‹ Lettres de Scheffmacher a un gentilhomme et un magistrat protestant (volume 2)Chapitre 68 sur 108 · SI · texte numérisé non relu

SI

VWÊAXitÈ m PèP» KËGONïYtB PAB TOOtB Là

TRADmON.

Je compte d^abord )| Monsieur, que vous ne ferez nulle difficulté de convenir qu^avant Téclat de Lu;thei: au seizième siècle , et sa séparation de TEglise romaine , le pape et les évêques étaient en possession d'exercer leur juridiction , le pape sur toutes les Eglises chrétiennes de TEurope , et les évèques chacun ^ur le troupeau confié à ses soins. Si vous en exceptez une poignée de Yaudois confinés dans les vallées de Lucerne , et un malheureux reste de Hussites cachés dans les bois de Bohème , tous les royaumes de TEurope , là France et l'Allemagne , l'Espagne et l'Italie , l'Angleterre et la Hollande , la Pologne et la Hongrie , la Suède et le Danemarck , re- <^onttai&^eiit<^alettie»t l'autorité supérieure du «ouvefiiifipbntift dbàs^toute l^étendue de l'Eglise, «t TatacttiK cfa^ (^iiq[â6 éî^que dans son diocèse.

8UR LA PBIBIAlJTé DU PAPE BT 0BS ÉTÊQUES. 301

Vous conviendrez en second lien, sans peine, qne cette forme dn gonvemement de TEglise n^était pas nonyelje , mais que de Taven même de votre parti elle subsistait an moins depuis huit on neuf cents ans : car Luther et ses adhérents fixent Torigine et rétablissement de la papauté au temps dé Tempire de Phocas (î). Or , depuis cette époque jusqu^au soulèvement de Luther , vous compterez au ilioins neuf siècles .

Vous avouerez en troisième lieu qu'on ne revient point contre une possession si longue et si généralement reconnue , sans avoir en main de fortes preuves , pour faire voir clairement que la possession a étq usurpée ; car la présomption du droit est pour le possesseur , qu'on ne peut dépouiller qu'après lai SiVbît démontré la nullité de son titre , et Tiiijuslîcè de sa possession : maxime qui doit avoir d'autant plus lieu dans le cas présent , qu'il n'^est pas concevable comment Jtai^ de peuples , de rois , de souverains , de prélats ^ tous naturellem€|iit jaloux de la liberté et de l'indépendance , se seraient accordés à reconnaître une autorité tiùaglnaîre , ni coniment ceux qui se sont mis en possession d'exerçer une juridiction si étendue ^ auraient pu y réussir , si leurs droits n'avaient pas été incontestables; vu surtout que rien n'eût été plus aisé que de s'opposer â leur entreprise , et qu'il eût fallu pour s'opposer à l'usurpation , non les armes et la violence j mais un simple refus d'obéir de la part de ceux qui étaient les plus

(1) Tom. 8. Ed. Jen. Germ. p. 137.

308 TAOISIÂHS ISTTBB

intéressés à ne pas se donner un snpérîetir , je veux dire de la part des évèques j qui sûrement ne manquaient ni de lumières pour voir tout ce qui eût pu tendre à les assujettir , ni de sensibi-^lité de cœur pour s^élever contre un Joug noiiveau qu'on eût voulti leur imposer.

C'est donc à vous ^ Messieurs les protestants, qui avez trouvé le pape en possession , à faire voir par des preuves claires, solides et palpables, qu'il a usurpé Tautorité dont vous l'avez trouve saisi : or c'est ce que vous n'avez point encore fait y et ce que vous ne ferez jamais. Luther , le plus échaujSe dé tous les adversaires des papes j l'a entrepris; mais soh projet a malheureusement échoué : tout s^est réduit à avancer des faussetés évidentes , pour colorer ^es accusations. Nous en trouvons une preuve dans lé livre qu'il écnvit peu de temps avant sa mort, et qu'à intitula : de la Papauté établie à Rome par le Diable (i). Que ce titre, Monsieur, ne vous effraie pas : je puis vous assurer que de tout le livre , c'est l'expression la plus douce et la plus modérée. Là il soutient : V Que isaint Grégoire a été le dernier évêque de Rome qui se soit borné au gouvernement de son diocèse , sans penser à s'arroger aucun droit d'inspection sur les autres diocèses de la chrétienté ( 2 ). 2 Que saint Cyprien , saint l)enis , saint Hilaire^ saint Ambroise , saint Jérôme , saint Augustin , et généralement tous les Pères qui ont précédé saint Grégoire , ont ignoré ce pouvoir supérieui*

(1) Ton. 8. Edit. Germ. Jcn. 1S58; p. St32. — (2) P. S42.

sua LA PRIHAUric ÙU PAPB BT DES ÉVOQUES. 309

qn^on prétend être attaché à la papauté ( 1 ). 3" Qtfon ne trouve dans les quatre premiers conciles aucun vestige de cette supériorité (2). 4^ Que dans toute Tlustoire eccléâyiastique avant Boiùface III , il ne se trouve rien cjui soit favorable à la prétention des papes (3).

Voilà , Monsieur, 'quatre propositions que Luther avance avec une hardiesse qui ne peut manquer de frapper les hommes versés dans la connaissance de Pantiquité. Aussi veuillez me permettre d'opposer à ces quatre paradoxes quatre propositions certaines , qui vous feront voir que nous ne sommes pas prêts à souscrire aux faux raisonnements que Luther emploie , pour prouver l'usurpation prétendue des papes.

Je soutiens donc : 1 ° Que saint Grégoire s'est cru revêtu de la même autorité que nous reconnaissons aujourd'hui dans les papes , et qu'il a en effet étendu les soins de sa vigilance pastorale sur toutes les Eglises chrétiennes. 2"* Que tous les Pères nommés par Luther , et un très grand noniJ)re d'autres qu'il ne nomme pas, même dans les premiers siècles de l'Eglise, ont reconnu une pi^auté de juridiction dans les éyêques de Rome. 3*> Qu'on trouve dans les quatre premiers conciles la supériorité des papes sur lesévêques clairement marquée. 4° Quel'hisfolre ecclésiastique fournit, avant Boniface III , une infinité de faits qui marquent la possession^ constante où les papes ont toujours été d'exercer

(1) Pag. 241, b. ilcm pag. i248. — (2) Pag. 248. -^ (3) Pag,^ 341 b.

310 TROnSIÊME LETTKE

leur jori^ctioii sur toutes les Eglises de la chrétienté.

Vous voyez y Monsieur y que nous voilà bien éloignés Tun de Tautre ^ Luther et moi ; nous employons à la vérité les mêmes moyens , mais pour des usages tout opposés : lui pour prouver Tusurpatipn manifeste, moi pour démontrer la constante possession. Vous jugerez , sHl vous plaît , de quel côté est la raison. Quelque favo^ rable que vous deviez être naturellement au chef dont vous suivez les sentiments pour tout le reste , je ne récuse pas néanmoins votre )Uge-^ ment sur les quatre articles en question : 'donnez même , j'y consens sx je ne porte pas mes preuves jusqu'^è Tévidence, donnez cause gagnée au plus grand ennemi des papes • N'est-ce pas se sentir bien fort , que de laisser choisir le terrain à son adversaire , d'^entrer dans les routes qu'ail marque à son gré , de IV suivre pied à pied , et de se voir en main des ressources assurées pour mettre de son côté tous les avantages que Tadversaire se promettait de sa part?

Si ma lettre devient un peu longue , vous le pardonnerez au zèle d'un homme qui ne peut consentir à vous voir hors de la voie du salut , et qui croira toujours n'en pouvoir dire assez , jusqu'à ce qu'il ait la consolation de vous y voir entrer. J'abrégerai néanmoins le plus qu'il me sera possible , et je sacrifierai même des réflexions importantes , à l'envie que j'ai de ne vous pas ennuyer.

sua LA PRIMAfM tttJ Pïn n DIS ÉT&QUBS. 311

?W3VttÈRÉ PROPOSITION.

sAiiVT OBtaoflus pAm a iemmé èo» AVtoAJm îbi^q

Je £s donc en premier Heti , ^é Ltiihè^ s'^é&t gros^èrement tropipê eïi notià donnant sâiht Grégoire pour le demîer évêq[né dé Roihe qn^ ait borné les soins de son gotrvenieméiit à son senl diocèse ^ sans étendre sa vigilance pastorale snr tontes les EgBées chrétiennes. H ne fant y Monsieur , pour vons convaincre du contraire j qne parcourir les sènunaires de ses Epitrès, dont la plupart s^adressentou en particulier ou en commun à des évéques de tontes sortes de nations^ et qui presque toutes ne contîeniient

e des avis , ou des instructions , on des or-

s, tels qvCa consent à nn sn^âeut ai les donner.

Vous verrez dès la première lettre, qn*îl recommande à tous les èyèqws de Sicile de tenir tous les ans un concile provincial (1) : dans la dix-septième^ quil prescrit à tous les évèques (f Italie de fëconcilier à TEglise les eillBants dés Lombards, qui ont été baptisés dans Phéréisîe arieune (2) . dans la sdixànlié-cInqTlième , qu'il défend à tous les évèques dé Numidie d'ordonner aucun donatiste (3) : dans la quinzième du se-

(1) T. î. Edil. ParisiD» 1675} p. 361. — (8) P. S79. — G^P. 334.

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