‹ Lettres de Sainte Catherine de Sienne (volume 4)Chapitre 26 sur 115 · DE BOLOGNE · texte numérisé non relu

DE BOLOGNE

RELIGIECX DE l'ORDRE DES CHARTREUX, AU COUVENT DE BEAUREGARD , PRÈS DE SIENNE, LORSQU'ELLE ÉTAIT A PISE (1).

Notre vie et notre sang appartiennent à Jésus-Christ, qui est mort pour nous.

AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE

Mon très-cher et bien -aimé Père, par respect pour le sacrement du corps adorable du Fils de Dieu, je vous dirai et je vous appellerai aussi mon Fils, puisque je vous enfante par de continuelles prières et par mes désirs en la présence de Dieu^ comme une mère enfante un fils. Oui, c'est à ce titre de mère que je vous encourage dans le précieux sang du Fils de Dieu , et que je désire vous voir anéanti et consumé dans la fournaise de son ardente charité. C'est à cause de cet amour, que l'Agneau sans tache s'est immolé et a fait un bain de son sang pour le genre humain. Il faut donc exciter dans notre âme le brûlant désir de donner sang pour sang ; car voici le temps où se reconnaîtront les généreux chevaliers. Oh ! combien sera heureuse mon âme , quand je vous verrai vous et les autres, tout transportés d'amour,

(1) Les Sabbatini étaient une des plus anciennes familles de Bologne. La chartreuse de Beauregard, à trois milles de Sienne, fut fondée en 1345, et supprimée en 1635 par Urbain VIII comme insalubre. Ses biens furent donnés à la chartreuse de Pontignano. Sainte Catherine passa une partie de l'année de 1875 à Pise..

courir pour donner votre vie, sans tourner la tête en arrière ! Je vous prie donc par l'amour de Jésus crucifié d'être forts dans l'occasion , et d'ouvrir alors l'œil de votre entendement; car je ne crois pas que l'àme puisse avoir cette force, qui vient de sa douce mère, la charité, si elle ne tient pas continuellement ses regards sur la connaissance d'elle-même , qui la rendra humble , et lui donnera la connaissance de la Bonté divine. De cette lumière et de cette connaissance naît un amour si ardent et si plein de douceur, que tout ce qui est amer devient doux , que tout ce qui est faible se fortifie , et que toute la glace de l'amour se fond et disparaît. Alors l'âme ne s'aime plus pour elle, mais pour Dieu. Elle verse des larmes abondantes , et répand ses tendres désirs sur ses Frères; elle les aime d'un amour pur, et non pas mercenaire; elle aime Dieu pour Dieu, parce qu'il est la souveraine , l'éternelle bonté , et qu'il est digne d'être aimé. Oui, ne tardons plus, mon Fils et mon très-cher Père dans le Christ Jésus ; hâtons-nous de nous réfugier saintement dans la connaissance de nous-mêmes, qui est si nécessaire et si douce; car, comme je l'ai dit, nous y trouverons linfiuie bonté de Dieu. Ce sont les armes que je veux que nous prenions, afin de n'être pas trouvés désarmés quand viendra le moment du combat , le moment de donner vie pour vie, sang pour sang. Je ne vous en dis pas davantage. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour. Le pauvre Gérard (1) et frère Rajraond, son père, se recommandent à vous.

(1) Gérard. Buonconti était disciple de sainte Catherine, qui logeait chez lui, sur la rive droite de l'Arno, près de la petite église de Sainte- Christine , où elle reçut les stigmates. L'épithète de misera indique que Gérard servit de secrétaire pour cette lettre.

CYI (60). — A DOM JEAN SABBATIM,

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