A LA REINE
Il la prie de faire agir sur les membres du synode pour empêcher un esprit remuant et dangereux d'être nomm6 ministre de la religion se disant réformée.
5 septembre iSb-j..
Madame,
Mgr l'évêquc de Montauban me mande que je me donne l'honneur d'écrire à Votre Majesté au sujet du nommé Labadie ', qui a tant d'opinions extravagantes au fait de notre
I. Jean Labadie naquit à Bourg, en Guienne, le i3 février i6io. Il entra daoa la Compagnie de Jésua, où il se distingua par ses ta^lents et sa piété. 11 en sortit le 17 avril lôSç. Après s'être présenté inutilement, à Bordeaux, au père J.-B. Gault, de POratoire^ et à Paris au père de Condren, il se tourna ver» Port-Royal* U prêcha avec succès dans le diocèse d'Amiens. Il publia plusieurs ouvrages pleins d'extravagances. Apostat, se donnantcomme chargé d'une mission divine, il prêcha Pilluminisme, fonda une nouvelle secte et mourut à Wiewert, en Hollande, le 5 mai 1678.
sainte religion, qui a fait tant de mal en Picardie et dans le diocèse de Bazas, où Mgr Tévêque a fait le procès à ses suppôts et à lui, et qui enfin, pour éviter sa justice, s'est fait huguenot à Montauban, où il brigue pour se faire ministre; et qu'il craint qu'il ne fasse plus de mal à l'Église en cet état qu'étant personne particulière, et qu'il est nécessaire que Votre Majesté soit informée de cela. Et c'est. Madame, ce que je fais à ce qu'il plaise à Votre Majesté, si elle l'a agréable, de dire au sieur de Monceau, député de la religion, qu'elle ne désire pas que cet homme soit ministre, et qu'elle écrive ou fasse écrire à M. de Saint-Luc que le roi a intérêt que cet homme n'entre point au ministériat, parce qu'il a l'esprit séditieux, brouillon et inventeur de nouvelles hérésies, et que Votre Majesté désire qu'il en parle à quelques-uns des principaux du synode et à celui qui y doit assister de la part du roi, le 24 de ce mois ; que ce n'est pas que le roi veuille empêcher la liberté qui leur est donnée d'exercer leur religion et de faire des ministres, mais seulement pour donner ordre que ce mauvais esprit n'apporte quelque trouble dans la religion et dans l'État, qui a ses intérêts si liés à ceux de la religion.
Voilà, Madame, la très humble représentation que Mgr de Montauban a désiré que je fisse à Votre Majesté ; et c'est, Madame, ce que je fais avec toute l'humilité que je le puis, qui renouvelle ici les offres de mon obéissance perpétuelle à Votre Majesté, et qui suis, en l'amour de Notre-Seigneur, Madame, votre, etc.