‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 2)Chapitre 62 sur 145 · U PROCUREUR GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

U PROCUREUR GÉNÉRAL

Bouillon, îa octobre iC52.

J'av receu, avec l'estime que je fais de tout ce qui vient de vous. vostre depesebe du 7 de ce mois. Je vous suis très-obligé des bons advis que vous me donnez de concert avec MM. les Presidens3, auxquels je vous prie d'en faire mes remerciemens et de les asseurer que je conserveray tousjours une particulière recognoissance de l'aifection qu'ils metesmoignent. Il n'y auroit rien de plus fort ny de plus judicieux que le raisonnement que vous faictes touchant l'accommodement avec les princes, si le principal fondement, sur lequel vous l'establissez, pou voit subsister; mais vous présupposez que M. le Prince donnerait volontiers les mains à l'accommodement, et il n'y a rien de si certain que jamais il n'en a esté plus esloigné qu'à présent et plus persuadé de pouvoir aysement faire réussir ses desseins, estant, pour cet efl'ect, entré en de nouveaux engagemens avec les Espagnols, qui sont si estroits et si précis que, quand mesme il luy viendroit des pensées de s'accommoder, il ne passerait pas outre qu'au préalable il ne leur eust faict donner satisfaction par la paix générale, comme il est porté par son traité, et

; Ne laisseraient pas , dans la copie. mais Retz prétend qu'il s'y refusa. Mazarin

* On voit par les Mémoires de Retz (t. I\ , paraît, au contraire, convaincu qu'il y avait

p. &2-3 et suiv. , de l'édition des Grand* alors intelligence entre la duchesse de Che-

Lcrivains de la France) que des tentatives vreuse et le cardinal de Retz.

furent faites, à cette époque, pour une ré- 3 Les présidents du Parlement séant à

conciliation entre Retz et M "de Chevreuse; Pontoise.

Octobre i(i5u. comme depuis peu il en a i'aict faire des promesses positives, de sa part, à don Louis de Haro par Saint-Agoulin , qui est eu Espagne, et à Fuensaidagne par Saint-Romain et par d'autres qu'il luy a depeschez aprez luv, le priant de ne concevoir aucun soupçon du contraire sur les bruits de négociations qui seroient sur le lapis, auxquelles il estoit obligé de prester l'oreille pour ne s'attirer pas la hayne des peuples et pour ne donner pas sujet à M. le duc d'Orléans de se séparer de luy. C'est la pure vérité que je vous dis, et je n'ay pas eu grande peine à me conlirmer dans cette créance, après avoir veu le refus qu'il a faict des marques si extraordinaires de la bonté du ïîoy, que M. l'abbé Fouquet luy avoit portées, de sorte que ce n'est pas le plus ou le moins des conditions du traité qui en arreste la conclusion, mais le défaut de volonté en M. le Prince.

Je demeure d'accord de ce que vous dictes que, pour restablir l'autborité royale, pacifier le dedans du royaume et faire cesser les maux que la guerre civile faict souffrir, le Roy se devroit beaucoup relascbcr, et vous voyez bien aussy à quel point on l'a faict, puisque inditleremment1 toute la Cour en a murmuré jusques à dire que je faisois bon marché de l'interest du Roy, parce que cela servoit au mien particulier. Enfin il est assez vraysemblable que, si M. le Prince avoit eu la moindre disposition à s'accommoder, il ne se seroit pas arresté de le faire pour la suppression de la cour des Aydes2 et pour procurer plus ou moins d'advantage au comte du Daugnon.

En outre, il faut considérer que M. le duc d'Orléans, qui tesmoigne une si grande passion de faire son accommodement avec M. le Prince, est tombé d'accord qu'on luy accordoit plus de grâces qu'on ne devoil. En dernier lieu, S. A. R. et M. de Lorraine se sont laissé entendre sur ce sujet à diverses personnes, [disant] qu'on if avoit pas grand soin à la Cour de mesnager la dignité du Roy, et vous aurez mcsme sceu que M. de Chasteauneuf a publié partout qu'il avoit offert de faire conclure l'accommodement à des conditions bien honorables et plus

1 Indifféremment a ici ie même sens que sans distinction. — ' 11 s'agissait de la cour des Aides de Guyenne.

DU CARDINAL MAZAR1N. 377

advantageuses pour Sa Majesté que celles cju'on a envoyées^ M. le Prince Octobre i65a. par M. vostre frère.

11 est vray que, lorsque j'a\ veu que tout ce qui se traitoit avec M. le Prince estoit public tant à Paris qu'à la Cour et qu'il n'y avoit pas grande apparence de rien conclure, j'escrivis que j'eslimois du Bervice du Roy que l'on examinast cette affaire dans le Conseil, afin de ne demeurer pas seul garant de l'événement, et qu'on ne doimast pas sujet à ceux dudict Conseil qui n'estoient pas de ce secret, de blasmer esgalement la conduite qu'on aurait tenue, soit que la chose reussist ou ne reussisl pas.

\ ous me dictes que mon retour à la Cour dans la condition présente des affaires pourrait peut-estre faire un meschant cffecl. Cependant, lorsque j'en partis, l'on ne présupposait pas que les princes se deussent accommoder; mais au contraire que, mon esloignement n'empeschant pas <|ue la guerre ne continuast, les peuples se dessillant les yeux cognoistroient à la fin que je n'estois que le prétexte et non pas la cause des maux (pion leur faisoit souffrir; ce qui estant, je pourvois m'en retourner auprez de Leurs Majestez avec toute sorte de raison et de bienséance, et avec l'applaudissement de tout le monde. Cependant, sur le poinct de mon retour, je vous puis asseurer avec sincérité que je n'en av nulle démangeaison, et que, si je croyois que ma demeure, pour toute ma vie, en ce lieu pust, en quelque façon, contribuer au service du Roy et de ses sujets, je l'y establirois avec plaisir sans que personne m en pust empescher; mais j'ose dire, sans aucune préoccupation et sans autre esgard que celuy du bien de l'Estat, que ma présence à la Cour peut eslre encore plus utile, les mouvemens presens continuant, que s'ils estoient apaisez, et je me flatte dans la créance que les interests de MM. les Presidens, les vostres et ceux de tout le Parlement se rencontrent dans cette pensée.

Pour ce qui est de nos forces, je vous asseure qu'elles ne sont pas si peu considérables que nous soyons en estât de beaucoup appréhender les ennemis, et qu'elles augmenteront tous les jours, en sorte que je ne croy pas qu'il nous soit fort malaysé de les empescher de prendre des

UAZARIS. T. 48

IMPniMEr.IL *ATiûNAiE.

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Octobre tuba, quartiers d'hyver en France. Si l'accommodement se faictavec M. le duc d'Orléans, comme il y a grande apparence, tout ira à souhait, et, quand il y auroit des diflicultez, je m'asseure que, S. A. R. voyant le Roy s'approcher de Paris en resolution d'y entrer, elle ne l'empescheroit pas de passer outre.

Par les advis que je reçois, je voy que la disposition de la ville de Paris est aussy bonne qu'elle a jamais esté; que le Roy est en estât d'en profiter et que tout le monde s'applique à la Cour afin que Sa Ml(i le puisse faire avec une entière seurcté. Sur quoy j'ay escrit comme je devois, estant de vostre advis qu'un semblable coup peut extrêmement contribuer à restablir l'authorité du Roy et mettre ses affaires en estât que, quand il sera contraint à continuer la guerre estrangere et domestique, ayant Paris de son costé, il en ayt plus de moyen et de facilité.

Je croy que ce que vous me dictes de faire la reunion du Parlement dans le Louvre 1 est en cas qu'il ne se fist point d'accommodement; car, cela estant, il seroit bien plus advantageux, et pour le Roy, et pour vous autres, Messieurs2, que les officiers3, qui sont à Paris, sortissent pour tenir quelques séances à Pontoise. A quoy j'estime d'autant plus qu'ils consentiroient, que M. de Besançon4 m'a asseuré, de la part de M. de Nesmond 5, que, si le Roy les mandoit pour aller à S-Germain , ils y obeyroient tres-volontiers. Je luy ay faict response là-dessus que je ne me meslois de rien, mais que, s'il avoit quelque chose à proposer, il se devoit adresser ou à vous, ou à quelqu'un des ministres du Roy.

Pour ce qui est du lieu et de la manière de ma justification et des autres choses qui peuvent regarder le Parlement, je suis asseuré que, si vous en parlez à la Reyne ou à MM. Servien et Le Tellier, vous conviendrez aysement ensemble de tout ce qu'il y aura à faire; et pour moy, je souscris, dez à présent, à ce qui sera résolu de cette sorte.

1 La séance des membres du Parlement, 3 Titulaires d'offices de judicature.

après la rentrée du Roi dans Paris, se tint ' Du Plessis-Besançon. (Voy. le tome III,

en effet au Louvre le 22 octobre i65a. p. 57, note 1, des Lettres de Mazarin.)

' Le mot Messieurs désigne ici les mem- 5 Voy. sur M. de Nesmond, ci-dessus,

bres du Parlement séant à Pontoise. p. 70 , note 1 .

Je finirai en vous disant que j'ai veu avec grand plaisir le postscript Octobre t65». de vostre lettre, et je m'asseurc que, si vous aviez eu l'advis dont vous nie laietes part auparavant que d'avoir escrit le reste de la depesche, vous m'auriez tesmoigné avoir meilleure opinion de nos affaires. Je vous conjure de m'aymer tousjours et de croire que vous n'aurez jamais un serviteur plus asseuré que moy et qui souhaite avec plus de passion de vous en donner des marques.

Bibl. nul. . ms. f. fr.. t. G89 1 , f" 160; original chiffré. — Bibl. Mazarine„ ms. 1719, t. III, f° i35. — Copie du temps.

À M. LE TELLIER

Bouillon, i3 octobre i65a l.

(extrait.)

Dans ia première partie de cette lettre. Mazarin répète ce qu'il a déjà souvent écrit sur la possibilité du retour du Roi à Paris, sur sa propre situation, sur les négociations avec les princes, etc. Il continue ainsi :

Je suis très -ay se que nostre armée ayt descampé si heureusement'2 après toutes les bravades que Monsieur le Prince et M. de Lorraine avoient faictes, et qu'elle ayt maintenant le mesme advantage sur eux qu'ils avoient auparavant sur nous. Et soit que le prince de Ligne s'advance avec deux mille chevaux, comme M. de Bar3 le mande, soit que Fuensaldagne vienne luy-mesme avec un plus grand corps, je persiste à ce que je vous ay escrit là-dessus par mes dernières, et je vous prie de n'oublier rien afin que M. le mareschal d'Aumont se fortiftie le

1 Dans la copie, celte lettre est datée du leur campa Trilport( aujourd'hui villagede

iq octobre i65«2. Seine-et-Marne, arr. et canton de Meaux)

* Dans la nuit du k au 5 octobre, les ma- sur la rive gauche de la Marne. réchaux de Turenne et de La Ferté avaient 3 Guy de Bar, gouverneur de la ville de

quitté leur camp de Villeneuve-Saint-Georges, Doulens. (Voy. sur de Bar le t. I", p. 910,

passé la Marne, traversé la Brie et établi des Lettres de Mazarin.)

Octobre iG.r>a. plus qu'il pourra déco qu'il aura lieu de tirer des garnisons, engageant M. de Mondcjeux1 et M. de Broglio2 à l'accompagner, afin qu'ils amènent plus de monde avec eux; et je croy aussy tousjours qu'il ne faut pas négliger de donner les ordres pour faire assembler la noblesse et les communes tant de Champagne que de Picardie et de l'Isle de France, pour se joindre aux armées du Roy. J'estime de plus qu'on doit escrire à M. le mareschal d'Hocquincourt 3 de donner toutes les assistances qui luy seront possibles à M. le mareschal d'A union t, et le presser encore davantage, si vous sçavez que M. d'Elbeuf '' se mette en estât de vouloir commander conjoinctement avec ledict sieur mareschal d'Aumont.

Pour ce qui est des troupes que M. de Longueville a levées, s'il n'y -a quelqu'autre raison qui vous en empesche, vous leur pourriez donner une route pour venir en quelque endroit, d'où l'on pust s'en servir en ce que l'on auroit à faire à l'esgard de Mouzon, ou les faire joindre aux armées, suivant ce qui seroit plus à propos.

J'ay la mesnie opinion que vous de M. de Guise, tant parce que son humeur ne permet pas de faire aucun fondement certain sur ce qu'il dict, que parce qu'il s'offre avec trop de liberté à servir le Roy pour ne pas soupçonner qu'il le fasse de concert avec M. le Prince. Il faut pourtant faire semblant de le croire parce que cela ne nous peut apporter aucun préjudice, et au contraire il pourroit arriver, estant de l'esprit dont il est, qu'en traitant avec nous pour nous amuser, il vînt insensiblement à s'engager tout de bon.

H faudroit voir si, pour satisfaire S. A. R. en ce qu'elle demande pour M. de Rohan, l'on pourroit obliger ledict sieur de Rohan à reprendre l'argent qu'il a donné pour son gouvernement5; car ce seroit un grand

1 Jean de Schulemberg\ gouverneur d'Ar- vemeur de Péronne. (Voy. sur ce maréchal, ras. (Voy. te tome IV, p. 3i, note 2, des te t. II, p. 1021, des Lettres de Mazarin.) Lettres de Mazarin.) 4 Le duc d'Elbeuf était gouverneur de

2 François-Marie de Broglie, gouverneur Picardie. (Voy. sur ce personnage, te t. I", de la Bassée. (Voy. le tome III, p. 1162, p. 921, des Lettres de Mazarin.)

fies Lettres de Mazarin. ) 5 Le duc de Rohan avait acheté le gouver-

1 Le maréchal d'Hocquincourt était gou- nement d'Anjou.

bien de mettre les ehoses en estai qu'il n'y pust eslrc rcstably, et peut- Octobre i65a. estre qu'il y consentiroit volontiers dans les difficultez <jue l'on faict de le restablir presentemenl , quand mesme raccomniotlcment avec S. A. R. se feroit.

GLVII.

Bibl. nal. . ms. f. fr. , t. 68g 1 , f° 1 A8 : original chiffré. — Dans la copie de la Bibl. Mazarine , cette lettre a été réunie à la précédente.

À M. LE TELLIER

Bouillon. i3 octobre 1 653.

Je ne sçay pas si la liberté de M. d'Angoulesme empeschera que le Roy n'accorde à M. de Mercœur les provisions du gouvernement de Provence, et quoyqu'il y ayt sujet de croire qu'estant à la Cour, il ne traite [pas] volontiers dudict gouvernement par les raisons que vous me dictes, neantmoins elles ne l'ont pas persuadé par le passé; au contraire, par l'intrigue de Madame d'Angoulesme1, il n'y avoit personne qui eust moins de crédit dans la maison (rue M. le Grand Chambellan2. En tout cas, je crains que, quand mesme il voudroit traiter de bonne foy, nous ne soyons pas en estât de satisfaire aux conditions qu'il demandera; et vous sçavez ce que je vous ay escrit à l'esgard de M. le Grand Chambellan3, lequel je me confirme tous les jours de plus en plus n'avoir nulle bonne volonté pour nous. Je suis bien trompé s'il ne vante à M. d'Angoulesme sa liberté comme un effect de son adresse et des ressorts qu'il luy donnera à entendre d'avoir faict jouer durant

1 II y avait, à cette époque, deux du- avait épousé Marie-Françoise de Valois, lille

chesses d'Angoulême : Françoise de Nar- de Marie-Henriette de la Guiche. (Voy. sur

gonne, veuve du bâtard de Charles IX, et ce personnage, le tome III, p. 7-26, note a,

Marie-Henriette de la Guiche , mariée à Louis- des Lettres de Mazarin. )

Emmanuel de Valois, d'abord comte d'Alais, 3 11 semble, d'après ce passage, que le

puis duc d'Angoulême. Il est ici queslion de Grand Chambellan, gendre du duc d'An-

la seconde, qui vécut jusqu'en 1682. goulême, négociait le traité dont se défiait

J Louis de Lorraine, grand chambellan. Mazarin.

Octobre i66a< mon absence. Cependant soit à l'esgard de cette liberté ainsy accordée, soit à l'esgard de l'accommodement de S. A. R., s'il se concluoit, je remets entièrement à vous de donner conseil à la Reyne sur ce que je vous ay escrit par une lettre de ma main que Hein l vous doit avoir rendue.

Aff. étr. , France, t. 269, f° 307; t. 3o du recueil des Lettres de Mazarin.

Copie du temps.

À ONDEDEI

(extrait.)

Bouillon, \k octobre i652.

Mazarin insiste sur la ne'cessile' pour le duc de Mercœur de secourir Barcelone. H termine ainsi :

Voi v inganriate di credere che il parlamento di Pontoise titubi nel viaggio del Rè a Parigi, poicbe il Proturatore-generale m' ha scritto per parte di tutti i président], appogiando vivamente questo designo e parlandone corne d' una cosa grandemente necessaria, mentre le cose sieno nel termine che voi mi dite, che il nostro essercito sia libero per render intieramente sicuro questo negotio, non dubito che si puo inlraprendere, prendendo pero tutte le precautioni possibili, accio il cardinal de Retz ne nous joue quelque tour de son mestier2, e non bisogna dubitare che tutto il suo spirito sia rivolto accio, e, per me, lo temerei ancora più, se, entrando il Rè, prendesse parte a gl' applausi di quel popolo, che se facesse il malcontento, et in cio conviene di star bene ail' erta3, perche sarebbe una grande disgratia se

1 II est probable qu'il faudrait lue Héron. 3 Le sens est : de se tenir sur ses gardes.

H est souvent question, dans les lettres de Mazarin emploie souvent, dans ses lettres

Mazarin, d'un courrier de ce nom. françaises, la locution : se tenir lien alerte.

~ Ces onze mots sont en français dans le avec la même signification, manuscrit.

DU CARDINAL MAZAR1N. 383

questo liuomo se mcttesse alla testa del popolo, che vcnissc a ricevere Octobre i05a il Rè con gridi d' allegrezza, coine ancora se laeessc première la risolutione al duoê d1 Orléans di amlar a trovar il Rè e la Regina ', quando lossero giunti nel Louvre, per protestare loro la sua divotione e clic si intéressasse in tutte leattioni che il Rèhavesse a l'are, poiche in questo modo potrebbe rendersi insensibilmente padrone délia Gorte, non essentlovi aleun eapo che coiuluca lulto, c questa è la principal raggione che mi farebbe desiderare d' hâter 1' honore di service le Loro MMla, quando entrassero in Parigi; il che per altro sarehbe di grandissimo vanlaggio per la rippulatione del Rè e per la mia, e rîmarrebbe cosi ben aggiustala la reconcilialione con Parijrini , in che, a dirvi il vero, non vedo che vi possi esscr alcun inconvenicnte ne diflicolta, poiche io potrei rendermi prontainente dove le Loro MMla ordinassero; ma (piando ipialclie raggione potente obligasse il Rè ad cntrarc subito in Parigi, ho scritto gia in questo caso a M. Servien quelle mi pare si potrebbe fare perch' io fossi ben ricevuto arrivandovi dopo. Non è bene che voi mostriate che io vi scrivo di tutto questo, ma solamente potrete servirvine quando discorrcrete con MAI. Tellier (sic}, Servient (sic), prencipe Thomaso e quelli clie sono délia contidenza, corne cose che vi sorvengono, poiche havendone scritto a i primi due, potrebbero peravventuia trovar maie che io vi accennassi le medesime cose.

Il maiescal di \illeroy m' ha scritto e m' ha dato il medesimo avviso che ha dato a voi, il quale io per me tengo indubitato, e credetemi che la cosa alla quale vi dovete pensare più seriosamente è di far sortire di Parigi il cardinal di Retz, essendo certo che non si deve sperar riposo nel luogo dove questo huomo sarà. Se il duca d' Orléans sortisse di Parigi, corne vi a fatto dire M. Fremont"2, saressimo (sic)3 a cavallo.

1 Mazarin prévoyait la démarche que le 2 II faudrait probablement lire Fromonl. cardinal de Retz conseilla au duc d'Orléans, On trouve mentionné dans la Bibliographie comme le prouvent ses Mémoires. Le Roi des Mazarinades (t. I", p. 2 18), un de Frofut obligé d'interdire à son oncle, par un monl qui, en i05a, contresigne une orordre formel, de se présenter au Louvre, en donnauce du duc d'Orléans, le menaçant de le faire arrêter, s'il déso- 3 II faudrait : sarcmmo a cavallo (nous béissait. serions en pleine sécurité).

Octobre i65a. Mi rallegro clie il figlio di M. di Bordeaux stii bene. Ho ricevuto gusto particolare che M. dclla Groisette sia restato sodisfatto dell' abbocamcnto c' havete liavuto ultimamente con lui. Di gralia non mancate di coltivare (|uesta corrispondenza e procurare per tutti i versi le sodisfationi del duca di Longavilla, facendogli conoscere ch' ho un intiera confidenza in lui.

M. Fabert m' lia detto che M. de Cbavigni ' era ail' estremita, e ben ch' io scriva sopra di cio i miei sentimenti alla Regina2 in caso clie venisse a morire, e clie efïettivamente il mio senso sia che la caricadi tliesoriere dell' Ordine3 debba esser venduta per applicar il denaro a far levai* e fortificar gl' esserciti in congiuntura tanto importante, havrei pero cai'o che la Regina dicesse, per maggior mia riputatione, cheilRèvuol gratificarmi di tutto quello che vaca in questa occasione, affin che io, accettando il bosco di Yincenna et Antibe4, sopplichi le Loro \IM'a ad applicare la carica di thesoriere aile spese più nécessaire per le armate. Voi ne parlarete in questa conformita alla Regina, senza che si ne penetri cosa alcuna da chi si sia. M' assicuro che S. M. tara che il Rè dichiari corne vi ho accennato di sopra se non in publico, alineno in particolare, a M. Servien ed a M. Le Tellier, dicendo nel publico che vuol soprasedere alla provisione di questa vacanza per qualche tempo; ma forze non arrivera, ed io vi giuro c' havro gran sodisfattione che M. di Ghavigni ricuperi la sanita, confessandovi che, nonostante tutto quello che è passato ed il calore c' ha dato a tutte le persécution* che mi sono state fatte, ho gran disgusto del suo maie che mi causa maggior inquietudine di quello che havrei creduto.

1 Ghavigny était mort le 1 1 octobre 1 65a, rendu de grands services à Mazarin, entre

à l'âge de kh ans. antres par Michel Le Tellier, Abel Servien

" Nous n'avons pas retrouvé cette lettre et Nicolas Fouquet. On voit , par cette lettre,

de Mazarin à la Reine. que le Cardinal aurait voulu que le Roi la

3 Chavigny avait la charge de trésorier lui donnât pour en disposer à son gré.

de l'ordre du Saint-Esprit. Elle fut vivement 4 Les gouvernements de Vincennes et

sollicitée par des personnages qui avaient d'Antibes qu'avait Chavigny.

DU CARDINAL RIAZAKl.Y 385

================================= Octobre i65a.

eux.

\tl. élr. . Franco, t. 969, I .'i(>G v' : t. 3o du recueii des Lettres de Mazarin, —

Copie du temps.

\ M. SERYIEIN.

Bouillon, iti octobre t(>52.

Je m'estonne d'avoir receu si tard vostre mémoire du 2 de ce mois. Je l'ay leu avec attention, et je l'ay trouvé fort sensé. Mais vous y présupposez des choses touchant raccommodement de M. le Prince qui ne sont point venues à ma cognoissance, et entre autres la permission de demeurer armé pendant quelque temps pour continuer à [estre] uni avec les Espagnols [et | à nous faire la guerre avec eux. J'ay si peu creu qu'où la luy dust donner, que vous avez veu, dans mesdepesches, que mon sentiment estoit qu'on luy pourroit accorder tout le reste, pourveu qu'il s'obligeast de renoncer au traicté qu'il a avec l'Espagne et de faire sortir leurs troupes des places où il les a establies, et de faire servir celles qui portent son nom comme elles faisoient auparavant ces mouvemens.

Pleust à Dieu que M. le Prince eust accepté les conditions qu'on luy ,1 offertes et se fust accommodé sincèrement ! Car cet accommodement particulier n'auroit pas seulement donné le repos à la France, mais auroit causé celuy de toute la chrestienté par une paix générale, aprez laquelle tous les peuples souspirent il y a si longtemps, que vous demeurerez d'accord qu'ils auraient besny. quelque moyen qui [la] leur eust procurée. Mais je n'ay jamais espéré ce bien-là, et je sçavois bien qu'on ne risquoit rien pour tout ce qu'on offroit à M. le Prince, asseuré qu'il ne s'accommoderoit présentement a aucune condition que ce fust.

Ce qui estant, il me semble que la prudence vouloil que, de la Cour, on fist semblant de se relascher beaucoup pour la paix (estant un nom tousjours fort doux aux peuples, qui n'examinent pas à quel prix elle [la paix] est achetée), afin qu'ils eussent autant de recognoissance pour Leurs Majestez, voyant la facilité qu'Elles y apportoient, que de hayne

diphii ,

Octobre i65a, coulrc M. le Prince d'estre cause de leur misère par son refus injuste et son opiniastreté à continuer la guerre. Voilà tout ce que je vous puis respondre, nie remettant du surplus à la depesclic que j'adresse à M. Le Tellier.

Bibl. nat., ms. f. fr., t. 6891, f° 1 56 ; original cbiffré. — Bibl. Mazarine, ms. 1719, t. III, f" 1/16 v°. — Copie du temps.

À M. LE TELLIER

Bouillon ', 1 h octobre i65a.

J'ay veu la lettre que Madame de Savoye- vous a escrite, et le mémoire que l'ambassadeur de Savoye vous a baillé. L'abbé Amoretti 3 ne m'avoit parlé d'autre chose que de la restitution de Vérone, à laquelle j'avois creu que Leurs Majestez pouvoient consentir; mais je ne suis pas du mesme advis pour les autres choses. Je vous prie pourtant de les faire bien examiner par les personnes du Conseil qui sont les plus capables d'opiner sur cette matière. J'estime bien qu'il y faut faire une response fort civile, laquelle n'oste pas l'espérance du traitement qu'on demande et qu'on poursuit depuis plus de quinze ans. Et il me semble qu'entre autres choses on pourroit dire, pour la citadelle de Turin, que, comme on est à la veille de pouvoir conclure la paix générale, rien ne peut obliger davantage les ennemis à rendre Verceil que de leur faire valoir que nous quittons, au mesme temps, ladicte place et Gazai; à quoy M. le duc de Savoye a plus d'interest que personne, puisque la restitution que Leurs Majestez luy ont faicte, depuis la mort du feu Roy, de douze ou quinze places, mesme de celles qui avoient esté prises

1 II semble que la dernière partie de cette rière de Savoie. (Voy. le tome I". p. 0^2,

lettre doit être datée de Sedan. (Voy. ce des Lettres de Mazarin.) qu'écrit Mazarin, p. 391.) 3 Représentant du duc de Savoie en

s Christine de France, duchesse douai- France.

DU CARDINAL MAZARIY 387

par force, ne lu\ doit pas permettre d'avoir le moindre doute que Octobre i65b.

Sa Majesté ne veuille en user de mesme à l'esgard de la citadelle de

Turin.

Pour ci> qui esl du traitement, on pourrait taire response (jue, sy le li<>\ doit donner quelque marque de son estime et de son amitié à la maison de Savoy e, il s'y portera plustost lorsque ses affaires seront «mi meilleur estât, que non pas à présent, qu'on le pourroit attribuer a quelque espèce de nécessité plus qu'à sa bonne volonté; mais pour les trente mille livres qu'on demande pour remonter la cavalerie, je serais d'advis que Ion list cflort pour leur donner ce contentement.

M. Servien sçail mieux que personne que les ducs de Savoye, Gliarles Emmanuel l et \ ictor Amédée2, n'onl jamais rien tant appréhendé que de voir Gazai tomber entre les mains des Espagnols, et que, dans le temps mesme qu'ils s estoient unis avec eux pour la conqueste du Monti errai, dont CazaI estoit le partage desdicls Espagnols3, lesdicts princes pratiquèrent adroitement tout ce qui pouvoit dépendre d'eux pour en empescher l'effect, et je puis dire, avec vérité, que, quoyque le Roy list la guerre à la maison de Savoye, les mesmes princes n'oublièrent rien pour le seconder dans le point de la conservation de cette place à M. de Mantoue4. Les raisons sont à présent les mesmes, voire encore plus fortes, pour obliger Madame5 et le duc de Savoye0 à suivre les mesmes maximes et faire les derniers efforts pour assister le Roy à sauver CazaI, lequel tombant entre les mains des Espagnols leur l'aci-

Charles-Emmanuel I", duc de Savoie, de i58o à i63o. Les événements, dont parle ici Mazariu . se rapportent au règne de Louis XIII. En 1G28, les Espagnols, maîtres du duché de Milan, s'étaient alliés avec le duc de Savoie, Charles-Emmanuel I", pour enlever le Monlferrat au duc de Mantoue.

2 Victor-Amédée I", fils du précédent, lui succéda en i63o el régna jusqu'en 1637.

3 Le sens de ce membre de phrase est qu'après la conquête du Monlferrat. laite en

commun par les Espagnols et par les ducs de Savoie, les Espagnols devaient avoir la ville de Casai pour leur partage.

' Le Monlferrat appartenait au duc de Mantoue, de la maison de Gonzague-Nevers , que soutenait la France contre les Espagnols et le duc de Savoie.

0 Christine de France, dont il a été question ci-dessus, p. 386, note 2.

" Charles-Emmanuel II. duc de Savoie, de i638 à 1675. ••

Octobre iG5a. literoit la conqueste du Piedmont, toutes fois et qualités ils voudraient l'entreprendre, et la maison de Savoye n'aurait autre moyen de l'empescher que de devenir l'esclave de ces gens-là; mais, pourveu que les resolutions qui ont esté prises pour secourir Cazal soyent promptement exécutées, j'espère qu'on en viendra aysement à bout, et que Madame ne manquera pas de donner toutes les assistances qui pourront dépendre (! elle pour cet eiïect.

Je croy qu'il serait bon que le Roy et la Reyne luy escrivissent une lettre de leur main, fort civile, pour presser sur ce point; et j'estimerais aussy que le Roy pourrait escrire au marquis Ville1, au comte de Verrue et au marquis de Monti3, leur tesmoignant qu'il leur sçaura gré de tout ce qu'ils feront pour favoriser le dessein de secourir Gazai. Si l'on pouvoit se passer des troupes que M. de Paluau a retenues à Mouron, lesquelles, selon son projet, seront à présent plus fortes qu'elles n'estoyent, puisqu'il avoit de l'argent pour cela, ce serait asseurer l'affaire de Cazal que de les envoyer en Italie; car ce sont les meilleures troupes que le Roy ayt.

Je croy que vous aurez veu , par les lettres de M. d'Avaugour ', comme M. le comte d'Harcourt a envoyé le comte de Gerny5 et un autre à la diète qui s'est tenue à Worms; et il semble que ledict baron6 se joigne à eux comme si ce que faict M. le comte d'Harcourt ' estoit par ordre du Roy. La continuation de cette conduite nous ferait grand préjudice; mais, par l'envoy de Lesseins8, l'on réglera toutes choses au point qu'elles doivent estre. Je vous envoyé, à toutes fins, la copie que M. d'Avaugour

1 Le marquis Ville fut ambassadeur de le comte de Cerny. Ne faudrait-il pas lire Savoie en France de 1661 à 1 065. Crécy? Louis Verjus, comte de Crécy, né

2 Les comtes de Verrue étaient de la en 1629, a été un des habiles négociateurs maison Scuglia ou de Y Echelle. Le fils de du règne de Louis XIV. Il est mort en ce comte de Verrue passa au service de la 170Q.

France, el fut tué, en 170/1, à la bataille 6 Le baron d'Avaugour.

d'Hochstedt. 7 En s'emparant de Brisach, comme Ma-

3 Alexandre de Monti Farigliano, marquis zarin l'a rappelé ci-dessus, pages 376 et de Monti, mort le 23 juin 1 653. suiv.

1 Ambassadeur de France en Suède. 8 II a déjà été question de ce parent de

6 Je n'ai trouvé aucuti renseignement sur Lionne. ( Voy. ci-dessus, p. 27/1 . note &.)

m'a envoyée de la lettre qui luy a esl** escrite par le cercle du Haut- Octobre i65a. Rhin1.

J'avois oublié de vous dire que, comme il semble que le dessein des ennemis soit de se donner la main les uns aux autres pour tascher à prendre leurs quartiers d'hy ver en France, j'estime qu'il est nécessaire de donner des ordres pour jeter quelque infanterie à Rethel et à S'°-Menehould; car asseurement, comme dans cette dernière place il y a beaucoup de vivres, quelle est en bon estât et proche de Glermont2, il faut asseurement que M. le Prince ayt quelque dessein sur iadicte place parmi les desseins qu'il a dans l'esprit. Je croy donc qu'outre les lettres que vous pourrez escriré aux habitans desdicts lieux, afin qu'ils se tiennent sur leurs gardes, il sera bon que vous en escriviez un mot à M. de Turenne.

M. le Procureur gênerai m'a escrit une grande lettre, me tesmoignant d'estre persuadé que le Roy se devoit relascher sur les autres points auxquels M. le Prince insistoit, comme s'il estoit persuadé qu'avec cela le calme seroit restably dans le royaume. Je luy ay escrit là-dessus ce que je devois3; mais il seroit bon aussy qu'il sçust, par vostre moyen, que M. le Prince est fort esloigné des pensées de paix, quelque chose qu'il dise, et que le Roy n'a autre voye pour le mettre à la raison que de luy faire puissamment la guerre. Il me dict mesmement que, pour une parole qu'il y avoit dans mes despesches, l'on avoit résolu de faire examiner, dans le Conseil , si l'on devoit contenter M. le Prince sur toutes les choses qu'il demandoit, et que cela faisoit grand préjudice à l'affaire; mais je croy que ma response le satisfera aussy là-dessus.

M. le mareschal de Villeroy m'a envoyé la copie de la dernière lettre

L'Allemagne était divisée à cette époque villes libres impériales, entre autres Francen cercles. Celui du Haut-Rhin comprenait fort-sur-le-Mein et Wetzlar. la Hesse. les évêchés deWorms, de Spire, '2 Clermont-eïi-Argonne. C'était une des de Fulde, de Strasbourg et de Bâte, tes places fortes crai avaient été accordées à duchés des Deux-Ponts et de Nassau, les Condé, en récompense des services qu'il avait comtés de Sponheim, de Saarbruck, deFal- rendus à la France au commencement de la kenstein. de Linange, de Solms, d'Isen- régence d"Anne d'Antriche. bourg, de Waldeck, etc., enfin plusieurs 3 Voy. ci-dessus, p. 375etsuiv.

Octobre i'65s. (|ue M. de Chasteauneuf luy a escrite. Pour moy, j'en croy absolument le contenu; car il n'y a rien de si conforme au génie de M. le Prince et de M. de Lorraine, et à l'opinion qu'ils ont tous deux que leur gloire, leur seureté et leurs advantages seront au point qu'ils peuvent souhaiter, s'ils ont moyen de les establir en contraignant le Roy à l'aire la paix avec l'Espagne aux conditions qu'elle désire. Ce sont deux meschans instrumens unis ensemble que ces deux princes, et je vous laisse à penser si le Roy, aprez la perte de plusieurs batailles, pourroit estre conseillé à faire une paix par laquelle le Roy d'Espagne, non seulement eust son compte, maisaussy devinst l'arbitre de toutes choses en France, en forçant Sa Majesté à restablir M. de Lorraine et M. le Prince, et à leur départir des grâces, lesquels1, par gratitude et par interest. seroient tousjours attachez aux inlerests d'Espagne et à sa dévotion; joint que cette paix ne dureroit qu'autant de temps que Sadicte Majesté seroit résolue de faire aveuglement tout ce que le roy d'Espagne et lesdicts princes voudroient; mais j'espère, avec l'ayde de Dieu, que nous ne serons pas réduits en cet estat-là, et que peut-estre ils seront bientost plus embarrassez qu'ils ne croyent, estant persuadé en mon particulier que, pour peu que nous nous aydions, nous les empescherons bien de prendre leurs quartiers en France.

Je vous diray, de plus, que je ne croy pas seulement que lesdicts princes soyent liez à présent ensemble, mais qu'ils ont mesme résolu de l'estre encore plus estroitement quand la paix seroit faicte. J'ay remarqué que M. de Lorraine m'a faict presser, par le frère de Talon, à rendre olïice à M. le Prince pour luy faire donner Charleville et le Mont-Olympe2, outre la somme de quatre cens mille escus qu'il 3 prétend en restituant Stenay et Clermont; ce qui donne à cognoistre qu'ils ont grande envie d'estre voisins.

Lesquels se rapporte à M. de Lorraine maintenant chef-lien de canton do de'par-

el à M. le Prince. La phrase est irrégulière; tement des Ardennes, arroud. de Mézières. mais elle se comprend facilement. 3 // se rapporte à M. le Prince, qui pos-

' La forteresse de Mont-Olympe, qui était sédait, comme on l'a dit, plusieurs places

unie à Charleville par un pont jeté sur la fortes, et entre autres Stenay et Clermont-

Meuse, fut rasée en 1687. Charleville est en-Argonne.

Sur ce propos, j'adjousleray que M. le Prince remue ciel et terre pour Octobre ifôa. gagner Feuquieres1. Je luy ay parlé et faicl parler par M. Fabert, comme il falloit, pour empescher que les poursuites de M. le Prince ne lassent impression sur son esprit. Je ne sçay pourtant pas ce qui en arrivera, parce qu'estant un des plus nécessiteux gentilshommes du royaume, il n'est plus dans les prétentions de duchez et de survivances comme autrefois; mais il se restreint ;\ demander un brevet de retenue2 de quatre cens mille livres, afin que, venant h mourir, ses enfans ne fussent pas réduits à l'aumosne par la perte du gouvernement3. Je croy que Sa Majesté luy en pourroit accorder un" de cent mille escus; car on ne doit rien oublier pour la conservation d'une place de cette importance, et, si Elle (Sa Ml,i) l'agrée ainsy, il faudra que vous expédiiez vous-mesme ce brevet en grand secret, et que vous me l'envoyiez à la première occasion. Je dis dans h dernier secret, parce qu'autrement l'on auroit tous les gouverneurs sur les bras.

M. de Grandpré5 a defaict heureusement un grand party de la garnison de Damvilliers0 qui escorloit quarante chariots de munitions qui venoient de Montmedy par ladicte place. Il a pris tous les chevaux et a contraint le commandant qui s'estoit barricadé avec les chariots à luy donner la moityé de l'infanterie et de la cavalerie par la capitulation qu'il luy a accordée; c'a esté une fort jolie action.

J'ay remis à signer cette despesche d'icy7, où je suis arrivé, aprez avoir achevé ma quarantaine8, et je me suis rendu deux jours plus tost [à Sedan], à cause de divers advis que j'ay eus, que l'on faisoit de grands

1 Isaac de Pas, marquis de Feuquieres. Grandpré. (Voy. le t. III, p. A72, note 2 , maréchal de camp en 1666, lieutenant gé- des Lettres de Mazarin.)

néral en iG53,morlen 1688. ° Damvilliers, ou Damvillers, aujourd'hui

2 Ce brevet stipulait la somme que devait chef-lieu de canton de la Meuse, arrondispayer au titulaire d'une charge, ou à ses hé- sèment de Montmedy.

ritiers, celui qui lui succédait dans sa charge ' De Sedan. Mazarin s'était rendu dans

ou dans son gouvernement. cette ville en quittant Bouillon.

2 Le marquis de Feuquieres était gou- 8 On a vu plus haut que Mazarin disait

verneurdeToul. qu'il se purifiait, pendant son séjour à

1 Un brevet de retenue. Bouillon, de la peste pour laquelle on l'a-

s Charles-François de Joyeuse, comte de vait banni de la Cour.

Octol 65s. projets contre inoy depuis huict jours; et quoyque malaysement ou me

pouvoit l'aire du mal à Bouillon, neantmoins j'ay considéré qu'il ne me seroit pas trop advantageux d'estre comme force à retourner et mesme à faire advancer des. troupes audict Bouillon pour le pouvoir taire en seureté. Vous verrez une lettre qu'on avoit adressée à M. de Moutaigu1, gouverneur de Rocroy, pour luy donner le mesme advis, et il est certain que tout ce qui peut estre de garnisons des places ennemies s'assemblent, quoyque, comme je vousay dict, tout cela n'estoit pas capable de forcer Bouillon, sans y avoir intelligence. J'attends avec impatience response à la lettre que je vous ay escrite par Seyron2, pour vous dire mon ad vis dans [le cas de] l'entrée des ennemis en France; car si vous ne me mandez d'en user autrement, je fais estât de m'advancer avec tout ce que je pourray mettre de cavalerie ensemble; et h vous m'envoyez des ordres pour la noblesse, j'espère que bon nombre me suivra avec plaisir.

Bibl. nai.. ms. f. fr. , t. 6891, f° 18a. — Original signé; lin, autographe

À M. LE TELLIER

Sedan, 16 octobre i65a.

J'ay veu le s1 Chapelain3 qui m'a parlé, entre autres choses, du désir qu avoit M. de Vendosme d'avoir le commandement des troupes qui agissent dans les provinces voisines de la mer. Je luy ay respondu que je m'employerois volontiers pour le luy faire donner sur celles (les troupes) qu'il y pourra avoir dans le pays d'Aunis, l'Angoumois et la

' Ce Monlaigu, gouverneur de Rocroy, ' Jean de Seyron. maréchal de camp

était un des généraux qui, en i65t (dé- depuis i66y, était un des partisans dévoua

rembre), avaient escorté Mazarin à son re- de Mazarin. (Voy. le tome IV, p. 167.

tour en France. (La Barde, De relus gallicis , note 1 , des Lettres de Mazarin.

5 ï ' Secrétaire du duc de Vendôme.

Xainlonge. et vous m'obligerez de supplier tres-humblement Leurs M1", Octobre i65i de ma part, de luy vouloir faire cette grâce. H demandent pareil pouvoir dans quelques autres provinces encore; mais j'estime qu'on luy peut donner contentement pour celles-là, et que, les forces de mer agissant ainsy de concert avec celles de terre, le Koy en sera d'autant mieux servy.

11 s'estoit plaint de M. de Mercœur dans la capitulation de Toulon à cause des dix compagnies du régiment de Vendosme qu'on eust1 laid entrer des lors dans la ville, quoyque je ne doute point épie M. de Mercœur n'\ eust faict son possible et qu'il n'aytpas tenu à luy que cela n'ayt esté; mais comme il y a jalousie entre les habitans et qu'il s'est esmu contestation entre eux sur le choix des troupes qu'ils auront à recevoir dans la ville, je vous prie de supplier aussy fort humblement Leurs MMt0/ d'avoir agréable que vous expédiiez les ordres pour y faire entrer ces dix compagnies du régiment de Vendosme, présupposant que non seulement cela ne puisse pas rompre la capitulation, mais mesme que les anciens habitans ne fussent pas faschez de les avoir, comme l'on m'asseure que cela sera. Enfin en ces affaires-là et en tous les rencontres où vous pourrez servir M. de Vendosme, je vous conjure de le faire de la bonne sorte, et je vous en seray tousjours obligé fort sensiblement.

- Je vous conjure de vous employer avec affection pour ce que dessus, afin que le duc de Vendosme reçoive ces marques de la bienveillance de Leurs Majestez. Je ne sçais pas si la contestation qu'il m'a faict dire qu'il y a entre les habitans de Toulon sur le sujet de la garnison qu'on y doit former est celle qui donne lieu à y pouvoir establir, avec leur satisfaction, les dix compagnies du régiment de M. de Vendosme; car si cela estoit, je seray ravy qu'il reccust cette satisfaction qui est trèsjuste, et je m'asseure que M. de Mercœur n'y oubliera rien, s'il voit tant soit peu de disposition à ces gens-là d'agréer la chose. Je vous ren-

Tel est le texte du manuscrit; mais le 2 A partir des mots : je vous conjure de

sens gendral rie la lettre prouve qu'il fau- vous employer, jusqu'à la fin, la lettre est

(Irait : qu'on eust pu faire entrer. autographe.

MAZARIN. V. 50

t*9H[UrME KATIO>M

Ociobhe if>59. voyeray demain le valet Je pied du Roy, que vous m'avez depesché, et je demeure vostré serviteur.

Bibl. nat. , ins. f. fr. , t. 6891, f° 186. — Autographe signé.

À M. LE TELLIER

Sedan, 16 octobre 1602.

Je vous fais ce mot à part pour vous dire qu'ii me semble que l'on a bien précipité L'affaire de M. Angoulesme1, sans que la nouvelle de la réduction de Toulon ayt pu obliger à la surseoir; et comme, ayant la dernière confiance en vous, je ne veux pas vous cacher la moindre chose, je vous diray que j'ay du soupçon que M. et Mmc de Brienne2 s'y soyent employez auprez de la Reyne, afin qu'on ne perdist [pas] un moment de temps à depescher pour donner advis audict sr d'Angoulesme de sa liberté, et que les mesmes personnes ayent empesché que le Roy ne donnast pas [sic) les provisions du gouvernement de Provence à M. de Mercœur, nonobstant que l'exemple soyt bien récent qu'on en a usé de mesme pour ledict gouvernement, et je prévois que M. d'Angoulesme estant à la Cour, ou l'affaire3 ne réussira pas, ou il faudra qu'il [en] couste bien cher. 11 est vray que je vous fis response sur ladicte liberté, comme ' je recognoissois, par ce que vous m'en mandiez, qu'on le souhaitoit; mais l'advis [de la soumission] de Toulon devoit

' Mazarin veut parler de la mise en liberté du duc d'Angoulème, qu'on avait retenu en prison, comme coupable d'avoir fomenté les troubles de la Provence et principalement de Toulon.

' Henri-Auguste de Loménie, comte de Brienne, secrétaire d'Etat, avait épousé Louise de Béon. Il mourut en 1Ô66, et sa femme en 16G7.

3 Cette affaire était l'expédition des provisions du gouvernement de Provence pour le duc de Mercœur, neveu par alliance à Mazarin , et l'indemnité à payer au duc d " A11goulême, auquel ce gouvernement était enlevé.

4 Comme a ici le sens de conformément. Mazarin avait donné un avis conforme au désir que l'on exprimait.

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