LIVRE I. — LETTRE NEUVIÈME
les autres je ne puis éloigner de ma pensée l'image toujours présente de notre très-cher frère Antoine Araoz (1), que je crois, comme par un secret pressentiment, devoir venir nous retrouver dans les Indes avec six élèves au moins, et plusieurs laïques pour les assister; et si tous ne sont point des prodiges de science, au moins seront-ils des hommes rempUs de zèle, et disposés à consacrer tout ce qui leur reste dévie au service de Dieu Notre-Seigneur : ils devront surtout se trouver exempts du soupçon d'avarice ; nous espérons que leur venue sera pour nous d'une très-grande utilité. Et quand bien même vous ne nous enverriez pas de pareils sujets cette année, c'est-à-dii-e au mois de mars de l'année prochaine, et que ce serait seulement après deux ans, lorsque vous aurez pu déjà recevoù* de nos lettres datées des Indes, ce ne serait point un inconvénient , pourvu qu'à la dernière époque nous pussions compter sur un certain renfort d'ouvriers destinés par vous à ces contrées. Nous abandonnons toute cette affaire à votre sagesse , désirant cependant infiniment que , dans votre délibération , vous ne perdiez pas de vue ce que je vous déclare de nouveau comme très-véritable, et ce qui est ma conviction profonde, que nos travaux dans les Indes doivent produire des fruits très-considérables : ne présumez pas que ce soient là les présages imaginaires d'un esprit qui se fait illusion; je parle d'après le témoignage très-véridique des gens d'expérience qui sont demeurés de longues années dans ces pays, et qui sont les garants de nos espérances. Vous apprendrez par nos lettres ce que nous aurons nous-mêmes vérifié sur les lieux, et nous vous exposerons avec soin et très au long, d'après notre propre expérience, la véritable disposition de la contrée et de ses habitants, en ce qui regarde les intérêts du salut des âmes, et l'espérance et les moyens d'étendre le règne de J.-C. Ainsi que nous nous l'étions
(1) Antoine Araoz, Navarrais, parent de St Ignace, fut le premier provincial d'Espagne, x.-^;^