LETTRE CXLII
Vendredi, 28 octobre 1775.
Je viens de recevoir trois lettres de Fontainebleau : elles sont du 26, et M. de Saint-Germain n'était pas encore arrivé. Mon ami, vous me disiez mercredi matin que vous m'écririez le soir, et vous n'avez pas pensé à moi. Depuis cet instant, dites-moi donc au moins si vous avez reçu deux lettres par M. de Vaines, et une par la poste,, l'une de mardi et deux d'hier. Quand j'ai vu toutes ces lettres de Fontainebleau, je n'ai pas mis en doute qu'il n'y en eût une de vous. Mon Dieu, qxw vous me rendez injuste ! mon premier mouvement est toujours de lire avec dégoût les
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lettres de Fontainebleau, lorsqu'elles ont trompé mon espérance. Eh! non, non, ce n'est pas vous qu'il faudrait aimer : vous êtes d'une agitation, d'une évaporation qui ne permettent pas de compter sur vous. Je ne vous critique pas; mais je me condamne par tout ce qui me reste de raison ou de force. — Les archevêques d'Aix et de Toulouse sont partis ce matin pour Fontainebleau. Mon ami, vous avez jugé de l'état de ce dernier avec ce vif intérêt qui fait dire au comte de C... que je me porte bien ; il est en bien mauvais état, et j'en suis bien inquiète : il a le meilleur régime, mais j'ai bien peur qu'il ne suffise pas contre son mal. Il est gai et même sans inquiétude : il tient peu à la vie, quoiqu'il n'ait guère senti le malheur. — J'admire votre justice, mon ami, lorsque vous blâmiez le choix du ministre, c'était M. Turgot qui Pavait fait; depuis, après y avoir mieux pensé, vous avez trouvé que c'était le plus excellent choix qu'on pût jamais faire ; ce n'est plus M. Turgot, c'est M. de Malësherbes. Tout comme il vous plaira, mais vous aurez bien de la peine à mettre dans ces deux têtes-là deux volontés : il n'y en a qu'une, et c'est toujours pour faire le mieux possible. Oh! oui, je les aime; ce n'est pas le mot : je les chéris et les respecte du fond de mon âme. Ils ont eu l'honnêteté de me faire partager le plaisir qu'ils avaient du choix du roi. Ce n'est pas par reconnaissance que je tiens à M. Turgot : il oublierait que j'existe, que je me souviendrais de même de tout ce qu'il vaut. Voilà ma réponse à tout ce que vous me mandiez de Montigni; par sagesse je m'abstiens de répondre de premier mouvement : vous m'aviez blessée, et je me tus; je n'y sais plus que cette manière. Je ne sais plus si M. Nicole a oublié ce moyen de conserver la paix : il en vaut bien un autre. Adieu, mon ami. Vous ne m'avez rien dit, et je