A UNE RELIGIEUSE DE LA VISITATION
Il énumère les raisons qui lui font un devoir d'accepter la supériorité.
Ma chère sœur, Je pensais, ma chère sœur, avoir la consolation de voir
I. L'ambassadeur était le bailli de Valençay; il quitta Rome en décembre iG53.
votre chère personne tant désirée au lieu des lettres que vous m'avez envoyées, lesquelles j'avoue à votre cher cœur qu'elles m'ont beaucoup contristé, voyant la personne du monde que j'ai toujours regardée des plus soumises à la Providence de Dieu, mettre en difficulté si elle doit consentir au choix que Notre-Seigneur a fait d'elle pour la direction de ses chères épouses et vos filles de Meaux. Car il paraît, ma chère sœur, que cette élection est une vraie vocation de Dieu : parce qu'elle est canoniquement faite, parce que toutes les conditions nécessaires à cela s'y rencontrent (elle a été faite en présence du supérieur, du mutuel consentement de la communauté, de celui de votre supérieur, de celui de la supérieure de votre chère maison d'ici, à laquelle on a fait plusieurs instances pour vous obtenir avant qu'elle ait consenti) ; que vous êtes libre et non nécessaire au lieu où vous êtes, ainsi que vous nous avez mandé par plusieurs fois; et que tout cela est conforme à votre saint coutumier, au concile de Trente, aux avis de votre bienheureuse Mère de Chantai et à l'usage, sans que j'aie jamais ouï dire qu'aucune de votre saint ordre ait refusé d'obéir à Dieu en pareilles rencontres, quoiqu'il y en ait quelques-unes qui y aient fait difficulté d'abord; et c'est ce qui a donné sujet à votre bienheureuse mère de dire, en ses réponses, à celles qui en feraient de pareilles, ce qu'elle dit sur la Constitution ^7* des élec^ tions des supérieures, feuille 64J tout au bas. Et certes, ma chère sœur, ce n'est pas tant votre bienheureuse Mère qui dit cela que le Saint-Esprit, qui dit en la Session g^, canon 7, que, si on ne trouve point au même monastère des filles qui aient les qualités qu'il marque qu'il faut à une élection canonique, qu'on en puisse élire une autre du même ordre.
Au nom de Dieu, ma chère sœur, souffrez que je vous demande ce que vous répondrez à Dieu au moment que vous lui irez rendre compte à la mort, s'il vous demande
pourquoi vous n'avez pas obéi à votre saint coutumîer, aux avis de votre bienheureuse Mère, à l'usage invariable de Tordre, et, qui plus est, au Saint-Esprit même qui vous parle par la bouche du saint concile.
Que si vous dites qu'on n'a pas demandé votre avis avant de consentir à ce que vous ayez été mise sur le catalogue, il s'en faut prendre à moi qui n'y ai pas fait attention pour n'avoir jamais vu l'usage de demander telles permissions aux sœurs dont il s'agit; mais mon incivilité, s'il y en a, ma chère sœur, ne vous excusera pas devant Dieu.
Si vous me dites que votre cher monastère a besoin de vous, je vous réponds, ma chère sœur, qu'il est vrai que votre bienheureuse Mère veut, en ses réponses, que les supérieures des filles aient égard à cela, mais j'ai vu, par les lettres que vous m'écrivîtes l'année passée, que vos chères filles se pouvaient passer de vous; et quelques-unes que vous avez écrites depuis peu disent la même chose.
Toutes ces raisons font, ma chère Mère, que je vous prie de faire vos exercices spirituels sur cela pour impétrer de sa divine Majesté la force de lui obéir en cette occasion, ou pour le moins une heure d'oraison mentale que je vous prie de faire sur ce sujet; que vous pourrez faire sur les points suivants : i • les raisons que vous avez de faire en cette occasion ce que vous voudriez avoir fait à l'heure de la mort; 2® savoir s'il y a raison de douter que la volonté de Dieu soit en ce qui vous est ordonné par votre saint coutumier, conseillé par votre bienheureuse Mère, confirmé par l'usage de votre saint ordre et par le saint concile de Trente; 3* de regarder au fond de votre âme et devant Dieu si vous n'avez pas quelque autre dessein que celui-ci de résister plutôt à vos sentiments qu'à Dieu, auquel cas je vous conjure, ma chère sœur, de passer par-dessus vos sentiments et de donner la gloire à Dieu que lui doit rendre une vraie fille de Sainte-
Marie en cette occasion. Je suis dans Tespérance que vous le ferez, et j'aurai la constante résolution d'être toute ma vie, eh Tamour de Notre-Seigneur, etc.
P.'S. Que si vous dites, ina chère sœur, par votre dernière, que vous êtes prête à partir, mais que les paysans de delà vous en empêchent; au nom de Dieu, ma chère sœur, faites vos efforts et ne laissez pas ce prétexte de désobéissance à votre saint ordre; monseigneur l'évêque est trop bon pour vous en empêcher, M. Duvergier trop raisonnable pour n'y pas consentir; et enfin, quand on vous fermerait les portes de la ville, M. le gouverneur et M"** la gouvernante auront assez de discrétion pour les faire ouvrir. Votre bienheureuse Mère blâmait ces prétextes et se proposait pour exemple, disant que, quand les supérieurs des maisons où on Taurait envoyée l'enfermeraient dans une tour, qu'elle trouverait moyen, avec l'aide de Dieu, d'en sortir pour obéir à son supérieur.