‹ Lettres de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 34 sur 267 · PRÊTRE DE LA MISSION, A L^ABBAYK DE PÉBRAC, EN AUVERGNE · texte numérisé non relu

PRÊTRE DE LA MISSION, A L^ABBAYK DE PÉBRAC, EN AUVERGNE

Opposition au rappel d*un frère i Paris, à cause de rimminence d*un siège; il l'engage

à la douceur et au support.

Paris, le i5 août t636.

Monsieur,

... Tant s'en taut qu'il soit expédient de rappeler ici le frère N...., que s'il y était, il faudrait l'envoyer ailleurs, parce que Paris attend le siège des Espagnols, qui sont entrés en la .Picardie et la revagent avec une puissante armée dont l'avant-garde s'étend jusqu'à dix ou douze lieues d'ici, de sorte que le plat pays s'enfuit à Paris, et Paris est si épouvanté que plusieurs des habitants s'enfuient en d'autres villes. Le roi tâche néanmoins de dresser une armée pour s'opposer à celle-là, les siennes étant hors ou aux extrémités du royaume, et le lieu où se dressent et s'arment les compagnies, c'est céans, où l'étable, les bûchers, les salles et le cloître sont pleins d'armes, et les cours de gens de guerre. Ce jour de l'Assomption n'est pas exempt de cet embarras tumultueux. Le tambour commence à y battre, quoiqu'il ne soit que sept heures du matin ; de sorte que, depuis huit jours, il s'est dressé céans soixante-douze compagnies. Or, quoique cela soit ainsi, toute notre Compagnie ne laisse pas de faire sa retraite, trois ou quatre exeptés, mais pour partir et s'en aller travailler aux lieux éloignés, afin que, si

le siège vient, la plupart soient exempts du risque qui se court en pareil cas. J'écris à M. Tabbé ' que je pourrai lui envoyer quatre ou cinq prêtres de la Compagnie, et lui demande la charité pour cela. J'en enverrai une autre partie à messeigneurs d'Arles et de Cahors, et j'espère les faire partir au plus tôt avant que les affaires se brouillent davantage. J'ai eu ordre d'en user de la sorte par ordre supérieur, lequel nos amis approuvent, puisqu'ils ne sauraient s'employer en ces quartiers émus pour le présent. Or, jugez et faites juger de là à ce bon frère s'il est expédient qu'il revienne. Je suis de votre avis et m'en suis toujours douté, qu'il a la nature paresseuse et qu'il est tenté du démon de fainéantise, et il se peut souvenir que je le lui ai dit. Je vous supplie de l'encourager à ce qu'il lui résiste, et cela par voie de douceur et de persuasion, et non de conviction, comme nous avons accoutumé de faire. Les esprits malades ont besoin d'être plus délicatement et charitablement choyés que ceux qui le sont du corps.

Quant à l'aversion que M. P... témoigne avoir des exercices de la Mission, il faut honorer la douceur, la patience et l'humilité de Notre-Seigneur à l'égard de ceux qui avaient dissentiment à sa personne et à sa doctrine, et en user de même qu'il en usait, etc.

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