LIVRE V. — LETTRE TROISIÈME
Le P. Gypriano (1) doit cette année se rendre à Socotora, avec un autre prêtre et deux coadjuteurs. Dans cette île, un souverain mahométan règne par la violence, et gouverne en foulant aux pieds les lois divines et humaines. Il opprime et persécute cruellement les habitants chrétiens : il leur ravit leurs enfants pour les faire instruire dans la religion mahométane ; il les accable eux-mêmes de vexations et de maux. Je vous prie d'insister auprès de sa majesté, afin que, dans son zèle si éminent pour la défense de la religion, elle ne perde point de vue ces chrétiens. Elle est assurée du succès, sans accroissement de dépenses et sans embarras nouveaux , si elle donne ordre à une flotte portugaise qui se dirigera vers le détroit de la Mecque, de réprimer l'insolence des Sarrasins. Les naturels du pays, qui sont dépouillés de leurs armes , et qui languissent sous le joug d'une dure servitude, ont en horreur le nom de Mahomet. Je vous prie donc, ppur l'amour du Seigneur Jésus , de prendre à cœur la délivrance des Socotoréens, et de les aider à sortir de cet injuste et douloureux esclavage. L'aspect de leur île est profondément affligeant. Il y a quelques années, lorsque, en venant ici, j'y suis descendu, j'ai pris en grande compassion leur malheureux sort, à la vue des épreuves que leur faisaient endurer les Arabes établis sur le littoral. Toute cette entreprise peut être accomplie, sans dépenses pour le roi, et sur la seule expression de sa volonté. Alphonse de Souza, qui a gouverné les
(1) Afenzo Cyprîano, Espagnol, avait connu le P. Ignace à Barcelone ; il fut l'un des premiers membres admis dans la Compagnie. Malgré son âge déjà mûr, il devint un excellent religieux; mais quelquefois un saint zèle et le feu de l'éloquence emportaient un peu loin le vertueux missionnaire, ainsi que nous le verrons par une lettre que le Saint lui adresse.
Le P. Cypriano avait reçu de Dieu' l'esprit prophétique et en donna de mémorables signes.
Arrivé aux Indes en 154G, il fut d'abord envoyé à la côte de la Pêcherie, puis à Socotora ; et il passa les douze dernières années -de sa vie à Méiiapour, où il mourut saintement, le 31 juillet 1559.