‹ Lettres de mademoiselle de Lespinasse (volume 2)Chapitre 170 sur 175 · LETTRE CLXXIV · texte numérisé non relu

LETTRE CLXXIV

Dix heures du matin, 1776.

Je ne pouvais lire, ni écrire, ni dicter à huit heures quand j'ai reçu votre billet. J'étais dans une crise de toux et de douleur, qui ne m'ont permis qu'une heure après d'ouvrir votre lettre. Ce matin , mes douleurs sont venues

à un tel point, que j'étais menacée d'inflammation. J'ai tout tenté pour obtenir du soulagement ; et dans cette crise, vous voyez bien qu'il fallait que ma porte fût fermée. L'archevêque d'Aix et deux autres personnes y étaient venus longtemps avant vous. Eh ! bon Dieu ! pourquoi vous exclure ? parce que vous ne m'avez pas vue hier ! Ces mouvements, ces pensées ne viennent que lorsqu'on se croit aimé, et surtout qu'on espère du plaisir; et dans mon étal il n'y en a plus, je ne respire qu'après le soulagement. J< viens de me priver de AL d'Aiidezi ; il restait avec moi. Je n'en ai pas eu le courage ; il m'a trouvé la fièvre assez forte, et il lui a paru bien simple que je préférasse mon lit à la conversation. Bonsoir donc; je vais me coucher. Ne venez pas demain matin : ma porte sera fermée jusqu'à quatre heures sans exception. Je ne suis plus maîtresse de mes maux ; ils ont pris possession de moi, et je leur cède. N'allez pas croire que je n'aie point envie de vous voir; mais je meurs de regret à la manière triste dont vous passez la soirée auprès de moi , tandis que vous êtes entouré chez vous de tous les genres de plaisir. Point de sacrifice , mou ami : les malades repoussent les efforts ; ils leur font si peu.

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