‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 3)Chapitre 39 sur 123 · A M. DE FABERT · texte numérisé non relu

A M. DE FABERT

(extrait.)

Paris, 5 janvier 1 658.

J'avois résolu de vous escrire sur diverses provisions qu'il y a à faire et de vous prier d'en prendre le soing; mais je suis si touché de la mort de mon neveu qui estoit aux Jesuistes1, lequel meurt par le plus estrange et le plus malheureux accident du monde, que cela me faict remettre à vous entretenir au long une autre fois. C'est un jeune garçon qui promettoit beaucoup et pour lequel je vous advoue que j'avois bien de la tendresse; ce qui vous obligera sans doute, estant autant de mes amis que vous estes, à compatir encore davantage à mon affliction 2.

1 Alphonse Mancini était mort le 5 janvier i658, à l'âge de quatorze ans, des suites d'un accident arrivé au collège de Clermont (auj. Louis-le-Grand.) Ses camarades du collège des jésuites, qui le bernaient, le laissèrent tomber si malheureusement, qu'il se brisa la tête et mourut des suites des blessures qu'il avait reçues. Cet accident fournil aux ennemis du Cardinal une occasion de faire éclater leur haine. Guy Patin se signale par son acharnement. 11 écrit à Spon: «Un des neveux du Mazarin, nommé Mancini, écolier aux jésuites, y fut fort blessé à la tête, le jour de Noël (1G57); il en a été trépané et est en grand danger. Le Mazarin est fort affligé. C'étoient quatre écoliers des jésuites qui le bernoient, dont

deux le laissèrent cheoir exprès, afin qu'il fût blessé, -n Patin ajoute dans la même lettre : ff Le petit Mancini , neveu de Son Eminence, est mort de ses convulsions, avec sa tête cassée, le 5 de janvier, à 6 heures du soir. On dit que le Mazarin est tout épouvanté decette mort; cela fit résoudre le Roi, avec Son Eminence, de s'en aller crier le Roiboil au bois de Vincennes , pour consoler ce grand génie d'une perte si sensible": nempe omnù ordo exercit hktrioniam , rex , sacerdos , plebs , equesh. Le Mazarin avoil envie de faire venir un chapeau de cardinal pour ce petit neveu, etc. » Patin continue par une attaque contre l'avidité des Italiens.

s Voy., sur ce neveu de prédilection de Mazarin, le tome VII, p. 509.

' Les fails sont travestis : Mazarin t'était retin': à Vincennes, où le Roi alla le rejoindre pour le consoler. Tout jouent la comédie, roi* , pn'tret , peuple, chevalien. Il est inutile d'insister sur la malveillance qui ne voit qu'une comédie dans la douleur trop fondée et trop réelle du Cardinal.

Janvier i.658. Je me resjouis de tout mon cœur avec vous que Mmcla marquise de Fabert se porte mieux. Je luy rendray icy tous les services qui dépendront de moy, et vous priant de faire tenir le pacquet cy-joint à M. le comte de Wagnée l, je demeure, etc.

Bibl. nat. , ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 52, f° 3 v°. — Autographe.

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