‹ Lettres de madame Sévigne, avec les notes de tous le commentateursChapitre 47 sur 132 · DE MADAME DE SÉVIGNE AU COMTE DE BUSSY · texte numérisé non relu

DE MADAME DE SÉVIGNE AU COMTE DE BUSSY

A Paris, ce 18 août 1668.

Encore un petit mot, et puis plus; c'est pour commencer une manière de duplique à» votre réplique.

Où diantre vouliez.- vous que je trouvasse douze ou (juinze mille francs? Les avais-je dans ma cassette? Les trouve-t-on dans la lioursc de ses amis? >ie m’ailez-vous

pas dire qu’ils étaient dans celle du surintendant? Je n’y ai jjunais rien voulu chercher, ni trouver; et à moins donc que l’abbé de Coulanges ne m’eût cautionnée, je n’aurais pas trouvé un quart d’écu, et lui ne le voulait pas, sans cette sûreté de Bourgogne, ou nécessaire ou inutile; tant y a qu'il la voulait, et pour moi, je fus au désespoir de n’avoir pu vous faire ce plaisir. Mais enfin voilà ce chien de portrait fait et parfait ; la joie d’avoir si bien réussi, et d’être approuvé , vous fit trouver que j’avais tous les torts du monde, et vous les augmentâtes beaucoup par l’envie de vous ôter tous les remords. Madapie de Montglas vous oblige donc dfe le rompre, et puis son mari rejoint tous les morceaux ensemble, et il le ressuscite. Quelle niaiserie me contez-vous là? Est-ce lui qui est cause que vous le placez dans un des principaux endroits de votre histoire? Eh bien! s’il vous l’avait rendu, vous n’aviez qu’à le remettre dans votre cassette, et ne le point mettre en œuvre comme vous avez fait ; il n’aurait pas été entre les mains de madame de La Baiime, ni traduit en toutes les langues. Ne me dites pas que c’est la faute d’un autre, cela n’est point vrai, c’est la vôtre purement; c’est sur cela que je vous donne- • rais 4in .beau soufflet , si j’avais l’honneuf d’être auprès de vous, et que vous me vinssiez conter ces lanternes ; c’est ma grande douleur; c’est de m’être remise avec vous de bonne foi, pendant que vous m’aviez livrée entre les mains des brigands, c’est-à-dire de madame de La Baume ; et vous savez bien même qu’ après notre paix vous eûtes besoin d’argent ; je vous donnai une procuration pour en emprunter, et, n’en ayant pu trouver, jè vous fis prêter sur mon billet deux cents pistoles de M. Le Maigre, que vous lui avez bien rendues. Quant à ce que vous dites, que d’abord quej’éus vu mon portrait, je vous revis et ne panis point en colère , ne > ous y trompez pas, M. le Comte, j*étais outrée; j’en passais les nuits entièreaSans dormir. Il est vrai que , soit (|uc j(> nous \ issc accablé d’affaires plus 1 ‘ 0

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importantes «que celle-là, soit (fue j’espérasse que la chose ne deviendrait pas publique, je n’éclatai point en reproches contre vous ; mais quand je me vis donnée au public, et répandue dans les provinces, je vous avoue que je fus au désespoir, et que, ne vous voyant plus pour réveiller mes faiblesses et mes anciennes tendresses poui^ vous, je m’abandonnai à une sécheresse de coeur qui ne me permit pas de faire autre chose pendant votre prison que ce que je fis ; je trouvais encore que c’était beaucoup. Quand vous sortîtes, vous me l’envoyâtes dire avec confiance; cela me toucha : bon sang ne peut mentir ; le temps avait un peu adouci ma première douleur ; vous savez lè reste. Je ne vous dis point maintenant comment vous êtes avec moi ; le monde me jetterait des pierres, si je faisais de plus grandes démonstrations. Je voudrais qu’à cela près vous fussiez en état, par votre présence, de me redonner encore la qualité de votre dupe. Mais, sans pousser cet endroit plus loin, je vous dirai, pour la dernière fois, que je ne vous donne pour pénitence, c’est-à-dire, pour supplice, que de méditer sur toute l’amitié que j’ai toujours eue pour vous, sur mob innocence à l’égard de cette première offense prétendue, sur toute ma conflance après notre raccommodement, qui me faisait rire de ceux qui me donnaient de bons avis, et sur les crapauds et les couleuvres que vous nourrissiez contre moi pendant ce temps-là, et qui sont éclos heureqsement |iar madame de La Baume. liasta. je finis ici le procès.

l’our la plaisanterie des corniches, je n’y veux pas entrer ; je crois qu’on me doit être obligé de cette retenue, et encore plus de vouloir bien traiter de diminutif une chose qui pourrait l’être de superlatif.

J’ai reçu ce que vous m’avez envoyé touchant notre maison ; je suis entêtée de cette folie. M.' de Caumartin * est très curieux de ces recherches; il y a plaisir en ces oc-

1 Louis Lpft'vre do Caii'marlin, cousoillor d'Etal cl iutoiulaut do jiistico cil Chainpagno. ,

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casions de ne rien oublier, elles ne se rencontrent piis tous les jours. M. l’abbé de Coulanges verra M. du Bouchet, et moi j’écrirai aux Rabutins de Champagne, afin de rassembler tous nos papiers ; écrivez-lui aussi qu’il m’envoie l’inventaire de ce qu’il a ; mon oncle l’abbé en a aussi quelquesjins ; il y a plaisir d’étaler une bonne chevalerie, quand on y est obligé.

La plus jolie fille de France est plus digne que jamais de votre estime et de votre amitié ; elle vous fait des compliments; sa destinée est si difficile à comprendre, que pour moi je m’y perds.

Je crois que vous ne savez pas que mon fils est allé en Candie avec M. de Roannes et le comte de Saint-Paul cette fantaisie lui est entrée fortement dans la tète ; il l’a dit à M. de Turenne, au cardinal de Retz, à M. de La Rochefoucauld.: voyez quels personnages! Tous ces messieurs l’ont tellement approuvé, que la chose a été résolue et répandue avant que j’en susse rien. Enfin il est parti, j’en ai pleuré amèrement ; j’en suis sensiblement affligée ; je n’aurai pas un moment de repos pendant tout ce voyage; j’en vois tous les périls, j’en suis morte ; mais enfin je n’en ai pas été la maîtresse ; et, dans ces occasions-là, les mères n’ont pas beaucoup de voix au chapitre. Adieu, Comte, je sflis lasse d’écrire , et non pas de lire, tous les endroits tendres et obligeants que vous avez semés dans votre lettre ; rien n’est perdu avec moi.

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