AU PÈRE CESAIRE
CARME DÉCHAUSSé, EN HOLLANDE.
il iai expose la misère des temps, qui le met dans Timpossibilité de rendre à une
personne qu'il protège les services désirés.
Paris, 3i août i652.
Mon Révérend Père,
J'ai été fort consolé de recevoir votre lettre, comme venant d'un bon serviteur de Dieu et d'un ouvrier apostolique, qui travaille avec grande bénédiction en un pays qui a tant besoin
vet; pauperes famé prostratos et pêne mortuos resuscitet; agros plane devastiitos et provincias afflictas reficiat; templa diruta restauret; yirginibus securitatem det; sacerdotibus^ animarumque pastoribus reditum in ecclesias suas procureV; omnibus denique vitam restituât.
Sanctitatem Vestram hoc ut faciat, per yiscera misericordiœ Christi, cujus in terra vices gerit et personam sustinet, etiam atque etiam supplex, humiliter rogo atque obsecrop et benedictionem suam iterum mihi impertiatur. Sanctitatis Vestne humilHmus, obedientissimus atque addictîssimus servus et in Giristo filius.
de tels hommes que vous. Certes, il me tarde que je voie quelques-uns de vos pères, pour me réjouir avec eux des fruits que vous y faites, dont celui qui vous a donné occasion de m'écrire est bien considérable; je rends grâces à Dieu de toutes celles qu'il vous départ, et par vous à quantité d'âmes; et vous, mon Révérend Père, je vous remercie de vous être souvenu de moi en cette occasion.
Plût à Dieu qu'il fût en mon pouvoir de servir cette personne? je le ferais de grand cœur; et en effet je la recommanderai à plusieurs bonnes âmes pour tâcher de lui procucurer emploi ou condition. Je vous dirai néanmoins qu'il est fort à craindre qu'il ne s'en rencontre pas qui lui soient convenables pour le présent, à cause des misères du temps, qui font que chacun se décharge; et ceux qui s'adonnent à l'assistance du prochain font tendre tous leurs soins et leurs aumônes à tirer le pauvre peuple des bras de la mort et les pauvres filles des occasions du péché : car c'est à quoi la guerre a réduit ce pauvre pays, à dix lieues à la ronde de Paris. Il n'y a que peu de jours que nous avions en cette ville vingt mille réfugiés de cette sorte, qu'il a fallu nourrir longtemps, outre grand nombre de malades que l'on assistait à la campagne, et c'est ce que l'on continue encore, avec une grande dépense, à laquelle on a grand'peine de subvenir : ceux qui ont des rentes n'en jouissent pas ; ceux qui ont des terres n'ont point moissonné cette année, et l'on ne peut semer pour 'la prochaine. Dans cette apparence d'une plus grande pauvreté, la charité se trouve beaucoup refroidie : pour nous, mon Révérend Père, nous ne sommes que trop hors d'état de l'exercer vers ce bon jeune homme, en la manière que vous le désirez ; car nous sommes contraints à renvoyer une partie de notre monde, bien loin d'en recevoir de nouveau. Personne ne paye; on nous a pillé quelques fermes que nous avons, et en vérité nous nous trouvons bien empê-
chés à nous tirer de ce mauvais temps, tandis que nous ne recevons rien de notre petit revenu. Je suis affligé que cela nous empêche de contribuer à la bonne œuvre que vous avez commencée. Je prie Notre-Seigneur qu'il vous donne moyen de la perfectionner et vous continue la grâce d'en faire une infinité de semblables pour l'amplification de sa gloire. Nous verrons si dans quelque temps je pourrai vous obéir utilement; car je le souhaite de tout mon cœur, et je vous conjure, au nom de Dieu, que mon impuissance présente ne vous arrête point pour l'avenir, lorsque les occasions se présenteront de m'employer pour le service de Dieu et pour le vôtre, à qui je suis, en son amour, etc.