LIVRE V. — LETTRE SIXIÈME
tout à l'heure ne parlaient <îue d'assignations. Ils convaincront plutôt encore ceux qui ont respiré l'air du tribunal, et qui sont fatigués des clameurs judiciaires : vous leur ferez sans peine accueillir l'avis, de renoncer d'eux-mêmes aux instances déjà commencées.
Ceci, je le sais, doit déplaire aux écrivains, aux avocats et à toutes les autres sangsues de palais, de différents noms, qui réalisent d'énormes bénéfices par le grand nombre et par la durée des affaires. Vous devez, à l'égard de ces gens, mépriser leurs plaintes; mais si vous voyez jour à les attaquer avec avantage, attaquez-les par les moyens à votre portée ; faites-leur envisager, en les effrayant, leur criminelle industrie pour éterniser les procès. Avertissez -les du péril auquel ils s'exposent , qui est de perdre la félicité du ciel; et, afin qu'ils s'éclairent sur de si grands intérêts, engagez-les à consacrer une retraite de quelques jours à des méditations ascétiques. - -
Vous demeurerez à Ormuz jusqu'à ce que vous receviez une lettre de ma part, qui vous ordonne de vous rendre ailleurs. Vous m'écrirez par les navires qui vont d'Ormuz à Malacca, et vous adresserez votre pli à François Pérez. Je veux que dans vos lettres vous exposiez avec un détail scrupuleux tous les fruits utiles qu'auront produits vos travaux; François Pérez me fera passer au Japon vos lettres, si Dieu juge que le service de sa divine Majesté m'appelle dans cet empire. Si dans un intervalle de trois ans , vous ne recevez aucune lettre de ma part, vous demeurerez néanmoins tout ce temps à Ormuz, encore même que l'on vous invite ou que l'on vous appelle pour aller ailleurs; car je considère utile pour la gloire de Dieu que vous y demeuriez pendant ces trois ans, et je vous l'ordonne formellement.
Après les trois ans révolus, si vous n'avez encore reçu de ma part aucune lettre, vous resterez de même, jusqu'à ce que le recteur du collège de Sainte-Foi vous ait donné l'ordre de revenir; et alors vous lui écrirez en termes étendus tout ce que jusqu'alors vous aurez fait à Ormuz ;