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ateliers et la moitié des produits nets de ces ateliers revient à l'établissement, l’autre moitié aux travailleurs.
Nous quitt ns Séville avec le très sincère regret de n'y pouvoir y demeurer plus longtemps, et nous nous dirigeons sur Grenade, pour reprendre ensuite à la hâte la route de
Tolède, Madrid et du nord de l'Espagne.
GRENADE, 6 février.
Nous n'avons pu consacrer qu'une seule journée à Grenade, aussi, je tiens à le répéter, je n'ai pas l'intention d'entrer dans des descriptions étendues de monuments que nous avons visités à la hâte. Je me contenterai d’un court aperçu historique et d’une nomenclature des superbes choses que l’on y peut admirer.
Grenade est ainsi appelée parce que, bâtie en amphithéâtre sur les pentes de trois collines que couronnent le Génératife, l’Alhambra et d’antiques tours, dites Tours vermeilles, elle ressemble à une grenade entrouverte.
Cette ville occupe une merveilleuse situation, dans une campagne couverte d'une riche végétation, arrosée par le Darro et le Genil et dominée par les cîmes majestueuses de Îla Sierra Névada. La capitale de l’ancien royau-
me de Grenade, le dernier boulevard des Arabes en Espagne, comptait jadis dans ses murs jusqu'à 400,000 Âmes ; sa population actuelle est de 75,000 habitants. On y distingue la vieille ville, au cachet arabe, et la ville moderne, parsemée de plusieurs belles places.
L'Alhambra de Grenade, palais et forteresse des rois maures, est le plus beau des monuments élevés en Espagne par le génie arabe.
Toutes les richesses de l'art mauresque : arabesques, colonnettes, dentelle de sculptures, faïences coloriées, ont été prodiguées avec un goût exquis dans les nombreuses salles, dans les cours, les galeries et les portiques de cette construction, demeurée admirable en dépit des ravages du temps et du marteau des démolisseurs; une partie de l’Alhambra ayant été remplacée par le palais de Charles-Quint, édifice qui est d'ailleurs, d'un beau caractère. On cite surtout : la salle des ambassadeurs, la cour des lions, la cour du réservoir, la salle de justice, celle des Abencérages. Du haut du minaret, la vue embrasse le splendide panorama de la vega ou campagne de Grenade.
Le Génératife, villa des rois maures, décoré
avec beaucoup moins de richesse que l’Alham-
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bra, est remarquable par ses beaux jardins et l'admirable aménagement de ses eaux. La cathédrale, édifice de l’époque de la renaissance,’a une belle façade ornée de states.
D'intéressantes œuvres d'art re décorent l'intérieur, notamment les portraits authentiques de Ferdinand-le-Catholique et d'Isabelle.
Deux chapelles méritent surtout d'être visitées : la capella mayor et la chapelle royale, où se trouvent les mausolées de Ferdinand, d'Isabelle, de Jeanne-la-Folle et de Philippele-Beau. Grenade a de nombreuses églises, parmi lesquelles on visite surtout celle du monastère de la Curturja, en raison des œuvres artistiques qu'elle renferme. On remarque encore: l'hôpital Royal, sur la plaza de Triunfo, place et promenade très fréquentées ; lAudiencia, sur la place Neuve; d’intéressants établissements universitaires ; un musée provincial et de ravisantes promenades.
Torèpe, 8 février 1880.
Trente heures de chemin de fer et nous voilà à Tolède, à 00 kilomètres de Madrid.
Nous avons retracé nos pas jusqu’à Ciudad- Real et nous filons maintenant vers les frontières de France, avec l'intention de nous
arrêter seulement à Madrid, à l'Escurial et à Burgos.
Tolède, ancienne capitale de l'Espagne, occupe une grande place dans l'histoire du pays, tant au point de vue politique que sous le rapport religieux. Elle reste, quoique bien déchue de son ancienne splendeur, une des villes les plus intéressantes de la monarchie. Bâtie sur un rocher que baigne le Tage, Tolède, la “ mère des villes” est encore ceinte de ses vieilles murailles crénelées, dont les portes et les tours sont très remarquables.
L'intérieur de la ville, labyrinthe des rues étroites et tortueuses, offre le plus vif intérêt, en raison des innombrables beautés architecturales que l'œil y découvre: colonnettes, ogives, arabesques, etc., appartenant à l’époque des Goths, des Musulmans et des Juifs, ainsi qu'aux siècles chrétiens. On y trouve aussi des restes d'une voie romaine, d'un aqueduc, d’un cirque, etc. La Cathédrale, commencée sous le règne de Ferdinand-le-Saint (XIITe siècle), église primatiale de l'Espagne, est l’un des plus beaux et des plus vastes monuments gothiques du monde. La façade est majestueuse et l'intérieur, composé de cinq vaisseaux que soutiennent 88 colonnes et
qu'éclairent plus de 700 fenêtres avec vitraux de couleur, est d’une richesse extrême. On admire surtout le maître-autel, les stalles du chœur, la capella mayor, la chapelle de Notre- Dame del-Sagrario (du tabernacle), celle de Saint-Ildefonse, la chapelle Mozarabe, la sa- : cristie, un trésor d'une grande magnificence, un superbe cloître, des peintures de mérite et une bibliothèque dont les manuscrits sont inestimables.
Parmi les autres églises de Tolède, on cite particulièrement celles de San-Juan-de-los- Reyes, de Notre-Dame-del-Transito, de Santa-Maria-la-Blanca : ces deux dernières sont d'anciens monuments judaïques.
L'une des plus célèbres curiosités de Tolède est l’'Alcazar des rois maures, qui occupe le point culminant de la ville, monument ruiné, mais d'un aspect grandiose, L’hôtel de ville mérite également d'être visité.
Tolède a d'intéressants établissements d’instruction : école militaire, grand séminaire, collèges, bibliothèque de 70,000 volumes, musée, et une manufacture d'armes blanches depuis longtemps renommée. Sa plus re-:
marquable institution charitable est l’hospice d’aliénés.
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Tolède n’a plus aujourd'hui que 17,500 habitants, mais elle n’en reste pas moins, comme je l'ai dit plus haut, une des plus curieuses et des plus intéressantes villes de l'Espagne.
“ Il faudrait une année, dit M. Germond de Lavigne, pour étudier Tolède, jour par jour, dans ce dédale de ruelles escarpées et montueuses, pour demander les secrets de l’art à cette curieuse confusion d'arcs, de voûtes, d'ogives, de fenêtres et de colonnettes qui sont des trésors, barbouillés, hélas! d'une
quintuple couche de chaux. Pour peu que
l'on gratte, partout on retrouve c'es sculptures, des arabesques, des méandres, des feuillages,
Les] des animaux fantastiques.”
“ Sur toutes les portes on aperçoit des écussons armoriés et des devises ; aux croisées, des balcons en vieux fer tourmenté et des grilles à barreaux serrés ; à toutes les maisons de vieilles portes massives, bordées de bandes de métal, garnies de marteaux historiés, ferrées, de clous rangés avec ordre, serrés et pressés, à têtes ciselées, grosses comme des œufs.”
C'est bien à regret que nous quittons Tolède sans avoir pu admirer toutes ces belles choses
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et demain nous serons à Madrid d’où je vous écrirai ma prochaine lettre.