‹ Lettres de Sainte Catherine de SienneChapitre 24 sur 78 · LXX. — AUX SEIGNEURS ET DIGNITAIRES · texte numérisé non relu

LXX. — AUX SEIGNEURS ET DIGNITAIRES

Jésus-Christ, je vous écris dans son précieux sang, avec le désir de vous voir le fidèle observateur des saints et doux commandements de Dieu, afin qu'au terme de votre vie vous puissiez avoir l'héritago de la vie éternelle. Mais je veux que vous sachiez que la loi de Dieu ne peut s'observer tant que l'homme s'abandonne à l'amour de lui-même. Celui qui s'aime d'un amour déréglé ne peut aimer et servir son prochain comme il le doit. Tous les commandements de la loi se trouvent dans la charité de Dieu et du prochain ; ils consistent à aimer Dieu par-dessus toute chose, et le prochain comme soi-même ; et celui qui s'aime d'un amour déréglé ne peut les observer tant qu'il n'aura pas dépouillé le vieil homme, c'est-à-dire la sensualité, et revêtu l'homme nouveau, le Christ, le doux Jésus, en suivant sa doctrine. Il faut donc, très cher Fils, en venir à la haine de nous-mêmes, pour aimer et craindre Dieu en vérité.

2. Et si vous me dites : Quel moyen prendre pour avoir cette haine et acquérir cet amour? où les trouverais-je? Je vous répondrai : Voici le moyen. Il faut ouvrir l'œil de votre intelligence à la lumière de la très sainte Foi, car sans la lumière vous ne pourrez voir le lieu où vous le trouverez. Ce lieu est la connaissance de vous-même ; nous ne pouvons rien voir autre part, et en ne discernant pas le bien du mal, nous ne pouvons ni haïr ni aimer. Mais avec l'œil de l'intelligence et la lumière de la Foi, l'ame regarde dans cette demeure de la connaissance de soi-même; elle voit son néant et reconnaît qu'elle tient son être de Dieu ; elle voit et elle connaît la grandeur et l'ardeur de la charité. Elle a été créée à l'image et ressem-

Mance de Dieu ; elle a été régénérée dans le sang de son Fils ; elle est la pierre et la terre où est élevé l'étendard de la sainte Croix, et elle voit que ni la Croix, ni la terre ne pouvaient le fixer, ni les clous l'attacher sur la Croix, si l'amour ne l'y avait retenu; et alors cette âme s'embrase d'amour et de désirs en observant les commandements, c'est-à-dire en aimant Dieu par-dessus toutes choses, et le prochain comme elle-même. Et comme elle voit qu'elle ne peut être utile à Dieu, elle se rend utile au prochain, en l'aimant et en le servant de tout son pouvoir. Elle montre ainsi l'amour parfait qu'elle a pour son Créateur. Car il n'y a pas d'autres moyens de montrer l'amour et la vertu qui sont dans l'ame, si ce n'est par l'intermédiaire du prochain.

3. Quand l'âme a trouvé l'amour dans la connaissance qu'elle a de Dieu, elle trouve l'humilité, qui est la nourrice de la charité. Où la trouve-t-elle? Dans la connaissance d'elle-même, où elle a trouvé déjà la charité ; car celui qui se connaît lui-même n'a pas de motif de s'enorgueillir : le néant ne peut inspirer de l'orgueil. Celui qui n'est pas orgueilleux est nécessairement humble; et dès qu'il se connaît et qu'il connaît la bonté de Dieu à son égard, il aime, il est humble, et l'humilité lui fait connaître ses défauts et cette loi perverse de la chair, toujours révoltée contre l'infinie bonté de Dieu, qu'il a reconnue en lui.

\. Alors il a en horreur la sensualité, et la haine qu'il ressent lo pousse à en tirer vengeance. Comment le fcra-t-il? En faisant le contraire de ce que veut l'amour sensitif. S'il veut se complaire dans le vice,

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