CO.MTE DK BUSSY A MADAME DE SEVIGNE
• \ Uliasou, i’<' 23 (U'ia'mlirc I(i70.
De la manière que je vois que ma mauvaise fortune vous touche , Madame , c’est à moi à vous consoler ; car pour mon particulier, je vous assure que j’en suis tout consolé, et plus je vois de choses extraordinaires sur la bonne fortune des autres , plus j’ai l’esprit en repos, comme je vous disais l’autre jour : ces coups-là honorent les honnêtes malheureux, et font croire que le même caprice qui fait faire des fortunes prodigieuses à de certaines gens, fait éprouver à d’autres de grandes disgrâces sans fondement. Telles et semblables réflexions que je fais, joinh's à la nécessité, m’ont fait prendre le parti de ne me plus affliger de rien.
DK MADAME DF. SKVI(;^^:. NT
Je vous conseille, ma chère cousine, d’en user de même, et je vous supplie de croire (|ue la manière dont je soutiens les persécutions qu’on me fait depuis cinq ans , me doit faire autant d’honneur que les plus belles campagnes ([ue j’aie jamais faites. Mon cousin de Thianges a bien du mérite; mais il faut dire le vrai, il est bien heureux.
Il est vrai, ma chère cousine, ({ue nous étions assez faits l’un pour l’autre : mais je ne désespère pas encore que nous ne passions une bonne partie de notre vie ensemble ; songeons seulement à vivre, et nous verrons bien des choses. Pour moi, j’ai une santé que je n’ai point eue depuis trente ans ; je vous veux seulement surprendre quand je retournerai à Paris : je m’en irai un beau matin chez vous sans livrées, je vous ferai dire que c’est un gentilhomme breton dont vous ne connaissez pas le nom seulement; il se terminera en ec. J’entrerai dans votre chambre, je déguiserai ma voix ; je suis assuré que vous ne me reconnaîtrez pas, et tjue, quand je me découvrirai , vous serez surprise de mon air jeune et de ma fraîcheur. On dirait, à me voir, que Dieu me veut remplacer en une longue vie ce qu’il m’Ote de fortune : ce n’est pas tout perdre au moins. Je crois que, si ce qui est dans la tête de Plombières pour moi était dans celle que vous diriez bien , je serais un exemple de grande fortune aux siècles présents et à venir.