‹ Lettres de Mme de SévignéChapitre 183 sur 286 · DE Mmc DE SÉVIGNE A Mme DE GRIGNAN · texte numérisé non relu

DE Mmc DE SÉVIGNE A Mme DE GRIGNAN

(Livry), samedi,ausoir(27mai 1679).

Vous qui savez , ma bonne , comme je suis frappée des illusions et des fantômes , vous deviez bien m'épargner la vilaine idée des dernières paroles que vous m'avez dites. Si je ne vous aime pas , si je ne suis point aise de vous voir, si j'aime mieux Livry que vous , je vous avoue , ma belle , que je suis la plus trompée de toutes les personnes du monde. J'ai fait mon possible pour oublier vos reproches , et je n'ai pas eu beaucoup de peine à les trouver injustes. Demeurez à Paris , et vous verrez si je n'y courrai pas avec bien plus de joie que je ne suis venue ici. Je me suis un peu remise en pensant à tout ce que vous allez faire où je ne serai point , et vous savez bien qu'il ny a guère d'heures où vous puissiez me regretter; mais je ne suis pas de même, et j'aime à vous regarder et à n'être pas loin de vous, pendant que vous êtes en ces pays où les jours vous paraissent si longs ; ils me paraîtraient tout de même , si j'é-

1 CV»l la maxime G? du duc de la Rochefoucauld.

tais longtemps comme je suis présentement. Je voudrais bien que votre poumon fût rafraîchi de l'air que j'ai respiré ce soir; pendant que nous mourions à Paris, il faisait ici un orage jeudi qui rend encore l'air tout gracieux. Bonsoir, ma très-chère; j'attends de vos nouvelles , et vous souhaite une santé comme la mienne; je voudrais avoir la vôtre à rétablir. Voilà mes chevaux dont vous ferez tout ce qu'il vous plaira.

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