LIVRE VU, — LETTRE VINGTIÈME
de leur avancement spirituel, d'autres pour y chercher un avantage temporel ; enfin il n'est pas rare d'en voir à qui le sacrement de la Pénitence est, pour ainsi dire, une occasion de gain , et qui viennent aux oreilles du ministre de Dieu, réciter les secrètes misères de leur indigence, et révéler leur dénuement et non pas leurs péchés. Je vous avertis donc d'éviter avec un grand soin les gens de cette nature : et afin de ne les pouit laisser dans une plus longue erreur, déclarez-leur à l'avance, que vous ne pouvez les servir ni en leur remettant aucuns fonds, ni en les assistant par une protection humaine. Expédiez sommairement les entretiens avec ces personnes, car elles sont pleines de discours, et si vous leur ouvrez vos oreilles, elles vous prendront un temps considérable, sans utilité d'aucun genre : elles ont en effet perdu le sentiment des misères spirituelles : tout leur esprit se porte avec une ardeur exclusive à désirer les secours matériels dont elles sont dépourvues. Que les gens de ce caractère , quels que soit leur sexe, leur condition et leur origine, soient renvoyés par vous après de courtes paroles; tenez -les à distance, ainsi que des frelons qui pourraient nuire à l'œuvre de votre ruche : leur philosophie n'est que de la terre, et s'ils s'emparent d'une personne, ils vont lui faire quitter les pensées du ciel, et la dérober à la salutaire consolation des âmes, pour la distraire par une importune sollicitation relative à leur aliment corporel ; tandis qu'aucun effort de sa part ne les saurait tirer du limon fangeux où elles rampent, c'est-à-dire, des préoccupations les plus inférieures.
J'appelle d'autant plus votre attention sur cet avis, que je suis ti'ès-convaincu qu'il vous est souverainement nécessaire : ne vous préoccupez en aucune manière des plaintes secrètes et des murmures de ces négociants forains , qui, dans la religion, cherchent des bénéfices terrestres. Que s'ils essaient de se venger, par des calomnies , de votre fermeté moins condescendante à leurs vues qu'ils ne l'auraient désiré, faites-leur sentir que
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