DE Mme DE SÉVIGNÉ A M. DE COULANGES
A Paris, mercredi 24 décembre 1670.
Vous savez présentement l'histoire romanesque de Mademoiselle et de M. de Lauzun. C'est le juste sujet d'une tragédie dans toutes les règles du théâtre ; nous en disposions les actes etles scènes l'autre jour; nous prenions quatre jours au lieu de vingt-quatre heures , et c'était une pièce parfaite. Jamais il ne s'est vu de si grands changements en si peu de temps ; jamais vous n'avez vu une émotion si générale; jamais vous n'avez ouï une si extraordinaire nouvelle. M. de Lauzun a joué son personnage en perfection; il a soutenu ce malheur avec une fermeté , un courage , et pourtant une douleur mêlée d'un profond respect, qui l'ont fait admirer de tout le monde. Ce qu'il a perdu est sans prix; mais les bonnes grâces du roi, qu'il a conservées , sont sans prix aussi , et sa fortune ne paraît pas déplorée. Mademoiselle a fort bien fait aussi ; elle a bien pleuré , elle a recommencé aujourd'hui à rendre ses devoirs au Louvre , dont elle avait reçu toutes les visites. Voilà qui est fini. Adieu.