A MM. DE LA RELIGION P. R
[Fontainebleau,] 12 septembre î&dà.
Messieurs,
Je puis vous dire avec certitude qu'en quelque manière que vous lussiez venus rendre vos devoirs à leurs Maj estez, en compagnie, ou séparément du reste de vostre corps, ils leur auroient esté tousjours agreables. La bonté de la Reyne embrasse généralement et sans dis-
' En parlant de cette entreprise , la lettre loyale , citée plus haut, s'exprime ainsi : f Je n'estime pas que celte occupation (la fortification de Walhen) vous puisse empescher de tirer un corps de cavalerie et d'infanterie capable d'aller prendre le Mont- Cassel. Je seray bien ayse que vous l'exécutiez, jugeant que les ennemis ne sont pas en estât de vous en empescher, puisque l'on est asseuré que mon cousin le prince d'O-
range . aprez la prise du Sas-de-Gand , demeurera à la campagne pour les tenir occupez de son costé, et qu'il n'y a que Piccolomini qui puisse vous estre opposé, lequel, par tous les advis que l'on en a, ne se sçauroit mettre en campagne avec plus de deux mille hommes de pied et deux mille chevaux , en gardant les postes de Mardick et autres qu'il est obligé de conserver, etc. n
tinction tous les vrais subjecLs du Roy, son fils, et la préférence qui se Septembre peut gagner dans son esprit despend du degré de la passion et de la fidélité qu'on aura pour son service. C'est dans cette émulation de bien servir que vous trouverez des advantoges conformes à vostre zèle, et que vous vous ouvrirez le chemin aux gratifications qui se despartiront au mérite, sans acception de personnes. Je vous exhorte donc à ne vous despartir jamais d'un si louable et juste dessein, et de vous applicquer, comme vous avez fait jusqu'à présent, à maintenir l'obéissance de ceux qui sont audessous de vous, et qui vous regardent comme leur exemple. Cela estant, ne doutez point que Sa Majesté ne tienne soigneusement la main à vous faire entièrement jouir du bénéfice des edicts qui vous ont esté accordez, et de la liberté de conscience qu il vous promettent.
Et pour inoy, qui n'ay rien tant à cœur que de voir raffermir de pius en plus les fondemens de la concorde des François et de la tranquillité de l'Estat, je vous proteste que je contribueray tousjours comme j'ay fait jusques icy mes conseils et mon crédit pour faire fleurir cette concorde et régner cette tranquillité, et qu'outre cela je rechercheray les occasions de vous tesmoigner, etc.
Manusc. do la Biblioth. Mazarine, rf 1719, tome II, f° 175 verso. — Copie du temps.
A M. DE TURENNE
[Paris,] la septembre j6Vi'.
Monsieur, \ ous apprendrez de M. le duc d'Anguyen plusieurs choses que je ne vous escris point icy, auxquelles j'ajouste que M. le vicomte de Cour- Celte lettre porte, dans le manuscrit, tié de septembre. J'ai substitué la septembre la date du 22 septembre i64/j; mais les à 32 septembre, afin de m écarter le moins laits mentionnés par Mazarin prouvent possible du manuscrit. qu'elle doit se rapporter à la première moi-
Septembre val s'en retournant, il pourroit bien estre mis dans quelque place, et 16M. peu£ estre mesme dans Philisbourg, en cas qu'il se prenne, comme touttes les apparences le font espérer. J'ay formé cette pensée sur l'estime que vous en faites et sur la résistance qu'il a faite dans Uberlingen, ne le connoissant au reste que par là, sur quoy vous ferez la reflexion nécessaire.
J'attends response sur ce que je vous ay escrit de M. le duc de Wurtemberg, qui seroit bien capable, ce me semble, dans la conjoncture présente, de faire une bonne levée d'infanterie dans le pays de Wurtemberg et aux environs pour nous en servir ainsy qu'il seroit jugé à propos.
Vous verrez par la lettre de M. le Tellier que vostre sentiment sera suivy pour ce qui regarde le sieur Guerets, que nous tiendrons esloigné de l'armée sous le prétexte que vous mandez.
J'ay esté ravy de ce que vous m'avez proposé de faire conserver la pension de M. de l'Eschelle à sa femme et à ses enfans. C'estoit justement toucher mon inclination qui croy que c'est le bien du service du Roy, qu'on reconnoisse les personnes qui le méritent, et qui sont morts dans le service, en la personne de ceux qui leur sont les plus proches.
J'ay fait en sorte qu'on vous envoyé six mille pistoles pour les despenses extraordinaires, et je procureray, s'il se peut, qu'elles vous soient payées à Strasbourg, à cause que cette ville est le plus à vostre bienséance pour cela.
Et d'autant que les principales commoditez tant pour la subsistance que pour l'action de l'armée, se doivent tirer de ladicte ville, j'ay procuré que le Roy y envoyast un résident, qui est le sieur Seillon l; pour la rendre plus alfectionnée à nos interestz, je luy ay obtenu une exemption pour le bailliage de Vantzenau, qui luy appartient et dont elle estoit fort en peine.
J'estime que l'entreprise de Philisbourg réussissant, comme il y a toute apparence de le croire, vous en tirerez tous lés fruicts et advan-
II y a Seillon dans le manuscrit; mais on a vu plus haut que ce résident se nommait Stella. (Voyez p. 59, noie 2.)
tages qui s'en pourront recueillir, et vous jugerez par le secours que Septembre l'on vous prépare, qui est deux fois plus grand qu'on n'avoit mesme lG'|/' prétendu, sy les affaires d'Allemagne nous touschent, et sy j'oublie la personne destinée pour cet cmploy, et sy je suis serviteur passionné de M. le duc d'Anguyen.
Je croy que vous devez liastcr le plus qu'il se pourra l'eschange du colonel Colhas, d'autant qu'il est fort propre à faire de l'infanterie, qui est la chose dont vous avez le plus besoin. Je ne vous recommande pas de profiter du temps de récolte et de prendre soin d'empesclier la dissipation du bled, dont il sera aisé de faire des magazins. Vous en scavez assez la conséquence. Je vous supplieray seulement de croire que je seray tousjours, etc.
Manusc. de la Bibliolli. Mazarine, n° 1719, tome II, P 171 verso. — Copie du temps.
A M. DE TURENNE
[Fontainebleau,] 1 7 septembre 16/1/1 l.
Monsieur,
J'avoue qu'il ne me pouvoit rien arriver de plus agréable que la nouvelle de la prise de Pliilisbourg1, tant à cause de la réputation qu'elle donne aux armes du Roy et de l'utilité qu'elle apportera à ses affaires que pour l'amour de ceux qui s'y sont signalez, parmy lesquels vous ne douiez point que je ne croye que vous ne teniez des premiers rangs. C'est pourquoy, bien que vous ne preniez pas le soin de faire valoir quantité de choses que vous faites, elles ne sont pas pourtant perdues, puisque vous avez icy une personne qui les relevé comme
' Celle lettre porte, dans le manuscrit, tembre i646. J'ai substitué le 17 sepla date du '1 septembre; mais il y a erreur tembre, parce que la nouvelle de la prise évidente puisqu'elle parle de la reddition do Phiiipsbourg parvint vers celle époque de Phiiipsbourg, qui n'eut lieu que le 9 sep- à Paris.
septembre elle doit, et qui, cônnoissanl vostre humeur, qui s'attache principale- ,Ghf'- ment au solide et à l'effectif sans se mettre en peine du reste, supplée , par inclination, à ce que vous obmettez par modestie.
Quand celuy que vous devez envoyer icy sera arrivé avec les mémoires qu'il doit porter de vostre part, il verra avec quelle affection j'embrasse toutes les choses où vous avez interest. Cependant je vous diray que je fera y jusqu'à l'impossible pour vous fortifier d'infanterie, connoissant le besoin que vous en avez pour vous establir et conserver des quartiers, et pour agir à la campagne. Pour cet effect, on a depesché un courrier au baron de Coupet pour avoir ses levées, qu'on dit qu'elles pourront monter jusques à prez de deux mille hommes.
Nous attendons encore des Irlandois, lesquels, avec ceux que vous avez desja, et les quatre compagnies qui sont à Hesdin, pourront faire une brigade raisonnable.
J'estime aussy que vous devez reserver les. corps qui vous arriveront à cause de leur foiblesse, et les réduire en compagnies de cent hommes chacune, sous des capitaines qui se trouveront les mieux intentionnez et les plus capables, et afin que les autres dont les compagnies auront esté refformées, n'ayent pas sujet de se plaindre, il leur faudra faire donner une gratiffication en argent, telle que vous la jugerez raisonnable. J'escris à M. de Tracy; vous apprendrez le destail du reste par les depesches de M. le Tellier, et j'en informeray plus particulièrement vostre envoyé quand il sera icy.
Je tascheray d'obtenir à M. de Belnave un brevet de mareschal de camp, affin qu'il puisse servir en cette qualité dans vostre armée, puisque M. d'Aumont y sert sous la qualité de lieutenant gênerai. Je m'imagine que l'estimant au point que vous faites, vous n'en serez point lasché, et je suis bien ayse que mon inclination se rencontre en cecy avec la vostre; car il est vray que c'est un homme où je trouve beaucoup de qualitez à estimer.
M. de Marsin, que vous aviez souhaitté et dont vous connoissez assez le mérite, servira avec vous, avec ses deux regimens. M. Sinit-
berg demande aussy de rentrer dans le service. C'est un fort bon Sepiembn homme d'infanterie comme vous sçavez, et fort estimé dans l'Allemagne. I(J'|/| Outre la charge de mareschal de camp, il faudroit voir sy, en luy donnant (juelque bon lieu d'assemblée, il pourroit faire un régiment; car il y aura une grande cspargne pour le Roy de faire lever le plus d'Allcmans qu'il sera possible, à cause qu'il n'arrive point un soldai François dans l'armée qui ne couste plus de trente escus, en comptant la perte qui se fait, sans ceux qui se desbandent, dont le nombre va presque aux deux tiers; tant il y a qu'en M. de Belnave et en luy, vous auriez deux excellens officiers d'infanterie, et ceux de la cavallerie estant des meilleurs de toutte l'Allemagne, ilseroit vray qu'il n'y auroit point d'armée pourveue de meilleurs officiers que la vostre, j'attendray la dessus vos sentimens, mais je vous supplie que ce soit au plus tost.
A ous ne m'escrivez rien de certain et de positif pour M. le duc de \\ iirtemberg, qui vraysemblablement pourroit faire un bon régiment de gens de pied, à la faveur des conquestes que nous avons faites dans le voisinage des lieux où il a du crédit. Je vous puis asseurer que feu M. le mareschal de Guebriant l'avoit ainsy creu , et qu'il avoit mesme traité avec luy pour la levée d'un corps considérable d'infanterie, lorsqu'il croyoit sestablir dans le Wurtemberg. Vous me manderez aussy au plus tost vos derniers sentimens la-dessus, qui seront suivis, particulièrement pour le point que vous m'avez tesmoigné désirer.
Pour ce qui est de la lieutenance de Roy de Philisbourg, j'avois jeté les yeux sur M. le vicomte de Courvalpour la demander pour luy ; il me semble qu'il a touttes les qualitez qu'on pourroit désirer pour cela : le courage, la fidélité, la vigilance, l'expérience à commander dans les places et à les deflendre, la connoissance et praticque de ce pays là, et, ce que je considère encore beaucoup, vostre estime et amitié. Toutlesfois, si vous persévérez dans le désir que ce soit le sieur de La Cour1, pour lequel M. le duc d'Anguyen m'a aussy escrit . ,
Henri Groulart, sieur de la Cour on mier président du parlement de Normandie, de la Court, ï\\< de Claude Groulart, pre- Voyez table alphabétique, )
Septembre j'en fera y expédier les provisions en sa faveur, m'imaginant qu'il se pourra lG6/4- trouver quelqu'aulre employ considérable pour le sieur de Gourval.
J'escris au sieur de la Gruyère et lu y tesmoigne beaucoup de satisfaction sur le tesmoignage que vous m'avez rendu de son mérite, que je ne manqueray point de faire valoir auprez de la Reyne, et de taseber de le faire connoistre dans les occasions. En un mot ne doutez point que je ne prenne un soin particulier des vieux officiers que vous me recommanderez, et que je ne fasse considérer icy leurs services. J'ay prié la Reyne d'accorder à M. de Monta ulieu la pension qu'avoit feu M. de Bligny, ce qu'elle a fait d'autant plus volontiers qu'elle a sceu que vous l'aviez désiré.
Je ne puis m'empeseber de vous conjurer, bien que je l'aye desjà fait plusieurs fois, de destourner le plus qu'il vous sera possible la dissipation des vivres et des autres choses qui regardent la subsistance de l'année, vous asseurant qu'un des fondemens sur lesquels les ennemis bastissent l'espérance qu'ils ont de nous chasser des lieux que nous avons occupez, et que nous occuperons sur le Rhin et ailleurs, est le mauvais mesnage qu'ils présument devoir estre dans nostre armée. C'est en ces termes que Mercy en a escrit en plusieurs lieux dont on nous en a avertis.
Je croy aussy ' de vous la mesine chose; vous sçavez que je vous ay estimé avant que je vous connusse que par réputation; que cette estime a produit en moy l'amitié que j'ay eue pour vostre personne, aprez vous avoir connu plus particulièrement; que cette amitié s'est tousjours augmentée, et à un tel point que je vous puis jurer que je n'en ay point de plus sensible, ny rien de plus cher que ce qui vous touche. Vous devez vous asseurer que je seray tousjours le mesine, et (pie vous me trouverez jusques à la mort dans une esgalilé invariable, et que rien ne seroit capable d'altérer, sy ce n'est la deffiance, sy vous veniez à en estre frappé.
Il semble que l'on a retranché un pa- sonnago dont il louait le dévouement, et ragraphe dans cette partie de la lettre. Ma- continuait en ces termes : (Je croy aussy de zarin parlait probablement de quelque per- vous la niesme chose, etc.»
Nous faisons ce que nous pouvons pour débarrasser Madame la Septembre Landgrave de Hesse de l'affaire de i'Ostfrise, aiïîn que nous puissions nous prévaloir de son armée, qui ne sera pas peu considérable en cette fin de campagne, puisqu'on nous asseure qu'elle pourra estre de plus de deux mille chevaux et de plus de trois mille hommes de pied.
Nous avons nouvelles certaines que M. Torstenson est entré dans l'Allemagne, et à la face de Gallas, qui n'a osé entreprendre de le combattre pour l'en empescher. Il est, à ce qu'on nous mande, le double plus fort en cavalerie que celuy-cy, bien que plus foible eu infanterie, et, quand Kœnigsmark l'aura joint, ils feront ensemble quinze cents chevaux, et six à sept mille hommes de pied. L'armée de Gallas ne sçauroit estre tout au plus que cinq à six mille chevaux et d'autant de fantassins.