A M. DU COUDRAY
PRETRE DE LA MISSION, A ROME
Cinq maximes fondamentales et essentielles de l'existence de la Congrégation.
Août i63f.
Monsieur,
Vous devez faire entendre que le pauvre peuple se damne, faute de savoir les choses nécessaires à salut, et faute de se confesser. Que si Sa Sainteté savait cette nécessité, elle n'aurait point de repos qu'elle n'eût fait son possible pour y mettre ordre; et que c'est la connaissance qu'on en a eue qui a fait ériger la Compagnie pour, en quelque façon, y remédier. Que, pour ce faire, il faut vivre en congrégation et observer cinq choses comme fondamentales de ce dessein: l'^de laisser le pouvoir aux évêques d'envoyer les missionnaires dans la partie de leur diocèse qu'il leur plaira ; 2® que lesdits prêtres soient soumis aux curés où ils iront faire la mission, pendant le temps d'icelle ; 3** qu'ils ne prennent rien de ces pauvres gens, mais qu'ils vivent à leurs dépens ; 4^ qu'ils ne prêchent, ni catéchisent, ni confessent dans les villes où il y a archevêché, évêché ou présidiaP, excepté les ordinands et ceux qui feront les exercices dans la maison ; 5® que le supérieur de la Compagnie ait l'entière direction d'icelle; et que ces cinq maximes doivent être comme fondamentales de cette Congrégation.
Notez que l'avis de M. Duval ^ est qu'il ne faut point que Ton change rien du tout au dessein dont je vous envoie les mémoires ; baste pour les paroles, mais pour la sub-
1. Présidial, nom affecté à certains tribunaux de deuxième instance créés par Henri II (i55i).
2. M. Duval y docteur de Sorbonne, conseiller et confesseur de saint Vincent, mort le 9 septembre i638.
stance, il faut qu'elle demeure entière, autrement l'on n'y pourrait rien changer ni ôter qui ne portât un très grand préjudice. Cette pensée est de lui seul, sans que je lui en aie parlé. Tenez-y donc ferme, et faites entendre qu'il y a longues années que l'on pense à cela et qu'on en a l'expérience, etc.
i3. — A MADEMOISELLE LE GRAS,