‹ Lettres de Malaisie; romanChapitre 8 sur 9 · LETTRE VIII · texte numérisé non relu

LETTRE VIII

Mercure, Palais des Coupoles astronoiuiques.

Les villes les plus récentes de la dictature sont, comme celle-ci, semées au milieu de forêts. Autour des édifices chuchotent des eaux vives. Les cygnes nagent à l'ombre. Sur une patte, les ibis roses méditent. Les tramways électriques portent à la proue des figures gracieuses et sculptées qui tiennent le fanal dans leurs mains. Il en saillissait de pareilles aux proues des nefs antiques. Sur les routes couvertes par les voûtes de verdure que fournissent les frondaisons des arbres tropicaux, il court des automobiles

offrant la forme atténuée d'hippogriffes. Les aiïes à demi décloses enferment la capote, tandis que le cou rengorgé du monstre, son poitrail qui se bombe, terminent de façon heureuse le train antérieur. Couronnant la tête de l'hippogriffe, six fleurons sont des ampoules électriques ; et, la nuit venue, on voit glisser, vertigineuses, ces belles bêtes de sombre bois laqué, à couronnes de lumière.

Nous avons longé, dans une de ces voitures, la digue de maçonnerie qui soutient et qui élève le monstrueux télescope de trois kilomètres et gros à proportion; nous avons contourné les lacs de réactifs où les savants étudient la guerre des substances ; nous avons circulé, des heures, entre les dômes de verre où, le vide ayant été fait, les courants odiques et les fluides les plus subtils ondulent, planent, vivent, révélés par des moirures diaphanes, et, quelquefois par un bref éclair bleu ; nous avons escaladé des sentes de cristal, la colline d'aimant maçjnétique qui darde, certains soirs, une gerbe d'essence glauque vers laquelle, accourent, parmi l'espace, d'innombrables

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gouttes de lueurs fauves, vertes, bleues, vers laquelle zigzayue la foudre, continûment.

C'est ici la région des miracles scientifiques. Dès que le soleil se couche, les gens s'illuminent, à cause d'une préparation phosphorée qui teint leurs vêtements. Alors l'éclat des promeneurs éclaire les chemins d'une sorte douce et charmante. L'ombre s'emplit de fantômes brillants qui parlent, glissent deux à deux, trois à trois. Les orgues cachées chantent. On s'aperçoit d'une parenté bien plus proche avec les êtres hypothétiques habitant les myriades de planètes en suspension dans les profondeurs.

En vérité l'enthousiasme m'a conquis

cette fois. Comment dirai-je le secret du

bonheur ressenti? Cela tient-il aux propos

des savantes et des savants qui exposent

avec des voix mystiques la composition des

mondes ? Cela vient-il de l'air imprégné par

de suaves effluves ; ou des figures embellies

par une adoration loyale envers l'Harmonie

des Forces que tous nomment Dieu ? Ici

lulle peine n'est lue en aucun œil. Il ne

se rencontre personne qui rie, il ne se rencontre personne qui s'attriste.

« — Ecoutez, me chante Pythie ; écoutez si vos oreilles peuvent le faire. N'entendezvous pas bruire l'invisible vie des Idées autour de nos membres ? Ne sentez-vous pas comme la vigueur des Grands Etres vous fortifie, en ce lieu ? Ne goûtez-vous pas la confiance délicieuse de se connaître organes minuscules de la Persomie Planétaire ? Je ne sais si vous percevez, ainsi que moi, la douceur de se perdre en une forme plus totale que nos individualités humaines. Je ne sais si le sens de se diluer parmi l'immense courant de la Gnose vous transporte hors de votre yaîne charnelle, comme elle me transporte. Tout s'écoule de moi qui n'est point pensée. Un magnétisme « décorpore » ici la mentalité. Ne vous semble-t-il pas concevoir aisément ce que chacun de ces promeneurs espère, entrevoit, ou contemple de son esprit ?... Ah, vous me parliez d'amour, d'âmes en communion, d'êtres distincts rassemblés en un seul être ; vous conseillez la fusion de nos deux sentiments en une seule ardeur passionnelle...

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A^oici qui comble le vœu. Tous les habitants (le la cité vivent en une môme ûme qui s'évertue pour connaître plus du secret des mondes, et le reste s'abolit devant leur désir de chercher le Dieu véritable... »

Certainement l'atmosphère de la ville est spéciale. On jouit d'une ivresse calme à travers les jardins maquifiquement colorés.

N'avez-vous pas, mon cher ami, à certains jours, subi l'entraînement de la foule dans les rues d'une capitale ? L'indignation ou la moquerie dont elle s'anime, devant les spectacles d'une brutalité, d'une déchéance, ne vous saisissent-elles pas, malgré les avis de la raison ? Mêlé à la cohue populaire, n'avez-vous pas acclamé la souveraine qui passe, raillé l'ivrogne en querelle, applaudi l'héroïne d'un niais vaudeville, ou poursuivi le larron qui vient de dérober à l'étalage ? Du moins, si vous n'avez pas été jusque l'acte, il vous fallut, à ces minutes, une viefoire sur le penchant, une résistance à l'appel de la multitude. La contagion de l'exemple afTole quand la foule est nombreuse. La préoccupation de l'incident supprime la somme des autres soucis chez ceux de la cohue.

L'entière volonté de chacun se concentre afin de participer à l'émotion générale, d'y jouer un rôle. Colères, railleries, fureurs, espoirs de vaincre, désirs bestiaux s'unissent par dessus le reste des hommes, et composent une seule force omnipotente dont les effluves grisent. Les instincts s'excitent au paroxysme. Ils affluent des corps ; et leur mélange extérieur crée un être collectif dont les individus deviennent les membres serviles.

Cette colère ou cette joie de la rue peuvent donner une imagination approximative de ce que je ressens au milieu de cette ville. Je deviens le membre docile d'une idée collective d'existence. La fureur de poursuivre la science, m'entraîne avec la cohue des êtres frénétiquement avides d'y participer. Mon attention augmente d'une manière phénoménale. Sans rien connaître de la physique, de la chimie, de la mathématique, de la cosmographie que les rudiments appris au collège, je vois se révéler l'évidence de phénomènes, de lois, de formules, de calculs, de solutions. Entre les autres et moimême une endosmose de savoir se continue.

Aux yeux et aux sourires, autant qu'aux paroles, je lis la certitude qu'il convient d'ac(juérir. Et je me rue avec la foule à la chasse de la vérité. Nul ne résiste à cet entraînement.

« — Voilà, voilà... je vous aime, nra dit Pythie, ce matin. Vous venez d'éclairer les raisons de rythmes qui règlent la formation de la substance dans l'éther impondérable. Et mon esprit épouse le vôtre, l'adore en admiration... 0 cher amant, cher amant... qui faites paraître la force de votre intelligence ; vous avez compris les émois du monde, les motifs de sa genèse ; et la création palpite sur vos lèvres disertes

Tenez voici mon corps, aussi, par surcroît, mes mains, ma gorge et ma bouche, et le reste de moi »

Nous eûmes une étreinte de dieux...

Théa ne nous a point suivis jusque cette ville de Mercure. Elle est repartie pour Jupiter où son office l'appelait. Nous marchons seuls, Pythie et moi, parmi les miracles de la cité savante.

Pythie est pleine de charme. Elle va, légère et magnifique, dans son habit bleu, au haut

de ses guêtres fauves. L^or mat de son visage rayonne autour des yeux ironiques et profonds. Mais sou sourire a gagné d'ineffables indulgences.

Les palais rient de leurs céramiques colorées au bout des charmilles unies en l'air par des toits de lianes et de vignes sauvages. Vêtus de bleu, les gens marchent avec l'allure d'un bonheur grave. Il y a des allées de sable écarlale, des eaux jaillies, violettes, pourpres, orangées, mauves ; des statues groupées de personnages nobles qui regardent les astres, avec des yeux passionnés, ou dont le geste s'émerveille devant le miracle éclos aux transparences de la cornue. Un très fin réseau métallique enferme dans les perspectives sylvestres la course de daims, de cerfs, de chevreuils. Les belles bêtes déambulent entre les arbres. Des faisans picorent. Les paons s'irradient, perchés sur le rebord des vasques. Après les verdures noires des taiUis, le flamant rose baigne, en une mare constellée de fleurs énormes, ses pattes de fiHgrane.

Le plus étrange de la ville est un lieu cave pareil au gigantesque hippodrome deByzance.

En ce val, des lUMjies et des Malais vivent solitaires, chacun à l'abri d'une arcade que des grilles ferment. Maintes cascades artificielles imprègnent de fraîcheur les rues (jui desservent les façades. Des arbustes et des stores propagent l'ombre. Ces prisons forment une sorte d'avenue triangulaire dont la base est une scène de vaste théâtre. La ligne Jroite de l'angle est habitée par les femmes, !:• iigne gauche par de jeunes hommes.

Des fleurs odorantes ornent les cheveux des uns et des autres. Leurs corps dégagent un parfum lourd. On les voit sans cesse aux mains des masseurs. Une musique voluptueuse énerve visiblement la langueur de leurs yeux. A portée de leurs mains des tables sont servies que chargent des fruits, des breuvages, certaines confitures succulentes et pimentées, des sauces singulières noyant des purées rougeâtres.

A voix mélodieuses, les phonographes récitentcertainesrapsodies malaises quisemblent intéresser lesallures reptiliennes des jaguars des chats et des panthères domestiques frôlant les buissons de roses. Ces animaux

s'étirent, rampent et puis baillent. Ils se frottent le long des barreaux ou miaulent au ciel qui chatoie, cerné, sur la crête circulaire du val, par le frémissement de la forêt.

Il est des heures où le théâtre se peuple de danseuses javanaises. Leurs tiares de cuivre brillent au-dessus des|tresses noires. Leurs mains erotiques s'agitent et fendent l'air ainsi que les nageoires des poissons fendent l'eau. Souvent une horde de négresses hurlantes imite les obscénités de l'amour. C'est la représentation habituelle aux théâtres de ce pays, avec cependant quelque chose de plus bestial, avec des musiques sauvages, tour à tour frénétiques et lugubrement lentes.

Cela fait se plaindre les jaguars. Ils se poursuivent. Ils miaulent. Les matous aussi s'énervent et combattent. Des griffes s'ensanglantent. Leur colère tousse. Etendues sur l'échiné, et montrant leurs ventres blancs, leurs rangées de mamelles roses, les femelles des panthères appellent le mâle qui, pour surgir, troue les buissons d'où neigent les pétales des fleurs mûres. Alors, force-

nées, les bêles se mordent et s'accounlent. Une tiède odeur de fauves corrompt l'air.

Des bandes de soie sombre se déroulent le long des m^lts, se goiiHent et s'amollissent au souffle, de vents artificiels.

On aperçoit les solitaires qui remuent derrière leurs grilles argentées. Yeux et dents illuminent les physionomies brunes battues païf les franges épaissies des cils.

L'étroitesse de l'avenue angulaire ne tient les hommes éloignés des femmes qu'à une distance minime. lisse considèrent en s'étirant. Les regards disent leur convoitise mutuelle des chairs. Pensives, les filles se serrent contre les barreaux de leur arcade en contemplant la volupté des jaguars et des chats. Les frissons nerveux secouent leurs épaules , leurs seins, pendant que durent le spectacle comme la musique. Les fleurs éclatent en couleurs sur les chevelures bleues des captifs. Plus forts émanent les parfums des corps. Une commence à gémir. D'autres plaintes répondent. Toutes les faces se collent aux barreaux d'argent ; les mains brunes se crispent. Les saccades de rires hystériques s'unissent aux fré-ésies

de l'orchestre. Les hommes aussi bâillent douloureusement et tordent leurs bras dans les grilles.

— Ils souffrent, dis-je, la première fois à Pythie.

— Oui répondit-elle, ils souffrent. Ces mets, ces fruits, ces sauces, ces confitures, dont vous avez goûté une parcelle sont de puissants aphrodisiaques qui paroxisent le désir de leur instinct. Tout à l'heure ils bondiront sur place éperonnés par le délire de la chair qu'excitent encore les musiques et les danses. Et cependant nul n'ouvrira les grilles d'argent entre lesquelles ils passent leurs cuisses et leurs bras, leurs bouches douloureuses.

— Et pourquoi ce supplice ?

— Ah ! Ah ! Comprenez-vous?... Voici la raison. Ces deux cents barbares dans la force et la jeunesse ainsi saturés de désir se trouvent dans l'état où leur nerfs dégagent le plus de volonté. Ils projettent leurs fluides, leur âme, leur vigueur psychique hors d'euxmêmes. Ils essaient de jaillir hors de leurs corps pour rejoindre les formes du sexe contraire ; telles les électricités de nom différent

qui se projettent aux bouts des pointes afin de s'unir dans la brève joie d'une étincelle bleue.

« Nos savants estiment qu'il en est de mt^me à l'égard de ces sauvages. Leurs fluides volontaires jaillissent des pointes de leurs corps, mains, jambes, bouches, pour tenter de se joindre et de se confondre.

« Si l'hypothèse est justifiable, cette étroite avenue angulaire contient une quantité de force psychique, de fluide humain qui s'accumule invisiblement. L'on peut donc induire qu'une personne saine momentanément baignée dans ce fleuve, attirerait à elle une partie de la force statique, et, neutre, se chargerait des fluides de noms contraires. Le déneutralisation, en s'opérant, occasionnerait un état tel que, pendant une seconde au moins, le baigneur se trouverait contenir le paroxysme de la force psychique émise par ces deux cents sauvages. Imaginez un savant, pénétré de l'importance de son problème capital et qui sent très prochaine la solution. Il entre dans cette avenue. Il marche, les yeux fermés, parmi cette accumulation de fluides. Le jeûne, le bain, de préalables copulations, l'ont pré-

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paré de manière à ne pas être sexuellement ému. La volonté s'accroîtra donc d'une somme fluidique considérable empruntée à l'atmosphère spéciale. Elle se concentrera plus vigoureusement. Elle dépensera avec plus de puissance un effort centuplé. Il y a mille chances pour que notre penseur trouve dans ce bas-fond la résultante de son problème.

« Voyez : un plafond de verre en deux parties s'abaisse progressivement sur l'avenue. Les fluides vont être condensés par une pression de gaz récemment créés dans ce but. Comme, devant les grilles, l'air s'épaissit ! Le voyez-vous bleuir ? Aux extrémités des mains, des jambes, il naît de minuscules pétillements. Voici que l'on distingue les ondes psychiques. Des courants

agissent par couches, en sens contraire

Ah ! les chats et les jaguars commencent à geindre. Bon, tous les [rires hystériques donnent. Quel charivari... Regardez comme ces pauvres brutes se collent aux barreaux. Et celle-ci qui déchire sa robe, qui pousse sa chair dans les interstices de la grille..., et son rictus ; et sa chevelure qui se dresse

entre les fleurs pourpres. On suffoque tant les odeurs mâles et femelles sourdent des épidermes en sueur. Kemarquez aussi les ceintures de sûreté qui gardent les captifs contre tout assouvissement artificiel. Pendant une heure encore, les désirs et les délires vont s'exaspérer dans leurs corps. Oh ! cette panthère a-t-elle bondi haut ! On commence à se sentir mal à l'aise. Les phosphorescences sont danoereuses à regarder.

Mon torse tourne sur mes hanches ; et mes seins me font mal. Sortons un peu. Dans une heure nous reviendrons. »

A notre retour, le spectacle répugna.

Comme les lianes ou le lierre entourent les ari)res, les corps des captifs restaient noués autour des barreaux d'argent. Presque tous étaient aphones d'avoir hurlé. Les langues sautelaient dans leurs bouches ouvertes et blanchies. Plusieurs, en se pressant contre les barreaux, avaient laissé leur chair se meurtrir, saignaient. Il y eut des filles qui se tordirent à terre en pleurant; des hommes qui pantelèrent étendus sur le ventre. Les jaguars, les chats et les panthères blottis dans des coins, parmi

des buissons, ne bougeaient plus, miaulaient faiblement.

Au milieu de l'angle, siégeait sur un trône une forme immobile et voilée. Nous ne vîmes que des mains de vieillard aux veines grossies. li'air dense avait des zones rouges^ violettes, mauves, bleues, et les courants agissaient par ondes rapides dans son épaisseur phosphorescente. La frénésie des musiques s'était tue. L'ombre emplissait le théâtre. Le plafond de verre refermé serra une masse incolore de gaz contre l'atmosphère en pression. Aux barreaux d'argent, les solitaires encore tendaient les mains, les lèvres, heurtaient leurs fronts, leurs soupirs rauques, leurs yeux de feu.

La forme du savant ne remua point toute une heure, insensible aux plaintes des torturés. Soudain il poussa un cri de triomphe, et quitta le trône pour se précipiter vers l'issue.

— 11 a trouvé, dit Pythie.

Au même moment toutes les grilles tournèrent sur leurs gonds devant les arcades ; et les solitaires surgirent vers les bras ouverts des femmes, vers les corps pante-

lants, et les seins meurtris. Mais, à peine dressés, ils trébuchèrent. Nul des femmes ni des hommes ne put franchir l'étroite avenue. Les corps s'abîmèrent sur les huissons de roses d'où les jaguars s'enfuirent, Un grand sançjlot retentit encore. Le désir avait aboli la force de réaliser, l'étreinte.

Doucement le plafond se divisa. Les deux parties de verre furent redressées. L'air s'évada en sifflant par la fente. Nous sortîmes.

Au dehors les phonographes proclamaient la miraculeuse découverte obtenue par le patient du xii" groupe mathématique.

Un cortège de fête se forma aux carrefours des jardins (1).

(4) Cf. Fénolon, r(*/<?mague, Livre XIII.

Déjà la réputfition du gouvernement doux et modéré d'Idoménée attire en foule de tous côtés dos peuples, qui viennent s'incorporer au sien et chercher leur bonheur sous une si aimable domination. Déjà ces campagnes si longtemps couvertes de ronces et d'épines promoltent de riches moissons et lies fruits jusqu'alors, inconnus. La terre ouvre son soin au tranchant do la charrue, et prépare ses vichessos pour récompenser le laboureur : l'espérinco reluit de tous cotés. On voit dans les vallons t Isur les collines les troupeaux de moutonsqui boriilissentsur l'herbe et les grands troupeaux de bœufs

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et de génisses qui font retentir les hautes montagnes de leurs mugissements. Ces troupeaux servent à engraisser les campagnes. C'est Mentor quia trouvé le moyen d'avoir ces troupeaux. Mentor conseilla à Idoménée de faire avec les Peucètes, peuples voisins, un échange de toutes les choses superflues qu'on ne voulait plus souffrir dans Salente avec ces troupeaux, qui manquaient aux Salentins.

En même temps, la ville et les villages d'alentour étaient pleins d'une belle jeunesse, qui avait langui longtemps dans la misère, et qui n'avait osé se marier de peur d'augmenter leurs maux. Quand ils virent qu'Idoménée prenait des sentiments d'humanité, qu'il voulait être leur père, ils ne craignirent plus la faim et les autres fléaux par lesquels le ciel afflige la terre. On n'entendait plus que des cris de joie, que des chansons des bergers et des laboureurs qui célébraient leurs hyménées. On aurait cru voir le Dieu Pan avec une foule de satyres et de faunes mêlés parmi les nymphes, et dansant au son de la flûte, à l'ombre des bois. Tout était tranquille et riant, mais la joie était modérée, et les plaisirs ne servaient qu'à délasser des longs travaux : ils en étaient plus vifs et plus purs.

Les vieillards, étonnés de voir ce qu'ils n'avaient osé espérer dans la suite d'un si long âge, pleuraient par un excès de joie mêlée de tendresse ; ils levaient leurs mains tremblantes vers le ciel.

« Bénissez, disaient-ils, ô grand Jupiter, le roi qui vous ressemble, et qui est le plus grand don que vous nous ayez fait. 11 est né pour le bien des hommes. Rendez-lui tous les biens que nous recevons de lui... »

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