‹ Lettres du cardinal Mazarin pendant son ministère (volume 2)Chapitre 20 sur 81 · AUX PLÉNIPOTENTIAIRES (DE LIONNE ET DE GRAMONT · texte numérisé non relu

AUX PLÉNIPOTENTIAIRES (DE LIONNE ET DE GRAMONT

Metz, 3 octobre 1667.

(extrait.)

Je suis fort embarrassé sur ce qui regarde MM. de Fûrstemberg S car vous vous en estes louez et avec raison, ne se pouvant rien adjouster à la manière et à la franchise dont ils en usent avec vous, vous donnant tous les advis qui viennent à leur cognoissance et vous pariant si positivement de Testât asseuré que le Roy peut faire de leur maistre *^ et de rattachement qu'ils veulent avoir tousjours à cette couronne, quelque chose qui puisse arriver; et d'un autre costé, je sçay, de science certaine et à n'en pouvoir douter, que la maison d'Austriche croit estre tout-à-fait asseurée de Taifection du coitate Egon, après les engagemens dans lesquels le marquis de La Fuente^ prétend qu'il est entré avec luy, par le moyen d'un appelé Augustin Mayer que ledict marquis depescha, il y a quelque temps, à MM. les Electeurs ecclésiastiques, et qui doit estre présentement à Francfort ^.

Voicy comme j'apprends que la chose s'est passée : ledict Mayer, à l'arrivée du comte Egon de Fiirsteraberg à Francfort, i'alla voir, et, après luy avoir rendu une lettre du marquis de La Fuente, luy parla de l'élection du roy de Hongrie ; sur quoy ils eurent de grandes contestations ensemble; mais, à la fin, luy ayant faicl offre d'argent et l'ayant portée jusques à la somme de cenl mille florins^, payables après

* Voy. ci-de88U8, sur François*Egon et * li n'est fait aucune mention de ce

Guillaome-Egon de Fûrstenberg. iMayer dans les 'Mémoires du maréchal de

^ L'archevêque électeur de Cologne. Gramont.

^ Ambassadeurd'Espagneà Vienne. (Voy. ' H s'agit ici de florins d'Autriche, valant

ci-dessus, p. 79.) environ 960,000 francs.

l'eslection faite, ledict comte promit d'y servir, et ils eurent une grande Ociobie 165 conférence sur les moyens de gagner Mayence et Trêves *, le comte donnant sa parole à Mayer que, pour l'électeur de Cologne, son maistre, il s^en pouvoil asseurer.

Mazarin cite d'autres faits qui paraissent confirmer les dëciarations du comte de Fûrstemberg en faveur de la maison d'Autriche. Il ajoute :

Ce nest pas une manière d'agir fort nette, et il faudroit voir par quel moyen on pourroit s'asseurer tout-à-faict dudict comte, d'autant qu'il n'y a pas comparaison de l'offre de M. de La Fuente aux choses que le Roy veut faire pour l'advantage dudict comte et de sa maison. Je croy que l'un de vous autres. Messieurs, ou tous les deux, comme vous jugeriez plus à propos, pourriez voir ledict comte et luy dire en grand secret tout 'ce que dessus, tesmoignant qu'il vous a esté descouvert au lieu où vous estes, en sorte que vous avez sceu d'original comme le tout s'est passé. A quoy vous pourrez adjouster que vous avez receu en mesme temps de mes lettres, par lesquelles je vous mandois avoir esté adverty par une personne de la cour du roy de Hongrie, qui nous donne de très-bons ad vis, que M. de La Fuente ne cachoit pas à ses confidents qu'il s'estoit asseuré de MM. de Fûrstemberg, moyennant la promesse qu'il leur avoit faite de cent mille florins payables lorsque le roy de Hongrie seroit parvenu à la dignité impériale.

Et comme les advis que je vous donne sont certains, il faut, au mesme temps, ayder ledit comte à sortir de l'embarras dans lequel il se trouvera, luy disant que, quoyque vous ne puissiez pas douter de la certitude de ce que vous luy aurez dit, vous croyez pourtant qu'il lavoit fait auparavant qu'il envoyast son frère à Sedan, ou qu'il aura creu à propos de tenir cette négociation sur le tapis pour endormir les autres et mieux descouvrir leurs intentions. Car, autrement, la confusion dans laquelle on le jetteroit, luy descouvrant ce qu'il croit inconnu à un chacun, seroit capable de l'engager tout-à-fait dans le parly

' Les lecteurs de Mayence et de Trêves.

Octobre 1657. Contraire. Enfin vous en userez comme vous jugerez pour le mieux, vous répliquant de nouveau que, si, au lieu des grâces que le Roy vous a ordonné de luy offrir, il aimoit mieux une somme d'argent. Sa M^"^ vous donne pouvoir de la luy promettre plus grande, mesme du tiers, que cent mille florins.

Mazarin parie ensuite des efforts faits par les Espagnols pour gagner Mecteur palatin , l'archevêque de Mayence et le duc de Saxe. Il termine en revenant sur les projets de Tëiecteur de Bavière, qui na pas refusé TËmpire, comme on Tavait prétendu :

Je vous envoyé l'extrait d'une lettre que la jeune electrice de Bavière a escrite à M""* de Courtenay S qui estoit autresfois favorite de M"* la duchesse de Savoye, oii vous verrez qu elle nie positivement que M. de Bavière refuse l'Empire. . • Je vous diray aussy que le chevalier de Montgaillard , que j'avois envoyé en Piémont, vient d'arriver tout présentement et m'a apporté des lettres de M°^ Royale, qui me mande qu'asseurement M. le duc de Bavière estoit dans le dessein de prétendre à l'Empire, et qu'elle avoit depesché une personne expresse à Madame l'Electrice, sa fille, chargée d'un mémoire contenant des raisons tres-pressantes pour l'engager de plus en plus dans cette prétention.

en.,

Bibl. nat., ms. f. fr., Mélanges de Colberl, t. 5i A , f" Uj. — Minute.

k M. DE TURENIVE-

Metz, 19 octobre 1667.

(bxtbait.)

On m'avoit desjà mandé de Paris la prise de Mardik^, avant que le

^ M"^ de Courtenai était Louise-Marie de Rocbechooart, mariée, en i653, à François de Gourtenai. — * Cette place avait capitulé, comme on Ta dit, le 3 octobre 1667.

sieur de La Haye fust arrivé icy. J'ay esté iieantmoins bien aise d'en Octobre 1667. apprendre par luy le détail, etquoyque vostre modestie ne vous fasse pas exagérer celte conqueste et que vous vous contentiez de dire que les ennemis croyent que c'est quelque chose, on na pas laissé de la considérer icy autant quelle le mérite, et par elle-mesme et par ses circonstances, dont je vous advoue que celle de n avoir voulu recevoir la garnison, remplye de tant d'officiers, que prisonnière de guerre, ma foi*t touché au cœur, les ennemis nous ayant si mal traictez jusques à présent sur le faict des prisonniers, que Ion ne doit rien oublier pour se mettre en estât de leur rendre la pareille, a6n, s'il est possible, de leur apprendre une bonne fois qu'ils ne doivent pas prétendre de nous donner la loy ny sur cela ny sur aucune autre chose.

J'estime superflu de vous rien dire sur la conservation de Mardik et de Bourbourg, dont vous connoissez assez Timportance. Je m'asseure que M. de SchombergS estant assisté, rendra bon compte de cette dernière place, de laquelle il faut prendre d autant plus de seing qu elle nous doit demeurer, n'y espargnant ny la despense des travaux, ny aucune autre |qui soit nécessaire pour se soustenir. Gomme les Anglois ontinterest que nous conservions [cette place], je ne doute pas quils ne contribuent ce qui dépendra d'eux pour cela. ;

Quant à Mardik \ c'est un port sans lequel nous ne pouvons rien faire de ce costé-là, et je n'en suis pas en peine; car comme cela les touchera encore de plus près et [qu'ils] y pourront pourveoir avec plus de facilité, parce que ce poste est sur la mer, sans doute ils n oublieront rien pour s'en conserver la possession, sçachant d'ailleurs aussi bien que nous que c'est avoir virtuellement Dunkerque que d'eslre maistre de la fosse de Mardik , puisque c'en est le port et ce qui rend principalement cette place-là considérable.

Il importe fort, pour la conservation de ces ports et pour toutes les autres raisons que vous sçavez mieux que personne, de s'emparer, à

* Schomberg avait été nomme g^uver- ëcrit sur la marge, sorcbargë et d'ane iecnenr de Bourbourg. ture très difficile. Je ne suis pas sûr de l'a-

* Le passage qui conoeme Mardick est voir bien dëeliififré.

Octobre 1657. quelque prix que ce soit, du fort de Link\ par le moyen duquel nous aurons la communication de S^-Venant avec tout ce pays-là; et j'ay esté bien aise que le sieur de La Haye m'ayl dit que vous vous en occupiez avec beaucoup d application.

Je ne sçay pas ce que le s' Talon et les autres qui estoient dlez en Angleterre vous auront rapporté; mais je suis persuadé que, s'il y a lieu de presser davantage nos progrez du coslé de la mer, M. le Protecteur donnera pour cela toutes les assistances que vous désirerez, et que vous, particulièrement, vous n'avez nul besoin d'estre excité pour profiter jusques au dernier moment de tous les autres advantages que la conjoncture présente nous peut donner; mais quoy que vous fassiez, je vous prie de donner ordre au s"" Talon de m'en informer, comme aussi de faire exécuter ponctuellement les ordres du Roy touchant le transport des prisonniers. Je ne vous parle plus de ceux de mon régiment d'Alsace ; car on m'a dict qu'ils ont pris parly avec M. le prince de Gondé et qu'il eii a faict un régiment.

J'ay faict donner cinq cents escus au s' de La Haye, et tout ce que je pourray faire pour l'establir dans le régiment du Roy ou ailleurs, je le feray tres-volontiers , le croyant un tres-bon officier et capable de se bien acquitter de tout ce à quoy on l'employera.

Je suis travaillé cruellement depuis huit jours par une colique graveleuse qui me donne si peu de repos, que c'est un miracle que les grandes douleurs m'ayent laissé assez de repos pour dicter cette lettre. Je ne sçay pas quand il plaira à Dieu de m'en délivrer; mais je n'en ay jamais esprouvé de si sensibles, et je croy que vous estes assez de mes amys pour y compatir sur le récit que le s*" de La Haye vous en pourra faire.

' Le fort de Link , oa Linck, était situe près de ia rivière de la Golme et de Bourbouiig^.

Octobre 1667.

Aff. ë(r., France, t. 978, f* 76. — Minute d'une réponse marginale h une lettre du Procureur général. (Cette dernière lettre était datée du 5 octobre.)

AU PROCUREUR GÉNÉRAL. -

(iXTIilT.)

Metx, 16 octobre 1667.

J ay esté si cruellement tourmenté par des maux de reins depuis huit ou neuf jours \ que la douleur ne m'avoit pas laissé assez d'intervalle jusqu'à cette heure pour pouvoir lire vostre depesche du 5 de ce mois; ce qui a esté cause que vous navez pas plus tost receu response, et je suis asseuré que, si vous aviez esté tesmoin de ce que j'ay souffert, Tamitié, que vous avez pour moy vous [y]^ aurait faict compatir sensiblement.

On approuve fort la vigueur avec laquelle vous avez parlé aux Intendans pour les obliger d'exécuter ce qu'ils ont proposé à l'esgard du controolle^, mais il ne faut point que vous vous en relaschiez; et, si vous avez besoin de quelque lettre de cachet ou d'autres ordres du Roy pour donner plus de force et d'authorité à ce que vous voudrez faire, vous n'aurez qu'à le mander icy, et on vous les envoyera aussytost.

L'affaire de Barbezieres^ ne pouvoit estre mieux conduitte quelle

' La maladie de Mazarin ù Metz donne lieu à Guy Patin de manifester contre le Cardinal son humeur satirique. Il écrivait h Charles Spon, le 16 octobre 1657 : trLe Roi est encore à Metz, où le Mazarin a eu de grièves et rudes douleurs néphrétiques. J'ai peur qu'à la fin il n ait la pierre et qu il ne le {aille tailler, après qu'il en aura tant fait tailler d'autres. Néantmoins, pour dix qui en pourraient pleurer, je pense que

■AZABIR. TIII.

cent mille en pourraient rire, voyant la fin de la fortune de cet homme, laquelle a été si constante en lui et si fantasque en tant d'autres. »

* Vy a été effacé, sans doute par inadvertance.

' Ce mot a été en partie effacé ; mais on a vu plus haut, p. i63, que la discussion portait sur ce point.

* Voy. sur ce personnage, ci -dessus,

iai>ftlHK»l ■ATtO«AI.t.

Octobre 1657. la esté, et je crois aysement que, sans les soins que vous y avez apportez, la chose pouvoit tirer beaucoup plus de longue. Il a esté fort bon de faire inaprimer et publier la commission qui a esté envoyée au lieutenant criminel de le juger en dernier ressort; et il auroit esté seulement à souhaiter que Ton eust tiré de luy la confession de ses complices et particulièrement de ceux qu'il marquoit par sa lettre à M. le prince de Gondé. J aurois esté d advis d'afficher le placard dont il luy envoyoit un projet.

Je vous remercie des cinq cens escus que vous avez faict advancer au s' Des Glavaux. J avois desjà donné ordre au s' Picon, en labsence de Golbert, de luy fournir ce qu'il falloit pour sa subsistance, en sorte qae vous les pourriez reprendre, ou on vous en tiendra compte sur le courant.

Quand j'ay tesmoigné que je souhaitois que l'on ne poussast point à bout l'afTaire des prisonniers de la compagnie de M* le mareschal d'Hocquincourt, je n'ay eu en cela d'autre inlerest que le vostre et celuy de M. l'abbé, vostre frère, ne croyant pas que, ledicl s' Mareschal estant mal avec vous, il vous fust advantageux que l'on dist dans le monde que cette poursuite n'estoit qu'un effect de vostre animosité; mais, puisque cette raison cesse par vostre réconciliation et que vous luy en avez parlé à luy-mesme, je donne tres-volontiers les mains à tout ce que vous jugerez à propos, et je diray au s"" de Peyron de faire tout ce qu'on désirera pour la translation des prisonniers à Amiens.

Je suis bien ayse que vous ayez envoyé les cent mille escus pour Brisach en espèces. Je vous conjure d'envoyer les autres cent le plus

p. 9 1 et 1 66. Guy Patin donne des dëtaiis sur celte éxecution. Il écrit le 6 octobre 1667 à Charles Spon : rrCe matin, Ghemeraut de Barbezières a été condamné d'avoir la tête coupée à la Grève. C'est oeluy qui avoit pris Girardin et qui depuis fut pris près de Camhray. Il a été jugé prévotalement par ordre de la Cour, en vertu de lettres-patentes mu^ nies du grand sceau pour on libdle trouvé

dans sa pochette, qu'il avoit écrit, de sa propre main, contre le Roi, la Reine et le gouvernement présent. 11 a été exécnté ce soir, et a reçu un coup du bourreau qui ne Ta qu'abattu ; mais le valet, aussitôt, lui a haché la tête de plusieurs coups. On me vient de dire que tout le monde crioit au bourreau, n Résultat des exécutions qui tournaient en boucheries.

tost que vous pourrez et de la mesme manière, parce quil y a plus Octobre 1657. d'advantage en toutes façons que de se servir de lettres de change ^ Le s' Picon m'a mandé la mesme chose que vous sur celles de crédit de deux cent mille escus; si elles sont acquittées, MM. les Ambassadeurs seront soulagez d'une assez grande inquiétude, et je ne vous ay rien exagéré par ce que je vous en ay escrit.

' Lorsque je prends autant de confiance en une personne que j'en ay en vous, je n entre point dans la conduite qu elle a à l'esgard des subalternes, de sorte que, si vous n'estes pas content de celle du s' de Lorme^ non seulement j'approuveray tout ce que vous jugerez à propos de faire sur ce sujet, mais je lappuyeray, s'il est nécessaire, sans en examiner les motifs, croyant que vous ne ferez rien qu'avec beaucoup de justice et de fondement. C'est un homme que je n'ay cognu que par vous, avec qui je n'ay eu nul commerce et à qui je n'ay procuré de grâces que par vosti*e recommandation et sur le rapport advantageux que vous m'avez faict de ses services. Quand il cessera de vous donner matière d'en estre satisfaict, je cesseray de le considérer; et aprez tout, s'il est capable de manquer de recognoissance avec vous, je ne dois pas avoir fort bonne opinion de luy.

' En ce tempfr4à, les lettres de change coàtaient fort eher : le change nous était presque partout défavorable; et souvent, à leur présentation, ces lettres n'étaient pas toujours régulièrement payées.

* De Lorme était un des commis de Fouquet Le récit de sa disgrtce est contenu en détail dans les Mémoires de Gour- &t7&(éd. Michaud, p. SaS). crM. Fouquet, dit Gourville, ayant laissé aller son autorité è M. de Lorme, son premier com-

mis, au point de ne regarder presque plus ce qu'il lui faisait signer, le rendit par \k maitre des gens d'aflhires. L*abhé Fouquet, qui n'était pas bien avec son frère et qui trouvait plus de facilité avec le commis pour avoir de largent, se mit en l6te de feire tomber Monsieur son frère, faute de crédit. M. Fouquet (le surintendant) , m'ayant parlé de cela, me dit qu'il fallait nécessairement qu'il perdit M. de liOrme. . . « Cet individu fut, en effet, dépossédé de son emploi.

Octobre 1657.

Bibl. nat, ms. f. fr., Mékatges de Colbert, t. 61 A, f° 385. — Minute.

À M. DE TURENNE

Metz, 18 octobre 1657.

(bxtbait.)

Le s' de La Berge ma rendu vo^tre lettre du 1 1 et ma entretenu sur toutes les choses dont vous Taviez chargé. Il auroit esté à souhaiter qu au moins nous eussions pu prendre Link, d autant plus que ]es ennemis n'en doutoient pas et n auroient faict aucun effort pour le secourir ; mais nous ne sommes pas les maistres des saisons S et je suis fort persuadé que vous avez faict tout ce que celle où nous sommes et le mauvais temps vous pouvoient permettre. Je suis bien aise que Tambassadeur d'Angleterre ayt veu luy-mesme sur les lieux Testât des choses; car il en pourra rendre tesmoignage à M. le Protecteur etluy faire cognoistre que, si nous n'entreprenons rien davantage, cette campagne, du costé de la mer, ce n'est que par l'impossibilité de la chose en soy, et non pas faute de désir de nous conformer à celuy de S. A. et satisfaire à nostre traité. Cependant il faut bien s'appliquer à la conservation de Mardik^ et de Bourbourg, qui est très-importante pour pouvoir continuer nos progrez en ces quartiers-là, la campagne prochaine, et je ne doute point que les Ânglois, le cognoissant comme nous, n'y contribuent tout ce qui sera en leur pouvoir et ne fassent venir abondamment de leur pays les denrées qu'on en pourra tirer plus aisément que du costé de France pour la commodité des troupes qu'on y laissera en garnison.

On a desjà envoyé de Paris soixante-six mille livres ; sur quoy vous

' Les Mémoires de Turenne (p. A88 de ' Tureniie dit, en parlant de Mardick

l'édition Michaud et PouJQulat) parient aussi (p. /187 de Tëdition citée) :.ffLa conser-

da mauvais temps qui entravait les opéra- vation en étoit bien plus difficile que n en

tions militaires. avoit éié h conquête, d

pouvez prendre tout ce qui sera nécessaire pour la fortification de Bour- ôctobi« 1667. bourg et pour accommoder les chemins et faire tout ce que vous avez projeté pour establir la communication entre ces postes-là et le Boulonnois, où on laissera un corps considérable de tout, cet hyver, pour estre à portée de les secourir, quoy qu y ayant dedans une forte garnison; la foiblesse où sont les ennemis ne donne pas lieu de croire qu'ils entreprennent de les reprendre. *

Dans une addition à cette lettre , Mazarin disait à Turenne :

Je ne suis pas trop en estât d'escrire ny d appliquer [mon esprit] à aucune affaire, estant tousjours tourmenté de mon mal ^ Je vous diray pourtant qu'il n'y a rien à adjouster à ce que vous avez faict, et pourveu que nous soustenions Mardik et Bourbourg, comme je n'en doute pas, par le bon ordre que vous y donnez et par la resolution de n'ou* blier rien de ce costé-^là, afin que rien n'y manque, nous pouvons estre satisfaicts, et les An^ois aussy. Le corps de cette nation doit estre partagé entre Bourbourg et le Boulonnois, et l'on aura soin de le payer avec la dernière ponctualité ; car, pour Mardik, estant une place qui leur doit demeurer, ce sera à M, le Protecteur à pourveoir à la sub-: sistance de la garnison et à toutes les autres choses pour la conserva-^ tion.

J'ay faict partir ce matin un courrier en toute diligence avec les depesches nécessaires pour vous faire envoyer de Paris, sans perdre icy un moment de temps, cent mille livres à compte du prochain quartier d'hyver, et solliciteray qu'on envoyé encore quelque autre somme, afin que rien ne manque à Texecution du [projet]^ que vous avez faict. Gela s'entend sans compter les soixante six mille livres qui seront desjà arrivées avec les cinquante mille que M. d'Ormesson ' me mande qu'il

' Voy. ci-dessus, p. i85. i656 intendant de Picardie. Ce fut lui qui,

* Mot écrit en abr^. On peat lire quelques années plus tani , dans le procès

frûr. de Fouquet, refusa courageusement d opi-

^ Olivier Le Fëvre d'Ormesson, maître ner pour la mort, et dont le vote entraîna

des lequAtes et conseiller d'État, était depuis celui de ses collègues.

Octobre 1657. a desja receues. Enfin vous devez estre asseuré qu'on mettra le tout pour le tout pour mettre les choses dans Testât qu'elles doivent estre.

Bibl. nat , ms. f. 6;, Mélanges de Colbert, L 5i A, f* 388 v*. — Minute.

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