‹ Lettres de voyagesChapitre 4 sur 40 · REMORQUEURS · texte numérisé non relu

REMORQUEURS

République 275 500

Bclle-Isle 175 300

Soit : 64 paquebots de toutes les dimensions faisant le service de New- York et de tous les ports des Antilles et du littoral du golfe du Mexique, de tous les ports français, espagnols, algériens et tunisiens de la Méditerranée, et enfin le service côtier du nord et de l'ouest de la France en touchant en Angleterre et en Espagne.

Nous ne croyons pas qu'il y ait au monde une compagnie maritime plus importante, et ce n'est pas la seule compagnie française qui lutte avec avantaîre, dans toutes les mers du monde, avec les paquebots des autres nations.

Mais revenons encore un moment à la Bourgogne pour vous dire (}ue ce superbe

navire a une longeur totale de 508 pieds 6 pouces, une largeur de 52 pieds 2 pouces et une profondeur de 38 pieds 4 pouces. Ses cabines de 1ère classe peuvent loger 329 passagers, et elle peut en outre transporter, coucher et nourrir 60 passagers de deuxième et 900 passagers d'entre'pont ; soit 1 289 passagers de toutes classes, sans compter l'équipage. Le grand salon, la salle de musique, le fumoir sont des modèles d'élégance et le grand pont de promenade pour les passagers de première, n'a pas moins de 492 pieds de longueur. Ce steamer a coûté $1,775,000, en chiffres ronds. Ajoutez à tout cela, un commandant, le capitaine Frangeul, d'une grande expérience et d'une courtoisie sans bornes, et des officiers qui luttent tous d'attention et de prévenance pour les voyageurs, et vous vous formerez une assez bonne idée du service de la Compagnie Générale Transatlantique.

On rencontre à bord tout un monde cosmopolite, mais on remarque que les Français, les Américains et les Espagnols prédominent sur les autres nationalités. Au point de vue des langues, on est en pleine tour de Babel et il faut toujours parler, comme si l'on devait être compris de tout le mondé, car il y a un

l6 LETTRES DK VOYAGE

grand nombre de passagers qui parlent couramment l'anglais, le français, l'italien, l'espagnol et l'allemand.

En fumant un soir sur le gaillard d'arrièrej'ai fait la connaissance d'un brave homme qui m'a vivement intéressé en me racontant les péripéties de la terrible catastrophe qui est arrivée au brigantin français le Mcdelin, sur les bancs de Terreneuve, dans la nuit du 4 au 5 octobre courant. Le Medelin venait de terminer sa campagne de pèche et se préparait à rentrer en France avec une cargaison complète de morue, lorsqu'il a été coulé bas par le steamer anglais Quccn de la ligne National.

Le grand steamer, courant à toute vitesse, frappa le brick français en plein milieu et le coupa en deux. Sur vingt-cinq hommes d'équipage, quatre seulement furent sauvés et c'est un des quatre survivants qui me raconta la chose, des larmes dans la voix. On comprend facilement ce qu'il y a de navrant et de terrible dans le désastre arrivé à ces pauvres marins, juste au moment où ils faisaient voile pour la France, après une campagne commencée sous d'heureux auspices. Combien de mères et d'enfants, d'épouses et de sœurs

éplorées attendent en vain le retour du pêcheur qui devait ramener l'aisance et le bien-être au foyer !

Nous entrons dans la Manche après avoir fait une traversée superbe pour la saison, car nous n'avons eu que deux jours de gros temps ; ce qui ne nous a pas empêché d'arriver au Havre le dimanche dans la matinée, comme d'habitude, sans incidents remarquables et surtout sans accidents.

Page 1