‹ Lettres de Sainte Catherine de Sienne (volume 2)Chapitre 52 sur 160 · CCXLVIII (240). — A SIRE CHRISTOPHE · texte numérisé non relu

CCXLVIII (240). — A SIRE CHRISTOPHE

DE GANO GUIDINI (1).

De l'état parfait où nous appelle le Père céleste.

AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE

1 . Très-cher et bien-aimé Frère et Fils dans le Christ Jésus, moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je vous écris dans le précieux sang du Fils de Dieu , avec le désir de vous voir un de ses fils véritables, accomplissant toujours fidèlement ce que recommande le vrai Père céleste , lorsqu'il dit : « Celui qui n'abandonne pas son père , sa mère , ses sœurs , ses frères, et qui ne se quitte pas lui-même, n'est pas digne de moi (2). » Il semble qu'il nous appelle à ce renoncement, et je pense que nous ne devons pas nous en éloigner sous prétexte d'un devoir de conscience. Cette raison de conscience vient plutôt du démon que de

(1) Cette lettre a été trouvée dans les Mémoires de Christophe Gano , conservés dans les archives de l'hospice de la Scala, à Sienne. Ce disciple de sainte Catherine était notaire , et prit part au gouvernement de sa patrie, en 1383 et 1384. Il avait pensé à entrer en religion, mais les instances de sa mère le décidèrent au mariage, où il vécut trèssaintement. Devenu veuf, il revêtit l'hahlt des frères de l'hôpital de Sainte-Marie, et mourut dans les bras du bienheureux Etienne Maconi. Il laissa plusieurs écrits, parmi lesquels se trouve la vie du B. Jean Colombini.

(2) S. Luc, XIV , 26.

Dieu. L'ennemi veut empêcher l'état parfait auquel le Saint-Esprit semble vous appeler. Si vous me dites : Dieu me commande de leur c^éir, cela est vrai, pourvu qu'ils ne vous détournent pas de la voie de Dieu; et s'ils sont un obstacle, nous devons passer sur leurs corps , et suivre le vrai Père avec l'étendard de la très-sainte Croix . 2. Hélas, mon doux Frère dans le Christ Jésus, je m'afflige de ta résistance ; tu ne connais pas la perfection de cet état, et il me semble que ta conscience devrait plus se troubler d'y renoncer que de le suivre. Mais , puisqu'il en est ainsi , je prie la souveraine et éternelle Vérité d'étendre sa très- sainte main sur toi, et de te diriger dans l'état qui doit lui plaire davantage. Je t'en conjure, en tout état et dans toutes tes œuvres, fixe tes regards sur Dieu , et cherche toujours son honneur et le salut de sa créature; n'oublie jamais le prix du sang de l'Agneau, qui a payé pour nous avec tant d'amour. Quant au choix d'une épouse, je vous répondrai qu'il m'est pénible de m'en occuper; cela regarde plutôt les séculiers que moi. Je ne puis pas cependant m' opposer à votre désir; et, en examinant les conditions des trois, je les trouve toutes bonnes. Si vous ne vous sentez pas de répugnance à épouser celle qui a été déjà mariée, faites-le , puisque vous voulez encore vous engager dans les embarras de ce siècle pervers. Si vous ne la prenez pas , prenez celle de François Ventura de Camporeggi. Je finis en priant la suprême et éternelle Charité de vous donner ce qui doit être le plus utile à son honneur et à votre salut ; qu'elle répande sur vous deux la plénitude de sa grâce, et sa souveraine et éternelle bénédiction. Demeurez dans la sainte et douce dileetion de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.

Page 1