‹ Lettres de S. Vincent de PaulChapitre 43 sur 294 · A M. DE BEAUMONT · texte numérisé non relu

A M. DE BEAUMONT

SUPÉRIEUR, A RICHELIEU

Il éoumère les motifs pour lesquels nous devons refuser le secours ordinaire de notre ministère aux religieuses. — C'est en mission seulement que nous pouvons absoudre des cas réservés.

2*3 avril i656.

Monsieur,

Vous ne pouvez pas bonnement refuser l'assistance que M"** la duchesse de Richelieu vous demande pour les religieuses quand elles seront dans quelque désordre, car c'est ainsi que vous m'en faites la proposition ; et vous ajoutez : « Ainsi que faisait feu M. Legros. »

Prenant donc la chose au pied de la lettre, la charité veut que nous tâchions de mettre la paix là où elle n'est pas ; et selon cela, que s'il arrive quelque difficulté parmi ces filles où vous puissiez remédier, vous ferez bien de vous y employer, vous conformant tant que vous pourrez à la manière dont le défunt s'y est comporté.

Mais si, hors ces besoins extraordinaires, il leur a rendu des visites et des services plutôt d'office que de nécessité (ce que je ne sais pas), et qu'on voulût exiger de vous la même chose, ou que, sous ce prétexte de nécessité, on prétendît vous engager peu à peu à quelque direction ou autre attachement, vous devez vous en excuser et mander à madite dame que notre Compagnie, ayant considéré dès le commencement quels empêchements pourraient la divertir du salut du pauvre peuple des champs, pour lequel Dieu l'avait suscitée, on trouva qu'un des plus grands était le service des religieuses; ce qui donna lieu à la règle qui en a été faite, et à l'usage où nous sommes de ne nous engager jamais à les confesser, prêcher ni diriger, non pas même pour les exercices spirituels, si ce n'est peut-être quand nous faisons actuellement mission au lieu où elles sont, n'y ayant pas

d'inconvénient pour lors de leur faire part de nos exercices.

Vous pourrez ajouter que, si vous aviez commencé de rendre quelque service à celles de Richelieu, les autres du voisinage en tireraient conséquence et ne manqueraient pas de raisons pour vous demander le même secours, témoin les Ursulines de T Ile-Bouchard qui vous pressent pour leurs exercices spirituels.

Et afin de prévenir l'objection que Ton vous peut faire que je suis moi-même le premier dans la pratique contraire, étant le père spirituel des monastères de Sainte-Marie de Paris, vous pourrez dire que je Tétais auparavant que la Mission fût, à quoi le bienheureux évêque de Genève, leur instituteur, m'engagea lui-même; et depuis j'ai été obligé de continuer par le commandement de mes supérieurs, quoique j'aie fait plusieurs fois mes efforts pour m'en dispenser et que je sois toujours en cette disposition. Vous pouvez connaître par tout cela notre intention pour vous défendre de tels emplois.

La faculté que nous avons d'absoudre des cas réservés au Pape n'est pas pour tous les lieux où nous demeurons, mais pour ceux où nous faisons les exercices de la mission, et pendant la mission seulement ; de sorte que si dans votre paroisse il arrive de ces cas-là, vous ne pouvez pas en absoudre ceux qui s*en confessent, mais vous pouvez leur dire qu'ils se trouvent à la prochaine mission qui se fera en tel endroit, etc.

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