteur. INous ne nous écrivons plus, et nous ne savons pourquoi ; nous nous trouvons trop loin , cependant j’admire la diligence de la poste. La comparaison de Chilly m’a ravie, et de voir ma chambre déjà marquée : je ne souhaite rien tant que de l’occuper ; ce sera de bonne heure l’année qui vient , et cette espérance me donne une joie dont vous comprendrez une partie par celle que vous aurez de m’y recevoir. J’admire Cateau ; je crois qu’elle est mariée; mais elle a eu une conduite bien malhonnête et bien scandaleuse; je lui pardonne moins d’avoir voulu tuer son enfant, étant de son mari , ({ue si elle l’avait eu d’un autre ; et cela vient d’un bien phis mauvais fonds. Son mari, à ce qu’on me mande de Paris , est un certain Droguet que vous avez vu Igquais de Chesières. L’amour est quelquefois bien inutile de s’annuser à de si sottes gens ; je voudrais qu’il ne fût que pour les gens choisis, aussi bien que tous ses effets, qui me paraissent trop communs et trop répandus. Si voXis vous chargez de rougir pour toutes vos voisines, et que. votre imagination soit toujou^ aussi vive qu’avec la B...., vous sortirez toujours belle comme un ange de toutes vos conversations. Vous voulez donc que je mette sur ma conscience le paquet de cette femme? je le veux ; mais avec cette précaution, que je ne vous réponds pas que cela soit vrai ; au contraire, je le crois faux : il ne faut point croire aux méchantes langues ; en un mot, je renonce au pacte. On ,
disait donc que M avait un peu avancé les affaires, et
qu’il avait eu grand’hàte de la marier : cependant ,
Ola ne pul cire si juste,
Qu’au bout des cinq mois, eoinme Auguste,
( A/, de C**) ne sc trouvât tin héritier.
’La question fut de faire passer pour une mauvaise cou-
iETTKKS
die la nieilleiire qui fut jamais, et uii enfant qui se portait a merveille, pour un petit enfant mort. Ce fut une liabileté qui coûta de grands soins à ceux qui s’en mêlèrent, et qui ferait bien une histoire de roman : j’en ai su tout le détail ; mais ce serait une narration infinie. En voilà assez pour faire que vous rougissiez, si on parle de se blesser à cinq' mois : l’enfant mourut heureusement. Je reviens encore a vons, c’est-à-dire à cette divine fontaine de Vaucluse ; quelle beauté ! Pétrarque avait bien raison d’en parler souvent ; mais songez que je vérrai toutes ces merveilles ; moi, qui honore les antiquités, j’en serai ravie, et de toutes les magnificences de Grignan. L’abbé aura bien des affaires ; après les ordres doriques et les titres de votre maison, il n’y a rien à souhaiter que l’ordre que vous y allez mettre ; car, sans un peu de subsistance, tout est dur, tout ' est amer. Ceux qui se ruinent me font pitié : c’est la seule affliction dans la vie qui se fasse toujours sentir également, et que le temps augmente au lieu de la diminuer. J’ai souvent des conversations sur ce sujet avec un de nos petits amis (M. de Sévigné) ; s’il veut profiter de toutes celles que nous avons faites , il en a pour longtemps , et sur toutes sortes de chapitres, et d’une mmiière si peu ennuyeuse, (|u’il ne devrait pas les oublier. Je suis aise que vous ayez cet automne une couple de beaux-frères ; je trouve que votre journée est fort bien réglée : on va loin sans mourir d’ennui, pourvu qu’on se donne des occupations, et qu’on ne perde point courage. Le beau temps a remis tous mes ouvriers en campagne , cela me divertit : quand j’ai du monde, je travaille à ce beau parement d’autel , que vous m’avez vu traîner à Paris ; quand je suis seule, je lis, j’écris, je suis en affaires dans le cabinet de notre abbé ; je vous le souhaite quelquefois pour deux ou trois jours seulement.
Je consens au commerce de bel esprit que vous me proposez. Je fis l’autre jour une maxime tout de suite sans’y
DE MADAME DE SEVIGNÉ. . 28fl
penser, et je la trouvai si I)onne, que je crus lavoir retenue par cœur de celles de M. de La Rochefoucauld : je vous prie de me le dire ; eu ce cas, il faudrait louer ma mémoire plus que mon jugement : je disais , comme si je n’ eusse rien dit, que V ingratitude attire les reproches, comme la reconnaissance attire de nouveaux bienfaits. Dites-raoi donc ce • que c’est que cela? l’ai-je lu? l’ai-je rêvé? l’ai-je imaginé? • Rien n'est plus vrai (jue la chose, et rien q’est plus vrai aussi que je ne sais où je l’ai prise , et que je l’ai trouvée toute rangée dans ma tète, et aii bout de ma langue. Pour la sentence de bella cosct, far niente, vous ne la trouverez plus si fade, quand vous saurez qu’elle est dite pour votre frère ; songez à sa déroute de cet hiver. Adieu, nui ti*ès aimable enfant, conservez-vous, soyez belle, habillez*-Vous, amusez-vous, promenez-voys. .Te viens d’écrire à Viyonne* pour un capitaine bohème, afin qu’il lui relûche un peu ses fers, pourvurque cela ne soit point contre.le service du roi.
Il y avait parmi nos ^oAemej, dont je vous parlais l’autre jour, une jeune fille qui danse très bien, et qui me fit extrêmement souvenir de votre dans^ : je la pris en amitié ; ’ elle me pria d’écrire en Provence pour son grand-père, qui est à Marseille..Et où est-il votre. grand-père ? Il esta Marseille , d’un ton doux ^ comme si elle disait , il est à Ftit- .cetines. C’était un capitaine bohème d’un mérite-singulier; • de sorte que je lui promis d’écrire, et je me suis avisée y>ut d’un coup d’écrire à Vivonne : voilà ma lettre; si vous n’ètes pas eu. état que je puisse rire avec lui, vous la brûlerez; si vous la trouvez mauvaise , vous la brûlerez encore ; si vous êtes assez bien avec ce gros crevi, et que ma lettre vous en épargne une aufre, vous la ferez cacheter, et vous la lui ferez tenir. Je n’ai pu refuser cette prière au ton de la petite fille, et au menuet le mieux dansé que j’aie vu depuis ceux de mademoiselle de Sévigné ; c’est ^
t M. dft Vivonne g«^n(^rat des galères.
LETTRES
votre même air ; elle est de votre taille , elle a de belles dentç et de beaux yeux. Voici une lettre d'une telle longueur, que je vous pardonne de ne la point achever : je le comprendrai plus aisément tpie de demeurer au septième tome de Cassandre et de Cléopâtre. Je ^ ous embrasse très tendrement. M. deGrignan est bien loin de se figurer qu'on puisse lire des lettres de cette longueur ; mais , tout de bon, les Usez-vous en un jour ?
Aux Rochers, mercredi juillet 1671.
Voilà donc le mois de juin passé; j’en suis tout étonnée, je névensais pas qu’il dût jamais finir. Ne vous souvient-il pas d’jin certain mois de septembre que vous^ trouviez qui ne prenait point le chemin de faire jamais place au mois d’octobre? Celur-ci prenait le même train ;‘jnais je vois bien maintenant que tout finit : m’en voilà persuadée.
C’est une aimable demeure que Fouesnel ; nous y fûmes hier, mon fils et iqoi ,.dans une calèche à six chevaux ; il n’y a rien de plus joli, il semble qu’on vole : nous fîmes des * •chansons que nous vous envoyons ; le cas que nous faisons de votre prose ne nous empéclie point de vous faire part ' de nos vers. Madame de1.a Fayette est bien contenté du . la lettre que vous lui avez écrite” Voilà qui est fait, ma fdle, votre frère nous va quitter. Nous allons nous jete^,
La Mousse et moi, dans de bonnes lectures. Le Tasse nous amuse fort, ‘et toutes les bagatelles du monde nous opt divertis jusqu’ici, à cause de mon fds, qui en est le roi.’ Je m’en vais faire de grandes. promenades toute seule te'teà-téle, comme disait Tonquedec ‘ . Croyez-vous que je pense à vous? J’ai aussi mon^en/ ami que j’aime tendrement.: la plus aimable chose du monde est un portrait bien fait ;
1 René de Quengo, seigneur de Tonquedec; il éuiljini d'amitié avec le marquis de Sévigné.
quoi que vous puissiez dire , celui-là ne vpus fait point de tort. Vos lettres de Grignan m’ont nourrie et. consolée de mes chagrins passés ; j’en attends toujours avec impatience;
, mais, de bonne foi, j’en écris souvent d’une longueur trop excessive. Je veux que celle-ci soit raisonnable ; il n’est pas Juste de Juger de voüs par moi : cette mesure est téméraire ; vous avez moins de loisir que moi.
Voilà mademoiselle du Plessis qui^entre ; elle me plante ce baiser que vous connaissez, et me presse de lui montrer ^ l’endroit de vos lettres où vous parlez d’elle. Mon fds a eu l’insolence de lui dire devant moi que vous vqus souveniez d’elle fort agréablemeiù;, et me dit ensuite : ^lontrez-lui l’endroit. Madame, afin qu’elle n’en doute pas : me voilà rouge comme vous, quand vous pensez aux péchés des autres ; Je suis contrainte de mentir mille fpis, et de dire que j’ai brûlé votre lettre. Voilà les malices de ce guidon i. En récompense, je l’assurai l’autre Jour que si vous répondiez au-dessus de la reine d' Aragon, vous ne mettriez pas à Guidon le Sauvage. J’ai reçu une lettre de Guitaud fort douce et fort honnête; il me mande qu’it a trouvé en moi depuis quelque temps mille bonnes choses, à quoi il n’avait pas pensé ; et moi, de peur de lui répondre sottement que je crains bien de détruire son opinion, je lui dis’ que J’espère qu’il m’aimera encore davantage quand il me connaîtra • mieux ; Je réponds toutes les extravagances qui se présentent à moi , plutôt que ces selles à tous chevaux dont nous avons tant ri ici. Je. suis pers\iadée que vous vous ai- • derez fort bien de madame de Simiane : il faut ôter l’air et le ton de compagnie le plus tôt que l’.on peut, et faire en- • trer les gens dans nos plaisirs et dans nos fantaisies ;-sans . cela il faut mourir, et c’est mourir d’une vilaine épée. Je l’ai Juré, ma fille. Je vais finir; Je me fais une extrême violence pour vous quitter; notre .commerce fait l’unique .
« M. do Sèvijiii<'‘él.iil Rindon des grn<l.irm05 Dauphins.