LETTRE XLIV
J e suis désolée : ce n'est pas de ce que vous êtes enrhumé, mais de ce que vous ferez si bien, que ce rhume deviendra une maladie. Vous devriez garder votre lit tout le jour, et vous vous proposez déjà de sortir! en grâce, mon ami. buvez, soyez tout à fait dans votre' lit, sans y lire, ni écrire. Je me reproche le mot que vous m'ayez écrit, et avant que vous ayez écrit. répondu et répliqué à toutes ces Dames, vous ne serez pas un moment en repos. Je vous attendois depuis neuf heures ; il y avoit de Peau d'orge, de guimauve, de l'orgeat, pour vous faire prendre par force une bavaroise; voilà comme cela s'appelle, et non pas de la soupe. Mon Dieu! que je voudrois être à côté de votre lit! je vous soignerois : jamais garde n'auroiteu tant de zèle et d'affection. — Mon ami, ne sortez pas. laissez croire que vous êtes parti, et peutêtre qu'avec ce ménagement, vous serez assez bien pour partir demain matin. Assurément vous ne voyagerez pas la nuit, ce seroit de la folie ; en allant coucher à Orléans, vous ne serez pas fatigué. Vous ne médites pas si vous avez de la fièvre dans ce moment-ci. J'enverrai savoir de vos nouvelles à une heure ; en grâce, mon ami, ne sortez point : je saurai de vos nouvelles plusieurs fois dans la journée; et pour cela, je vais diner chez moi : je ne sortirai qu'à neuf heures du soir.
ÎIO LETTRES
Mon ami, j'exige de vous que vous passiez la soirée dans votre lit; je vous assure que si vous n'y prenez garde, vous ferez de ceci une fluxion de poitrine. Mais sans doute vous avez écrit à M. votre père : s'il vous connoît bien, il sera moins inquiet, parce qu'il ne comptera pas sur votre exactitude. Voyez combien je suis dure, et quel moment je prends pour vous accabler! oui, en vérité, vous avez tort d'être malade. Et bien, si vous étiez parti hier, mon inquiétude auroitelle été fondée? Mon ami, buvez, mais quoi ? je crains que ces eaux n'aient trop d'activité: de la guimauve, ou de l'eau d'orge. Si vous venez chez moi. vous en aurez de toute prête, mais ne venez pas, non, ne venez pas. Ménagez-vous pour ce qui vous aime avec tant de tendresse.