A M. CORNAIRE
PRÊTRE DE LA MISSION, AUMÔNIER A l'HÔPITAL DU MANS.
11 le félicite de son zèle pour l'assistance spirituelle des malades, et Pexhorte i continuer
malgré la défense faite par les administrateurs.
20 septembre i65o.
Monsieur,
Je loue Dieu de la douceur d'esprit avec laquelle vous avez reçu la défense de messieurs les administrateurs, et le bon usage que vous faites des contradictions qui vous arrivent ; je ne doute point qu'elles ne vous soient suscitées par Tesprit malin, ennemi du bien que vous pratiquez, mais il n'en aura que la confusion. Dites hardiment, comme saint Ignace martyr lorsqu'on le persécutait : « C'est maintenant que je commence d'être disciple de Jésus-Christ. » J'espère, certes, que cette persécution que vous endurez pour un emploi si saint qu'est le vôtre, vous fera mériter la grâce de supporter d'autres peines plus grandes, si sa providence permet qu'il vous en survienne, comme elle le pourra faire , pour votre plus grande sanctification. De tout mon cœur. Monsieur, je vous recommande à lui, vous et vos croix, le priant qu'il vous fortifie pour les porter jusqu'au haut de la montagne de votre perfection; ou bien qu'il soit lui-même votre Simon céleste, vous aidant à les porter, comme le Cyrénéen l'aida à porter la sienne.
Je trouve fort bonne la résolution que vous avez prise de continuer l'administration des sacrements aux malades, de faire quelque exhortation dans l'hôpital les fêtes solennelles et le catéchisme les dimanches (ce qui est digne d'un véritable enfant de l'Évangile); mais ce sera faire bien davantage, si vous ne vous désistez pas pour la défense de visiter les
I. M. Guillaume Cornaire^ né le 14 juin 1614^ dans le diocèse de Besançon; reçu à Paris le 2 décembre 1647.
malades. Vous aviez coutume de les voir tous les jours, de les consoler dans leurs afflictions et de les encourager à la patience ; faites-le encore, s'il vous plaît; Enseignez aux uns à faire des actes de résignation, d'amour de Dieu et d'espérance en sa miséricorde, et excitez les autres à la contrition et à l'amendement : bref, disposez-les à bien mourir s'ils tendent à la mort, et à bien vivre si Dieu les laisse encore en ce monde. Ce travail, si long et continu,' est ennuyeux à la vérité à ceux qui n'en considèrent pas l'importance ; mais à vous. Monsieur, qui en connaissez le mérite, et qui, grâce à Dieu, avez à cœur le salut des pauvres, ce vous doit être une consolation sans mesure comme ce vous est un bonheur incomparable. Jusqu'à cette heure vous avez fait des fruits à milliers par cet exercice charitable, procurant la vie éternelle à tant et tant d'âmes qui ont passé par vos mains ! Seigneur Dieu, Monsieur ! pourrait-il y avoir rien au monde capable de vous détourner, ni seulement dégoûter d'une occupation si précieuse aux yeux de Dieu ? Combien pensez-vous qu'il y a à Paris de personnes de grande condition, de l'un et l'autre sexe, qui visitent, instruisent et exhortent les malades de THôtel-Dieu tous les jours ? qui s'y portent d'une dévotion admirable, même avec persévérance? certes, ceux qui n'ont pas vu cela ont peine à le croire, et ceux qui le voient en sont tout édifiés ; car, en effet, cette vie-là est la vie des saints, et des grands saints, qui servent Notre-Seigneur en ses membres et dans la meilleure manière qu'il est possible. Plaise à Dieu de se glorifier lui-même de votre vocation à cet emploi, de ce qu'il vous a choisi entre mille, et vous a donné beaucoup de grâces pour y réussir, etc.