TH. SPENCER A MONTFAUCON
a cujus manu illorum collationem obtineam, impensas operae quascunq[ue] illius nomine suppeditaturus.
Deinde non ingratum tibi fore sperat, quod a me audias, Cataloguai M" Graecorum Bibliothecae Vaticanae Academiam nostram obtinuisse, (quam olim Theod. Nychius o nâw suâ operâ confecit) et in Bibliothecâ nostrâ publicâ servatum esse; ex quo si quid exquiri jubeas, te libenter operam fore daturum.
Rogat etiam, eâ quâ par est reverentiâ, D"" Hutchinson, CoIIegii St. Trinitatis apud nos Bibliothecarius, ut Mss. quarundam Comœdiarum Aristophanis, quod in Bibliothecâ vestrâ Coislinianâ reponitur, collationem habeat, justo pretio a me solvendo. Quodq[ue] placeat vobis pro vestrâ Benignitate, siquis alius Liber Mss. illarum comœdiarum in Bibliothecâ Regiâ velColbertinâ habeatur, nobis indicare. Dicit etiam se audivisse D""" Sellier novam Hesychii editionem parare; cui ille Pearsonii, illustris quondam Cestrensis Episcopus, Emendationes in eum autore[m] felicissimas, in Bibliothecâ suâ in tribus Vol. Mss. asservatas, etiam, notas cujusdam Thompson, viri eruditi, et Martini Sleid et duorum aliorum Anonymorum, nequaquam contemnendas , missurus est, si D""* Sellier gratum habuerit, et si quid ad Aristophanem edendum subsidii occurrat, Vices rependerit.
Haecce Vobis, P. R., litteris consignare velim, nequid, memoriae lapsu, oblitus sim, vel pronunciatio nostra, quae auribus vestris alienior est, quidquam tibi molestis attulerit. Me autem, cum vobis non incommodum erit, jussa vestrâ accepturum, venire velim jubeas.
PERISTIANI [?]*).
Mon très Révérend Père.
C'est dans la vue de me conformer à vos ordres et à votre goût pour notre langue, que je vous répons plutôt en françois qu'en latin. Et avec quels sentimens ne le dois-je pas faire, après tous les mouvemens et toutes les peines que votre Révérence s'est données pour un inconnu? Il est vrai que c'étoit à la recommandation d'un comnlun ami, également estimable par les qualités du coeur et de l'esprit, mais quoiqu'il ait l'avantage d'avoir mis en action les ressorts d'une amitié si officieuse et si active et dont je me vois à la veille de ressentir les heureux effets, je ne puis qu'avec peine en partager avec lui la reconnoissance. Et je ne sais pas même comment je pourois m'y résoudre, s'il ne m'étoit pas permis de me la réserver toute entière pour les bons offices dont votre Révérence me fait des offres si polies et si engageantes. J'ose me flatter qu'on ne me trouvera jamais en défaut sur un article si essentiel que l'est celui de la reconnoissance. Je l'envisage co[mm]e une dette qui oblige d'autant plus qu'elle est moins exigée, et je pense que c'est déjà avoir manqué en quelque sorte à ce devoir que de n'avoir pas su prévenir tout cequi en pouvoit affoibler le mérite. Avec de telles dispositions, combien ai-je
*) Brouillon de Toustain.
dû être touché des reproches faits à un illustre confrère, de la part d'un homme aussi célèbre que lest M Assemani? Et cequi est encore plus mortifiant, cest qu'on ne puisse pas contester que les plaintes de celuici ne soient bien fondées. L'unique ressource qui me reste à cet égard, c'est de diminuer le tort de D. Bernard de Montfaucon et de faire voir qu'il est tout au plus coupable d'un peu de négligence, laquelle est sans doute bien pardonnable à un âge où l'on n'a plus cette présence d'esprit et de mémoire qui dans de meilleurs jours n'auroient pas permis qu'on eût été distrait sur l'étendue des devoirs de justice et de bienséance. Ces devoirs exigeoient, ce semble, que l'Éditeur de S. Chr}'sostome n'eût point de repos qu'il n'eût découvert la main bienfaisante d'où lui étoit venu le riche présent qu'il alloit consigner au public. 11 s'est sur cela un peu trop aisément tranquilisé; et c'est en quoi je fais consister le tort d'un ho[mm]e de plus de quatre vingt sept à huit ans et qui n'est pas à couvert des infirmités attachées à un si grand âge. Car, sur l'article le plus délicat, vous avez certainement saisi la vraie réponse. L'incertitude où D. Bern. paroit être, dans son avis, si ces lettres nouvelles de S. Chrysostome ont été aportées du Mont Athos ou de Patmos, en est une preuve convaincante. S'il avoit su qu'il pouvoit si facilement éclaircir son doute sur un fait qui n'étoit pas indifférent au public, il n'auroit pas manqué de s'adresser à M. Assemani pour en aprendre des nouvelles. Les connoissances que ce savant lui auroit données des personnes par les mains desquelles une si rare découverte étoit passée, auroit [sic] mis D. Bern. en état de leur en faire tout l'honneur qu'ils méritoient et qu'il ne leur auroit pas refusé. On avoura aisément
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que D. de Montfaucon n'a pas besoin de larcin littéraire pour se faire un nom parmi les savans, et jamais il ne fut accusé d'un vice si odieux.
Toute la faute se réduit donc à n'avoir pas assez fait de recherches afin de remonter jusqu'à la première source des 12 sermons nouveaux de S. Chrysostome. Le mal est aujourdui sans remède, l'édition étant totalement achevée depuis plusieurs années, et D. Bernard n'en ayant pas un seul exemplaire en sa disposition. Pour moi, si j'en étois cru, je ferois achetter chez les libraires toute l'édition, et je l'enverrois à M. le soubibliothécaire du Vatican. S'il se présente quelque moyen de faire connoître au public, qu'il est redevable à ce savant prélat de la découverte des sermons en question, je veillerai à lui faire rendre toute la justice qui lui est due. Au pis aller et au plus tard, on pouroit en faire mention dans la préface du i*'' volume de notre ouvrage, sur tout si la notice de la Bibliothèque du Vatican nous en présente quelque occasion favorable, en nous fournissant une ou plusieurs pièces nouvelles. M. Assemani auroit la bonté de nous donner communication par votre canal. En rendant compte de cette faveur, il seroit fort naturel d'en faire revivre de plus anciennes. Voilà tout cequi est en mon pouvoir sur ce point. C'est aux Pères de S. Germain de voir ce qu'ils ont à faire de leur côté. Je leur ai fidèlement rendu les sages réflexions de votre Révérence. Car pour ce qui concerne le P. de Montfaucon, on ne peut désormais plus rien fonder sur un homme d'un âge si avancé.
C'en est assez touchant une affaire qui m'est absolument étrangère. Venons maintenant aux bons offices que vous me rendez. Que je congratule D. Estivent
JIO CH. FR. TOUSTAIN A ATHANASE PERISTIANI
d'avoir un ami si méritant et si zélé pour le service de l'Église et la gloire 'de Tordre! Quelle ardeur et quelle activité à répondre aux voeux d'un ami qu'on ne sait si l'on reverra jamais! D. Estivent, avec tant d'excellentes parties, est encore heureux en amitié. Si les grandes qualités que je lui connois, le rendent digne de la vôtre, je ne vous trouve pas moins digne de la sienne, et je me féliciterois d'une conquête aussi prétieuse qu'honorable, si je pouvois jamais pénétrer aussi avant dans vos bonnes grâces qu'il a fait dans les vôtres et que je l'ai fait, j'ose m'en flatter, dans les siennes.
A l'égard des notices que votre Révérence a fait tirer des Bibliothèques d'Italie et qu'elle a méme[? puisées dans celles de Rome, elle peut les faire mettre à mon adresse chez MM. Brunet et Bouti, banquiers en Cour de Rome. Ils auront soin de les faire tenir à Rouen avec les dépêches ordinaires à M. Doyen, Banquier en Coiir de Rome, demeurant dans la Cour de S. Ouen à Rouen. C'est un de ces MM. qui vous fera remettre cette lettre. Quand les paquets seront plus considérables, nous pourons prendre d'autres mesures.
Je ne prirai pas votre Révérence de me procurer la notice des Mss. de Venise, parce qu'on en a mis au jour le catalogue, et que je ne fais qu'en attendre l'arivée en France pour en prendre connoissance par moi même. Mais oserois-je encore lui demander, qu'elle fasse la même chose à Milan et à Florence qu'elle a eu la bonté de faire à Naple et à Messine? S'il se trouve quelque pièce que nous n'avons pas dans les notices que j'attens d'elle, je prendrai encore la liberté de la suplier de les faire copier exactement, et j'en
passerai par toutes les conditions équitables qu'elle jugera apropos, soit pour en faire honneur à ceux qui les communiqueront, soit pour fixer l'honoraire des copistes, lequel lui sera remis aussitôt par un des Banquiers que je lui ai marqué.
Nous avons reccueilli tout ce qu'il y a en France sur S. Théodore Studite. Les Bibliothèques du Roi et de S. Germain des prez nous ont fourni une très ample moisson. Les RR. PP. Jés. qui avoient autrefois entrepris la même édition et qui en ont publié un vol. à la fin de leur collection intitulée père [sic] Sirmondi, etc., nous ont obligeamment donné communication de tous leurs papiers. Il est vrai que nous avons découvert plus de 200 lettres dans la Bibliothèque Coislin, fondue aujourdui dans celle de S. Germain, desquelles ils n'avoient aucune connoissance, outre un très grand nombre de pièces qu'ils avoient également ignorées. La plus grande partie de ce qu'ils possèdent, a été tiré de quelques Bibliothèques d'Italie, et surtout de celle du Vatican. Ainsi, ce ne pourra guère être que dans les Mss. qui y sont entrés depuis 40 ans, que nous pourons faire quelque découverte importante, à moins quils n'eussent pas connu tout ce qu'elle renfermoit par raport à leur but. Le Roi de Pologne nous a fait prêter, depuis un an, un Ms. fort considérable de Lipsic, où nous avons trouvé 50 pièces nouvelles.
Nous souhaitterions fort qu'on pût nous fournir une histoire composée en vers ïambes par S. Théodore, laquelle, commençant à Adam, estoit conduite jusqu'aux Iconoclastes, aussibien que d'un ouvrage sur les dispenses, contre les Méchiens, et d'un traité intitulé Stilileutique contre les Iconoclastes, avec un recueil de témoignages des SS. PP. contre les mêmes hérétiques.
11 nous manque de plus quelques lettres, Cathéchèses, panégyriques. Mais jusqu'ici nous n'avons point rencontré de catalogue de Mss. qui indiquât aucune de ces pièces comme encore existante.
Si par vos soins nous pouvions recouvrer, ou en partie ou en tout, ces ouvrages, qu'on regarde comme perdus, l'Église et la République des lettres vous en sauroient un gré infini, et nous tâcherions de faire connoître tout le mérite de cette découverte dans notre édition. Indépendament de ces acroissemens qu'on ose à peine espérer, elle renfermera les deux tiers aumoins de pièces, ou qui n'ont jamais vu le jour, ou qui n'ont point été publiées en grec, ou qui n'ont point encore été traduites en latin.
Pour ce qui concerne le Typique de la Bibliothèque Barberine, D. Bernard n'en a aucune connoissance. II n'est point dans ses portefeuilles. On ne sache point qu'il ait été imprimé. On a seulement publié, il y a plus de 40 ans, le Typique d'Irène, sur un Ms. de la Bibliothèque du Roi. 11 se trouve dans les analectes Greques. Ayant eu occasion d'examiner les Typiques Mss., et surtout ceux de S. Germain de prez, j'en ai vu deux, assez récemment transcris en Italie, dont l'un porte le nom de Synaxaire au lieu de Typique. II est tiré du monastère de Crypta Fer rata et en regarde les usages. L'autre a été transcrit-, il y a plus de 30 ans, par un compagnon de notre procureur en Cour de Rome, mais on ne marque point de quelle Bibliothèque il a été pris. Mais celui ci n'est pas, à proprement parler, un Typique Grec. C'est plutôt un ouvrage Latin où l'on expose méthodiquement les cérémonies et les parties de l'office des Grecs, telles qu'on
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les voit dans leurs Typiques. J'en ai des extraits fort considérables.
Votre Rév. aura la bonté de jetter un coup d'oeil sur le y vol. des oeuvres de Sirmond, pour ne pas grossir inutilement le paquet en exposant en détail les mêmes pièces qui y seroient déjà renfermées; le tout cependant sans prétendre la *) en rien.
Ma lettre est déjà trop longue pour pouvoir vous entretenir, co[mm]e je voudrois, des nouvelles de France, même en me bornant aux seules littéraires. Je vous dirai pourtant que D. Sabatier de notre congrégation fait imprimer à Reims un ouvrage qui a de grandes ressemblances avec celui du P. Bianchini. Il ne renferme pas seulement des fragmens co[mm]e celui de ce dernier, mais le texte presque entier de la version Italique. Le 2^ vol. du Bénédictin, lequel aura incessamment un 3* à sa suite, sera bientôt en état de voir le jour; ces 2 savans pouront se faire tort l'un à l'autre. D. Prudent Maran, l'homme de France qui a une plus profonde connoissance des 1*" siècles de l'Église, auteur de la Dissertation sur les Demi-Ariens, que le public a fort goûtée, et qui a mis la dernière main aux nouvelles éditions de S. Aprille de Jérusalem, de S. Cyprien et de S. Basile, va faire distribuer incessamment celle des ouvrages de S* Justin et des autres Apologistes de la Religion chrétienne, tels qu'Athénagore, Tatien, Théophile d'Antioche. On compte que cette édition sera un chef d'oeuvre. L'auteur y travaille depuis plus de 20 ans. Il a encore composé plusieurs autres ouvrages très importans.
•) Illisible.
Je ne vous parlerai point de la collection des historiens de France, dont le ?« vol. commence à paroître, ni des histoires des provinces, auxquelles nos confrères travaillent presque de tous côtés. Celle de Languedoc, dont les j i*" vol. sont entre les mains de tout le monde, fait beaucoup d'honneur à notre congr. On travaille encore à donner la suite des lettres des papes, à une édit. des Conc[iles] de France, à la continuation du Gallia Christiana. Voilà les principaux ouvrages auxquels nos confrères s'occupent. Faites moi part aussi de vos entreprises et de celles des Bénédictins de la célèbre congr. du mont Cassin, que nous honorons avec justice co[mm]e notre mère et dont tous les intérêts nous sont très chers.
M. rÉvéque de Senez est décédé à la Chaise Dieu le jour de Noël dans la 94* année presque résolue de son âge, après avoir reçu les derniers sacremens avec de grands sentimens de piété. Nous avons vu une relation fort circonstanciée de sa maladie et de sa mort. Il y est dit, entre autres choses, qu'un Médecin qui a assisté à sa mort, a paru fort surpris de voir que ses membres soient demeurés flexibles comme s'il eût été vivant, pendant deux jours qu'il a été exposé. On y ajoute qu'une lettre de cachet, en datte du mois de février de la dernière année et qui ne devoit être ouverte qu'une ou 2 heures après la mort de cet Évéque exilé, ordonnoit qu'il ne seroit pas inhumé dans la grande Église, mais dans une chapelle intérieure. On prétend que cet ordre a pour but d'empêcher qu'il ne fasse pas des miracles comme M. de Paris. Il est certain qu'on lui en attribue déjà plusieurs de son vivant. J'oubliois de vous raporter l'épitaphe qu'il a ordonné
de graver sur sa tombe, — la voici: Ego Joannes olim Ep[iscop]us nunc pulvis.
Vous me ferez toujours un sensible plaisir, dans le commerce de lettres que je veux entretenir avec votre Révérence, de me marquer, outre les nouvelles littéraires, celles qui peuvent tourner à l'avantage de l'Église. On conçoit de grandes espérances du pape qui vient de monter sur le S. Siège. Il est certain que c'est le plus savant pontife qui l'ait rempli depuis longtems. On est aussi fort avantageusem[en]t prévenu en faveur de ses bonnes intentions. Pourroit on se flatter qu'il pût apaiser les troubles qui agitent l'Église de France depuis si longtems et qui occasionnent une extinction presque générale de la science, de la piété, et même de la Religion? Il faudroit que notre grand pape fût puissament revêtu de la vertu d'en haut, pour pouvoir réussir dans une entreprise si dificile. Mais que ne peut pas un grand courage joint à une vaste capacité et soutenue par des motifs aussi purs et aussi puissans que le sont ceux de la foi?
Les tems afreux et le désir de me servir de la voye des Banquiers m'ont empêché de répondre plutôt à votre Révérence. Je fais pour elle mille voeux au commencement de cette année et suis, [etc.]