INTENDANT D'ARMEE
Paris, 6 avril 1 658.
(extrait.)
J'ay receu toutes vos lettres. Ce que je vous puis dire sur l'affaire d'Ostende, c'est que l'on envoyé à M. le mareschal d'Aumont pour traiter avec ceux qui font l'entreprise 3, et le Roy exécutera tout ce qu'il aura promis, n'estant pas dans l'ordre que ny Sa Mtd ny moy signions un papier comme celuy qui a esté envoyé. Mais je vous diray franchement que j'espère peu de cette affaire, et oultre que M. le mareschal d'Aumont a eu advis que un de ceux qui sont de l'intelligence nous trahit, il est bien difficile qu'une chose qui tire fort de longue et qui est sceue de tant de personnes puisse demeurer secrète, et il faut bien prendre garde qu'oultre la perte de nostre argent, [ils nous veuillent faire]4 séjourner là sept ou huit [cens] hommes pour les mener à la
1 Etait une conséquence. Ostende aux Français; mais, en réalité, ils
2 Plus haut, il n'est question que de cherchaient à les attirer dans un piège, ce trois députés nommés d'abord par l'assem- qui, effectivement, arriva.
blée de la noblesse de la Normandie. '' La copie porte : qui nous veuille séjour-
3 On a vu qu'ils promettaient de livrer ner là; phrase inintelligible.
boucherie1. C'est pourquoy je vous prie de prendre bien garde, avec Avril i658 M. le mareschal d'An mont, qu'on ne hasarde rien mal a propos, et je m'en repose sur vous.
Pour ce qui est deub aux officiers d'artillerie qui sont à Mardick, mandez-le à M. d'Ormesson, et, à l'esgard de vos interests particuliers, je me remets à vous en entretenir quand nous vous verrons; ce que j'espère qui sera bientost.
Bibl. nat. , ms. f. f'r. , Mélanges de Colberl, t. 52, f° 101. — Minute.
AUX PLÉNIPOTENTIAIRES (GRAMONT ET LIONNE)
Paris, 8 avril i658.
Je suis obligé de vous escrire cette lettre à part pour vous informer de diverses choses que j'ay apprises des sentimens du comte de Pegnarauda depuis qu'il a veu M. l'électeur de Mayence, et vous esclaircir de plus en plus de ceux de Sa Mtë; car il me semble que l'affaire qui est sur le tapis est assez délicate et importante pour vous communiquer 5 tous momens ce qui me tombe dans l'esprit, afin que, s'il y a quelque chose d'essentiel, vous en puissiez profiter.
Vous sçaurez donc premièrement que tant Pegnaranda que les ministres de Flandres sont tres-alertes pour voir si vous ferez quelques pas dans les propositions de paix que l'électeur de Mayence est demeuré d'accord de donner audict Pegnaranda, qui leur donne lieu de nous jouer quelque mauvais tour en destachant le Protecteur de l'union avec la France; et, si nos advis sont bons, comme je n'en doute |»;is.
1 Mazarin avait toute raison de se méfier lesquels, ayant joué une farce dans l;i \ill<'
de l'entreprise d'Ostende, où le' maréchal firent semblant d'arrêter leur {gouverneur.
d'Aumonl sYliiit engagé, dit Turcnne, «sur crièrent: Vn>9 fe Roi! dans les mes et dirent
la parole de quelques petites gens qui furent mille injures des Espagnols », afin
trompes grossièrement par ceux d'Ostende, de nous donner le change.
muvriv — vin. 43
mrRtWLME JAIIOIALl.
Avril if>58. on fera jouer divers ressorts pour vous obliger à faire quelque explication sur le sujet de l'Angleterre, qui fournisse à nos ennemis des armes pour nous faire du mal dans un point de cette conséquence1; mais, estant adverti comme vous Testes, il vous sera malaysé, quelque rusé que Pegnaranda puisse estre, qu'il vienne à bout de vous surprendre.
Outre que je ne voye pas que ledict Pegnaranda puisse avoir rien de solide en main, capable de nous nuire dans l'union que nous avons avec l'Angleterre, puisque, quelque chose que vous soyez obligez de dire à l'électeur de Mayence, jamais (ce qu'on vous a desjà mandé) vous ne devez rien donner par escrit.
Comme je ne voy pas que les Espagnols nous puissent donner aucun coup considérable par un autre moyen que celuy-cy, vous ne devez pas estre surpris si je rebats continuellement sur ce point. J'appréhende que celuy à qui il a reussy à Munster de séparer les Estats (h' Hollande d'avec la France2, par tous les artifices et inventions dont il se servit assez adroitement, n'applique tout son esprit pour nous faire ressentir un plus grand mal, s'il pouvoit mestre les Anglois du costé de l'Espagne, d'autant plus que je sçay, par la mesme voye que j'ay receu les autres advis, que Pegnaranda est persuadé qu'il n'y a aucune ressource pour les affaires de son maistre que de faire la paix, à moins que Dieu ne fasse pour eux3 des miracles, avec une excep-
1 Mazarin avait envoyé à Gramont . poulie mettre à même de répondre aux accusations d'impiété lancées contre nous par les Espagnols à l'occasion de notre traité avec l'Angleterre, «ne copie du traité tout semblable (sauf qu'il s'agissait de prendre Calais à la France pour le donner à Cromwell) (pie le roi d'Espagne avait signé précédemment avec l'Angleterre. Gramont porta cette pièce aux électeurs afin de les mettre à même de juger de la bonne foi de l'Espagne. Penaranda s'inscrivit en faux contre ce document; mais , dit Gramont, «ries bras lui tom-
bèrent quand les ambassadeurs français lui offrirent de consigner 20,000 écus entre les mains de tel marcband de Francfort qu'il voudrait choisir, pourvu que, de sa part, il en consignât autant, et qu'il gagnerait les 20,000 écus si, avant six semaines. Gramont et Lionne ne rapportaient pas, en face du collège électoral, l'original du traité en question, n
- Voy. t. Il, p. 290, des Lettres de Mazarin.
3 Les mots pour eux sont en interligne et douteux.
tion neantmoins que l'on doit auparavant tenter toutes sortes de voyes Avril iG58. pour gainer les Anglois, et, en ce cas, il n'hésite pas à la continuation de la guerre. Car, comme c'est la seule nécessité qui le contraint à estre d'avis de la paix avec la France , estant bien informé du peu de moyens qu'il y a en Espagne de fournir à de si grandes despenses, et le mauvais estât où la monarchie est réduite par la guerre que les Anglois luy font aux Indes et dans les ports d'Espagne, qui empesche entièrement le commerce, et apprenant esgalement des ministres de Milan et des Flandres qu'ils ont tout à craindre dans cette campagne, si, par un accommodement avec les Anglois, cette nécessité cessoit, ils ne songeroient qu'à continuer la guerre avec plus de fierté et d'opiniastreté que jamais, leur haine estant à presens contre nous au dernier degré, parce que nous leur faisons beaucoup de mal et qu'ils en appréhendent encore davantage.
Tout ce qui vous a esté rapporté du premier entretien de Pegnaranda avec Mayence est véritable; mais ce qui ne vous a pas été dict, [et] que Pegnaranda a présupposé luy avoir esté précisément déclaré par ledict Electeur, c'est qu'il croit que les François ne veulent pas la paix, quelque [mine] l qu'ils fassent au contraire (ce que je croy pourtant qui aura esté dict par l'électeur de Mayence pour engager plustosl ledict Pegnaranda à s'ouvrir et faire des avances sur cette matière); que si le roy d'Espagne se déclare de vouloir la paix, et qu'elle ne se conclue pas par la faute de la France, non seulement on ne luy accordera pas les réparations qu'elle poursuit et les seuretez pour la manutention du traité de Munster à l'avenir, mais, au contraire, tout le monde se mettra en devoir d'assister, par toutes les voyes, la maison d'Austriche dans la guerre qu'elle sera contrainte de continuer contre la France.
Il est vray que ledict Electeur adjousta aussy que, si l'on croyoil que la France souhaitoit la paix et que les Espagnols ne la voulussenl pas, il seroit impossible dempcscher que le roy de Hongrie, avant que
' Mot douteux.
Avril i658. d'eslre revestu de la dignité impériale, ne fust obligé de signer une capitulation bien dure, et qu'en un mot le roy d'Espagne ne devoit pas s'attendre d'avoir le moindre secours et assistance de la branche de sa maison, qui est en Allemagne.
Les mesmes advis portent que Pegnaranda s'estoit fort estendu pour luy faire cognoistre que les François ne vouloient pas la paix; que c'estoit un artifice du cardinal Mazarin d'en faire tenir des propos à Francfort pour différer l'eslection et empescher qu'on ne pust envoyer, cette campagne, des secours en Flandres et en Italie; que toute la chrestienté souflïoit par le retardement que l'on apportoit à ladicte eslection, et que la religion catholique estoit tout-à-faict [opprimée]1 en Flandres par la guerre des Anglois, si les armes de l'Espagne n'estoient pas fortiffiées de quelques secours considérables d'Allemagne; que les gemissemens des pauvres catholiques de ce pays-là et le préjudice de toute la chrestienté seroient causez par la fermeté des Electeurs ecclésiastiques, qui se sont laissé persuader qu'il seroit très advantageux au bien public de différer ladicte eslection, pour voir si cependant on pourroit conclure la paix, que Sa Mté la désire et qu'il y a mesme nécessité, et qu'il n'y avoit aucune seureté qu'on luy pust demander, à laquelle il ne donnast les mains, afin que lesdits Electeurs ne pussent pas douter qu'il ne demeurast à Francfort autant qu'ils voudroient pour y traiter la paix aprez l'eslection, suivant les responses qu'il recevroit d'Espagne sur le projet que M. de Mayence luy donneroit et qu'il s'offroit d'y envoyer en diligence.
Ce qui m'a faict le plus de peine de ce que j'ay sceu de cette conférence, c'est que Pegnaranda présuppose, ainsy qu'il l'a mandé à Bruxelles, que ledict Electeur, aprez luy avoir faict mille protestations de service et d'attachement à la maison d'Austriche, particulièrement au roy d'Espagne, et de beaucoup d'estime et d'amitié pour ledict Pegnaranda, il luy avoit dict positivement que l'occasion ne se presenteroit jamais si belle de remédier au mauvais estât de leurs affaires que celle qu'il avoit présentement entre les mains.
1 Mot non lu. Le sens n'est pas douteux.
Dans la suite de cette de'pèche, Mazaria indique que ce qu'il craint surtout, Avril i(358. c'est que Penaranda ne re'ussisse à persuader aux Electeurs que la France ne veut pas la paix et que l'on doit proce'der immédiatement à l'élection de l'empereur avant que d'examiner les conditions proposées par l'électeur de Mayence pour la conclusion de la paix. Il parle aussi des propositions du roi de Suède, dans le cas où la guerre se rallumerait en Allemagne. Il insiste sur l'offre que lui a faite ce prince « d'entrer dans la Silésie et de venir aux portes de Francfort avec une nombreuse armée et d'équiper une flotte de soixante vaisseaux».
Le Cardinal termine en mentionnant une visite faite à l'électeur de Mayence par le prince d'Aversberg, ministre du roi de Hongrie, et sur la conférence qu'ils ont eue sur la paix; Aversberg pense que le roi d'Espagne ne la conclura que par la médiation du Pape, et l'Électeur répond que jamais la France n'acceptera cette médiation.
Bibl. nat., ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 52, f° i32 v°. — Minute.
AUX PLÉNIPOTENTIAIRES (GRAMONT ET LIONNE)
Paris, 17 avril 1 658.
(extrait.)
Le comte de Pegnaranda a fort bonne opinion de l'électeur de Trêves, et il est persuadé que , sans la diligence que l'électeur de Mayence faict pour l'obliger à suivre ses sentimens, le menaçant à tous momens que la France le perdra, il feroit aveuglement tout ce qu'on luy diroit estre plus advantageux à la maison d'Austriche; que cependant, dans son cœur, il est aussi passionné pour les interests de ladicte maison qu'on le peut souhaiter. Ledict Pegnaranda est convenu avec luy que S. A. El. n'osteroit pas à Mayence l'espérance de faire ce qu'il voudroit sans pourtant s'engager à rien de positif, et il esperoit que, le duc de Saxe et le chef de l'ambassade de Brandebourg arrivant, il presserait Trêves de se joindre à eux pour combattre tous ensemble le party de l'électeur de Mayence. Je sçay pourtant que, nonobstant cela, Pegnaranda appréhende fort que Trêves ne se laisse emporter, à la (in, aux vigou-
Avril i658. reuses poursuites de Mayence, appuyées par les menaces et les promesses des François.
Je suis ravy de vous pouvoir asseurer qu'il ne se peut rien adjouster à la mauvaise satisfaction que Pegnaranda a, dans son cœur, contre M. de Mayence, se plaignant hautement qu'il n'a respondu en aucune façon à tout ce qu'il luy avoit escrit et faict dire pendant qu'il estoit à Prague, et le voulant faire passer pour un prestre qui n'a nul respect pour la religion catholique, parce que, d'un costé, il entreprend sur la fonction de Sa Sainteté, se voulant mesler de faire la paix, et, de l'autre, il déclare qu'il ne sera jamais d'advis que le nouvel empereur puisse envoyer des troupes en Flandres contre les Anglois.
Le mesme Pegnaranda a dict qu'ayant tasché , par l'envoy du Nonce et d'autres personnes, de ramener l'esprit de M. de Mayence sur le point des Anglois, se prévalant des protestations que le Nonce faisoit sur ce sujet, M. de Mayence avoit respondu que le Pape ne prenoit pas les biais qu'il falloit pour advancer la paix et ne donnoit aucun secours contre les hérétiques, et qu'ainsy il croyoit que luy et ses co-electeurs ne dévoient pas hazarder leurs Estats mal à propos. Pour vous dire, en un mot, à quoy vous vous devez tenir à l'esgard du Nonce, c'est qu'il a ordre du Pape de parler aux uns et aux autres et d'agir comme le comte de Pegnaranda luy dira, et ainsy vous le devez compter comme un ministre de l'Espagne et non pas d'un père commun."
Pegnaranda est fasché d'avoir faict venir le roy de Hongrie à Francfort, où il craint qu'il ne demeure longtemps contre sa dignité et avec grande perte de sa réputation, et il voudroit qu'il luy eust cousté beaucoup et que M. de Mayence eust desja depesehé en Espagne pour y porter les propositions de la paix, comme S. Alt. luy avoit déclaré de vouloir faire.
Je passeray à présent à vous informer de tout ce que j'ay appris de la dernière conférence que Pegnaranda avoit eue avec M. de Mayence. Dans le commencement, celuy-cy se plaignit de ce qu'ils ne se voyoient pas assez souvent, et je sçay que Pegnaranda croit devoir en user ainsy, afin qu'eu faisant bonne mine, l'autre soit obligé de le rechercher et
souhaite davantage de s'aboucher avec luy; de quoy vous pouvez pro- Avril «658. fîter en donnant advis à M. de Mayence du dessein dudict Pegnaranda.
L'audience dura prez de trois heures, et, quelque diligence que Pegnaranda pust faire d'abord pour obliger l'Electeur à passer outre à l'eslection en l'asseurant qu'aprez qu'elle seroit faicte, il attendroit le retour du courrier que S. A. [EL] depescheroit en Espagne avec les propositions de paix, et qu'il travaillerait, à bon escient, à la conclure, ledict Electeur demeura tousjours à vouloir sçavoir auparavant les intentions du roy d'Espagne, puisqu'aprez l'eslection faicte, ny luy ny ses co-electeurs ne seroient plus considérables ny à la France ny à l'Espagne.
Pegnaranda prétend avoir remarqué, par le discours de M. de Mayence, que nous faisons bon marché de toutes les autres conditions de la paix et que nous nous tenons seulement fermes sur celle de M. le prince de Condé, afin de le1 mettre en deffiance et le porter, par ce moyen, à quitter le party dans lequel il est engagé; qu'il le faict neantmoins asseurer par Mazerolles2 (lequel Pegnaranda voit souvent, et à qui il avoit donné cinq cens patagons3 pour l'empescher de mourir de faim) que rien n'est capable d'obliger le roi d'Espagne à l'abandonner4; mais ce qui perce le cœur audict Pegnaranda sur ce sujet, c'est que non seulement Mayence et la grande partie des Electeurs, et presque tous les ministres des princes qui sont à Francfort, sont persuadez qu'on ne doit pas différer d'un quart d'heure la conclusion de la paix pour ce point-là, mais que le roy de Hongrie, avec tout son conseil et l'archiduc Leopold mesme, sont de ce senlimrnl.
Gomme M. de Mayence fondait tout son discours de la paix sur ce
1 Le se rapporte à Condé. monnaie d'argent de Flandres dont le poids
1 Voy. t. VII, p. 3i a , note A, des Lettres était de 28 grammes et <|iii valait environ
de Mazarin. Louis du Pas, manpiis de Ma- 3 livres 10 sous; cette valeur était du reste
zerolles, était un des personnages (pie le assez variable, parce qu'en dehors des faux
prince de Condé envoyait aux puissances patagons (il y en avail beaucoup), !<• titre
pour solliciter leur appui. des lionnes pièces était souvenl assez bas. \.c jiiitiifriin, on pliillipcsdale, élail une ' A abandonner Condé.
Avril i658. qui avoit esté traité à Madrid l, le comte de Pegnaranda tira de sa poche les mémoires qu'il y avoit, lesquels il avoit traduits eu italien, et les lut mot pour mot audict Electeur. Aprez quoy S. Alt. luy demanda aussi s'il voudroit entendre la lecture d'un papier dans lequel il avoit mis les conditions qu'il avoit cru les plus raisonnables pour conclure la paix entre les deux couronnes. Pegnaranda repartit qu'il les pouvoit envoyer en Espagne telles qu'elles estoient, et que, s'il vouloit seulement les luy communiquer en confidence, il luy diroit sincèrement si elles estoient telles qu'on les pust proposer honnestement à son maistre. M. de Mayence répliqua que ledict Pegnaranda les pouvoit escrire de sa main, pour estre, aprez, envoyées à Madrid; mais celuy-cy protesta qu'elles ne pouvoient estre présentées au roy d'Espagne que signées de S. A. et des autres Electeurs, qui estoient de son sentiment. A quoy l'Electeur ayant tesmoigné de la répugnance, Pegnaranda crut s'apercevoir, à n'en pouvoir pas douter, que cette répugnance dudict Electeur provenoit de ce que les ambassadeurs de France apprehendoient le préjudice qui arriverait à cette couronne quand l'on pourroit voir clairement que les Electeurs donnoient pour chose entièrement arrestée que nous nous séparerions aussy bien des Anglois que des Portugais.
Sur quoy je sçay de certaine science que Pegnaranda a dict qu'il prétend tirer un très-grand advantage de cette farce de la paix; ce sont ses propres notes , dont il faut pourtant bien prendre garde de ne vous servir en aucune façon.
Je feray une petite digression pour vous dire que vous verrez bien que c'est avec beaucoup de raison que je me suis mesfié d'abord de l'intrigue dudict Pegnaranda sur ce point, et que je l'ay retouché2 si au long et si souvent dans mes depesches depuis le retour de Roussereau, et je vous advoue que j'ay beaucoup de peine et d'inquiétude, quoyque j'esperc que par la manière dont vous en userez de delà, et par les diligences que je feray du costé des Anglois, Pegnaranda, quelque artificieux qu'il puisse estre, ne viendra pas à bout de son
' Eu 1 656. (Voy. le tome VII, p. 3i 2 , des Lettres de Mazarin.) — 2 Répété.
dessein, et ce que je vous en marquois doit servir pour vous obli- Avril i658. ger à estre bien alerte à redoubler vos soings, comme je feray les miens pour n'estre pas surpris; à quoy nous ne devons rien oublier, puisqu'il ne s'agist pas seulement de perdre les Anglois; mais que, si cela arrivoit, nous serions nécessitez de continuer la guerre à jamais.
Je reviens à présent aux conditions contenues dans le papier que M. de Mayence lut à Pegnaranda, lesquelles estoient en substance: que la France rendroit ce qu'elle possedoit dans la principauté de Catalogne, avec l'exclusion de Roses et de Gadaquez1; Valence dans Testât de Milain2; qu'elle retiendroit toutes les places qu'elle possède dans les Pays-Bas, avec leurs dépendances, y compris tout ce que le roy d'Espagne tenoit en France, quoyque les garnisons soient des troupes de M. le prince de Condé, pour lesquelles trois places3 le Roy en donneroit une qui n'estoit pas nommée; que, pour le Portugal, on feroit une trêve de huit mois , durant lequel temps on taschera d'obliger ce roi-là de s'accommoder avec l'Espagne à la satisfaction de Sa Mtë Catholique, et, ne le faisant pas4, la France promettra de ne lui donner, aprez, aucune assistance, et qu'à l'esgard de M. le prince de Condé, il seroit restably dans les bonnes grâces de Sa Mld, dans ses biens et dans tous les honneurs et prérogatives qui appartiennent aux princes du sang.
Sur quoy Pegnaranda présuppose 5 avoir dit à M. de Mayence qu'il ne luy conseilloit en aucune façon d'envoyer en Espagne des propositions aussy injurieuses au roy son maistre, et que le Roy Catholique ne permetlroit jamais que, dans le traité, on dict un seul mot du Portugal; que M. de Lionne l'avoit ainsy protesté à Madrid, et que, pour
1 Cap-de-Quiers ou Gadcquid, port de interligne. Ces trois places étaient, je crois,
Catalogne au N.-E. de Roses ou Rosas. Rocroy, le Catelet cl Linchamp, que rnen-
' Le sens est, je crois, que la France tionne la paix des Pyrénées. rendrait Valence d'Italie, comme les places " Si le roi de Portugal ne le fait pas.
de Catalogne, sauf Rosas et Cadequié. 5 Ce mot doit avoir ici le sens de affirme
' Les mois trois pinces oui été écrits en ou soutient.
IMPRIMERIE RATIOKAI I .
Avril 1 658. M. le prince de Condé, il ne l'abandonneroit jamais et ne consentirent pas à une aussy injuste prétention que seroit celle que nous voulussions retenir toutes les places que nous avons dans les Pays-Bas, et (jue l'Espagne rendist les trois qu'elle a en France1.
Aprez quoy, il reprit son traité de Madrid qui estoit sur la table, et fit semblant de se lever pour s'en aller, afin de mieux persuader M. de Mayence qu'il estoit fort mal satisfaict. Ce qui produisit l'eiïect qu'il en esperoit, parce que l'Electeur le pria avec une grande chaleur de s'arrester, l'asseurant que son intention estoit de le satisfaire et de vouloir procurer au roy d'Espagne les conditions les plus advantageuses qu'il pouvoit souhaiter. Ce qui a donné lieu à Pegnaranda d'espérer que l'on ne s'esloignera pas beaucoup de ce que M. de Lionne promit à Madrid à l'esgard de la restitution d'une partie des places que nous possédons dans les Pays-Bas.
Mayence luy fit grande instance de luy vouloir laisser pour un jour le traité de Madrid, promettant de le luy renvoyer, et que personne ne le verroit; à quoy Pegnaranda consentit, et on le luy rendit aussy à point nommé; et comme S. A. en aura asseurement retenu une copie, il y a apparence qu'elle vous l'aura communicqué; mais, s'il ne l'a pas encore faict, que, le pressant là-dessus, il ne vous le refusera pas, et, à la vérité, il seroit assez curieux et important d'en avoir connoissance.
M. de Mayence luy dict qu'aprez y avoir bien songé, il croyoit qu'il feroit mieux d'envoyer quelque personne de confiance en Espagne; à quoy Pegnaranda ne s'opposa point, et je suis bien ayse que ledict Electeur ayt pris cette resolution, parce que je juge qu'il l'aura faict pour ne s'engager pas à donner lesdictes propositions par escrit.
1 L'électeur de Mayence finit par pro- voyait forcé de retarder cette élection ; d'un
poser à Penaranda d'envoyer à Madrid le autre côté, en refusant d'accepter l'inter-
sieur de Bloin ou de P>lum , l'un de ses con- vention des Electeurs, il montrait que le roi
fidents, qui irait traiter de la paix au nom d'Espagne ne voulait pas sincèrement la
du collège électoral. En consentant a cette paix. Ce fut cependant à ce dernier parti
proposition. Penaranda, qui aurait voulu qu'il s'arrêta. Il refusa donc de donner à
faire l'élection impériale avant la paix, se Blum les passeports demandés pour lui.
Voilà tout ce que j'ay appris qui s'est passé dans cette dernière con- Avril i658. ference, qui me semble d'une grande importance, et dont la çognoissance vous peut donner lieu d'en tirer un grand proffit.
Premièrement, nous voyons que Pegnaranda a insinué en Espagne la résolution que l'on y doit prendre à l'esgard de M. le prince de Gondé en parlant dans les termes que j'ay marqués cy-dessus et qu'il n'est pas efïarouché de la proposition de retenir tout ce que nous avons dans les Pays-Bas en rendant Valence, quoyqu'il tesmoigne espérer que nous nous relascherons là-dessus. Et comme M. de Mayence se déclare assez de nous vouloir obliger dans les conditions de la paix en tout ce qui pourra dépendre de luy, il escoutera sans doute volontiers la prière que vous luy ferez de tenir bon sur la proposition qu'il a faicte des conquestes, l'asseurant qu'en cas que la chose réussisse heureusement, le Roy luy en tesmoignera sa recognoissance de bonne sorte, et mesme, si vous jugez à propos de parler à Schereborne (sic)1, ou à Bernebourg, leur promettant pour cela telle gratification que vous estimerez proportionnée, Sa Mtd l'approuvera.
Il faut, en outre, bien imprimer dans l'esprit de M. de Mayence qu'il n'y a rien de plus artificieux que le comte de Pegnaranda, et que, quand il craint davantage, c'est lorsqu'il tesmoigne le plus de hardiesse et de fermeté, et que, s'il plaist à S. A. El. de tenir bon et de luy faire cognoistre, dans les occasions, qu'elle sçait Testât des affaires d'Espagne, et que rien n'est si advantageux au roy, son maistre, que son entremise pour la paix, ne le recherchant ny le flattant pas quand il faict le froid et qu'il tesmoigne du chagrin, ainsi qu'il fit artificieusemcnt lorsqu'il reprit son traité et se leva comme s'il eust voulu se retirer, je res|»onds à S. Alt. qu'elle négociera très advantageusenaent avec luy; et M. de Lionne, qui est informé de la conduite qu'il tenait à Munster avec tout le monde et notamment avec les ministres de Hollande, jusques à mettre la main sur la garde de son espée pour faire le brave, quand il les apprehendoit le plus, pourra s'en servir utilement
Je pense que ce nom est altère e( qu'il faut lire Schœnbom, frère de l'électeur de Mayence.
Avril i658. auprez de M. Mayence pour le luy faire cognoisfre, afin qu'il ne soit pas surpris par cette manière d'agir.
Mazarin termine en insistant toujours pour que l'électeur de Mayence se montre terme, et ii cite des faits qui prouvent combien les Espagnols ont besoin de conclure la paix.
GLXXVII.
Bibl. nat. , ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 52, f° i4o. — Minute.
AUX PLÉNIPOTENTIAIRES (GRAMONT ET DE LIONNE)
Paris, 20 avril i658.
(extrait.)
Mazarin insiste encore dans cette dépêche, comme dans celle du 17 avril \ pour dévoiler tous les artifices de Penaranda. Après avoir signalé ses efforts pour amener une rupture entre la France, l'Angleterre et le Portugal, il dit qu'aux yeux de cet ambassadeur espagnol, la capitulation qu'on prétend imposer au nouvel empereur ne saurait lui lier les mains.
Ce n'esl pas, ajoute Mazarin, que Pegnaranda ne soit résolu de faire tous les efforts imaginables pour empescher qu'on ne fasse cette capitulation, ou qu'elle soit en termes moins durs; mais il conclud que, quand on sera forcé à la passer, on n'en doit pas appréhender aucun préjudice considérable. Il parleroit pourtant d'une autre manière s'il voyoit une ligue de plusieurs princes, comme on avoit projeté de faire pour la manutention du traité de Munster et pour l'exécution de tout ce qui seroit arresté par cette capitulation; et ce qu'il y a de bon, c'est que l'on est tousjours en estât de faire cette ligue, et je croy que l'on s'y appliquera d'autant plus sérieusement, que l'on touchera au doigt que les prétentions des Espagnols sont tout-à-fait contraires au repos de l'Allemagne.
Pegnaranda insiste plus que jamais à la rupture contre la Suéde-,
1 Voy. ci-dessus, p. 34i. de la guerre, ce qui donnerait un sens tout
2 La minute porte après rupture les mots différent; mais il faut remarquer que le mot
ainsi que le roy de Hongrie en est convenu avec Brandebourg par le Avril i658. dernier traité signé à Aschaffenbourg , se flattant que, si le roy [de Hongrie] exécute cette resolution, il n'y aura presque aucun prince d'Allemagne qui ne se joigne avec luy ; mais il pourrait bien se tromper en son calcul et voir, au contraire, le roy de Suéde si puissamment appuyé et assisté dans cette guerre, que ledict Pegnaranda aura bientost sujet d'apprebender quelque cbose de fort funeste pour la maison d'Austriche. Ce qui me semble assez probable; car je crois que le roy de Suéde, dont les forces sont considérables, est capable, luy seul et sans faire alliance avec la France, d'entrer en Silesie et de faire la guerre partout au roy de Hongrie.
CLXXVIIÎ.
Bibl. nat., ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 52, f° 191. — Minute.
AU MARÉCHAL D'AUMONT
(extiuit.)
[Sainl-Just]1, 27 avril 1 658.
J'ay reçeu les deux lettres que vous avez pris la peine de m'escrire, avec les nouvelles que vous avez eues de Zelande'2. Par la disposition où sont les choses, il paroist que3 l'affaire peut réussir; mais je vous advoue que je ne sçaurois4 me guérir de l'appréhension que j'ay qu'ayant traisné si longtemps et estant sceue de tant de personnes,
rupture est écrit en interligne et remplace plusieurs mots, dont l'un est effacé, et les autres, de la guerre, ont été conservés par oubli. Il est probable qu'on avait d'abord écrit déclaration de la guerre, qu'on a ensuite voulu remplacer par rupture.
1 Le lieu d'où celte lettre est écrite n'est indiqué que par le mot idem. La dernière indication précise donnée dans le volume est Saint-Just (T 190). Je pense qu'il s'agit ici
de Saint-Just-sur-le-Therain (auj. dép. de l'Oise, cant. de Beauvais). Mazarin, qui se rendait à Amiens, a pu s'y arrêter.
2 Le mot est souligné et devait être chiffré dans la dépêche.
3 Trois mots soulignés. L'affaire dont il est question était la surprise d'un port do Flandres, comme Ostcndo.
' Nouveau passage souligné depuis .sçaurois jusqu'à succci.
Avril i658. on ne l'ayt descouverte. Neantmoins, puisque l'on ne hazarde pas les hommes, la chose est trop importante pour ne pas la tenter, et je souhaite de tout mon cœur que vous ayez bientost la gloire de ce succez1.
Je croy que vous estes présentement à Mardik, et quand vous n'y auriez pas esté pour cette affaire, il auroit esté à propos que vous en eussiez pris la peine 2 pour maintenir l'union entre les François et les Anglois, laquelle3, [comme] M. d'Ormesson me mande, commençoit un petit à s'altérer, et vous jugez assez des mauvaises suites que cela pourroit produire pour croire que vous n'oublierez rien pour les prévenir.
Les officiers des compagnies des gardes s'en vont à leurs charges. On a desja escrit à M. de Villequier4 de se rendre en diligence dans vostre gouvernement pour y demeurer pendant vostre absence. Si les ennemis pouvoient faire la dixième partie des progrez que leur aura faict espérer le mareschal d'Hocquincourt 5, je ne doute point qu'ils ne fussent fort satisfaicts. Il n'avait pas manqué de vous faire la faveur d'y comprendre la prise de Boulogne et de tout le Boulonois; mais je ne sçay pas si vous aurez la complaisance de luy laisser faire cette libéralité à ses amys, et l'approche du Roy de la frontière luy fera encore trouver difficulté à en venir à bout.
Cependant vous aurez appris, par M. Le Tellier, les ordres que l'on a donnez à l'esgard des personnes qui vous sont suspectes, à l'exception du marquis de Montcavrel G, qui est un homme de qualité, qui a
1 Fin du passage souligné.
2 Que vous eussiez pris la peine de vous y rendre.
8 Le mot laquelle écrit en interligne et en abrégé est douteux.
4 Fils du maréchal d'Aumont.
'" Le maréchal d'Hocquincourt, qui avait fait sa paix avec le Cardinal Tannée précédente, à des conditions d'ailleurs fort onéreuses pour la France, s'était de nouveau déclaré pour les Espagnols el pour Condé. Il était venu à Hesdin, alors révolté, comme
on l'a vu, contre l'autorité royale, et s'était rendu ensuite à Bruxelles, auprès de M. le Prince, où il avait été l'intermédiaire du traité qui livrait aux ennemis la place de Hesdin et garantissait le maintien de la garnison, sous les ordres du lieutenant de roi, La Rivière, en même temps que le payement de la solde par l'Espagne.
6 Jean-Baptiste de Monchi, marquis de Montcavrel, né en 1629, nommé maréchal de camp en i652. Après sa mort et celle de son fds, les vastes domaines de la maison
beaucoup de Lien a perdre et qui a donné toutes les asseurances que Mai i658 l'on pouvoit désirer de sa fidélité, de sorte que l'on croicl que l'on s'y peut fier.
Bibl. nat., ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5a, f" i5o v°; minule. — Aff. étr., France,
t. 277, f° 106; copie du temps.
À M. DE BORDEAUX
[Amiens], 1" mai 1 658.
( EXTRAIT
Je vous depesche ce gentilhomme en diligence avec un mémoire des choses qu'il faut préparer au lieu où vous estes, afin qu'elles soient embarquées sans perte de temps. M. l'ambassadeur Lockhart est bien informé de la nécessité qu'il y a de faire ces préparatifs l, lesquels estant une fois dans les vaisseaux qui sont à la rade, on ne s'en servira qu'en cas de besoin , et ce pendant on en aura l'esprit en repos. Je vous prie donc de voir ledict ambassadeur, quand il arrivera 2, pour concerter avec luy si vous aurez quelque [autre] chose à faire de vostre part que solliciter que l'on embarque sans delay tout ce qui est convenu dans ledict mémoire.
Pour les deux mille piques, ce gentilhomme a largement pour les acheter, et on pourra les envoyer à Calais par le premier vaisseau qui partira, les adressant à M. d'Ormesson.
Vous ferez grande instance afin que l'on fasse partir, sans perdre un moment de temps, deux barques chargées de fascines, que M. l'am-
de Montcavrel passèrent h la maison de d'ambassadeur et de soldat; il va de l;i
Mailly, par suite du mariage de Jeanne de Cour à l'armée et do l'armée à Londres.
Monchi, sœur de Jean- Baptiste de Monchi, On le croit en France, il est en Angleterre. *
avec Louis-Charles de Mailly. Lettre du 20 niai 1 658. (Filza, 121.
1 Lockhart déployait une grande activité. fol. 62.) fil remplit k la fois, écrivait le repicsen- 2 L'ambassadeur Lockhart se rendait en
lanl de Venise, Giusliniani, les fonctions Angleterre,
Mai if>58. bassadeur m'a promis de demander, de ma part, à S. Alt. Serenissime, M. le Protecteur, aprez m'avoir fait cognoistre qu'il estoit impossible de nous donner des palissades, et je vous diray en passant que, pour en faire préparer la quantité qui nous est nécessaire pour achever la fortiffication de Mardik, on a desjà employé trente mille livres, et on me mande qu'il faudra encore envoyer une mesme somme pour ce supplément.
J'avois, dez cet hyver, faict remettre en les mains de M. l'ambassadeur une somme de trente-huit mille livres, afin qu'il prist la peine de faire préparer une quantité de foin capable de faire subsister pendant trois sepmaines un corps de huit à dix mille chevaux, sur les mesures que nous avons prises d'entreprendre quelque chose du costé de la mer, auparavant que les ennemis pussent avoir leur armée assemblée et en estât de s'y opposer; mais comme je voy que le malheur de Hesdin l obligera le Roy à diiïerer l'exécution des desseins du costé de la mer, et que ce pendant, s'il faut que Sa Mtë entreprenne de remettre cette place en son obéissance, il est absolument nécessaire de pourvoir à la seureté de Mardik, y mettant un corps de six mille hommes de pied et de mille chevaux, je vous prie que l'on envoyé incessamment audict lieu le foin que l'on a desjà acheté, lequel ne devant pas estre en si grande quantité que l'on avoit projeté, l'argent qui restera pourra servir pour les voitures, ainsy que je l'ay dict et que je viens encore d'escrire à M. l'ambassadeur.
Je suis en peine de ne voir arriver les trois mille hommes de recrues pour le corps anglols, pour lesquelles j'ay desjà faict compter cent douze mille cinq cents livres. C'est pourquoy je vous prie de haster les embarquemens et de me mander quand pourront arriver les trois regimens que le Roy faict lever sur ses commissions, et quelles nouvelles vous avez, d'Escosse, des sieurs de Roterfort et Douglas2. Il me semble que ces regimens devroient desja commencer à arriver à [Dieppe]3.
1 La révolte de Hesdin. (Voy. ci-dessus, p. 35o.) — 2 Ils étaient charge's de faire des levées pour le compte de la France. — 3 Ce mot est très douteux.
Renvoyez-moy, je vous prie, au plus tost ce gentilhomme, afin que Mai i658. je sçache sans' aucun delay si je puis faire estât de ce qui est contenu dans le mémoire dont il est chargé.
Je mis hyer entre les mains de M. de Villequier un paquet de M. de Brienne adressé à M. l'ambassadeur, dans lequel estoit la ratification du traité \ et je m'asseure qu'il le recevra aujourd'huy, et qu'ensuite il hastera son passage à Londres, où il est extrêmement nécessaire qu'il se rende incessamment.
GLXXX.
Bibl. nat. , ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 5a, f° 200. — Minute.