‹ Lettres de madame Sévigne, avec les notes de tous le commentateursChapitre 69 sur 132 · DU COMTE DE BUSSY A MADAME DE SÉVIGNÉ · texte numérisé non relu

DU COMTE DE BUSSY A MADAME DE SÉVIGNÉ

' A Chaseu, ce 25 Juin 1670.

Je ne sais pas, ma belle cousine, quelle idée vous vous êtes faite de ma régularité ; mais ceux qui en ont eu avec moi se sont toujours loués de la mienne ; et pour nos conduites, je ne vois pas qu’elles soient si dégingandées que vous mandez ; pour moi, je suis très satisfait de la vôtre, et je crois bien que vous ne l’avez condamnée que pour avoir prétexte de dauber la mienne. Il est vrai que celle-ci est détestable, si vous en jugez par le succès ; mais moi, qui ne suis pas de ceux qui croient aveuglément qu’on a tort dès qxi’on est malheureux, je ne trouve pas ma conduite si dégingandée que vous croyez.

Vous voulez bien que je vous dise franchement que votre lettre me parait venir d’une personne intriguée, et à qui ses. ennemis (comme vous dites que vous en avez) ont donné (lu chagrin. Ils vous ont même donné un peu d’aigreur

LETXBKS

contre moi, qui u’en puis mais ; car, à quel propos, je vous prie, me venir reprocher l’argent que vous m’avez voulu avancer, et la satire que j’ai faite ? Est-il question de cela ? Vous ai-je obligée, par mes lettres, à me dire la moindre chose approchante de ces rudesses ? Vous avez peut-être reparlé avec M. de Corhinclli de ces affaires, et, toute pleine de la chaleur qu’elles vous ont donnée, vouà m’écrivez des choses désagréables, à /noi qui ne songe à rien de vous qu’à recevoir quelque lettre enjouée pour réponse à celle que je vous avais écrite sur ce ton. Je voudrais bien que vous me dissiez combien de temps ces recommencemenls-là doivent encore durer, afin que je rn’y attende.

Je ne pense pas que vous vouliez dire que j’aie tort de me plaindre, puisque vous avez dit à Breban de me mander que je ne me fâchasse point de ce que vous m’écriviez ; il valait mieux ne me pas offenser que de me faire satisfaction ; vous deviez jetez cette lettre au feu, et attendre à me faire réponse que vous eussiez été en meilleure humeur ; niais vous avez mieux aimé hasarder de perdre voti’e ami que de perdre vos peines ; cela n’est pas d.’une bonne conscience ; si je chei-chais noise, vous m’auriez fourni en cet endj-oit un beau sujet de garder contre vous quel- (lue chose sur mon cœur ; mais, après vous avoir dit mon grief, je vous déclare que je ne vous aime pas moins que je faisais ; je vous prie aussi de prendre un peu plus garde une autre fois à ne pas blesser l’amitié que vous me devez.

M. de Corbinelli a raison de m’aimer, car il sait bien que je.raime extrêmement. Je me réjouis fort de le voir, et je vous plains de ce que vous ne le verrez de longtemps. Je ne doute pas que vous n’ayez des ennemis, je le sais par d’autres que pai* vous ; mais quoiqu’on m’ait mandé, je ne crois pas’ votre conduite si dégingandée qu’on dit, et je ne condamne pas les gens sans les entendre. ,

Je rends mille grâces à madame de Grignan de son .souvenir; je ne saurais bonnement dire le sujet que j’ai. de me

I)E MADAME DE SEVKiNE.

rattendrir pour elle; mais elle me parait plus aimable de jour en jour, et je sens que je l’aime beaucoup plus ([ue je ne faisais il y a trois mois.

Page 1