A M. PORTAIL
PRÊTRE DE LA MISSION, DANS LES CÉVENNES
11 lui recommande Thumilité, en lai montrant la nécessité et les avantages de cette
vertu.
Paris, I" mai i635.
Monsieur,
Parlons de la troisième lettre que vous m'avez écrite; certes, Monsieur, elle m'a consolé plus que je ne puis dire pour la bénédiction qu'il a plu à Dieu de donner à vos pauvres catéchismes et aux prédications de M. Lucas, que vous me dites avoir été bonnes, et à tout ce qui s'en est suivi. Oh ! Monsieur, que c'est une bonne chose que d'abord il se soit humilié, parce que d'ordinaire il en arrive autrement dans le progrès, et c'est selon cela que Notre-Seigneur prépare ceux par qui il désire être servi utilement. Et lui-même, combien s'est-il humilié au commencement de ses missions, parce que extrema gaudii luctus occupât ; et il est dit à ceux qui travaillent dans l'angoisse et la pénurie que tristitia eorum vert et ur in gaudium; aimons cette dernière chose et craignons la première. Et au nom de Dieu, Monsieur, je vous prie d'entrer dans ces sentiments, comme aussi M. Lucas, et de ne pas prétendre, dans nos travaux, à autre chose qu'à la confusion, l'ignominie, et à la mort à la fin, s'il plaît à Dieu.
Un prêtre ne doit-il pas mourir de honte s'il prétend à la réputation dans le service qu'il rend à Dieu, s'il prétend mourir sur son lit , lui qui voit Jésus-Christ récompensé de ses travaux par l'opprobre et le gibet! Souvenez-vous, Monsieur, que nous vivons en Jésus-Christ et que nous devons mourir en Jésus-Christ, par la vie de Jésus-Christ, et que notre vie doit être cachée en Jésus-Christ et pleine de Jésus-Christ ; et que pour mourir avec Jésus-Christ, il faut
vivre comme Jésus-Christ. Or, ces fondements posés, donnons-nous au mépris, à l'opprobre, à Tignominie, et désapprouvons les honneurs qui nous procurent la renommée, et les applaudissements qui nous sont donnés, et ne faisons chose aucune qui tende à cette fin. Travaillons avec humilité et avec respect : qu'on ne défie point les ministres en chaire, qu'on ne dise point qu'ils ne sauraient montrer aucun article de leur croyance dans la sainte Écriture, à moins que ce ne soit rarement et en esprit d'humilité et de compassion, parce que, autrement, Dieu ne bénira point notre travail et éloignera de nous ces pauvres gens, et ils penseront qu'il y a de la vanité dans votre fait, et ne vous croiront pas. Nous croyons les hommes, non parce que nous les regardons comme savants, mais parce que nous les estimons bons et que hous les aimons. Le démon est très savant, et nous ne croyons rien de ce qu'il nous dit, précisément parce que nous ne l'aimons pas. Il a fallu que Notre- Seigneur prévînt par son amour ceux qu'il a voulu faire croire en lui; faisons ce que nous voulons, on ne nous croira jamais, si nous ne montrons de l'amour et de la compassion à ceux que nous voulons qui nous croient. M. Lambert ' et M. Soufflier, pour s'être comportés de la sorte, ont été tenus pour saints par les deux partis catholique et hérétique, et Notre-Seigneur a fait de grandes choses par leur moyen. Si vous vous comportez de cette manière. Dieu bénira vos travaux ; sinon, vous ne ferez autre chose que bruit et bavardage, et peu de fruit. Je ne vous dis pas cela. Monsieur, pour avoir su que vous eussiez fait le mal dont je parle, mais bien afin que vous vous en gardiez et que vous travailliez constamment en esprit d'humilité.
I. M. Lambert, né en 1606, paroisse de Prousse], diocèse d^Amiens^ reçu en août 1629, prêtre en x63i, a fait ses vœux en 1642.
25 — A M, DE FONTENEIL.
Remerciements pour serrices rendus. — Prière de dissaader le frère de saint Vincent
d'an voyage i Paris.
Paris, 29 août i635.
Je ne puis vous exprimer les sentiments que Notre-Seigneur me donne du nombre infini d'obligations que je vous ai, de tant d'affection que vous avez témoignée à MM. de La Salle et Brunet, et de tant d'assistances que vous leur avez données dans toutes les affaires que nous avons eues de delà. Je suis encore confus de la charité que vous avez exercée et que vous exercez continuellement envers mon pauvre frère, et parce que vous avez fait tout cela pour l'amour de Dieu, et que la reconnaissance de tant de bienfaits est au-dessus de notre pouvoir. Je prie Notre-Seigneur, Monsieur, qu'il soit lui-même votre remerciement et votre récompense, vous protestant qu'il ne sera jour de ma vie que je n'en conserve le sentiment, et que je ne recherche les occasions de vous honorer et de vous servir. Regardez-nous donc désormais. Monsieur, comme des personnes sur qui vous avez acquis un absolu etsouveraiu pouvoir; disposez de nous de la sorte, et faites-nous la charité, au nom de Notre-Seigneur, de prendre notre maison lorsque vous viendrez cet automne en cette ville ; que si cependant vous désirez que nous vous renvoyions l'argent que vous avez fourni de delà pour nous, ou que nous les baillions de deçà, commandez, Monsieur, et nous vous obéirons en cela et en toutes choses.
Et si tant est qu'il vous plaise aussi avancer ce que mon pauvre frère aura besoin de delà, pour l'amende à laquelle il est condamné et aux dépens, pour sa part et pour s'en retourner, je vous le rendrai avec le surplus. Et parce qu'on
m'a dit qu'il avait quelque pensée de venir en cette ville me voir, je vous supplie, Monsieur, de Ten détourner, tant à cause de son viel âge, que parce que, quand il y serait, je ne pourrais lui rien donner, n'ayant la disposition de quoi que ce soit. Je parle au bon M. de Fonteneil conmie au cœur de mon cœur et comme à celui que je chéris plus que je ne puis exprimer; qui suis, en l'amour de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère, son très humble, etc.