FR; BERNARD DE MONTFAUCON
Au Réuérend Père
Le Révérend Père Dom Bernard de Montfaucon
à l'Abbaye de S^ Germain.
Je crois bien, mon R. P. et très cher ami, qu'à force de différer ma petitte promenade, elle sera rompue tout à fait par le mauvais tems.
Je vous envoyé les notes que j'ay faites sur les deux endroits de votre Cosmas et que vous aués bien voulu m'abandonner, et j'espère que vous en serés satisfait. Quand à la note sur &aU,oç et q>alloç, le mesme scrupule m'est venu dans l'esprit qu'à vos sages amis. Je suis d'auis que vous l'ostié du rang des remarques où l'Hercule gaulois est ataqué, quoique vous ne soyés que sur la défensiue. Mais puisque vous et ceux que vous aués consultés trouvent cette remarque excellante, il ne la faudroit pas suprimer tout à fait, et vous la pouvés mettre dans celles qui concernent votre Cosmas, au sujet des Épitres festales de St. Athanase qui fait mention de la cérémonie des ramaux, sur quoi vous mettrés d'abord tout ce qui establit cette cérémonie
dans ce siècle là, ensuite vous ferés l'objection du GaXXo^*, et vous conclurés qu'il n'y a aucun moyen de sauver cette leçon, après quoi vous mettrés la corection phallos et tout ce qui l'apuie, sans rien retrancher des choses que vous aués très bien écrittes, mais changeant l'ordre; faisant cela, personne ne vous blâmera, et les adorateurs d'Hercule ne sont pas gens à lire votre Cosmas, qui est un liure demi profane pour le moins. Cependant, vous en vserés comme il vous plaira. Consultés des gens sages et désintéressés, et croyés les, car pour moi, à cause que la note est de moi, je vous dois être suspect, comme je le suis à moi mesme sur cela.
J'ay pris la liberté d'efacer pour la cronologie de Constantius les deux lois de prœtoribus, qui ne sont pas datées, mais il est seur qu'elles ne sont pas de Constantius, estant adressées au Préfet de Rome, Hilarianus, sur qui ce prince n'avoit aucun pouvoir, et elles sont de Constans à qui Rome apartenoit. Sur l'Anim. XI et touchant les Exarques, je me souviens de vous auoir donné ce passage quorum ea erat dignitas, mais je ne sçais ce que c'est que votre citation lib. de jur. Rom. Pont. c. 2. tit. 9. Revoyés, je vous prie, mes brouillons, ou renvoyés les moi pour les lire. J'ay esté fort contant de vos prolégomènes sur le suplément de St. Athanase. Quand à celuy qui concerne l'Indopleustes, il me plaît fort aussi; cependant je vous dirai que je ne crois pas qu'on puisse écrire, comme vous, à la page 8, Scripturam sacram pertractasse, car scriptura non pertractât; metés sacros scriptores quorum. Du reste, il me semble que vous répondes comme Galilée, mais je crois qu'aujourdhui on ne condamneroit pas ce grand Matématicien à Rome.
A la page 20, vous conjecturés que Cosmas a esté Nestorien, parcequ'il a omis le nom de Nestorius. Mais puisqu'il est certain que cet homme là a esté Alexandrien et moine en Egypte, il ne peut auoir esté Nestorien, car jamais il n'y a eu de ces sectaires là en Egypte, où touts estoient enemis jurés des Nestoriens, soi [sic] qu'ils fussent Ortodoxes, recevant l'édit de Marcien 'et le Concile de Calcédonie, soit qu'ils fussent hétérodoxes, sectateurs de Dioscore.
Vous me faites trop de honneur de parler de moi si honorablement page 17, mais je laisse à votre prudence si vous le deués faire, et si cet endroit là où vous me cités vniquement, mérite tant de louange; pour moi, je ne le crois pas, et de fort bonne foi. A la page 22—23, Cosmas fait voir sa simplicité et qu'il s'est laissé tromper par les juifs, grands menteurs et fourbes en tous tems. L'opinion de Cosmas, que Moyse et les hébreux aprirent premièrement l'art d'écrire, lorsque Dieu leur donna la loy sur le mont Sinaï, cette opinion, dis-je, est très fausse et démentie par Moyse, qui dit au ly"»* Hure de l'Exode, que Dieu, auant que les Israélites arivassent à la montaigne de Sinaï, luy comanda d'écrire la défaite des Amalécites, vers 14 "içoa li^si n«i nh3. A la page 23, il ne faut pas aller doner lieu aux visionaires d'errer de nouveau sur leur septantes auec Tryphon de Phalère, et il n'y a point de doute que ce ne soit un aiiaçxrnia fivt^fiovixop de Cosmas, car peut on douter de Démétrius après le témoignage d'Aristeus, Philon, Joseph et cent auteurs des plus célèbres? Je vous prié instamment et pour l'amour de moi d'oster cette note là, qui me déplaît infiniment. A la page 26, je voudrois retrancher tout ce que vous dites sur les scribes, et mesme ce passage
entier de Cosmas; laissés le lire et raisonner dessus les gens à leur fantaisie. Par les Juges et le commencement des Roys, nous voyons qu'il y a eu des profètes parmi les Israélites et que durant un fort long tems il ont esté fidèles à Dieu. D'ailleurs, on voit par les Hures des Roys et des paralipomènes, que les auteurs sacrés de ces liures renvoient aux comentaires et Hures journaux des Roys d'Israél touts idolâtres et des Roys de Juda qui Festoient le pluspart; ainsi ce que vous auancés au but de la page nest pas véritable. Coupés,
je vous en prie, ce feuillet ^> qui ne vous fera pas
d'honneur. Page 27: Clysma est sur le bord de la mer rouge, du costé d*Égypte; mais cette coste est quelquefois apellée Arabie et les habitants Arabes; les seule vrais Égyptiens sont ceux qui habitent le long du Nil. GoHus, à la page 144 de ses notes sur Alfragan, dit que Colzuna est Clysma Ptolomei, et ensuite: Mare rubrum in geminum illic terminatar sinam, occidentalem Colzumâ insignem, Orientalem Elana. Elana ou Alla est donc Arabie Pétrée.
Je ne voudrois pas aprouver ce sentiment de Cosmas, qui est contraire à tous les interprètes. Grotius et Drusius, qui ne sont guères superstitieux, veulent qu'il y ait là vn miracle. On dit que les habits des grandes personnes qui mouroient en grand nombre dans le désert, servoient aux petits qui deuenoient grands. H est vrai que le célèbre Abenezra dit que les Israélites auoient emporté d'Egypte quantité d'habits qui leur servoient dans le désert.
Je vous envoyé mes mémoires sur les deux questions qui regardent Cosmas, mais j'ay retenu votre m", que je ne veux confier à qui que ce soit. Si vous le voulés envoyer quérir, il est tout prest; vous estes le
maître de faire ce que vous voudrés. En cas que vous le vouliés venir prendre vous mesme, nous conférerons sur le tout, et alors vous pourés raporter mes petits mémoirs.
Je vous embrasse de tout mon coeur et suis tout à vous D L
Jeudy 8 Octobre 1705.
Après que vous aurés conféré auec vos amis sur l'article, il faudra que nous en conférions ensemble. Vous ne sçauriés prendre trop de précautions par raport aux adorateurs d'Oy^iio^, car cet Hercule, comme
dit Lucien, àif^çoinœv nafinolv xi fck^^oç ihtei ix tmp ayciop ctTiapraç dtdBiiivovç, dcafjià de Biciv oi oHiçai kentaî. xat ofiœç cup oikcjç icd-eifmv dyofiepoiy ovre dgctafioif (iovXivovoiy dvpafieiroi av evfAaçâç^ ot^re oXoaç àmixilvovaiv^ ij toîç noatr àv^BÇêidovai, nçoç ro ivamiov r^ç iytayf^g i^tmhd^orTeÇy alXà q!a$dçoï inortai xal ysyii^ortç xal tov ayov^a maivovvxeç ineiyofiepoi â^avreç^ nul rqî qi^avBiv iûtkeiv top deofior
RENÉ MASSUET A ?
Mon Révérend Père.
Je suis très obligé à votre Révérance, et je la remercie bien humblement des recherches qu'elle a eu la bonté de faire pour découvrir quelque Pièce de S. Irénée. Je souhaiterois que le bonheur eust répondu à sa diligence. Mais soit que le Manuscrit Barberin
RENÉ MASSUET A? IJ
soit mal intitulé, soit que l'auteur des Pièces dont vous envoyez le catalogué au R. P. assistant, s'apelast Irénée, il est certain qu'elles ne sont nullem[en]t du grand S. Irénée, Évesque de Lyon et Martyr. 11 y a bien de l'apparence que ce sont des ouvrages de quelques Moines Palamites du quatorzième ou quinzième siècle (c'étoient les Quiétistes de ce tems là), très éloignez, par conséquent, du tems de S. Irénée. Si votre Révérence pouvoit déterrer quelques chose des véritables ouvrages perdus de ce grand saint, par exemple sa lettre entière au Pape Victor, celles qu'il écrivit en même tems à plusieurs autres Évesques, ses deux lettres à Blaseus et à Florin, ses livres De Ogdoade, De Apostolica prcedicatione. De la Pâque, De Scientia, et contre Marcion, vne si heureuse découverte seroit vn grand ornement à la nouvelle Edition que j'espère donner des cinq livres que ce Saint Martyr a écrit contre les hérésies. Dans la lettre qne je me donné l'honneur de vous écrire au mois de Novembre dernier, je vous supliois très humblement de voir s'il n'y auroit point dans la Bibliothèque du Vatican quelque manuscrit de ces cinq livres, dont il ne nous reste plus qu'une version Latine. Il est certain qu'il y en a eu vn, puisque LatinusLatinus l'a vu et s'en est servi pour rétablir quelques endroits corrompus. Mais D. Bernard de Montfaucon m'a dit que feu D. Claude Étiennot l'ayant emprunté, on le lui avoit volé. En tout cas, si vous pouviez trouver quelqu'un là ou ailleurs, vous m'obligeriez singulièrement de me le faire coUationner sur quelqu'une des Éditions de Feuardent, si cela se pouvoit commodément, sinon sur tout autre qu'il vous plaira, m'avertissant de l'Édition et marquant exactement les pages. Les Mss. de S. Irénée sont très rares
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ici. Je n'en ai vu et je n'en sçay qu'un seul. J'aurois bien besoin du secours de quelques autres, s'il y en avoit dans vos quartiers.
J'aurois encore, Mon Révérend Père, vne autre grâce à demander à votre Révérence. S. Épiphane nous ayant conservé en Grec plusieurs endroits de S. Irénée, et tous ces endroits se trouvants fort défectueux dans toutes les Éditions, soit de S. Épiphane, soit de S. Irénée, je vous aurois vne extrême obligation si vous pouviez me les faire collationner par quelqu'un qui sçust le Grec, sur les Manuscrits Grecs de S. Épiphane qui sont au Vatican. En voici de l'autre côté* mis en Latin exprez pour vous épargner la pêne de le traduire. Le travail n'est pas fort long; c'est vne affaire de huit ou dix jours. Si vous pouviez trouver dans d'autres Bibliothèques des Manuscrits du même S. Épiphane et m'en faire collationner les endroits marquez, ce seroit vn surcroist d'obligation que je vous aurois. Peut-être les RR. Pères de S. Basile en auroient ils dans leurs Bibliothèques de Rome ou de Sicile et voudroient ils bien me faire cette charité. En ce païs ici ils sont très rares. Il n'y en a qu'un seul dans Paris, dans la Bibliothèque du Roy; encore est il récent et très défectueux. Il y en a vn excellent dans la Bibliothèque de S. Marc à Venise; mais les Vénitiens sont gens si peu traitables, que je ne vous demande rien de ce côté là. Il y en a encore vn chez nos Pères de Florence, mais Anselme Bandury a bien voulu se charger de me faire collationner ce que j'en souhaite avoir. Je souhaite que M*^ le Bibliothéquaire du Vatican vous donne ce qu'il vous a promis de S* Euloge d'Alexandrie. Les Expositions sur la Genèse, marquées dans votre mémoire sous le nom de S^ Éphrem
RENÉ MASSUET A? - >?
d'Antioche, ne sont certainement point de lui. II n'a écrit que les ouvrages dont j'ai eu l'honneur de vous envoyer la liste. Pour le Dialogue avec Thryphon dont vous parlez aussi, il est de S. Justin. Je voudrois en avoir les différentes Leçons, mais je m'imagine bien que cela ne sera pas aisé. Pardon de toutes mes importunitez et des pênes que je vous donne. Donnez moi occasion de vous rendre ici quelque service. Je le feray avec le plus grand plaisir du monde, pour vous marquer que je suis, [etc.]
FR. RENÉ MASSUET, M. B.
Paris, 2. Mars 1706.
Je suplie le R. P. Procureur Général d'agréer mes très humbles respects.