‹ Lettres de Saint-James (volume 3)Chapitre 1 sur 14 · PREMIÈRE LETTRE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE LETTRE

St. James Placé 9 |5 Octobre 181^

Vous êtes inquiet, Môti^îéur ^ des fonds que vous avez places en Angleterre^' Vous Craignez qùMls ne deviennent la proie d'une ri^vôlution , vous' me demandez mon opinion à cet ëgard ? lé vous repondrai par l'eitposë des' faits :

TOUS serei juge de leur importance.

Je sais fert bien. Monsieur , quQ vous êtes alarma sur l'approclië d'une reVoiùtion par l'exemple de la France : mais* la situation de l'Angleterre n'^a point dé rapports^k celle où se trouvait la France

en 1789. Le Tiérs-État tout entier voulut

> ibsîîr âîdrtf Ûàt^ ce royaume Tes iristftutioDS politiques ^ pour les refoadre sur UBb autpe plaa. ^ • —

Cette crise s'est passée en Angleterre en 1688. Les PalricieDS ^ le Peuple et Je Monarque ont fait à cette époque un pacte cpflfc^pue ^ XéiaX, pré^t de la société. La civilisation moderne s'est fondée sur ces institutions : et TEu- Tope lie s'agite deppîs %]|^^}e ans que |M>ur les imitera

^ ;Le Çop^rja^ social 4ft Jl'A,nglçWe donnjè les,, ^^ynç^ g^ra|;\tiR$, ^, l^ tplsplitj^

ïonne onjt re^ij çha^ui^ ,H part' par . ç^ Cqntr^t l'uff.iîi^s tr^is p,OH]i|c^r^j)olip.ques de l'Etat. Leuçs intpïéta.soqt .défeadu*

^. f a '<»?¥ef,y/»W fie Jl'Âl?f^ '.«SV^op^.^

Çopstltixtion^vaH supposé quM y aurait de la «vaille eptr'eax> parce quechacuH (l^evx devait repré;s^eQtei\des iatérêis difforep^. Aussi avait-elle cherché k balancer , leur influence respective , de telle sorte qu'aucun des trois ne devint la victime de Fa M tre.

Les circonstances par lesquelles TAngletei;re a passé , ont rendu ces piécautions inuules ; car au lieu d'une ri- Vfiljlé, il s'est formé une ialliance entre les trois pouvoirs.

, Le priacipe de cette alliance a été la crainte des Jacobitçs: crainte qui a dure , ^epul^.j688 jusqu'en 1746. Le Roi , le Peuple et les Patriciens ont eu pendant icet intervalle pn ég^l besoin d'u^ ^pq^ pour affermir.une usurpation^ qui servait, de titre a la Couronne et de sauvegarde à la>Coa$tit,uiion.

;Çe n^atif n'a jç^é qu'au çiomept oit le prétendant, a consenti a vçcevoir une pepsnon pour let^prix: de sa courpnne. ^ ^(lais dès-lors -, ftussi ^ 1) Angl^l^i?! e n'a

(lo)

pas eu de souverains capables de séduire la multitude et d'effacer le pouvoir po-^ pulaire par un caractère ëminent. Ce pou* voir à son tour n'a pas envahi Fautorite monarchique : parce qu'il avait successivement acquis de trop grands intërêts pour risquer de les compromettre dans des débats populaires. Le Patriciat a de son côté gardé religieusement sa pladë :

car c'est le seul rôle que puissent jouèi^ des patriciens placés entre un peuplé et un trône ; puisqu'ils ne peuvent par-* tictper ni a Tinfluence populaire ^ ni a Finfluence monarchique. ^

L'union des trois forces politiques qui régissent l'Angleterre a fini par rendre i sous une autre formé ^ k la Couronne ^ une autorité moins arbitraire ^ mai^ p!ui entière que celle que l'on a disputée aux Stuarts pendant quatre-vingts ans.

Lés volontés du Prince n'y éprouvent , en effet , d'autre retard que celui dœ temps nécessaire pour les faire légaliser' par les deux autres Pouvoirs : formalité

i^uî n'a rîén de pénible ; car U ne pent y avoir de coniestalîons entre die tels associes , que sur le plus* ou le moins dWantages que leur communauté peut, retirer de la mesure proposée;

Cette alliance du Pouvoir populaire avec la Couronne et le Patricîat semble, être contre nature et n'a sa source , comme je viens de vous l'indiquer monsieur^ que dans les grands întorêtS qu'une portion du Pléheïat s'est trouve à même d'acquérir.

Ces intérêts ont été là suite de la grande prospérité de rAngleterre. Et cette prospérité a eu pour cause le rang que l'Angleterre avait pris dans la^ inarche de la civilisation. Elle en a ëtë pendant un siècle le modèle et l'arbitre; ainsi que Pavaient été jadis à leur tour rÉgypte , la Grèce et l'Italie.

La prospérité publique est une con-^ sëquenoe inévitable pour les peuple»

qui occupent un tel rang ; parce que tous les autres sont obligés de leur

payer le tribut que les écoliers dplveut aux maîtres, La pyrospéritë accumule les richesses , le^ richesses ne preoueut pas leur niveau comme les liquides , elles tendent au contraire à s'amasser sans cesse dans les mêmes réservoirs , par Teffet d'une loi qui peut sfe dé-* montrer aussi bien que celle des fluides* Une partie de la nation a été ainsi mise en possession de toute la richesse publique; l'autre partie en est restée complètement dépourvue.

. Les Plébéiens ont été séparés pâr-la en deux communautés , divisées par la nature et l'opposition de leurs intérêts :

puisque l'une donne ou l'autre reçoit , que l'une vend ou l'autï-e achète* C'est ainsi , Monsieur , qu'il s'est formé une démocratie d'élite au sein de la nation.

Celte démocratie d'élite comprend la totalité des Plébéiens qui possèdent un capital y c'est-k-dire des intérêts à con^ server : Le reste comprend toute la partie du peuple , qui ne vit que de salaires

cC doat les intëréu ne consisteûl quli' acquérir.

La conservation esC donc le mobile de la dëmocralîe d^ëlite , et ce principe* a suffi pour lai imprimer un caractère' aristocratique. Cette claese de la nâtioa participe amsi aux deux natures poti-^' tiques opposées. Ëtle est aristocratique par ses intérêts ., e€ démocratique par les droits qu'elle exerce et le régime:

qu'elle a reçu de la Constitution.

EUe peut être ainsi divisée par seaopinions y m^ais .réunie par ses inUëréts^' £Ue donne par ces intérêlâ-un' im^ mense gage de sécurité à FÊtat , et par le conflit de sesopkiions de grandes' leçons au genre l^;tteaîn>

Cette puisstfoDe communauté à pu' s'unir sans eiforts^ ^ par son caractère^ aristocratique > a<ux deux autres pour-^ Toirs : puisqu'ils nWaféot rien a craindre «t tout à attendre dé leur alUabce pour la défense de leut*s <1;iver$ intérêts. Eller « pu protégée ea- même teieps les^ ga^

rântî^d'.du peuple ^ parce qu^en tant tpM démocratique elle en avait sa part.

Cet^e alliance en. se formant par PeSeC naturel des intérêts que Tëcouornie do<* mestique de FËtat avait dotmë à la dé* mocratie d'élite > a concentré daps Fin* térieur de cette corporation le pouvoir politique que la constitution avait donné à la totalité du pei;iple. Tant que la prctôpeifité puhlique 2^ offert k ce pebple:

une abo^udaute mOtssOn de salaires; il s^est 4 peine douté de la séparation qui existait entre lui et Faristocratie plébéi/anne : car cette division n'était pas fopd^ sur de$ droits ^ mais sur les faits provep us de la. force des cholses* Il n'avait pas mieux remarqué la couceu-.

traliqn du pouvoir pQpulalre dans cette aristocratie : car il n'en avait éprouvé aucune lésion, La prospérité de l'Angleterre décline aujourd'hui par Teffet do causes aussi inévitables que celles qui a vairînt ramené sa prospérité. La.mul-i titude d^s prolétaires en. souffre^ Ils.eo;

m ' -'f iiMia

C ï5 ) accusent le Pouvoir que la Constitutîoa avait proposé à la défense des intérêts populaires. Ce Pouvoir est en effet sorti des mains du peuple. Il demande quMl lui spit rendu au moyen d'un nouveau système électoral. Mais ce Pouvoir serait restitué dès aujourd'hui à la multitude^ ^u'il nq pourrait rien pour elle; à. moins de détruire l'ordre et les lois : je le répète^ ces lois n'ont plus rien à lui donner, parcç qu'elle en a déjà tQut reçu% . .

SECONDiE LETTRE.

Du x8 Octobre.

Il y a sans doute aussi > Monsieur > des propriétaires et des prolétaires 'dans le reste de l'Europe ; mais leur division n'est pas tranchée comme en Angle-tçrne ^ si net^ ni si haut dans l'échelle 4e la population.

Partout ailleurs les prolétaires sôhs dissëmiués au milieti d'une pbpalation dont lis ne forment que fa minorité. La* propriété foncière et mobiliaire Èfst riepartie chez ces' peuples' eiitre un ndhibre' inBni de familles^ et placent airisi' une multitude de gradations entre le plus' riche et le plus pauvre d'entr^ôuic. Dé* telle sorte que les iùtdrêts de Ibulë'lâ population se touchent les uns les â'utres ^ par un point de contact. Il est difficile de discerner dans cette échelle le point e section entre les intérêts qui ne demandent qu'à con^seryer et ceux qui veulent acquérir.

La longue praspérirë est la seule cause qui a port^' ett Angleterre la division des intérêts jusqu'à l'extréniitéi où elle est parvenue.' ' '' î. ',

L'Angleterre ; en jîVè'ce'dant rEùî^èpe ' sur lé' chemin d'une civHfsàtioti q\ir' se prépare à rempîàcter tous* fe* srysîèmés • sociaax qui orttrégtaé- avant elle-; TAn--' gleterie a joui pendant^ un siècle îd'îme

(»7) /supériorité incontestable sur les dutrejl peuples. Touts^y faisait plutôt et mieux qu'ailleurs. Elle a profite ainsi de s^ priortDe dans tous les genres dUudustrîe^ y compris celle des pensées,

Cette priorité lui a valu le monopole du commerce ^ et de Tindustrie sur la majeure partie du globe. Ce mionopolè à produit à la fois une grande demande de travail et une grande accu^ BÎulatioa de bénéfices.

Les capitaux réalisés par ces bénéfices $e sont placés sur les terres; parce que la terre est partout la plus sûre et la plu£( noble des possessions. Les plus petits propriétaires ont été successivement dl^possédés par les plus riches; ceux-ci ont cpqstamment étendu leurs domaif^es ^ en Sdrte que la surface de TAngleterre se trouve être aujourd'hui divisée entre ua petit nombres de grands propriétaires.

Les grands propriétaires anglais au-* raien£ pu affermer, comme ceux d'Ctalfc*^ les parcelles de leurs terres entre une

ri8>

multitude de familles , qu'ils auraient rattachées ainsi aux intérêts de la propriété ; mais d'un côte l'industrie ré«^ clamait ces bras , de l'autre , il leur a pàTU plus facile d'affermer leurs domaines par grandes masses à de riches fermiers. C'est ainsi que les exploita-* tions par familles ont été bannies de l'Angleterre ^ avec les petits propriëtaires et }es fermages parcellaires.

Les grandes exploitations ont permis d'appliquer à leur culture, soit une bonne division du travail^ soit l'emploi des machines rustiques perfectionnées. Ces deux moyens ont permis a leur tour de réduire le nombre des bras employés au travail des terres. Le surplus s'est offert à d'autres genres d'ouvrages, et les ateliers de l'industrie , en recueillant ce surplus, ont pu donner à leurs tra* vaux une prodigieuse extension.

La même division du travail et l'usage des machines ont également donné le «monopole de l'industrie aux seuls chef»

;4'atdiers assez riches pour établir ces grands appareils. >

• La possession des capitaux tant fonciei^ que mobiliers s'est ainsi concentrée par Peffet du monopole des terres et de l'industrie entre les mains d'un neuvième seulement de: la population. Le reste de cette population a< été nécessairement rejeté dans la classe des prolétaires ; parce que leurs petits capitaux se sont absorbés faute d'emploi ; tandis que la demande toujours croissante du travail^ a tendu sans cessa à augmenter les salaires.

Cette économie a fiai par diviser , au bout d'un siècle^ la population de l'Aur ^leterré en deux cathégories ^ dont. les intérêts sont en opposition directe ; l'un^

de propriétaires tant fodciers qu'indusr triek ; l'autre de pix>Iétâires tant labou* -reurs qu'artisans.

Tel est 9 Monsieur y le sçul danger -de l'Anglet^re : c'est le nombre ; des -prolétaires que l'éconon^e domesitiqiie

ûe l'Etat a rëanis par la communauté de leur position , contre un ordre social auxquels ils ne donnent point de gagé et qui n'a rien à leur promettre.

Le danger de l'Angleterre n'est pas clans ses institutions , mais dans soa i^nomie : Ce ne sont pas les principes qu'il faut changer ^ ce sont les faits auxquels il faut donner uaé autre direction , afin de dissoudre la formidable ligue des prolétaires ; car elle ne menace les institutions que pour dé-* traire l'ordre social^ puisqu'elle s'a pas lieu de se plaindre des institutions ^ mais des conditions où elle a été placée par cet ordre.

Il vous importe de connaître les pro*portions qui existent entre les deux corporations des propriétaires et des prolétaires qui se trouvent maintenant en présence : car l'issue de leurs débats

fixera le sort de l'Angleterre,

Les économistes estiment que la population de l'Angleterre seule est au-*

Table uâu ap

de VAngleL

idx, des Terres

En Possession

Page 1