‹ Lettres de Sainte Catherine de SienneChapitre 4 sur 78 · LX. — AUX SEIGNEURS ET DIGNITAIRES · texte numérisé non relu

LX. — AUX SEIGNEURS ET DIGNITAIRES

LX {•:01\ - AUX SEIGNEURS DÉFENSEURS DE LA CITÉ DE SIENNE. - Elle les exhorte à ôlre les gouverneurs courageux de leur ville et de leurs âmes. — De la crainte servile qui empêche l'hornme d'agir en homme et de connaUre la vérité.

AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE

1. Très chers Frères et Seigneurs temporels dans le Christ, le doux Jésus, moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je vous écris dans son précieux sang, avec le désir de vous voir des hommes forts et non pas des gouverneurs timides de votre cité spirituelle et de la cité qui vous est confiée. Car je vois que la crainte servile enchaîne et avilit le cœur, et l'empêche de vivre et d'agir dignement, rendant l'homme semblable à un animal sans raison. C'est que la crainte servile sort et procède de l'amour- propre ; et ce danger de l'amour-propre, nous le voyons dans les maîtres et les sujets, dans les religieux et les sécuhers, dans tous ceux qui ne recherchent qu'eux-mêmes. Si le sujet est séculier, il n'obéit pas, il ne fait pas ce qui lui est ordonné par son seigneur. Celui qui est commandé n'écoute pas le bon droit pour rendre la justice, mais il commet l'injustice en suivant ses impressions, ses désirs, son intérêt ; il cherche à plaire aux hommes, et juge selon la volonté des autres, et non selon la vérité. II craindra de déplaire et de perdre ainsi sa puissance, et alors tout lui fait peur ; et dans son aveuglement,

il craint quand il ne le faudrait pas, et ne craint pas quand il le faudrait.

2. 0 amour-propre, ô crainte servile, que tu aveugles l'intelligence, que tu l'empêches de connaître la vérité! Tu détruis la vie de la grâce et l'autorité dans la cité spirituelle et dans la cité de la terre. Tu rends l'homme insupportable à lui-même, parce qu'il désire ce qu'il ne peut avoir; et que ce qu'il possède il le possède avec peine, parce qu'il craint toujours de le perdre. La privation et la crainte le font toujours souffrir, parce que sa volonté n'est jamais satisfaite ; il goûte vraiment l'enfer dès cette vie.

3. 0 aveuglement de l'amour-propre et de la crainte déréglée, tu arrives à un tel égarement, que non seulement tu condamnes le peuple et les hommes coupables que tu aurais raison de condamner, et dont tu peux craindre la malice; mais tu écoutes le méchant et tu condamnes le juste ; tu soupçonnes les pauvres serviteurs de Dieu qui cherchent l'honneur de Dieu, le salut des âmes et le repos de la cité, qui ne cessent jamais d'offrir leurs désirs, leurs prières, leurs larmes, leurs sueurs en la présence de la Bonté divine. Comment croire que l'amour-propre et la crainte servile redoutent et condamnent ceux qui sont prêts à mourir pour votre salut, pour conserver et augmenter la paix et le bien de votre État? Mes très chers Frères, c'est cette crainte, cet amour coupable, qui a tué le Christ. Filate fut aveuglé, parce qu'il craignait de perdre sa puissance; ilnereconnut pas la vérité, et il fit mourir le Christ. Mais il n'évita pas pour cela ce qu'il craignait; car au moment voulu de Dieu, il perdit malgré lui, son

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