‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 28 sur 759 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

cune parole sévère à lavueâ^-^pparencesdéshonnêtesdeson en-" tourage. Mais sa conversatioft avait été si sainte, ses paroles si édifiantes, qu'à son départ le Portugais, ému par la honte et parV les remords, se jeta tout tremblant à ses pieds en versant d'abondantes larmes , et lui livra son âme tout entière. ; ■i-''-^'~L

Enfin le Père ne demanda rien aux habitants de Mélîapour, dalas l'ordre spirituel, qu'il ne l'obtînt sur-le-champ. Son âme en éiait remplie de consolations : et combi|pfde grâces, même temporelles^ n'en furent point les fruits pour Cette ville bénie ! '

Un soldat portugais, nommémférôme Fernandez, dépojuillé par des pirates et qui s'était sauvé à la nage sur la côte de Méliapour, vint raconter son infortune au Saint, en le conjurant de Tassister;, Xavier, ce pauvre de Jésus-Christ, ne possédait rien ; et néanmoins son premier mouvement fut de porter la main à sa ceinture, et de chercher une aumône en sa bourse. Il n'avait rien, et retirant sa main vide, il leva les yeux au ciel, et dit au soldat : « Ne désespérez pas j mon frère, la divine miséricorde est grande. » Et sur le moment même, puisant de nouveau dans sa bourse, il en retira la main pleine de fanons d'or, et remit cette riche aumône au soldat, qui se retira glorifiant Dieu et bénissant,. son serviteur. * y

Un marchand de Méliapour lui dut encore une grâce merveil-^ leuse. Étant sur le point d'entreprendre une expédition loyjtaine^ il pria le P. Xavier de lui donner un gage de son souvenir, Le Père détacha le chapelet qu'il portait au cou, et le lui remit en lui déclarant que ce présent ne lui serait pas inutile, si seulement il avait confiance en la trèsrsainte Vierge. Dieu confirma la parole du Saint, tout en éprouvant la foi du marchand. A peine ce ïernier était-il en mer, qu'une tempête s'éleva, et son vaisseau futlwpisé sur des écueils. La plupart des matelots et des passagers périrent; mais le marchand, tenant en ses mains le chapelet de Xavier, et se recommandant à l'Étoile de la mer , se confia ^ns crainte à une planche du navire, et vint aborder sain et sauf au rivage, consolé dans cette épreuve par le souvenir du Saint et par la bénédiction attachée à ses paroles. ^*Vn-^. "^ - '■ j ^^'

Parmi les conversions les "plus touchantes que Xavier opéra dans Méliapour, fut celle de Joam d'Eyro, que le Saint raconte lui-même en ses lettres (I , p. 189). Xavier le prit avec lui, se proposant de l'employer comme catéchiste dans le voyage de Macassar.

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Après être, ainsi que, nous l'avons dit, demeuré quatre mois à Méliapour, Xavier quitta cette ville, au mois de septémbi-e 1545, lui laissant pour adieux des bénédictions prophétiques qui s'acconlplirent bientôt , et se dirigea vers Malacca. En s'éloignant de la presqu'île des Indes, le Père laissait à la Pêcherie et sur la côte de Travancore cinq prêtres : Blancias , qui venait d'être ordonné prêtre , un Espagnol et trois . indigènes ; ces ecclésiastiques suffisaient avec les Catéchistes pour le soin des chrétientés existantes, A Ceylan, étaient cinq religieux franciscains et deux prêtres séculiers. Enfin, les places portugaises avaient pour pasteurs lès vicaires (Je l'évêque des Indes. " '■^ Avant son départ, Xavier avait pris congé, par une lettre, du vice-roi D. Alphonse de Souza, lui demandant seS recommandations pour le gouverneur de Malacca, et un navire pour se rendre à Macassar; mais déjà (!'='■ septembre) D. Joam de Castro venait d'arriver aux Indes et avait pris possession du gouvernement. Ce seigneur devait, comme nous le verroiis, déployer d'héroïques veitus au service de son roi , et seconder avec plus d'énergie que Souza la cause de la religion chrétienne. Sur le même navire, étaient arrivés trois Pères de la Compagnie : Antonio Crimiuale de Parme, Nicolas Lancilotti d'Urbin, et Joam de Beira, de Pontevedra en Portugal. -^^ ^*

'Le 25 septembre 1545, Xavier aborda à Malacca {Lettres, I, 75, note; 188), pour y préparer , d'accord avec le gouverneur, son voyage à Macassar. Le gouverneur ayant fait connaître aii Père que récemment il venait d'y envoyer un vertueux prêtre et un çertaitt nombre de soldats portiigâis, le Saint crut devoir attendre le résultat de cette première démarche, et résolut d'employer ié loisir qui lui était donné, dans la ville même de Màkcca.

Depuis la conquête qu'en avait faite en 1511 le grand Albuquerque, cette ville était tombée dans une corruption plus grande encore que les autres cités des Indes. Les délices du cluuat, l'opùlencè des Portugais, l'éloignement de la métropole des Indes, avaient fait que l'excès des vices distinguait, plus encore que l'Iiabit européen , les Portugais des infidèles.

Le bon Père , retiré dans l'hôpital selon son usage, commença par offrir à Dieu pour cette Babylone les plus austères mortifications : toutes les nuits en prières, les bras étendus, il ne prenait quelques instants de sommeil qu'appuyé sur la pierre de l'autel ; sou-

CHAPITÎIE TROISIÈME (15li5).

Lit

vent îl passait deux ou trois jours sans prendre aucune rioUrriturè. Il satisfaisait ainsi, autant qu'il était en lui, pour la mollesse et là vie sensuelle des habitants, unissant cette satisfaction aux souffrances de Jésus-flhrist, et la consommant, selon le précepte dé l'Apôtre , par ce supplément humain que la Rédempfioû divine attend de ses fidèles.

La renommée du Saint l'avait précédé à Malacca ; on se pressait sur ses pas, et tous les parents lui faisaient bénir leurs enfants. Il prit avantage de cette renommée et de ce concours pour cOinmencer sa prédication publique. Le soir, il parcourait les rues là clochette à la rtiain.

« Priez Dieu, répétait-il sans cessé, pour ceux dé vos frèfesiplî sont en état de péché mortel ; priez pour les âmes des trépaSsês qui sont éprouvés dans le purgatoire. »

Il parvint à rétablir, dans Malacca, l'usage de la confession, prë&=que entièrement oubliée ; il se conciliait tous les cœurs par sa douceur et les grâces de son esprit ; et son influence abolit, comme à Méliapour et ailleurs, la plupart des scandales qui déshonoraient la cité.

Les enfants qui ne recevaient dans le sein de leur famille (1) qu'une notion imparfaite de la religion , venaient tous les jours écouter la parole du Père, et se réunissaient publiquement pour téciter la doctrine et chanter les prières.

D'admirables conversions, et entre autres celle d'un rabbin fameux, des guérisons miraculeuses, et la résurrection de deux morts signalèrent encore son apostolat dans Malacca. La résurrection d'une jeune fille eut cela de merveilleux que, semblable au centenier de l'Évangile, la mère de la défunte, se jetant aux pieds de Xavier, lui dit que s'il avait été présent, sa fille serait encore vivante ;

(1) Nous avons vu nous-inême, à Macao et à Hong-Kong, les familles portugaises prétendre instruire elles-mêmes leurs enfants dans la religion : à Macao, le jeune enfant se présentait à l'examen sommaire d'un ecclésiastique, et, après s'être confessé, était admis à la sainte communion. A Hong- Kong, nos missionnaires, qui administraient la paroisse catholique, obtenaient difQcilement des parents que les enfants suivissent le catéchisme. On paraissait ne point comprendre les bienfaits infinis des catéchismes publics si recommandés par l'Église, et qui, nous le répétons ici, ont été la pratique de tous les Saints, et sont l'un des plus féconds ministères de la Compagnie de Jésus. De même l'édification et les grâces, qui naissent des premières communions solennelles et nombreuses, paraissent ignorées de ces mêmes familles. '

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VIE DE SAINT FRANÇOIS-XAVIER

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mais que s'il voulait invoquer le nom de Jésus-Christ, l'enfant revivrait. Ému profondément de cette foi si présente, Xavier, levant les yeux au ciel, pria pendant quelque temps, et dit à cette femme : « AUez, votre fille est vivante. » Elle courut au tombeau de sa fille, et la trouva pleine de vie.

Xavier consacra quelque temps aussi à traduire dans la langue malaise, qui est répandue dans tout l'archipel Indien, le catéchisme et les exhortations qui avaient produit tant de fruits dans ses autres missions et surtout à la Pêcherie. Ces petits ouvrages sont encore un modèle pour les missionnaires (i).

A Malacca, le Père apprit l'arrivée des trois Pères de la Compagnie, Criminale, Lancilotti, Beira. Il destina Criminale et Beira pour la côte de la Pêcherie, et commanda à Lancilotti de demeurer dans le collège de Sainte-Foi. Criminale fut le premier de la Compagnie qui mérita la gloire du martyre ; les trois Pères étaient d'une éminente vertu.

Xavier étant demeuré quatre mois dans Malacca, voulut aller annoncer l'Évangile dans les régions voisines, en attendant de pouvoir se rendre à Macassar. ^

Dieu lui fit alors connaître les calamités dont Malacca était menacée , car cette ville retombait insensiblement dans ses voies de péché, moins heureuse et moins fidèle que Méliapour, qui n'avait pas reçu le don de Dieu en vain. En effet, la guerre et la peste désolèrent cette ville quelques années plus tard , et nous la voyons aujourd'hui dans une décadence irréparable, et devenue l'ombre d'elle-même.

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