‹ Lettres de Mme de SévignéChapitre 152 sur 286 · DE MmcDE SEVIGNÉ A Mme DE GRIGNAN · texte numérisé non relu

DE MmcDE SEVIGNÉ A Mme DE GRIGNAN

ABriare, mercredi 2i juin 1676.

Je m'ennuie, ma très-chère, d'être si longtemps sans vous écrire. Je vous ai écrit deux fois de Moulins; mais il y a déjà bien loin d'ici à Moulins. Je commence à dater mes lettres de la distance que vous voulez. Nous partîmes donc lundi de cette bonne ville : nous avons eu des chaleurs extrêmes. Je suis bien assurée que vous n'avez pas trouvé d'eau dans votre petite rivière , puisque notre belle Loire est entièrement à sec en plusieurs endroits. Je ne comprends pas comme auront fait madame de Montespan et madame de Tarente ; elles auront glissé sur le sable. Nous partons à quatre heures du matin; nous nous reposons longtemps à la dînée; nous dormons sur la paille et sur les coussins de notre carrosse , pour éviter les incommodités de l'été. Je suis d'une paresse digne de la vôtre ; par le chaud , je vous tiendrais compagnie à causer sur un lit, tant que terre nous pourrait porter. J'ai dans la tête la beauté de vos appartements; vous avez été trop longtemps à me les dépeindre.

Je crois que sur ce lit vous m'expliqueriez ces ridicules qui viennent des défauts de l'âme , et dont je me doute à peu près. Je suis toujours d'accord de mettre au premier rang de ce qui est bon ou mauvais , tout ce qui vient de ce côté-là : le reste me paraît supportable , et quelquefois excusable ; les sentiments du cœur me paraissent seuls dignes de considération ; c'est en leur faveur que

MAD. Dt SEVIGNÉ. . 31

Ton pardonne tout : c'est un fonds qui nous console et qiu nous paye de tout ; et ce n'est donc que par la crainte que ce fonds ne soit altéré, qu'on est blessé de la part des choses.

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