‹ Lettres de madame Sévigne, avec les notes de tous le commentateursChapitre 89 sur 132 · I.KTTRIiS · texte numérisé non relu

I.KTTRIiS

NOUS quelquefois de si précieux trésors ? \ ous avez peur (jue je lie meure de joie ; mais ne eraiü;nez-vous pas aussi que je ne meure du déplaisir de croire voir le contraire? Je prends d'Hacqueville à témoin de l’état où il m’a vue autrefois; mais quittons ces tristes souvenirs, et laissezmoi jouir d’un bien sans lequel la vie m’est dure et fâcheuse. Ce ne sont point des paroles, ce sont des vérités. Madame de Guénégaud m’a mandé de quelle manière elle vous a vue pour moi : je vous conjure d’en garder le fond ; mais plus de larmes, je vous en prie : elles ne vous sont pas si saines qu’rà moi. Je suis présentement assez raisonnable; je me soutiens au besoin, et quelquefois je suis (|uatre ou cimi heures tout comme une autre; mais peu de chose me remet à mon premier état : un souvenir, un lieu, une parole , une pensée un peu trop arrêtée , vos lettres surtout, les miennes même en les écrivant, quelqu’un qui me parle de vous, voilà des écueils à ma constance, et ces écueils se rencontrent st)uvent. J’ai vu Raymond chez la comtesse du Lude; elle me chanta un nouveau récit du ballet; mais si vous voulez qu’on le chante, chantez-le. Je vois madame de Villars, je me plais avec elle, parcequ’elle entre dans mes sentiments ; elle vous dit mille amitiés. Madame de La Fayette comprend fort bien aussi les tendresses que j’ai pour vous ; elle est touchée de l’amitié que vous me témoignez. Je suis tissez souvent dans ma famille, quelquefois ici le soir par lassitude, mais rarement. J’ai vu cette pauvre madame Amelot; elle pleure bien, je m’y connais. Faites quelque mention de certaines gens dans vos lettres, afin que. je le leur puisse dire. Je vais aux sermons des Mascaron ' et des Bourdaloue ; ils se surpassent à l’envi. Voilà bien de mes nouvelles ; j’ai fort envie de savoir des vôtres , et comment vous vous serez trouvée à Lyon ; jiour vous dire le vrai, je ne pense à nulle autre chose. Je

Juins MasiMtmi, prnlrn iln l'Oraloirn, iioimun nn 16T1 .i l'évt'din de Tulle

DK MADAMK DK SEAKi.NK.

s.'iis votre route , et où vous avez couehé tous les jours : v ous étiez dimaneheà Lyon ; vous auriez bien fait de vous y reposer (juelques jours. Vous m’avez donné envie de m’informer de la mascarade du mardi gras :j’ai su qu’un grand homme, plus grand de trois doigts qu’un autre, avait fait faire un habit admirable ; il ne voulut point le mettre, et il se trouva par hasard qu’une dame (|u’il ne connait point du tout, à qui il n’a jamais parlé, n’était point à l’assemblée ' ; du reste , il faut que je, dise , comme \ oiture : personne n’est encore mort de votre al)sence, hormis moi; ce n’est pas que le carnaval n’ait été d’une tristesse excessive, vous pouvez vous en faire honneur; pour moi , j’ai cru que c’était à cause de vous; mais ce n’est point assez pour une absence comme la vôtre. J’envoie pour cette fois cette lettre en Provence ; j’embrasse M. de Orignan, et je meurs d’envie de sav oir de vos nouvelles. Dès que j’ai reçu une lettre, j’en voudrais tout à l’heure une autre, je ne respire que d'en recevoir.

Vous me dites des merveilles du tombeau de M. de Montmorency, et de la beauté de mesdemoiselles de Valençai. Vous écrivez extrêmement bien, personne n’écrit mieux : ne quittez jamais le naturel, votre tour s’y est formé , et cela compose un style parfait. J’ai fait vos compliments à madame de La Fayette etàM. de l.a Rochefoucauld et à Langlade; tout cela vous aime, vous estime et vous sert en toute occasion. Vos chansons m’ont paru jolies; J’en ai reconnu les styles. Ah ! mon enfant, que je voudrais bien vous voir un peu, vous entendre, vous embrasser, vous voir passer, si c’est trop demander que le reste ! Hé bien, par exemple, voilà de ces pensées à quoi je ne résiste pas. Je sens qu’il m’ennuie de ne vous plus avoir : cette, séparation me fait une douleur au coeur et à l’ame, que. je sens comme un mal du corps. Je ne vous puis assez remer-

I II s'agit ici du rni et do m.idanio do Moiitospaii.

LETTRES

eier de toutes les lettres qiie vous m’avez écrites sur le chemin : ces soins sont trop aimables, et font bien leur effet aussi ; rien n’est perdu avec moi ; vous m’avez écrit de partout : j’ai admiré votre bonté ; cela ne se fait point sans beaucoup d’amitié ; autrement on serait plus aise de se reposer et de se coucher. L’impatience que j’ai d’avoir encore de vos nouvelles et de Rouane et de Lyon n’est pas médiocre ; je suis en peine de votre embarquement, et de savoir ce que vous a paru ce furieux Rhône en comparaison do notre pauvre Loire, à lacpielle vous avez fait tant de civilités, Que vous êtes honnête de vous en être souvenue comme d’une de vos anciennes amies! Hélas! de quoi ne me souviens-je point? Les moindres choses me sont chères; j’ai mille dragons. Quelle différence! je ne revenais jamais ici sans impatience et sans plaisir : présentement j’ai beau chercher, je ne vous trouve plus ; et comment^eut-on vivre quand on sait que, quoi qu’on fasse, on ne trouvera plus une si chère enfant? Je vous ferai bien voir si je la souhaite, par le chemin que je ferai pour l’aller chercher. J’ai reçu une lettre de M. de Grignan ; il n’y en a point pour vous. Il me mande qu’il reviendra cet hiver; vous quittera-t-il? ou le suivrez-vous? Faites-moi réponse.

M, le dauphin était malade, il se porte mieux. On sera à Versailles jusqu’à lundi. Madame de La Vallière est toute rétablie à la cour. Le roi la reçut avec des larmes de joie; elle a eu plusieurs conversations tendres : tout cela est difficile à comprendre ; il faut se taire. Les nouvelles de cette année ne tiennent pas d’un ordinaire à l’autre. J’ai une infinité de compliments à vous faire. Je vois tous les jours votre petite ; je veux qu’elle soit dmite, voilà mon soin : cela serait plaisiuit d’étre votre fille et de M. de Grignan, et qu’elle ne fût pas bien faite ; je suis habile, j’ai même des précautions inutiles. J’ai vu hier madiime du Puy-du-Fou, <{ui vous salue ; j’ai vu aussi madame de Janson et madame Le Blanc. Tout ce qui a rapport à vous de cent lieues loin

m’est plus agréable qu’autre chose. Mon Dieu! le Rhône! vous y êtes présentement. Quelle idée pour moi, et quelle inquiétude jus(iu'à ce que je vous en sache dehors !

Vi-ndredi 20 février 4671.

Je vous avoue que j’ai une e.xtraordinaire envie de savoir de vos nouvelles ; songez , ma chère fille , que je n’en ai point eu depuis la Palice ; je ne sais rien , du reste , de votre voyage jusfpi’à Lyon , ni de votre route jusqu’en Provence; je suis bien assurée qu’il me viendra des lettres; je ne doute point que vous ne m’ayez écrit ; mais je les attends , et je ne les ai pas : il faut se consoler, et s’amuser en vous écrivant. Vous saurez , ma petite , qu’avant-hier au soir, mercredi , après être revenue de chez M. de Cou langes , où nous faisons nos paquets les jours d’ordinaire je songeai à me coucher ; cela n’est pas extraordinaire, mais ce qui l’est beaucoup , c’est qu’à trois heures après minuit j’entendis crier au voleur, au feu , et ces cris si près de moi et si redoublés, que je ne doutai point que ce ne fût ici; je crus même entendre eju’on parlait de ma pauvre petite-fille ; je ne doutai point qu’elle ne fût brûlée : je me levai dans cotte crainte , sans lumière , avec un tremblement (|ui m’empêchait quasi de me soutenir, .le courus à son appartement, qui est le vôtre; je trouvai tout dans une grande traii([uillité ; mais je vis la maison cl<^ Ouitaud toute en feu ; les flammes passaient par-dessus !a maison de madame de Vauvineux : on voyait dans nos cours , et surtout chez M. de Guitaud , une clarté (jui faisait horreur : c’étaient des cris, c’était une confusion, c’était un bruit épouvantable des poutres et des soli^cs qui tombaient. .le fis ouvrir ma porte, j’envoyai mes gens au seeoui"s : M. de Guitaud m’envoya une cassette de ce qu’il a

LETTRES

(le plus précieux ; je lu mis dans mon cabinet, et puis je voulus aller dans la rue pour béer comme les autres ; j’y trouvai M. et madame, de Guitaud quasi nus , l’ambassadeur de Venise , tous ses gens, la petite de Vauvineux ‘ ((u’on portait tout endormie chez l’ambcissadeur, plusieurs meubles et vaisselles d'argent qu’on sauvait chez lui. Madame de Vauvineux faisait démeubler : pour moi , j’étais comme dans une ile, mais j’avais grande pitié de mes |)auvres voisins, ^ladame Guêton et son fi'ère donnaient de très bons conseils ; nous étions dans la consternation : le feti était si allumé qu’on n’osait en approcher, et l’onm’espérait la iin de cet embrasement qu’avec la lin de la maison de ce pauvre Guitaud. 11 faisait pitié; il voulait aller .sauver sa mère qui brûlait au troisième étage ; sa femme s’attachait à lui, et le retenait avec violence; il était entre la douleur de ne pas secourir sa mère et la crainte de blesser sîi femme , grosse, de cinq mois ; enfin il me pria de tenir sa femme , je le lis : il trouva que sa mère avait passé au travers de la llamme, et qu’elle était sauvée. 11 voulut aller retirer quelques papiers; il ne put approcher du lieu où ils étaient : enlin il revint à nous dans cette rue où j’avais fait asseoir sa femme: des capucins, pleins de charité et d’adresse , travaillèrent si bien , qu’ils coupèrent le feu. On jeta de feau sur le reste de l’embrasement, et enlin le combat finit faute de combattants, c’est-à-dire, après que le premier et le second étage de l’antichambre et de la petite chambre et du cabinet , qui sont à main droite du salon , eurent été entièrement consumés. On appela bonheur ce qui restait de la maison , quoiqu’il y ait pour Guitaud pour plus de dix mille écus de perte ; car on compte de faire rebâtir cet appartement , qui était peint et doré. 11 \ a\ ait plusieurs beaux tableaux à M. Le Blanc,- à ((ui est la maison: il y avait aussi plusieurs tables, miroirs, minia-

' r.haiiouc-Klisalioili de racliflilpl, marirr cii ifi79 à Charles de Rohan, prince de (inotneiié, duc de .Monlbason.

DK MADAMK DK KKMOM:. I 7.>

tares, meubles, tapisseries, lisant un grand regret à des lettres; je me suis imaginé que c’étaient des lettres de M. le prince. Cependant, vers les cinq heures du matin, il fallut songer à madame deOuitaud; Je lui offris mon lit; mais madame Guéton la mit dans le sien , parcequ’eile a plusieurs chambres meublées. iS'ous la fimes saigner ; nous envoyâmes quérir Bouchet : il craint bien que cette grande émotion ne la fasse accoucher devant les neuf jours. Elle est donc chez cette jiauvre madame Guéton ; tout le monde la vient voir , et moi je continue mes soins, parceque j’ai trop bien commencé pour ne pas achever. V’ous m’allez demander comment le feu s’était mis à cette maison ; on n’en sait rien, il n’y en avait point dans l’appartement où il a pris : mais si on avait pu rire dans une si triste occasion, ([uels portraits n’aurait-on pas faits de l’état où nous étions tous? Guitaud était nu en chemise, avec des chausses; madame de Guitaud était nu-jainl)es, et avait perdu une de ses mules de chambre ; madame de \ auvineux était en petite jupe sans robe-de-chambre ; tous les valets, tous les voisins, en bonnets de nuit ; l’ambassadeur était en i-obe-deehambre et en perruque, et conserva fort bien la gravité de la sérénissime ; mais son secrétaire était admirable. Vous parlez de la poitrine d’ Hercule; vraiment celle-ci était bien autre chose, on la voyait tout entière : elle est blanche, grasse, potelée, et surtout sans aucune chemise, ciir le cordon qui la devait attacher avait été perdu à la bataille. N oilà les tristes nouvelles de notre quartier. Je prie Deville ' de faire tous les soirs une ronde pour voir si le feu est éteint partout ; on ne saurait trop avoir de précautions pour éviter ce malheur. Je souhaite que l’eau vous ait été favorable ; en un mot, je vous souhaite tous les biens, et je prie Dieu qu’il vous garantisse de tous les maux.

M. de Ventadour devait être marié jeudi , c'est-à-dire

I Mailir-rt luMrl <\<' M ‘1i' (ii ipiiaii.

LETTBES

hier ; il a la fièvre : la maréchale de La Mothe ‘ a perdu pour cinq cents écus de poisson. L’autre jour, à table chez M. du Mans, Courcelles dit qu’il avait deux bosses à la tête , qui l’empêchaient de mettre une perruque : cette sottise nous fit tous sortir de table, avant qu’on eût achevé de manger du fruit , de peur d’éclater à son nez : un peu après, d’Olonne arriva; M. de La Rochefoucauld me dit : Madame , ils ne peuvent pas tenir tous deux dans cette chambre ; et en effet, Courcelles sortit 2.

Voilà bien des lanternes, ma chère enfant ; mais toujours vous dire que je vous aime , que je ne songe qu’à vous , que je ne suis occupée que de ce qui vous touche, que vous êtes le charme de ma vie , que jamais personne n’a été aimée si chèrement que vous, cette répétition vous ennuierait. J’embrasse mon cher Grignan et mon coadjuteur.

.Mercredi 25 février 1671.

Je n’ai point encore reçu une lettre que je suis persuadée que vous m’ayez écrite de Lyon avant que d’en partir : je croirai difficilement qu’ayant pu m’écrire, et ayant écrit à M. de Coulanges , vous m’ayez oubliée : je fais un gromd bruit pour retrouver ce paquet. J’ai reçu la première lettre que vous m’écrivîtes le lendemain que vous y fûtes arrivée. Je ne suis pas encore à l’épreuve de tout ce que vous me mandez ; j’ai transi de vous voir passer de nuit cette montagne que l’on ne passe jamais qu’entre deux soleils et en

I Mademoiselle de La Molbc-Houdancourt, Allé du maréchal, ne fui mariée au duc de Ventadour que le 14 mars.

- Madame d’Olonne était la femme la plus galante de la cour. M. d’Olonne étant près de mourir, on lui annonça un prêtre nommé Cornouaille, il dit : Serai-je encornaillé Jusqu’à la mort? Il était très gourmand. C'est lui que La Bruyère a peint sous le nom de Cliton. Quant à M. de Courcelles, e.'élait un officier aux gardes, dont la femme marehail sans aucun désavantage sur les fraees de madame d'OIonne.

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litière ; je ne m’étonne pas si vos parties nobles ont été si culbutées. M. de Coulanges avait mandé au secrétaire de M. du Gué qu’on envoyât une litière à Rouanc ; si vous aviez écrit un mot du jour que vous croyiez arriver, vous l’auriez trouvée infailliblement. Jamais personne comme vous ne s’est conduite comme vous avez fait , et jamais aussi on n’a laissé mourir de faim une pauvre femme : In prévoyance de la fourmi nous apprend qu’il faut faire des provisions où l’on en trouve, pour quand on n’en trouve point. M/l chère enfant , comme vous avez été traitée ! Si j’avais été là , il n’en eût pas été de même, et je n’aurais pas pris votre courage pour de la force, comme on a fait, f/aventure de madame Robinet m’aurait bien appris à ne pas vous consulter snr ce qui regarde votre personne. En un mot, vos fatigues ont été grandes ; il n’en est plus question présentement ; mais tout ce qui vous touche ne me. passe pas légèrement dans l’esprit. J’écris au coadjuteur sur sa bonne tète ; qu’il vous montre ma lettre : en voilà une de Guitaud , qui vous réjouira. J’ai fait vos compliments à mesdames de Villars et de Saint-Géran : la première vous aime tendrement ; elle vous écrira. Faites mention , dans vos lettres, de ma tante, de la ïroche, de la Vauvinette > et de la d’Escars ; tout cela ne parle que de vous. Madame du Gué a mandé à M. de Coulanges que vous êtes belle comme un ange ; elle est charmée de vous et contente de vos politesses : elle mande qu’elle vous a mise dans votre bateau par un temps et par un calme admirables; tout cela me donne de l’espérance; mais je ne serai tranquille qu’en apprenant que vous êtes arrivée à Arles. J’espère que Ripert vous aura fait descendre aux endroits périlleux; pour seigneur Corbeau 2, je ne m’y lie plus. Je n’ai point sur le cœur de m’étre. divertie ni même de m’être distraite pondant votre voyage; je vous ai suivie pas à pas, et quand vous étiez

t Madame de Vaiivinoux, veuve du comte de Vauvinem

* M. I« coadjuteur d'Arle».

mal, je n'ai point été en repos; je aous suis aussi fidèle sur l'eau que sur la terre. Nous avons eompté vos journées; il nous semble que vous arrivâtes dimanclie à Arles. M. de Lji Rochefoucauld dit que je contente son idée sur l’amitié , avec toutes ses circonstances et dépendances. Il a eu encore des conversations avec Mellusine, qui sont incomparables ; on ne peut les écrire, mais en gros elles sont comme vous les souhaitez. Votre enfant embellit tous les jours ; elle rit, elle connaît ; j’en prends beaucoup de soin. Pecquct vient voir la nourrice très souvent; je ne suis point si sotte sur cela que vous pensez; je fais comme vous, quand je ne me fie à personne, je fais des merv eilles. Votre frère revint avant-hier, je ne l’fii quasi pas vu ; il est à Saint- Germain ; ses yeux se portent bien ; il nous faisait peur de sa santé, parcequ’il s’ennuyait à .Nancy depuis le départ de madame Madruche.

Je reçois donc votre lettre du mercredi, que vous m’écrivites de Lyon un peu à la hAte; mais cela fait plaisir; il en coûte des renouvellements de tendresse dont on est J'ort aise : je ne comprends point ceux qui veulent les éviter. Vous alliez vous embarquer, ma chère lille; je recevrai de vos lettres de tous les endroits d’où vous pourrez m’écrire , j’en suis persuadée. Mon Dieu ! que j’ai envie (le savoir de vos nouvelles, et que vous m’ctes chère 1 11 me semble que je fais tort à mes sentiments , de vouloir les expliquer avec des paroles: il faudrait voir ce (jui se passe dans mon cœur sur votre sujet.

Le comte de Saint-Paul est présentement M. de Longueville ; sou frère lui fit la donation de tout son bien lundi au soir: c’est environ trois cent mille livres de rente ; tous ses meubles, toutes ses pierreries, l’hôtel de Longueville; en un mot , c’est le plus grand parti de France : si madame de .Marans le peut épouser, elle fera une très bonne affaire. J’embrasse de tout mon cœur M. de Grignan; je ne fais point de réponse a sa dernière lettre ; a-t-il besoin

DK MXDWIK DK SKVIOM'.

(le (|uel((iie diose , puis(|m‘ vous des avec lui? .le vous aime , mon enfant, et vous embrasse avee la dernière tendresse. ^f. Vallot ' est mort ee matin.

no. — \ i,\ vtl'.Mi;.

\ l’.iris, vnidrctii 27 février (67t.

Rien ne dure eette année, pas même la mort de M. Vallot , (jue je vous reprends ; il se porte bien , et au lieu de mourir, eomme on me l’avait dit , il a pris une pilule qui l’a ressuseité. Il a dit au roi que le plus habile homme qu’il connût pour la médecine, c’était M. du Chesnai du Mans. Madame de Mazarin partit il y a deux jours pour Rome. M. de Nevers n’y doit aller que eet été avec sa femme. M, de Mazarin ^ se plaignit au’ roi (pi’on envoyât sa femme à Rome sans son consentement; que c’était une chose inouïe qu’on ôtût ainsi une femme de la domination de son mari , et qu’on lui fit donner vingt-quatre mille livres de pension par an, et douze mille francs présentement , pour un voyage qu’il n’approuvait point , et qui le déshonorait. Sa Majesté l’écouta ; mais tout étant réglé, et le voyage résolu, il n’en fut autre chose. Pour madame de Mazarin, sur tout ce qu’on lui disait ici pour l’obliger de se remettre avec son mari , elle répondait toujours eu riant, comme pendant la guerre civile : Point de Mazarin, point de Mazarin.

A l’égard de madame de La Vallière , nous sommes au désespoir de ne pouvoir vous la remettre à Chaillot ; mais elle est h la cour beaucoup mieux qu’elle n’a été de|)uis

1 Premier médecin du roi.

* C’était le llls du maréclial de La Mcilloraye. Le cardinal l'avait clioi^i pour en faire son héritier en lui donnant .sa nièce el son nom. La dévotion le rendit fou. On peut lire dans les Mémoires de Saint-Simon les détails curieux de ses extravagances. Sa femme élait cette fameuse Hortense de Mancini, qui, après tant de courses pour fuir son mari, afla mourir eu .Angleterre, ainsi que Saint-EvreinonI, <|iii l'a clianlée.

LETTRES

longtemps; il faut vous résoudre à l’y laisser. On appelle le duc de Longueville , l’abbé d’Orléans , et le comte de Saint-Paul, duc de Longueville. M. de Ventadour a la lièvre double, tierce, de sorte que son mariage est retardé. On dit mille belles choses là-dessus. Cette petite d’Houdancourt est bien jolie. L’abbé de La Victoire ‘ lui disait l’autre Jour : « Mademoiselle , il n’y a pas d’appa- « rence que vous refusiez à d’auti-es ce que vous accor- « derez à M. de Ventadour. » Et Benserade disait : « Je « voudrais bien qu’une mère, une tante , une amie voulût « se mêler de gronder une femme comme celle-là , parce- « qu’elle haïrait son mari et qu’elle aurait un galant ; ma « foi, elle aurait bonne gi'ace. » M. de Duras a, cette année , pendant le voyage de Flandre , le même commandement général qu’avait M. de Lauzun l’année passée, et d’autant plus beau, qu’il y aura une fois plus de troupes. Le roi a donné à mademoiselle de La Mothe 2, fille de la reine , deux cent mille francs: elle trouvera bientôt parti. M. de Lauzun a refusé le bâton de maréchal de France, que le roi voulait lui donner ; il a dit qu’il ne le méritait pas ; et que, s’il avait assez servi, ce serait un honneur qu’il tiendrait fort cher, mais qu’il ne voulait l’avoir que par le bon chemin 3. D’Hacqueville , par ses soins, a fait avoir à M. le cardinal de Retz six mille livres de rente sur le

1 II 6C nommait Lcnet; c'était le frère du procureur-général au parlement de Uijon.

a Mademoiselle de lai Mothe-d’Argencourt. Louis XIV l’aimait. Persécutée par Mazarin, qui n’avait pu s’en faire un espion auprès du jeune roi, elle SC retira au couvent des religieuses de Sainte-Marie à Cbaillot, où elle resta justiu'i la fin de sa vie, mais sans prononcer de vœux.

a Le roi dit à M. de Lauzun : « Je vous ferai si grand que vous n’aurez « pas sujet de regrcller la fortune que je vous ûtc; je vous fais, en atten- « dant, duc et pair, et maréchal de France. — Sire, interrompit Lauzun, <( vous avez fait tant de ducs qu’un n'est plus honoré de l’être , et pour le « liâton de maréchal de France, Votre Majesté pourra me le donner quand « je l’aurai mérité par mes services. »

{Mémoires inédits de l’abbé de (.'hoisi.j

DE MADAME DE SÉVIGNÉ. tKf

même fonds qu’on a donné au cardinal de Bouillon , hormis qu’il n’en a pas l’obligation à messieurs du clergé.

ni, — A LA MÊME.

A Paris, vendredi au soir, 27 février 1671.

Le Rhône , ma chère fille, me tient fort au coeur; je crois que vous êtes arrivée heureusement ; mais j’aimerais bien à le savoir par vous ; j'attends cette nouvelle avec une impatience digne, de tout le reste. Il nous semble que vous arrivâtes samedi à Arles; il nous semMe que M. de Grignan est venu au-devant de vous au Saint-Esprit ; il nous semble qu’il a été ravi de vous revoir et de vous ravoir; il nous semble que vous avez fait comme mercredi votre entrée à Aix ; et puis, il nous semble que vous êtes bien lasse. Ma chère enfant, reposez-vous, au nom de Dieu; tenezvous au lit , restaurez-vous , et contez-moi bien l’état où vous êtes. Savez-vous que votre souvenir fait ici la fortune de ceux que vous en favorisez? Les autres languissent après. Le petit mot pour ma tante ne se peut payer ; on est encore fort loin de vous oujilier. On m’a tantôt dit mille horreurs de cette montagne de Tarare ; que je la hais I II y a un autre certain chemin où la roue est en l'air, et l’on tient le carrosse par l’inipériale; je ne soutiens pas cette idée; mais il n’est plus question de tout cela.

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