AU DUC DE HODÈNË
GaUÎB, 8 juillet 1 656.
(UTRAR.)
Tay de la peine à commencer cette lettre, puisque je dois dire à V. Alt. que le Roy est malade, depuis huit jours, d'une fièvre continue avec redoublement, et de temps gh temps quelque transport à la teste; qu'il a esté saigné cinq fois, quatre du bras et une du pied; quil a pris plusieurs remèdes^ ^qu'enfin fou a veu , deux jours durant , quelques signes de pourpre S quoyqu'il y ayt une partie des médecins qui soustiennent que ce ne Testoit pas.
Sa M^ a caché, deux jours durant, son mal; oar comme Elle avoit voulu aller à Tarmée, sans avoir esgard aux prières que la Reyne luy faisoit au contraire et aux fortes raisons avec lesquelles j appuyois lesdictes prières, dont celle de sa santé estoit la principale. Sa M*^ apprehendoit que, si Elle declaroit de ne se porter pas bien, Elle ne pourroit pas se deffendre de revenir* Ainsy ayant eu deux jours continuels une douleur de teste, et quelque esmotion, à ce qu'Ellemesme a confessé, [Elle] n'en dict pas un seul mot, et mesme me semblant de voir que son visage n'estoit pas comme d'ordinaire, je fis grande force pour luy faire prendre la resolution de venir, au moins, faire visite d'un jour ou deux à la Reyne, après quoy il pourroit retourner à l'armée; mais toutes mes remonstrances furent inutiles, et il ne m'abordoit jamais qu'il ne oommençast à me prier de né vouloir pas le presser de quitter l'armée. Enfin ayant passé avec beaucoup d'inquiétude^ la nuîct du dimanche au lundy, il m'envoya
' Ofi sait que l'on Dommait alors fièrre pourpre oa pourprée une maladie ëniptive qui, ie plus souvent, n'était autre que la petite vérole. — * D'agitation.
Juillet 1658. dire, à la pointe du jour, qu'il estoit tombé malade, mais que ce ne seroit rien et qu'en reposant ce jour, comme il avoit résolu de faire, il seroit, aprez, en estât de monter à cheval et de travailler comme auparavant. Je m'en allay le voir à l'instant, et après le combat inutile d*une heure pour le disposer à revenir icy\ je m'avisay de luy dire que, ne le voulant pas^, la Reyne, apprenant son mal par la personne que je luy allois depescher, n'aurpit pas tardé un moment à se mettre en chemin pour se rendre auprès de Sa W% et que je luy laissois considérer si cela estoit bien; et c'est la raison qui l'obligea à donner les mains à son retour.
Je connois bien que le mal estant dans le bas ventre par un amas d'humeurs qui s'y est faict depuis longtemps, Sa Majesté mangeant beaucoup et pas toujours de bonnes choses, la purgation le guérira, puisqu'il se voit visiblement que les lavemens, qui sont un remède extérieur, luy font un grand bien et font cognoistre que la nature est supérieure et qui dispose les matières à se descharger ; mais, avec tout cela et l'asseurance que les médecins donnent qu'ils sortiront le Roy de cette maladie, qu'ils disent pourtant appréhender qu'elle soit un peu longue, j'advoûe à V. Alt. que je suis en d'estranges inquiétudes, et rien n'est capable de m'en délivrer que de voir le Roy guery.
J'ay quelque consolation à faire part [à Y. A.] de ma douleur, luy contant^ en détail tout ce qui s'est passé en ce malheureux accident; et je luy puis jurer*, en homme d'honneur, que, quoyque le Roy soit mon maistre et mon bienfaiteur ^, je ne considère rien de tout cela en ce rencontre et bien moins les grands interests que j'ay dans sa conservation, mais seulement qu'il est le plus aymable prince qu'on ayt jamais veu, et que, s'il m'est permis de parler ainsy,* c'est le meilleur amy que j'aye, ayant eu la bonté de me dire plusieurs fois que c'estoit en cette qualité qu'il traitoit avec moy, et non pas en celle de maistre^. L'on sçait bien ce qu'on doit à un grand Roy et les sentimens qu'il
* A Calais. * Je puis jurer à V. Alt.
* Puisqu'il ne voulait pas venir ici. * On peut lire : bien/acieur.
^ DsLQsla copie ^ ce moi eat écrit comptant. ^ Voy;,ci-de8suB,laméineidée, p. 49a.
faut avoir pour les moindres choses qui le regardent; mais il me semble Juillet i658. que tout cela n est pas comparable avec les mouvemèns qui sont causez de (sic) l'amitié.
Si, à l'arrivée de ce gentilhomme , V. Alt. ne s'est engagée à quelque entreprise, j estime qu'elle doit surseoir à le faire jusques à temps qu'elle sçache que le Roy soit hors de fièvre * ; ce que je ne manqueray pas de luy escrire en toute diligence et avec la joye qu'elle peut s'imaginer. Je n'ay pas la force de penser que le Roy puisse manquer ; mais comme il est homme et assez malade, il faut que la sagesse et la prudence agissent pour nous préparer à tout ce qui pourroit arriver.
Mazarin parle ensuite de la ueutratité du duc de Mantoue, et rappelle qu'il a déjà écrit au long sur ce sujet ^. Il termine en annonçaut Tenvoi d'argent.
Dans un postrscriplum daté du lo juillet et pris sur Tautographe ^ il est surtout question de la santé du Roi, qui donne toujours les plus grandes inquiétudes.
Bîbl. nat, ms. L fr., Mélangesde Colbert, t. 6a A, f* 7. — Minute ou copie du temps.
À M. DE TURENNE
Calais» 8 juillet i658, avec addition da 9 jaiiJel.
(iXTBAIT»)
J'ay dict, ce matin, à M. Le Tellier de vous envoyer quelqu'un pour vous donner advis de Testât de la maladie du Roy. Je ne doute pas qu'il ne l'ay faict, estant fort à propos que vous soyez tous les jours informé
^ An moment on cette lettre lui était Fnensaldagne à se retirer vers Lodi et avait
adressée , le duc de Modène , qui , le 1 6 juin opéré , sous les murs de Milan , sa jonction
précédent, était entré avec ses troopes dans avec le duc de Navaiiles qui Ini amenait de
le Milanais, avait pillé le Grémonais et passé la cavalerie,
la rivière d*Adda, défendue par Tarmée es- * Voy. ci-dessus, p. 47a.
pagnoie. Il avait ensuite, après la prise du ' Addition de la main de S. Ém. , f" 1 87-
poste de Castel-Léon, forcé le comte de 188 du manuscrit.
MAZARIR. ~ ?I1I. 03
IIIPIIIMKIIIC mTIOKAlC.
Juiiiei i658. de ce qui se passera sur un sujet de cette importau^e ; mais comme mon devoir m'attache à estre coatinueilemeut dans la chambre du Roy, ou avec la Reyne, et que je voys que le Roy est bien ayse que je sois là , il m'est impossible de vous escrire si souvent que je voudrois bien ; et comme je vous ay dict, M. Le Tellier ou moy, [nous] le ferons tous les jours.
J'ay esté en grande inquiétude depuis hyer au soir jusques aujour*dhuy midy, car le Roy a esté fort mal. Le redoublement a esté furieux et a duré longtemps. Les resveries ont esté presque continuelles, et lorsque Sa M^ reposoit, c'estoit plustost un assoupissement qu'un sommeil. Enfin la douleur estoit universelle, et chacun croyoit que le mal prendroit plus de force, voyant que tous les remèdes et tant de de saignées n'avoient rien opéré; mais les médecins, qui sont au nombre de six (en estant venu un d'AbbevilIe\ qui est en grande réputation, et Guenaud^ et d'Aquin', de Paris), aprez une longue consultation, ont faict encore tirer du sang du pied au Roy, et luy ont donné, à deux heures aprez midy, une tisane laxative avec du vin emetique^; ce qui l'a faict aller quatorze ou quinze fois à la selle et vomir deux [fois] copieusement, de manière que le cerveau s'est fort desgagé. La fiebvre est beaucoup diminuée, et le redoublement, qui le devoit prendre à trois heures, ne Ta pris qu'à dix, et sans aucune violence. Les urines sont belles, et, en un mot, les médecins disent tous unanimement qu'ils n'eussent pas osé attendre un si bon effect de la médecine qu'ils
* 11 se nommait Dasaussoy.
' François Guënaud, ou Gaënaull, ne vers 1690, mort en 1667. (Voy. le Diet, critique de Jal, art Gui^kault.)
^ Il y a.eu plusieurs mëdecins de ce nom , dool le plus cëlèbre est Antoke d*Acpiin, mort en 1 696. ( Voy. le même Dictioanaire , au mot Aqdiil)
* Guy Patin, donl on connaît la haine contre le vin (^ui^étique, prétend que o« remède fit plus de mai que de bien» Il écrivait à Falconet, le aâ septembre i658 :
crNoùs avons appris ici de ceux qui y étoient l'histoire du vin émétique de Calais. « 11 entre ensuite dans toas les détaik techniques de la porgatioQ du Roi, traite Fémétique de poison {veTienatum stAium)^ et termine en disant que ce n'est pas le vin émétique qui a sauvé fe Roi, mais irson innaeenoe, son âge fort et roboste, neuf bonnes saignées, et les prières dea gens de bien comme nous». On ne s'attendrait guère k une pareiUe oondusion de là part de ce mé* decin sceptique.
Juy ont donnée; qu'il se porte beaucoup mieux; qu'il y a plus à espérer Juillet i658. qu'à craindre, et le s' Gaenaud, celuy qui s'advance le moins à donner de bonnes espérances, m'a dict, il y a une heure ^ qu'il y avoit tout sujet d'espérer; ce sont ses propres mots» Je croy qu'ils luy donneront encore demain matin du vin emetique, et je puis vous dire qu'il sera bien assisté ; mais quoyque ces médecins disent et c[u'en effecl le Roy ayt beaucoup de force, le mal est si grand et a des circonstances si fascheuses, que j'appréhende fort l'événement. Vous pouvez vous imaginer avec quel cœur je vous dis cela ; mais il faut que je vous die tout naifvement comme je le pense, et que vous soyez informé au vray et avec ponctualité de ce qui se passe en une matière de cette conséquence.
S'il arrivoit un malheur que j'appréhende plus que ma mort, je croy vous pouvoir dire, [par] tout ce que je voy, que Testât des choses ne changeroit en aucune façon ; car quoyque l'inclination de la Reyne soit de se retirer en ce cas, je suis asseuré que Sa M*^ fera ce que j'auray l'honneur de luy conseiller, et je sçay positivement que Monsieur seroit entièrement resigné à ses volontez ^
^ Ces confidences faites par Mazarin à Turenne prouvent, comme je i*ai déjà dit, Teireur des historiens qui prétendent que te Cardinal et le Maréchal étaient brouillés depuis la bataille des Dunes. On peut voir dans les Mémoires de Bussy-Rabutin (édit. L Lalanne, t. II, p. 77) les paroles que la Reine am*ait adressées au duc d'Anjou ; mais la mise en scène, à laquelle se plaît Bussy- Rabutin, et les discours qu'il prête aux personnes inspirent peu de confiance, tandis que la lettre confidenlielle de Mazarin & Turenoe ne laisse aucun doute sur les précautions prises par la Reine. M"" de Motleviile accuse le Cardinal d'actions, qui, dit-eDe, (Mém,, t. IV, p. ji3, édit. Charpentier), «dévoient déshonorer sa mémoire. Comme a n'osa rien espérer de Monsieur, il envoya
enlever ses trésors et ses meubles de sa maison de Paris pour les faire porter au bois de Vincennes. 11 prit néanmoins ses mesures le mieux qu'il put avec le maréchal du Plessis, gouverneur de Monsieur, etc.n II fant remarquer sur ce passage que le maréchal du Plessis, dont nous avons les Mémoires, oii il se plaint souvent de Mazarin, ne dit rien qui confirme les assertions de M"* de Motteville. Les lettres de J.-B. Colbert h Mazarin prouvent que (e Cardinal , informé que les partisans de Retz et de Condé se préparaient, en cas de mort du Roi, à renouveler la guerre civile , avait recommandé de prendre des précautions. Colbert lui écrivait le 10 juillet i658 : «rJ'ai satisfait à toutes les diligences qu'elle (V. Em.) m'ordonne. J'ai donné les oixlres nécessaires à
Jiiiiii i658. J'ay receu aujourd'huy vostre lettre du 6, par laquelle je voy que lespou vante où sont les ennemis et le mespris que nos troupes en font, n'attendant pas pour aller à eux qu'on ayt des ponts sur les canaux et les rivières, et je puis adjouster à cela les advis que j'ay receus de Flandres, qui viennent de tous les lieux, que la consternation du pays et de l'armée sont au delà de ce que vous pouvez vous imaginer. Ils n'ont que cinq mille chevaux et deux mille cinq cens honunes de pied ensemble du costé où M. le Prince et don Juan nous faisoient teste; mais en cela ne sont pas compris douze à seize cens chevaux qu'ils ont envoyez à Aire et à Saint>-Omer, ny les regimens que Marsin a ramenez de Luxembourg et jetez dans Gambray, Bouchain, Vdenciennes, Condé et Saint-Guillain.
L'armée du mareschal de La Ferté se grossit tous les jours^ et les troupes qui ont defTait les paysans révoltez de la Sologne rejoindront bientost ledict mareschal, lequel, à ce qu'il m'a mandé, par un capitaine des gardes qui est arrivé ce matin, sera, le i&, à quatre lieues de Peronne du costé de Gambray, prest à entreprendre tout ce qu'on luy fera sçavoir estre de l'intention du Roy.
Mais avec tout cela et le grand progrez que vous venez de faire dans le commencement de la campagne, aprez avoir remporté une victoire si signalée contre les ennemis, et que jamais l'on ne s'est veu en estât
toutes ses places : les garnisons de Vincennes et de la Bastille sont en bon état. Je verrai tous les minisires «t officiers publics et tous les amis particuliers de V. Em., afin de prévenir toutes sortes d'accidents. Je prendrai même mes précautions pour le palais de V. Em. , en sorte qu'elle peut se reposer sur mes soins de toutes choses '. n Ces mesures li'ont rien de déshonorant pour la mémoire du Cardinal. On savait que le président Perrault et Jarzé, partisans de Condé, le duc de Brissac, parent et ami de Retz, cher-
chaient il soulever le peuple'; que des femmes înlrigantes, comoae M"" de Fienoes et de Choisy, annonçaient un changement complet dans le Gouvernement Apr^ 1a guéris^n du Roi, on se borna à les exiler pour quelque temps dans leurs terres; maïs il avait para prudent, au moment du danger, de prendre des précautions contre la possibilité d'une émeute à Paria. M"* de Motteville se montre partiale contre Mazarin, à partir du moment où son frère a été éloigné de la Corn*.
* Voy. 1. 1, \\ 399. du recueil ded Uttreë, iMtrHctions et Mém. de J.-B. Càlbert, publié par M. P. GlémeaL ^ Les cabales qui s'agitaient sont signalées dans une lettre de Golbert, Ufid.^ p, So8.
de pousser si avant les progrez, comme Ton pourroit faire en cette Juillet i658. campagne, il faut estre dans la dernière affliction de la maladie du Roy, qui nous oblige à surseoir les grandes resolutions, que, par toutes sortes de raisons, nous pourrions prendre avec apparence d*y réussir, et, en cette conformité, j'escriray de nouveau à M. le mareschal de La Ferté de s'advancer sans rien entreprendre.
Je n'ay pas encore de nouvelles du comte de Moret. Je croy que ce qu il vous aura dict, de ma part, ne vous aura pas empesché d attaquer Dixmuide S si vous avez jugé de la pouvoir emporter en peu de temps.
^ La marée n ayant pas-permis à ce garde de partir qu'à présent, qui sont huit heures du matin du g du mois, j'ay la plus grande joye du monde de vous pouvoir dire que le Roy se porte beaucoup mieux , et à un tel point que tous les médecins disent qu'il ne reste plus presque rien à craindre. Les resveriessont cessées, et, au lieu desassoupissemens, Sa M*^ a reposé depuis dix heures du soir jusques à présent, en diverses reprises, cinq heures, et le remède qui l'avoit faict aller quatorze ou quinze fois a opéré encore six autres fois, estant sorty de son corps des matières si eschauffées et corrompues qu'il estoit impossible de résister à la puanteur. EnBn Sa M**^ est tranquille et beaucoup plus forte qu'elle n'estoit au commencement de son mal. Peut-estre nous aurons quelque alarme dans le redoublement qu'on attend ce soir ; mais on espère avec raison qu'il ne sera pas fort.
Je me r^sjouys avec v^us, de tout mon cœur, des grandes apparences qu'il y a de la guerison du Roy et des nouveaux progrez que vous faites tous les jours, le comte de Moret me venant de dire ce qui s'estoit passé à Dixmuide; et je remets à respondre ce soir à la lettre que vous m'avez escrite par luy.
* Voy. ci-dessus, p. Agi, note i. — * Cette addition, datée du 9 juillet i658, est au folio 8 v** du même manuscrit
Juillet i658.
CGLXL
Bibl. nat., ms. f. fr., Mibmgei de Colbtrt, l. Ba A, f 9. -~ Aff. étt., France, t. 97&, i° 337; autographe signé.
À J.-B. COLBERT
[Calais], 9 juillet f 658, à dix heures du matin ^
Vous Terrez, par k lettre cy-joincte, comme nous respirons, et les espérances que nous avons que Dieu sortira le Roy de cette fas^ cheuse maladie; mais quoyque le meilleurenient [m) soit notable et que le Roy soit en une tranquillité toutte [tic) extraordinaire, il faut attendre ce qu'il arrivera du redoublement de ce soir^ lequel, à ce que les médecins disent, décidera tout; mais comme la plus grande partie du poison que Sa M** avoit dans le corps, où il s'estoit croppy^ depuis longtemps, est sortie, il y a apparenze que le redoublement sera moindre de celuy^ de l'autre soir, qui nous avoit donné tant de peine; et, en ce cas, les médecins disent que Sa M^*^ sera hors de tout danger.
On est icy en des continuelles transes; mais enfin j'ay confiance en Dieu qui^ nous rendra le Roy, et que, avec cette grande grâce, il plaira à sa divine bonté de continuer à verser ses bénédictions sur ce royaume, comme il faict tous les jours de plus en plus, ayant permis que les en* nerais soyent en un si grand espouvante ', qu'ils ne se croyent [pas] asseniez lors mesme qu'ils ont des rivières et des canaux devant eux; car M. de Turenne ne peut pas empescher que les soldats ne les passent à nage («ic)^, ce qui est si vray qu'ayant mandé à M. de Turenne de n'entreprendre rien jusques à tant que on creust en seureté la santé
* On a ajoute dans Je manoscrit des Aff. * Où il avait croupi,
ëtr., au v° : dix heures du tair; mais cette ^ Que celui,
indication est d'une écriture plus récente et * L'autographe porte bien qui pour qu'U,
ne peut prévaloir contre les indications de ^ Mazarin fait i^woiite masculin, comme
Tautographe et de la copie de la Biblio- ^ ritalien spaverUo,
tbèqne nationale. ^ A la nage.
du Roy, Dixmuide, qui est un poste tres^-important, n a pas laissé de iniii^i tôbfi.
se rendre à l'instant qu'on a commencé à faire des ponts, quoyque
M. le Prince ayttasché de Tempescher par sa présence, estant demeuré
dans ladicte place jusques à six heures devant qu'elle ayt capitulé. Par
cette acquisition, on ne peut empescher nos troupes de courre jusques
à Bruges et à Gand.
Je vous prie de faire diligence à Tinstant pour trouver un gentilhomme qui partit hier soir d*icy pour s'en aller à Farmée d'Italie; et comme il portoit de mauvaises nouvelles de la santé du Roy, je vou* drois bien que vous luy puissiez dire ce que je vous en escrit à présent, et mesme que vous escrivissiez par luy à l'ambassadeur, qui est en Piémont, et au s' Brachet. Le trésorier de l'extraordinaire, pour qui ce gentilhomme avoit des lettres, vous pourra dire où il est.
Je vous prie aussy d'informer de tout M. le Chancelier et MM. les Surintendans et les personnes dont je vous ay desja escrit S et vous direz à M"^ la princesse de Garignan que M. son 61s est arrivé ce matin icy.
Aff. étr,, France, t. 976 , T 3Â6. ~ Original signé.
À J.-B. COLBERT\
Calais, lo juillet i658, à 8 heures du matin.
Je vous escrivîs hyer assez particulièrement Testât de la maladie de Sa M*^. Ce que je dois adjouster à présent, c'est que le Roy a eu son redoublement, mais non pas avec la violence, les inquiétudes et les accidens de l'autre* Sa fiebvre et sa chaleur sont beaucoup diminuées. Les forces sont grandes, Sa M**^ se levant d'Elle-mesme pour boire. Elle [s'Jest éveillée ce matin sans aucune resverie, parlant de tout avec tres-bon sens, et aprez avoir tremblé et disputé jusqu'à [^k) bout
* La princesse deConti.(Voy.letome VI, ' Les mots M. Colbert sont écrits an bas
p. 1 1 3 , des Lettres de Mazarm. ) de }a lettre , de la main de Maiarin.
Juillet i658. pour ne pas prendre une médecine qu on luy a présentée, comme Elle est accoustumée de faire en santé, luy ayant esté dict qu'il y alloit de sa vie, [Elle] a pris sa résolution et Ta avalée en trois ou quatre reprises, et Elle a commandé aux médecins que, s'il en falloit prendre d'autres, et qu'Elle refusast de le faire, ils la liassent, s'il estoit neces* saire, et la luy fissent prendre de force.
Dans cette purgation, il n'y a pas de vin emetique, et on ne doute point qu'elle ne luy fasse grand bien. Enfin les médecins sont satisfaicts de Testât où est le Roy présentement, voyant que les remèdes font leur effect et que le mal diminue notablement; mais ils n'espèrent pas que Sa M**^ puisse estre quitte de la fiebvre devant le vingt un, ce jour estant le douze ^ Je vous escriray encore ce soir ^.
A£f. ëtr., France, t 376, P 3&&. — Original signe, en partie autographe \
À J.-B. COLBERT
Calais, 10 juillet i658, à trois heares aprez midy.
Bien que je vous aye escrit ce matin fort au long Testât de la maladie du Roy, je ne puis m'empescher de vous faire part de ma joye et de vous dire que Sa M*^ est tout-à-faict hors de danger, et quoyqu'il paroisse assez visiblement qu'il n'y a plus rien à craindre, il y a néantmoins du plaisir à voir que tous les médecins en respondent unanimement aprez avoir veu les effects prodigieux qu'a faicts la dernière purgation qu'on luy a donnée ce matin, qui l'a faict aller, pour le moins, quinze fois à la selle. Je vous ay voulu donner part de cette bonne
* On verra plus loin, dans la lettre du faut attendre au vingt et unième pour que 1 1 juillet, que Mazarin dit que le lende- la fièvre cesse entièrement, main is sera le quatorzième jour de la ma- * Cette dernière phrase est autographe, iadie. H veut donc dire ici que le 10 juillet ' On trouve, au P 3&3 du même manuest le douzième jour de la maladie, et qu'il sent, une copié du temps de cette lettre.
nouvelle S afin que vous la participiez ' à toutes les personnes dont je Juillet lôns. vous ay escrit ; et je vous prie de dire à M. le Procureur gênerai que je n ay jamais esté sy pressé d'argent que je le suis présentement» et qu'il faut espérer que Dieu respondra plus que jamais ses bénédictions sur ce royaume à la confusion des ennemis déclarez et couverts, puisqu'il a pieu à sa divine bonté de nous redonner le Roy. Je dis redonner; car on peut dire sans exagération qu'il est ressuscité.
Bibl. Dat, ms. f. fr., Mélanges de Co&ert, t Sa A, f* i5; minute ou copie du temps. — Aff. ëtr., France, t. ayS, f"" S&g; autographe signe.
À J.-B. COLBERT
Calaig, 11 juillet ]658, à dix heures du matin.
Le Roy se porte de bien en mieux, la fiebvre estant beaucoup diminuée, quoyquelle soit encore continue. Il a encore, de temps en temps, quelque inquiétude^ : en se resveillant il resve un peu; mais tout cela devoit estre, et les médecins asseurent qu'estant impossible de sortir d'une grande maladie que par degrez, on ne peut souhaiter rien de plus heureux à Sa M^ que ce qui luy est arrivé. Elle a esté saignée ce matin pour la huitième fois, aprez avoir pris un remède; et pour vous faire voir à quel point ses forces se sont conservées, vous sçaurez que Sa M^ vient de passer d'un lit à un autre, de son pied, sans avoir esté presque aydée. Demain, qui est le quatorze^. Elle se reposera, et, le jour aprez, sera purgée; et pour entretenir agréablement le Roy, il ne luy faut parier que de Gompiegne et de Vincennes.
Le remède de hier le fit aller dix-huit fois, et ainsy l'on eut la dernière seureté pour la guerison du Roy. Voilà Testât où nous sommes
' Depuis ajin que y le reste de la lettre est * Le quatorzième jour de la maladie. Ma-
autographe. zarin faisait dater la mdadie du Roi du
* La communiquiez. 219 juin, comme il Tëcrivait à M. de Go-
' Quelque agitation. minges.
MAZiBIir. — VIII, O'i
IWPr.IMCKie HATIOVAir.
Juîiiet i658. à présent, que je vous prie de participer aux «earaes personnes, dont je vous ay escrit; mais je ne puis finir sans vous dire ia joye que le Roy a ressentye quand je luy ay dict assez en^ktaii les prières publiques qu on faisoit, à Paris, pour sa santé ^ et Tabbattement où tout le monde esloit de son ma], en tesm oignant un chacun ie dernier desplaisir. Je luy fis cognoistre, comme il est viiay, que tant de marques d'afiiour et de tendresse de sa bonne ville regardent plus sa personne que la royauté, et aprez avoir faict reflexion à ce que je luy avois dict, il me repartit qu'il estoit fort touché que tout le monde à Paris priast Dieu pour luy ; ce qu'il me répliqua plusieurs fois en des termes très obligeants pour les habitants de Paris.
P.-5. — On coupe présentement les cheveux au Roy. Sa M*^ mesme l'a voulu, et Elle en recevra un grand soulagement.
CCUV.
Bibl. nat, ma. f. fr., Mélangea de CoHert, t 5a A, P l'a >v°; mÎDute oureopie du tempa.^^* Aff. étr., France, t. si^5, P 36o; copie da temips.
À J.*B. COLBEKT.
Calais, 1 a juillet 1 658.
Depuis ce que je vo«is escrivis hier par pn gentilhomme de hP^ la princesse de Gonty, les médecins, voyant qu^un petit remède., qiu'ils a voient faict donner au Rov, l'a voit faict aller à k selle huit fois et [rendre] des matières aussy mauvaises que les autres, ils prirent résolution sur-le-champ de luy donner une médecine semblable à la dernière, laquelle a £aict des merveilles et à nm itel point <|ue Sa M^ s reposé huit heures depuis hier sans 'inquiétude, et Elle a a pas eu de redoublement, quoyque c'estoit [sic) le mauvais jour; ainsy nous espérons que la fiefbvre le quittera tout-à-faict dans deux jours, et que,
' Guy Patin (iellre du i6 juillet i«58) dit aussi : (fOn prie Dieu dd partout pour sa santé dans les paroisses, n
nonobstant tant de saignées et de remèdes, Sa M^ recouvrira (sic) Jaiiiet i658. bientost ses forces et sera en estât de partir d'icy dans toute la semaine prochaine.
CGLXVI-
nai, ms. f. fr., MiUmgeê de Colbert, t Ss A, f" 81. — Minute on copie du temps.
AU PRÉSIDENT DE BORDEAUX
Calais, i3 juMiet i658.
(bxtiàit.)
Les transes où nous avons esté tous ces jours, pour les justes appre* basions que nous avions de perdre le Roy, m ont empesché de vous escrire; mais comme je vous envoyé ouverte la lettre que j'escris à M. de Thou, de laquelle je n ay pas eu le temps de faire faire des coptes, et que vous y verrez eh détail la maladie de Sa M^, je ne vous en diray pas autre chose, vous priant seulement, quand vous laurez leue, de la recacheter et de l'envoyer audict s' de Thou.
J ay receu vos deux lettres du i** et du 4 du courant, et je ne sçaurois assez vous exprimer à quel point je suis touché du traitement qu'il a plu à M. le Protecteur de faire à mon neveu, luy tesmoignant tant de tendresses que je ne sçay point comme je pourray jamais respondre aux obligations qu'il s'est acquises sur moy en cette rencontre. Je vous prie dé choisir les termes les plus forts et les plus expressifs pour luy en faire mes tres-humbles remerciemens, et pour l'asseurer que je ne perdray aucune occasion de luy confirmer la passion que j'ay pour son service et pour tout ce qui regarde son interest et sa satisfaction particulière.
M. de Crequy a faict une relation fort ponctuelle et fort avantageuse des honneurs et des caresses qu'il a receues de S. A. et de la magnificence avec laquelle il a esté traité et régalé, et quoyque je ne doute
pas que M. de Brienne ne vous ayt mandé, ainsy qu'il en a eu l'ordre,
eu.
Juillet i658. de remercier S. A. de la part du Roy, je né laisse pas de vous prier de la mesme chose, afin de ne rien oublier de ce qui pourra affermir de plus en plus Tunion des deux couronnes.
Jay esté bien ayse de voir, dans vos dernières lettres, que M. le Secrétaire d'Estat croyoit raisonnable qu'il y eust plus de troupes angloises dans Tarmée que les quaU'e regimens qui y sont; car lorsqu'il sçaura, et S. Alt. par son moyen, que, dans ces quatre regimens, il n'y a que quinze cens soldats, M. l'ambassadeur Lockart n'ayant pas seulement retiré les deux plus vieux et plus forts regimens, mais encore une partie des soldats des autres, je m'asseure que vous n aurez pas beaucoup de peine d'obtenir qu'on remédie au grand prejudic^e que Sa M'^ en reçoit, aprez qu'Elle n'a rien espargné pour l'accomplissement de ce qu'Elle avoit promis à S. Alt. , vous pouvant dire avec vérité que les regimens des gardes françoises et suisses, qui marchoient avec six mille hommes sur les rangs, sont à présent réduits à moins de trois mille hommes, et tous les autres regimens de l'armée à proportion.
Et outre la diminution que l'armée' a soufferte dans l'attaque de Dunkerque et de Bergues, elle s'est encore notablement affoiblie par la nécessité qu'on a eue de mettre grand nombre de François dans ledict Bergues, Fumes et Dixmuide et [dans] quantité de forts et redoutes qu'il faut conserver sur les canaux pour empescher que les ennemis ne puissent rien entreprendre sur Mardik ny avoir aucune communication avec Gravelines.
Ainsy je suis obligé de vous dire avec grande douleur que le manque d'infanterie nous empeschera de profiter du desordre et de l'abattement où sont les ennemis, si vous ne faites en sorte que nous ne recevions promptement quelque assistance considérable. Et il me semble qu'il n'y a rien de si équitable, n'y ayant pas d'apparence que l'on eust prétendu que nous eussions faict une si grande despense, comme celle que nous avions esté obligez de faire pour entretenir un corps de six mille hommes, dont la plus grande partie estoit destinée pour la conservation de Mardik, qui devoit produire la conqueste d« Dunkerque, pour n'avoir, aprez, que quinze cens hommes lorsqu'il seroit question
d'entreprendre quelque chose de solide pour l'avantage de cette cou- Joîiiet f658. ronne.
Il arrive un autre inconvénient qui nous couste cher dans le paye* ment de ces quatre regimens, puisque, devant estre de quatre mille hommes et n'y en ayant que quinze cens, nous payons tous les officiers et les hautes payes complètes, en quoy consiste toute la despense.
Je vous prie donc de représenter fortement tout ce que dessus et d'insister pour qu'on ne donne pas seulement l'ordre à M. l'amhassadeur Lockart de fortifier lesdicts regimens avec les soldats qu'il a en plus grand nombre qu'ils ne luy sont nécessaires pour la conservation de Dunkerque et de Mardik; mais que S. Alt. ayt la bonté de nous envoyer sans aucun delay deux mille hommes au moins, de bonnes et vieilles troupes, et, outre qu'elfê fera en cela une action de justice, qui luy apportera de l'avantage, les armes du Roy ne pouvant prospérer sans que S. Alt. y participe, je luy en auray, en mon particulier, une tres-sensible obligation, ayant interest de faire cognoistre à toute la France que j ay assez de crédit auprez d'elle pour obtenir les chose* qui peuvent mettre les affaires de ce royaume en meilleur estât.
L'on a abandonné Hesdin pour prendre Dunkerque, et H seroit bien raisonnable que S. Alt. nous assistast à présent de quelque infanterie pour remettre cette place dans 1 obéissance du Roy et chastier les rebelles qui ont faict une si insigne trahison.
Je suis obligé de vous dire que S. Alt. s'engage à une grande des^ pense si elle veut entretenir un si grand corps de troupes à Dunkerque et à Mardik, puisque la France tenant Bergues, Furnes et Bourbourg, et Sadicte Altesse estant maistresse de la mer, il est impossible qu'il tombast seulement dans la pensée des Espagnols d'y pouvoir lien entreprendre et d'autant. plus que les commandants, qui sont dans les deux postes où l'on a reparty un corps de troupes considérable, ont ordre de donner toutes les assistances à celuy qui commandera dails Dunkerque et Mardik, comme si ces places estoient au Roy.
Plusieurs personnes avoient opiné à raser Furnes à cause qu'il nous engagera à une grande dépense pour le fortiGer et y entretenir une
StO LETTRES
Juîiiei i658. forte garnison, ne now estant, d'ailieurs, gneres neeessaire, parée qn'3 ne nous donne pas beaucoup d'estendue; mais contribuant, comme ii faiet entièrement à la seureté de Dunkerque, à laquelle nous prenons autant d*interest que S. Alt. mesme, on a résolu de le garder et de le mettre en bon estât
Je m estonne qu'on ayt desja commencé à abattre toutes les fortifications qu'on a faictes, cet hyver, pour la deffense de Mardik, et mesme le bas fort, afin que, n'estant obligé que de garder le haut, on le pust faire avec cent ou six vingts hommes tout au plus jusques à ce que Sadicte Alt. ayt résolu d'en faire un de pierre plus proche de la Fosse.
Mazarin termine en annonçant qu'il répond à Tord Faikonbridge et en parlant de levées de troupes que Ton doit faire en Angleterre et pour lesquelles Fargent a été remis. "*
CGLXVII.
Bibl. nat. , ms. f. fr. , Mélanges de Colhert, t Sa A , f* 18 v'. — Minute ou copie du temps.
À M. DE TURENNE
Calais, 1 3 juillet i658.
J'ay esté ravy de pouvoir mener le s' Pertuis^ vers le Roy,, afin qu'il vous donne luy-mesme et à toute larmée des nouvelles du bon estât où est Sa M*^ à présent. Elle a esté tre»-ayse de ce que je luy ay dict de vostre part et d'apprendre qu'on ne pouvoit rien adjouster à la douleur qu'avoient généralement tesnioignée les officiers et les soldats du danger dans lequel Elle avoit esté. Il a encore de la fiebvre et quelque autre petite incommodité ; mais il est impossible de sortir d'un si grand mal tout d'un coup, et les médecins espèrent que, dans huit ou dix jours au plus tard, Sa M^ sera en estât de partir d'icy pour aller chercher un meilleur air à Gompiegne.
^ D'après la Chronologie miliuure, Guy, comte de Pertuîs, fut Domina marëdia] ée camp en 1677 et mourut en 169 A.
Oom-mt je fais estât de vous entretenir dans deux (w trois jours, JuiUet i658. ainsy que vous dira le s'^ Pertu^, je ne m'estendray pas beautsoup dans cette lettre ; mais je vous diray seudeoieiit que j ay escrit en Angleterre de la bonne manière pour avoir quelque renfort d'infanterie, n'estant pas juste qu'aprez avoir entreteau, pendant l'hyver, un coi'ps de six mille hommes, quand il est question de tirer de l'utilité de leur ser*^ vice, nous n'en ayons que quinze cens.
J'ay escrit aussy à M. le marescl^l d« La Ferté de marcher diligemment, et je croy qu'il pourra estre, dans quatre jours, à Arlu ^ où il attendra le dernier ordre de ce qu'il aura à faire, et je prendnay le soin de le luy envoyer, lorsque j'auray eu le bien de vous voir 2. . M. de Ghaulnes, qui vint icy hyer, m'a confirmé ce que j'avois sceu, d'ailleurs, à l'esgard de Hesdin^ qu'il y a cinq cens hommes dans k place, huit cens dans les dehors, et 8ept c^is (chevaux. Ainsy je «croy qu'il sera un os dur à ronger, et d'auft^it plus que h place est pourvue abondamment de tout ce qui est aeoessaire , et que M. le Prince y a envoyé les meiUeurs tngenieui^ qui soyent.^n Fiantes. Je vous prie d'y-iake réflexion; car, autant qu'il ipeut dépendre de noniB, îi ne faut pas, au milieu des prosperitez, s'attacher à un dessein^ dans lequel il y ayt apparence d'eschouer. Il me semble pourtant qu'il se faut déterminer, ou à ladicte place, xw sur la Lys, ou à Saint-Omer qu à Nîeuport, si ce n'est que vous jugeassiez plus à propos qu'on fist le
^ Le manuserit porte bien Arlu foar Arleux, Oq trouve deux localités de ce nom : Arleux-«ar-ia-Sen8ée, dép. du Nord, arr.
de Douai, et Ar]eux--en-Gohelle, village du dëp. du Pas-de-Calais 4 arr. d'Arras. D'après la route que Mazarin a tracée au marëclial de La Fertë , dans une lettre du 1 a juillet i658, il 8*agit ici d'Arleux-sur-la-Sensëe. Mazarin lui recommande, en efifet, deprendre un poste d où il puisse (fdonner jalousie (inquiétude) à Cambray, à Bonchain, à Douay, etc». Ce qui ne peut convenir qu*à Arleux (Nord). La lellre au ma-
réchal de La Ferté est indiquée aux Analyses.
• Suivant Montât, le maréchal de La Ferté avait avec lui cinq ou six mille hommes , y compris les troupes que le duc de Wittemberg avait amenées d'Allemagne. 11 se rencontra avec Mazarin à Cassel. Le Cardinal , dans la lettre suivante , porte Teffectif de cette armée h dix ou douze mille soldats; mais, écrivant aux plénipotentiaires de France en Allemagne, il est possible qu'il grossisse un peu le chiffre. Cela lui arrive quelquefois.
Juillet i658. siège de Gambray, pour lequel j auray les munitions de guerre et tout ce qui seroit nécessaire à la Fere et à Gompiegne,
Ge pendant il ne faut rien oublier pour mettre Dixmuide en bon estât, et vous avez faict un grand coup d'assembler un si grand nombre de palissades, comme celles que vous commandez. J*ay esté tres-ayse de voir que vous faisiez mettre en estât les forteresses de la Knoke ^ et de Leffintelle ^. Je fais estât de faire venir de Hollande les munitions de guerre qui seront nécessaires à Dixmuide et à Furnes; et sur le commandement de cette place, ayant dict au s' Pertuis que le Roy n avoit pas pu le refuser au sieur du Boquet', il a respondu quil ne vouloit rien au préjudice des prétentions d'un de ses parens, que d'ailleurs il estimoit beaucoup, et qu'il n'y avoit aucune raison de luy refuser [ce gouvernement], y voulant rentrer*; mais [qu'il esperoit] qu'on feroit qudque autre cbose pour luy.
Vous trouverez cy-joints les articles que je vous escrivois en chiffre , et d'icy en avant, on se servira d'un autre, que l'on a avec vous; me remettant, pour ce qui est du surplus au s' Pertuis, je me resjouis de nouveau avec vous de la grâce que Dieu nous a faicte de nous conser* ver le Roy.
' Le fort de la Knoche, Kenock ou Ke- s'agit de Leffingaen, passage fortifie entre
noque, était construit aa confluent de Nieuport et Bruges,
riper avec Flperié, rivière de Flandres, ' Probablement René-Charles de Baugy
qui se jette dans la mer, non loin de Nieu- du Bosquet, nommé maréchal de camp en
port. 16&9, lieutenant général en i655, mort
* Genom, surchargé dans le manuscrit, en i665.
est probablement altéré. Je suppose qu'il * Puisque ce parent y voulait entrer.
__^ Juillet i658.
CGLXVni
Bibl. nat, ms. L fr. , Uilange$ de Colbert, t. 5fi A, f s&, — Minute ou copie da temps,
AUX PLÉNIPOTENTIAffiES (GRAMONT ET LIONNE).
[Calais], 1 5 juillet [i 658.]
Curœ levez loquuntur; ingentes stupent^. Vous n aurez pas grand peine à croire que j'ay esté dans cet estat-ià, voyant le Roy réduit à l'extrémité ; car, outre ce que Ton doit à son maistre et à son bienfaiteur, vous sçavez bien que j'ay d'autres raisons plus fortes et plus particulières qui me distinguoient des autres et qui m'obligeoient à prendre plus de part et à estre inconsolable du malheur qui le menaçoit.
Ce fascheux accident me sert d'excuse assez légitime de n'avoir pas faict response, avec la ponctualité que je devois, à vos depesches, la dernière desquelles m'a esté rendue par Persod. Je la feray [cette response] à part pour vous esclaircir des principaux points, et vous trouverez bon qu'auparavant je vous informe du détail, du commencement et du progrez de la maladie du Roy et de sa guerison, estant à présent sans fiebvre et en estât de partir d'icy samedy prochain, pour changer ce climat en celuy de Gompie^ne.
Je vous diray donc que j'avois grande appréhension que, comme autrefois, turba medicorum perdidit imperatarem\ il n'arrivast de mesme en cette rencontre, y en ayant six, dont il n'y avoit pas grande apparence que les sentimens pussent estre fort conformes à cause du peu d'amitié qu'il y a entre quelques [uns] d'eux ; mais j'employay si heureusement Tauthorité et l'adresse qu'allant au-devant pour empescher leurs contestations, ils n'ont jamais pris aucune resolution sur le
^ Le sens de cet adage est : Quand an n'a pour rendre f antithèse plus complète ; mais
jue de légers souci», on park; dans les le manuscrit porte bien stupent. grandes inquiétudes, on estjrappé de stupeur. ' La multitude des médecins a perdu
On serait lente de substituer silent à sitqtent Tempereur.
MAZAsin. — fin. 65
Wnt«SMI IATIO«Al.r.
Juillet if>58. moindre remède que ie Roy ayt pris, qu'ils nayent . tousjours esté tous du mesme advis ; et tous unanimement ont dict et escrit qu'ils dévoient beaucoup au courage qtsie je leur avois donné) ne leur ayant jamais protesté autre chose qu« de traiter ie Roy comme un simple gentilhomme, sans hésiter à se servir de TantimoineS et des remèdes plus forts j s'il y avpit raisQji de le faire, n'estant pas juste de laisser mourir le Roy pour rendre des respects à la royauté ^.
Enfin tout est, Dieu mercy, en i'eslat que nous pouvions souhaiter, et las armes de Sa M^ sont prestes à faire de nouveaux progrez, M, de La Ferté ayant dix à donue mille horomes, grande impatience d'entreprendre quelque chose de considérable, n'ayant eu aucune part à la bataille gaignée ny à la réduction de Dunkerque, Bagues, Fumes et Dixqiuide, ny i l'enlèvement d'une grande partie du bagage des ennemis que M« de Turenne vient de faire sur la contrescarpe de Bruges* avec un tre^grand butin pour les vingt^cinq escadrons de cavalerie et les deux mille mousquetaires qu'il y a menée.
Dieu, pour nous rendre plus sages et plus aamnis à ses volontez, nous a voulu faire voir qpu'il pouvoit arriver un malheur capable de nous mettre tous dans la oonsternation au milieu des prospentez; il s'est contenté, par sa Ijtonté, de nous montrer seulement le fouet, afin
^ Mazarin appelle aillears cette prépara^ ' fois depais, de scorie que ie Roi ne doit da
tion médicale vin imétique. G*ëtait un «lé- tout rien de sa santë à ce remède morti* laogedevindQMaliigai^yee^dQiartreytibii • fôroi» Laret {Mu^ hUunique, lettre da
Oa peut voir, dans )^ ltet{rm de Guif Putitij, ap juillet) exprime > au cootraire, Popiiuon
combien Tantimôine avait alors d'adver^ gdnërale dans ces quatre vers : saires. Ce médecin ne veut pas convenir de [Avec ses vertus sans pareiUes,
rinfluenoe que ie vin émétique eut pour la L^hémétûiite a fuit dee menmUeA,
guërisou dq Roi. Il écrivit è Ctad^a Spon» Réssmeiunt ce grand Lo^ys ,
le 1 3 aoAt 1 658 : (r Je vous assure quc^ le ^""^ ^' ^ ^"" '^'^ "^^°y'l
Roi n'a pris que le tiers d une once de vin 'Ce que dit Mazarin de Tunanimité im-
émëtique; car fonce navoit été mise qu'en posée aux médecins prouve, ooAtrairement
trois doses d'infusion de casse et de séné» à ce qu'on lit dans plusieurs ouvrages, que
et d'autant que la piemière prise navoit l'antimoinie, ou vin émétique, ne fut pas
que trop opéré, i ne prit pas ke deux donné au Roi, sur l'avîi de M. Oosêftusoy,
autres ; car Û le fidhit saigner, s^âant trouvé médeck d' AJifaeville , malgré eehû de Vallol ,
plus mal, et aussi fut-il saigné plusiaurs prevûer médecin da Roi.
qu'on profite de cet ayis et qu'on ebèrche, paï toute sorte de moycfus, JmHei i658. à advaneer de qu'on croira plua estre de son senricOé Ce qui, à mon advis, ne peut estre que la conchisiofi Ae la paix generede, dont la passion que Leurs Mèjestez ont pour cela augmente à mesure qu'il plaist à Dieu verser plus de bénédictions sur ce royaume.
Je remets à la vive voix de voils entretenir un jour sur les cabales qui se commençoient à fot^mer ^ lorsque l'on a veu le Roy en danger, mais asseurant, quelque chose qui fust arrivée^ qu'elles n'eussent pas faict grand mal, si me soumettait au commandement de la Reyne j'eusse pris la resolution de continuer à servir. Et je vous puis dire avec vérité que j'ay grand sujet de me kyôer^ en cette rencontre, de tous ceux que j'ay eu ie bonheur d'obligé*; car comme l'on sçait asset que je n ay autre passion au monde que la grandeur et le bieti de cet Estât, il n'y a généraux des armées, ny gouverneurs des places, ny aucune autre personne qui ne courus^raA^ pour m'offrir leur service; mais je fusse plus tost mille fois mort que de les employer à autre chode qu'à faire rendre ce qui estoit deu k Im personne qui eust succédé au Roy^ et à le rendre g^rieux et redoutable à toute l'Europe ; sur quoy je m'asseure que, si j'eusse affaire de caution poul* cela, vous n'auriez pas esté des derniers k voue déclarer là-dessus^.
Je ne veux pas oublier de vous dire qu'on n'a jamads veu un malade si obéissant ny servy avec plus de soin et d'aSectîon, et pour lequel on ayt faict tant de prierea et de vrtux, les eg^ses n^ayant pas
^ A ces cabales, le comte de Guiche, fiils dii nlar^h«i de Grainont, aUqùël Matàriti écrit ici, airatti pris' ime amek forte paît. Beaucoup de gens faisaient d^à la coar k Monsieur, pour gagner ses bonnes grâces. Ôr ]e meilleur amî de Mfonsieur était ie oftmte de Guiche, qui gàrMi alors ie lit à ia suite de sa blessure, et que le duc d^Anjou allttf voir toite les jours. Le Gardinat y fiil acfsai , si* l*on eé oroit Bussy-'Raftutiii , et a» se trouva paé satMaii des dispositions de oe? jeune bbmtaie. Aussi, lorsque ki Roi fat
revenu à ia santé, et que M"' de Fiennes, principale ihstigatricé dès intrigûies hostiles à Makarift, eM été chassée de la Cour, le comte de Guiche, sans^ 6tre préoisément exilé par une lettre de cachet, comme on Teût fait si Ton n'avait eu ^ard aux services que rendait son père ï Francfort, reçut avis de la Cour que les eaux d'Encausse, dans ia Haute-Garonne, (feraient bénudB pour la guériaon de la blessure qu'il avait reçue k Tarmée de Flandres.-
* Ce mot est surehsiFg^ et dèôteim
Juiiiei i658. desemply partout et à Paris particulièrement, où Ton a vea des processions de grand nombre de gens qui allaient, nu-pieds, visitant le S^-Sacrement qui estoit eiposé partout.
Aff. ëtr., France, t syS, f* SSa. — Copie du temps.
AU PROCUREUR GÉNÉRAL
Galaû, 19 juillet i658.
M' vostre £rere m*a rendu Yostre lettre du 1/1. Gomme je ne doutois pas que vostre joye n allast à l'excez pour la guerison du Roy, je n ay esté nullement surpris des termes auxquels il vous a plu me la tesmoigner. Au surplus, je suis iparry que les choses ne soient pas encore dans Testât que vous souhaiteriez pour pouvoir donner au Roy les assistances qui luy seroient nécessaires pour soustenir, de tous costez, les grandes affaires que Sa M*^ a sur les bras et surtout pour l'entretien de ses armées et des troupes qui ont un payement réglé, [et] pour fournir à toutes les autres dépenses de la guerre durant cette campagne, dont il y auroit sujet d'espérer que la fin ne seroit pas moins heureuse que le commencement, si on avoit, à point nommé, ce qui seroit nécessaire pour cela.
Tay veu, dans vostre lettre, les raisons qui empeschent de trouver de Targent. Je suis très persuadé qu'il n'y a rien de si difficile; mais ce qui me faict le plus de peine, c'est de voir que nous en manquons à présent et qu'il y a si peu d'espérance d'en avoir à l'advenir, puisque vous me faictes cognoistre qu'on ne tire presque rien des edits veriffiez; que vous estes obligez de donner le quartier d'hyver de l'année prochaine ^ pour le payement des advances qui ont esté faictes ; et
' C*est4-<lire , le produit de TimpAt direct conditioi» , ainsi que les ^i^ et les ««Midit du quartier d'hiver, qae f on levait chaqne ianees. Tons ces impAts duraient depuis jrfns année, en même temps que la taille, et que d*un quart de siècle, depuis que la Franee Ton donnait i recouvrer dans les mêmes avait pris part k la guerre de Trente ans.
quoyque je croye cela ires-juste ^ il mé semble pourtant que Ton auroit imiiei iôbs. pii faire trouver bon à ceux qui ont faict des advances de remettre à quelque temps une partie de leur remboursement, afin que le Roy ne manquast pas, pour le courant, de ce qui luy est absolument nécessaire.
Je croy que vostre maladie a donné beaucoup de crainte à tous ceux qui, pour Tamour de vous, s'estoient engagez à advancer des sommes considérables d argent, et que vous aurez eu vous-mesme de la peine par la considération des grands engagemens dans lesquels vous estiez entré et dont vostre famille se seroit trouvée chargée; mais j'ay vescu en sorte avec mes amis, et Ton a veu que leur mémoire m'a esté si chère, que Ton m'auroit faict grand tort, si on avoit douté que je n eusse mis le tout pour le tout pour une personne pour qui j'aurois eu autant d'estime et d'affection que j'en ay pour vous. M. l'abbé [Fouquet] sçait de quelle manière je luy en ay parlé. J'eusse esté bien lasche, si j'eusse abandonné une famille dont le chef estoit regardé comme un de mes meilleurs amis, qui avoit engagé son bien et sacrifié tout pour soustenir les dépenses de l'Ëstat.
Je ne sçay pas si le sieur Colbert vous a entretenu de Testât de mes affaires; mais je vous puis dire que, si je venois à mourir présentement, il s'en faudroit dix-huit cent mille livres que l'on ne trouvast un sol vaillante Je continueray jusques au bout, et, si la dernière goutte de mon sang peut servir à la grandeur et à «l'utilité de ce • royaume, je la respandray avec grand plaisir, quand cela ne servîroit qu'à soutenir les affaires un quart d'heure davantage, et je suis [si] persuadé que vous n'oublierez rien, pour me secourir en cela, que j'estime tout-à-faict superflu de vous exciter. ^
^ Cette aMertion de Mazarin est difficile des LeUrei, Itutntetims et Mémoires de Col-
à admettre, lorsqa*on se rappelle qa*à sa bert, par M. P. Glëment. On y voit (p. 53o)
mort, en mars 1661, il laissa une forttine qae le Total des 6im et ^etê de Mazarin,
ëvaluëe à phis de trente millions de mon*- non compris les efet$ non liquidés, s^ëlevait
naie da temps. (Voy. un mémoire de Col- à 8,o5a,i65 liv. 7 s. 1 1 d. Les dettes n'é-
bert, datéde i658, 1. 1, p. Sao, da recneil talent que de 378,i58 liv. 1 s. 8 d.
iuiUet t6&8. Il seroit important de sçavoirla conduite qu'ont tenu œrtaines per^ sonnes^ suspectes d'aiiieurs, lorsque Ton a sceu^ dans Pariir et en d'autres lieux, Textremité de la maladie duRoj^ afin d-y donner ordre, puiscp'il ne faut pas douter que ces geus^à^ en toutes occasions, ne tiennent la mesme conduite, et si on ne faict quelque grand exemple contre les révoltez de la Sologne, que Ton a pm prisonniers, et les gentilshonmies qui ont le plus fomenté cette aedîtion, il faut s'^at^ tendre à en voir renaistre au plus tost de pAus grandes. C'est poorquoy je vous conjure d'y tenir la main et de nous vmàmr renvoyer les troupes, quand on n'en aura plus affiasre, particulièrement les deux regimens d'infanterie; car c'est ce dont nous mancpstons le plu»^
Le Roy conmiença hyer à se lever, et la resolution est prise de partir lundy prochain^ sans [faute. Je'] finiray en vous asseurant que vous n'aurez jamais un meilleur amy ny un serviteur plus véritable que, etc.
Bibl. mt.rns. L îr^ Mikmges de^ ColbeH, U &% A, C^ 6A v'. — Minute.
AUX PEÉNIPOTENTIMlffiS (GRAMONT ET DE UONNE).
Qalais, ai juillet i658.
Je taseheray de vous eaclaircûr en peu de mots sur les pointa dont vous. avez pris la peine de m'escrire par vos dernières depesches et particidierement par celles que Persod^ m'a rendues, a&n qu'e^nt informez des intentions .du Roy, vpus puiiBsiez/ sans aucun scrute vous déterminer sur la conduite que vous devez tenir pour donner la dernière main à ce qui you» reste à Caire à Franafbrt avec la [repu-
^ Voy. ci-rdflWQB, 0ur l» ré^dle ck Sa* ^ La copie- ^orts, apièB prochuD,.«aM
iogae, p. 471 et %su. fanirmf^ Le eepista a d4 paaser les. deux
.^ Le landi dont parle- Maxariii:, tembait ,aiuts<,. que; j'ai EëtaUis eiitve [ ]^ le 93 jniifet i6Et8.. * Nom cbiurçoumer deeabiiiet..
tation]S i'adrease et la fermeté que vous avez faict paroistre en tout Juillet i658. ce qui s y est agité jusques àpreseât si glorieusement et si advantageu* sèment pour cette couronne.
• Vous trouverez donc bon que, dans Taccablement où je suis, je ne m'engage pas à une response fort estendue, comme j avois résolu de faire et que je vous die succinctement qu il ne se peut rien adjouster à la manière dont vous vous estes conduits en tout ce que vous avez eu à traiter depuis la depesche que Ton vous fit d'Ahbeville sur le sujet qui avoit esté proposé par MM, le comte de Fûrstemberg et Bloin ^ (?), et que nous ne sçaurions appuyer de plus fortes et plus solides raisons que vous faictes toutes les choses qui sont contenues dans vos de^ pesches.
Ce que vous avez eu à traiter avec le ministre de Suéde est fort délicat, et, sans vous flatter, vous vous y eatos conduits admirablement bien ; mais quand il est question de combattre Imterest et Tinçlination de quelqu'un, quoyque les raisons qu'on luy allègue soient démonstratives, elles ne servent qu'à altérer son esprit et augmenter le chagrin qu'il a de ne pouvoir pas exécuter ce qu'il souhaite. L'inte* rest et l'inclination du roy de Suéde sont de fedre la guerre en AUe-^ magne et d'engager la France à le seconder dans ce dessein pour venir |dus aysement à bout des advantages qu'il se !propo8e d'en retirer, de sorte que, lorsqu'on luy faict toucher au doigt que le Roy ne peut ny ne doit s'engager dans cette guerre en mesme temps qu'on donne satisfaction à Sa M^^ sur les points dont elle avoit sujet de se plaindre et que le collège électoral et presque tous les princes et Estats de l'Empire , non seulement se sont employez pour la luy procurer, mais entroient en garantye de l'exécution de ce qui doit estre promis par le nouvel empereur, alors, dis-Je, que l'on faict cognoistre que l'équité et la raison empeschent le Roy d'entreprendre cette nouvelle guerre, dans laquelle presque tous les princes prendroibnt le party du roy de
' RipiUaUon est biff^ et remplace ea in- de ce personnage, Attache k {^électeur de
terligne par on mot que je n'ai pu lire. Mayence, p. 3 A 6. Il fot sur le point de par-
' On peut lire Bbm. U a été question tir ponr Madrid, afta d*y traitnr de la paix.
hiiiiei 1 658. Hongrie, le roy de Suéde et ses ministres tesmoignent qa'iis ne sont pas satisfaicts et se plaignent que nous ne donnons pas à la Suéde les marques d'amitié qu'elle avoit lieu d'attendre de nous; mais toutes ces plaintes et ce qu'ils nous veulent faire craindre ne nous doit [mf pas empescher d'aUer nostre chemin, avec conBance que Dieu bénira tousjours les resolutions que Sa M*^ prendra, puisqu'elles seront fondées sur la justice.
Je sçay de certaine science que Pegnaranda est persuadé qu'il n'y a aucune ressource aux affaires d'Espagne que celle d'allumer le feu en Allemagne, et qu'il pratique tous les moyens imaginables pour parvenir à cette fin; de façon que, quand nous n'aurions pas tant d'autres raisons pour éviter de nous engager à cette guerre, celle de la grande envie qu'en tesmoignent nos ennemis doit estre assez forte pour nous obliger à ne nous y embarquer pas, et à pratiquer toutes sortes de moyens pour empescher que Pegnaranda ne vienne à bout en cela de ce qu'il se propose.
Le Roy donc persiste en ce que je vous ay escrit par son ordre touchant les conditions de la ligue projetée avec la couronne de Suéde, et Sa M*^ n'entend pas qu'on refuse d'entrer dans celle qui est proposée pour la manutention du traité dé Munster et pour la seureté de l'eiecution de ce à quoy le nouvel empereur se sera engagé, quand Elle aura faict toute sorte de diligences pour obliger le roy de Suéde, aprez avoir receu les justes satisfactions qu'il peut prétendre de MM. les Electeurs, d'entrer dans ladicte ligue projetée. Et en tous cas, ledict Roy, différant de le faire, on pourra adjouter qu'il aura la liberté d'y entrer dans les termes et en la manière qu'il sera jugé plus à propos. Mais souvenez-vous, s'il vous plaist, qu'il faut, en effet et en apparence, employer fortement vos oflBces, de la part du Roy, pour obtenir à celuy de Suéde les satisfactions qu'il demande au collège électoral; car, y estant obligez comme nous sommes, il importe que non-seulement la Suéde, mais tout le monde recognoisse que nous n'y avons pas manqué.
M.Servien m'ayaiit envoyé la copie de l'advis qu'il vous avoit donné
sur ce sujet, à la prière que je luy en avois faicte, je Tay trouvé con- Jaiii«i i658. forme à ce que je vous ay desjà escrit et aux sentimens que j'ay encore à présent, et le Roy fa entièrement approuvé, de sorte que, pour éviter d'entrer dans le détail et faire une répétition inutile , je n'ay qu'à me remettre à ce que contient ledict advis.
Je me puis tromper, mais quelque appréhension que les Suédois nous veuillent donner tant par ce que vous a dict le président de Bierenclou ^ que par ce que nous mande le chevsdier de Terlon et par les lettres que le roy de Suéde a escrites au s' Courtin \ auquel mesme il marque en dernier lieu qu'il s'en peut retourner, voyant bien qu'il n'y a rien à espérer de la France, puisqu'elle ne songe qu'à ses interests particuliers sans avoir esgard à ceux de ses amis, je crois que ce sont des adresses et des tentatives pour voir si, avec ces espèces de menaces, ils nous pourroient porter à passer par dessus toutes les considérations qui nous doivent engager avec eux dans la guerre qu'ils ont projetée.
Et je le croy ainsi, non seulement par ce qu'il n'y a rien de si injuste que ce que le roy de Suéde prétend et qu'il n'y auroit pas à espérer de grands progrez d'une guerre que l'on entreprendroit contre le roy de Hongrie, qui est lié avec la Pologne, [et] qui a quatre Electeurs déclarez pour luy et qui auroit encore favorables tous les autres et la plus grande partie des princes et Estats de l'Empire , lesquels n'hesiteroîent pas à prendre son party, quand ils regarderoient les rois de France et de Suède comme des agresseurs qui entreprendroient de troubler pour jamais le repos de l'Empire, de gayeté de cœur, avec le seul objet de conquérir, puisqu'ils auroient mesprisé la satisfaction réelle que le»^ dits Electeurs leur veulent donner par le moyen de la capitulation, à laquelle ils obligent le nouvel empereur, et la garantye qu'ils nous offrent pour l'exécution de ce qu'il aura promis jusques à vouloir prendre les armes conjoinctement avec nous contre luy, en cas qu'il voulust y manquer.
' Aâleun Bierenelaw, représentant dn ' Antoine GourtiD. (Voyez ci-dessus,
roi de Snède k Francfort. p. hài,)
MAIÂUH. TlII. 60
522 LETTftfiS
Juiifet i65fc. Maïs oiilre ce que dessus *; iat plus forte Tâisan qine j'*ye peur eroire que &OÙS pourrons suivre nosfré ckfâ^éîn ttvec iè SÀtisfaetion des Suédois, c'est que M. de Bierenclota s'^eÊrtaéfc defejà [aéotiti]^ sur ce que vous tous estiez laissé entendre (Ju'c* pourvoit damner due aêsistence d'argent à la Suéde pendant quelques é^ûéeH^ sùnJm pretes^te d^s vieux arrérages qu'elle prétend dfe la FVàiiè^i, M4«f setâ ^pj^à^eUimeM davantage, et il se tiendra péut-éstré èdât^t^ &i t6(l6 estendeÉ t(éi\M [prifpositiMi] que vous aviez faitte de ceîit ftlilte "Éteeue par un psque» à «ÎÉq cent î«ftHe esciis par a*, que Ife RcrJ Vous tteftHfe pwivoiï de promieittre, en cas que Vous ne puisslëÈ botidtirë à teMins, 4aqu«llle seront payée durant trois années prochàffrèB et ^^N^teetfutivës, quelque f^hose^ pust arriver, et mesme nonobstant la paix ^Ufe le Roy potirr^t éoftdure BVëc i^^agtlé daiië cette ihtervalle.
H faut seulement prendre garde que, si bette «aélfistaâce ne po^vdt 'pas estime secrète, elle soit, au moine, prétextée sur la salt»sfaotidti que le Roy est obligé de donner à la couronne de Suéde pour la payer du subside qu'elle prétend lu^ estre deub^ ■queyqu'eft effet ^<nis dië luy devions rien, et qu'cfu contraire S& M*^, pat tttté pure gënetHishé, ftyt donné depuis peU à la Suéde, cdtnmë v(Ms éÇaveÉ , quatfe mni ttifUe tisdûUës^ ëu argeift Comptant. Enfin «H fthit se éonduii^ en soi4e qu'on ne puisse jamais noue ^^eptt^chw «v«c justtce que, «pa^r l'âsc^ iattce que IMus 'donnons à la Suéde, ndus las^dns ifu^qtie ëhose de contraire à te ^vi sërti -stipulé pat* ia 'ligUe que l'oii projette de feîre pbur la iéeureté'de la^pàix d'Allemagne; et il me -seËafele qu'on €fvitera cet inconvénient eta prtltiquànt l'expédient marqtaé ei-dessus.
Mazarin parle ensuite des côUditionB accordées buk cbmtes tîe FUrstettberg, 'principaùjc conseillers de TëlédlBui* de Côlogi^, ^t isu è** Vfe Bennéboat*^, tnini^tt^
^ Les mdts mais otore ce que dessus sont 'Environ i,5oo«ooo livres de monta c^Dtre-parCie de ceux qui côinhieûceUt la naie de iFranbè, ôQ , iiùrmàfjù&mefà, a *ùiit^ pkràse de Faiitaëa p^éééAèût : Et je k crois Iieils4oo,'dt)ofrane8^ tpÂ, mi&amteêA^ ainsi non seulement par. Cette phrase, quoi- de la diffëreoce de puissance d'achat dés méqu'il y eût un point k la ligne, n'ëtait pas, taux précieux, représenWt aujourd'hui une gt^moiaticaleiiient, aefièvée. <8onktte 'à ^^»près idMbk, 9fAi^, ^èâfiiou,
' Mot douteux. 5 millions de nos jevirs.
<k féieeieiir àe Maiydace. Il s'agit de dignitës promUee wi praniors, et d'argent Jofflet 16 poQF le aeeead et pour I ueeteur, son maître. Le GaïidJB^ lappelle «que les fpnds envoyés ont été fouFoia pav i«i %n mayen d'em^piuiits ^. {1 pade ensuite de Ti^cteur de firaBdebourg, xlofit il ^t pc^ satisfait-:
La conduite de f électeur de Brandebourg est si peu solide, que je ne croy pas que Ton puisse faire grand fondement sur ce qui vient de luy. Il est aisé de remarquer que toutes ses resolutions sont réglées par la crainte; car il ne faut pas douter que la passion qu'il a pour la maison d'Austriche ne soit très médiocre. Neantmoins il ne faut rien oublier de tout ce qui peut dépendre de vous pour l'obliger à demeurer ferme dans les sentimens qu'il tesmoigne pour nous; car, quand il n'agiroit p»r aucun autoe principe que celuy de la crainte qui} peut avioir qu entrant en guicirr e :avec la SiMide \ é le Roy n estoit pas j»atisfidot de sa cwduite, il pourroit appuyer, de ce costé-cy, les interes|3 du duc de ,Neubourg^, il aous imp^e extremen^e^ qu'il n'apporte auciva changement à ce que ses ministres wt Csûct touchant la capir toiktion et le projet^ des assistances, sur lequel il ne faut pas douter ptô les Autriobiens ne le pressent ineessaowejnt, afin de luy faire, au moins, 4onner les mains à aster le mot de fcsderatou, ou à l'expliquer m la manière que désire Pegnaranda , .qui ^ura conceu grande espérance id'en venir à bout aprez la ratification qu,e Tçin as^eure, de tous eostez, que l'JSleeteur a. donnée du traité qui avoit esté.cy-devaivl conclu avec h roi de fitetngrie.
Mazariii,.en terminant cette longue dëpéçhe, revient sur les affaires de Suède. Le s' Courtin, envoyë en France par Charles-Gustave, est venu le voir à Calais et lui a anooocë son prochain départ, puisque la Franoe refusait d'entrer dansla ligue avec la Suède. Le Cardinal a répondu en protestant de son amitié pour cette
^ Voy. la letoe de Maaarin à Golbert, taient depuis longtemps le doché de Clèves. m date du f^b jaiUet 16&8. ^ Mot douteux. On peut. lire : pamt des
* Dans le cas où TÉlecteur «DtFCBait en oisUianeei. Mazarin veut parier du projet
gjKSFTe avec la Suède. d'une ligue , dont ks membres^'eagageaient
' On a d^À vu<que râeeteurde Buaa- à se soutenir mutueilenient si rempereur
debouirg et.le.dfic de Neubourg se diipo- violaU la capitulaijon.
52â LETTRES
Juillet i658. puissance, mais en lui montrant que la France ne pouvait déclarer la guerre à là maison d'Autriche, si elle exécutait les conditions des traités. Il a promis, du reste, de payer une subvention à la Suède, comme il l'avait indiqué plus haut, et cette promesse a paru satisfaire Gourtin ^, qui n'a plus parié de quitter la France ^.
GGLXXI.
Aff. étr., France, t. 976, f' 895. — Gopie du temps.
À LA REINE
Calais, a 9 juillet i658.
J'envoye ce gentilhomme pour apprendre des nouvelles de la santé du Roy el de la vostre. Je m asseure qu'elles seront bonnes, puisque desja j*ay sceu que Sa M^ n avoit esté nullement incommodée de la [traite] d'hyer^, qui estoit celle qui estoit plus à craindre. Tespere que tout se passera de bien en mieux, et que Sa M**^ se délivrera d'une foiblesse d'une si grande maladie qui lui reste S lorsqu'elle pourra respirer l'air de Gompiegne. Je partiray dans deux heures*, et vous croirez aysement que je serois inconsolable de cette séparation, à moins qu'il n'y allast du service du Roy. Je ne manqueray pas d'escrire par toutes les occasions asseurées qui se présenteront; mais je crains que n'advançant dans le pays ennemy, comme je seray obligé de faire, elles ne seront pas si fréquentes que je souhaiterois bien.
Le commandant du fort Saint-Nicolas a deffait un grand convoy de vingtrsept bateaux, qui alloient de Saint-Omer à Gravelines. Ils esloient chargez de bled et d'autres denrées, et les soldats qui l'escortoient ont
^ Antoine Gourtin^ envoyé extraordi- Roi se rendait, comme on Ta vu, de Calais
naire du roi de Suède en France. (Voy. à Gompi^e. ci-dessus, p, likS.) * Il faudrait placer tes mots : qui /ta reste
* Au folio 7a du manuscrit de la Bibl. avant d'une si grande maladie. Le copiste
nationale se trouve une addition pour le aura interverti les membres de phrase, maréchal de Gramont. Elle contient de vives * Mazarin devait se rendre à Bergues pour
protestations d*amitië. conférer avec Turenne. (Voy. , plusloin, une
' De la partie du voyage faite hier.. Le lettre du a 5 juillet adressée à la Reine.)
esté tous tuez, ou noyez, ou pris prisonniers. Je m'en resjouis avec Juillet i658. M. de Nogent, qui s'est dedaré protecteur dudict commandant.
Je vous supplie de me vouloir faire Thonneur de dire au Confident ce que vous sçavez que j'ay dans le cœur pour luy, quoyque je sois fort persuadé qu'il n'en doute pas. Je vous supplie aussy de dire à Monsieur qu'il n'aura jamais serviteur plus véritable et plus passionné que moy ; que je luy demande d'aymer la Reyne plus que toutes les choses du monde, et que, cela estant, je ne songeray, nuict et jour, qu'à le servir et à luy plaire, et à lui rendre mes très humbles respects et d'une manière que je ne doute point qu'il ne soit satisfaict de moy an dernier point
Bibi. nat, ms. l fr., Mébaiget de CoWert, t. 59 A, f 87 T^ — Minute ou copie du temps.
AUX PLÉNIPOTENTIAIRES (GRAMONT ET DE LIONNE)
Calais, 99 juillet i658.
J,'ay esté fort satisfaict de voir le papier que vous avez donné au collège électoral; car il contient toutes les raisons qui peuvent faire cognoistre plus demonstrativement à tout le monde les bonnes et sincères intentions du Roy, non seulement pour le repos de TEmpire, mais pour le salut de toute la chrestienté, et il estconceu en des termes si modestes que Ton ne pourra pas dire avec raison qu'il ayt esté faict avec un esprit remply de vanité par les prosperitez qui accompagnent les armes et les desseins de Sa M^, ny porté à reprocher aux ennemis d'une manière aussy forte que Ton auroil eu lieu de faire l'aliénation^ qu'ils ont tesmoignée à la paix, particulièrement dans le voyage que M. de Lionne a faict à Madrid^*
Neantmoins je sçay que nostre modestie a plus irrité Pegnaranda
* Pour Moignement. on l'a vu t. VII, p^ 3i 9 , des Lettres de Ma-
* Ce voyage avait eu lieu eai 656, oomme Mm#
joîitet i«8. que^ si vms eussiez traité la matiepe en tecmes plw forts parce que nous faisons voir, par nostre cfindoite, c[ue sosln véritaU^ hmt eflt d^ faire la paix ei non pas de dire des injures à nos enttemis «t faire des manifestes qm obligent à croire que nosire deeseiii est pkistost de ladre cogndstre lem* mauvaise intention que de mettre le tnaité de paix e& chemin de pouvoir estre c(mdia. Enfin il «rcât estre àsseuné ^ue^ àm sept Electeurs^ quatre ^ opineront en soute ^'»an verra qu'ils ne fMk pas graaid'cas des dedarations advcntagenaes «que le Ray ^ 41 faictes en fieveur du collège eiectorai et tqu»on ne se resondra^s de liryearoyer ledîct papier^ dt en cas qu'on le fasse, il est reaoki 4e faire uais reaposàse forte ^ pour faire toucher au doigt que tout ce qui est ooirtenn 4ans ledict papier ce ne Bont que des artifices du ftardînal MAgnrîn. il prétend faire voir, entre autres choses, que le Pape ne pouvant pas accepter la médiation avec des prînees protestans et les ambassadeurs de Venise, je ne pouvais pas traiter avec eeax des ËlecteiMm; ique nous avons proposez une chose que nmis sçanrions estre impraticable. Il veut aussy faire remarquer qu'aprez que nous aurons nommé le Pape pour premier médiateur, on donne pouvoir au collège électoral de choisir le lieu et rassemblée.
Il prétend tourner en ridicule qse nous fixions un terme dans le^el le roy d'Espagne soit oUigé d'envoyer ses minisÉres à i'Msembiiée, cMume si nous k citions à eomparo»tre en justice dans un ^sertain temps, >i faute de quoy il serdit eonâsmné par contumase.^ enfin il nous veut descrier en ce qu'estant dict dans le ^papier que le Aoy ne veut traiter que conjoioctemeot avec ses :a)liez^ sans les nonuDer^ il semble que nous voidions obliger le roy d'Espagne à tcaiter avec le Turc.
Voilà toutes les Teflexions que j'apprends qne P^fnanmda a faides
' Voy. plus loin, p. 697, note 9, Fin- la puL lianbaMuleiir à'EspifpafirMIXttk
dîjcation de ce» quatre Électeurs. Jbostile à jcette comhioaison.
' On verra plus loin que le roi de France * H y a dans le manuserit A&n mots que
afait déparé qu'il aeoepteraît ia médiation je n*ai pu dëchifitecOmptot iire.:.>0(Nimie
du collège électoral pour la conclusion tto de luy.
DU CARDÏIfAl MAZARIN. 527
SÛT vostre papier, iesqueiles, avec Ba peraiission, me semblent fortént- Juifitt i&58. pertnieiife»; mais en ci» qae Ton juge à propos de faire imprimer ledict papier^ â ïie sera pas mal de «ettre en marge qud^pe chose qui re»ponde auxdictes objections.
Je sçaty eocore qu'après mille emportemens de Pegnaranda «des pnigrez que vous laisîez k Francfort^ et de ceux des armes du Roy «n iFlanéres, il s'^st an peu ladmé à Tesgard des vostres sur oe qu'on luy a mandé sTË^a^^e «qu'il ne se devoit pas mettre en peine de tout ce qu'on wiuloit faire jurer au roy «le flongne^ avant qn'il fust empereur, paroe que, plusies articles de la ^apitulsftion seroient eitravagans, •et moins il seroit «obligé à les eteouter, et que, quelque chose qu'ail eust pu pimnetta^ sur te point de ne pouvoir envoyer aucunes troupes en Flandres ny en Italie, îl falloit tenir pour tout asseuré que, lorsqu'on auroît de l'aargœt pour <faire id^ lentes en Allemagne, «n «en pourroit lîrer avec gvmde £ftGÏifté tout fe noodM^e «de soldats que l'on ^souhaiteroit«
Pegnaranda est 4»nt i présent *dans cette pensée, sans s'arrester plus •à la <aapftulation. il poursuit mcessamment l'élection , et il preiend pouvoir tirer 4e quatre Ëlecteure^ une dedaratien par escrit que, noiv nbstaidie »c»Htemi en la capitulation, le roy de Hongrie pourra eniroyardesttroupes^n Flandres et en Italie au secours du roy d^Ëspagne. Il est fort mal satisfaict dudict roy de Hongrie et de ses ministres, et il *esmoigne de croire qu'ils ne sont pas faschez qu'on leur lie les mains, par ladicte capitulation, à ne pouvoir assister le nvy d^pagne, et que peutr-estre, sur ce points ^il trouvera plus contraires le Toy de Hongrie >et son conseil q«e ie collège électoral. Au surplus, son grand dessein est d'allumer la guerre, à quelque prix que ce soit, en Allemagne, afin que, la France estant contraidte de s'y engager, Je roy d'fi^pa^ne puisse ireipirer^dans les endroits .où jbous i^aAtaquoos puissamment.
Le\!id Pegnaranda ne sçauroit estre plus irrité qu'A Test contre
^ Ed vae de b ooacliuMii «k'ia ligm du ' Ces âecteurs ëtaient-fTenx île Baie, de
Rhin. Trêves , de BraoddMarg 'et ^e Bavière.
juUiet i658. Blom ^ le baron de Bennebourg ^ et les Furstemberg; disant de» deux premiers que ce sont des gens de rien et tous deux luthériens convertis depuis quatre ou cinq ans, qui est la raison pour laquelle ils sont aymez de M. de Mayence,^il n'oublie pas de tourner en ridicule lesdicts Electeurs^; car, entre autres choses, il dict que, s'û avoit de l'argent, il auroit plus de crédit pour faire des levées dans leurs Ëstats qu'eux*mesmes, et que, quand ils seront bien en colère, ils pourront lever ensemble quatre cents chevaux et mille hommes de pied.
Il se loue tousjours fort des électeurs de Saxe^ et de Trêves^ qui vont au-devant de toutes les choses qu'il peut souhaiter d'eux. Il est aussi fort satisfaict de l'electrice de Saxe^ et je sçay qu'il luy a faict un présent assez modeste, car il consiste en des bagatelles^qu'on prétend qui ne valent pas deux cens pisYoies, Il se plaint fort de n'avoir pas un sol ; mais en cela je ne croy pas que vous ayez grand advantage sur luy. Il faict grande ostentation d'avoir empescbé que le collège électoral fist aucun remerciement au Roy à cause de la déclaration que Sa M^ a faicte de vouloir bien admettre sa médiation pour la paix générale, ainsy que l'électeur de Mayence, secondé par Cologne et [par] le Palatin, avoient (sic)'' insinué que Ton devoit faire.
Vous sçaurez que Pegnaranda faict tous les efforts imaginables pour tirer une promesse du roy de Hongrie, par laquelle il s'engage à se-
* Bloin oa Btum avait traite avee Penaranda de la part des Électeurs. Penaranda était, au dire de Gramont, dans un tel excès de rage contre Blum , qu'il avait résolu de le faire jeter par les fenêtres lorsqu'il retournerait chez lui. Son collègue, le marquis de Las-Fucntes, prévoyant que ce parti violent ne rendrait pas les affaires meilleures , para le coup en faisant avertir Blum , sous main, de ne plus l'entrer dans la maison de Penaranda , parce qu'on avait résolu de lui faire une insulte. ( Voy. les Mémoires du maréchal de Gramont.)
^ Ailleurs Bernebourg.
' D s'agit ici des lecteurs de Mayence et de Cologne.
* Jean-George II, âeeteor de Saxe de i656 à 1680.
* Charles -Gaspard de Leyeo, au en .1659, mort en 1676.
* Madehdne Sibylle, fille de Ghristian, margrave de Brandeboniy Bayreuth , mariée h Jean-George II, le 11 novembre i638, morte le 90 mars 1687.
' Il faudrait grammaticalement aoait; mais Majsarin a dans la pensée les trois âeeteurs de Mayence, de Cologne et du palatinat du Rhin.
courir le roy d'Espagne, nonobstant ce qu'il aura juré au contraire; et Juillet i658. quoy qu'il appréhende fort de n'en pas pouvoir venir à bout/neantmoins il n'en désespère point, prétendant de le faire porter à cela par les électeurs de Saxe et de Trêves, et par les ambassadeurs de Brandebourg et de Bavière, ou au moins par quelqu'un d'eux, et tousjours ses grandes espérances sont fondées sur la guerre que, d'une manière ou d'autre, le roy de Suéde fera infailliblement en Allemagne, par le moyen de laquelle on n'aura plus d'esgard ny à la capitulation ny à la paix de Munster; et, toutes choses venant à estre bouleversées, le roy d'Espagne y trouvera son compte, ne pouvant souhaiter rien de plus advantageux pour faire changer de face à Testât de ses affaires.
Je viens d'avoir tout présentement des nouvelles de Flandres qui portent que l'élection de l'Empereur estoit résolue au 18 S malgré l'électeur de Mayence, auquel ils publient qu'un minisire calviniste de l'électeur de Brandebourg avoit dict publiquement qu'il ne comprenoit pas comment il pouvoit adjuster l'interest de la religion catholiqueromaine, qu'il professoit, avec les diligences qu'il faisoit pour différer tousjours de donner un chef à l'Empire.
On me mande aussy qu'on estoit en grande peine de ce que le Turc avoit résolu d'attaquer la Transylvanie; car ses progrez de ce costé-là ne peuvent estre que fort dangereux pour la Hongrie.
Nous avons encore advis que les Portugais ont attaqué Badajoz^ avec seize mille hommes de pied et prez de quatre mille chevaux; ce qui donne beaucoup de peine à Madrid; mais comme l'on doit appreheiider justement que ces gens-là ne sçachent pas mieux les placer que les deffendre, je crains fort qu'ils ne réussissent aussy mal à cette attaque, comme ils firent, l'année passée, à la deffènse d'01ivenza^
' L'élection avait eu lieu, en effet, le ^ Voy., t. VII des Lettres de Mazarin,
18 juillet p. A 88 , la ]etti>e au pr&ident de Bordeaux
* Badajoz, capitale de TEstramadure, sur et Tanalyse, p. 798, de laleitre du 19 juin
la rivière de Guadiana , était un des boule- 1687 h M. de Lucinge, où Mazarin exprime
vards de TEspagne vis-à-vis du Portugal. les inquiétudes que lui cause, pour Tavenir,
C'était une viife très ancienne qui avait formé la mauvaise défense d'Olivença par les Por-
jadis un petit btat musulman. tugais. .
MAiARiR. — ?iii. 67
IHrHIlIKItl KATIOIALI.
Joiiiet i658. Quelque diligence que j'aye pu faire, il m'a esté impossible de faire partir Persod plus tost qu'aujourd'hui. Je suis tousjours bien ayse que ce retardement me donne lieu de vous dire que le Roy vient de partir en très-bonne santé, quoy qu'extrêmement faible; mais c'est un mal duquel les médecins asseurent qu'il sera bientost guery en respirant l'air de Gompiegne. Et comme j'ay veu que ma présence en ces quartiers estoit encore nécessaire pour quelque jours, afin de surmonter les difficultez qui pourroient empescher d'entreprendre encore qudque chose de considérable, veu que le corps d'armée que commande le mareschal de La Ferté a esté jusques à présent sans rien faire, j'eusse creu trahir le service du Roy si je me fusse espargné cette peme pour l'advancer et tascher d'achever la campagne aussy glorieusement qu'on l'a commencée.
CGLXXHL Aff. ëtr., Praoee, L «78, f* &13. — Aatographe signé.
À J.-B. COLBERT
Bergaef, %h juillel i658.
AiM. les ambassadeurs à Francfort se sont engagez, sur ma parole, à promettre, depuis trois mois, des sommes d'argent à diverses personnes pour avancer le service du Roy en plusieurs points très-importants. Je vous fais ce billet pour vous dire que, n'ayant pas esté possible de tirer des finances cent mille escus, que je demandois pour cela, je désire que vous en envoyiez deux cent mille livres en monnoye ^ à vostre frère à Brisach^, lequel prendra le soin de les faire tenir à MM. les ambassadeurs en la manière qu'il adjustera avec eux. Je sçais que vous n'avez pas d'argent et que vous avez grande peine à fournir
^ Mazaria spécifie ici que l'envoi de cette en une traite ou autre videur de banque, somme derra toe fait en espèces, tandis ' On a vu que Charies Golbert était in-
que Ton eàt désiré avoir les 100,000 écus tendant d* Alsace.
aux advances auiqueiles je me suis engagé pour £aire tirer au Roy iuîUet i658. des advantages tres-considerabies dans la despense de cette année pour la fourniture du pain, mais enfin, quand il faudroit engager ma vaisselle et mes tapisseries pour cela, il le faut faire et sans y perdre un moment de temps, car il y a grand péril dans le retardement; et pour moy, si on ne me refaict de nouveau S il est impossible que je voye jour de servir le Roy en donnant tout mon bien et le sang mesme, et que je ne le fasse, quand je me voierois réduit pour cela à demander Taumosne^ ou à perdre la vie; et comme j'ay mandé à M. le Procureur gênerai, quand mes efforts ne serviroient qu'à faire subsister les affaires un qùart-d'heure davantage, je les ferois tout de mesme. Enfin il faut envoyer cette somme, que je feroy suivre, aprez, d'une autre de cent mille livres, et je vous donne charge pour cela de vendre ou engager tout, sans me répliquer aucune chose, estant impossible que vous ne trouviez jusques à cent mille escus donnant des gages et payant rinterest.
Il sera bon dadvertir de bonne heure vostre frère que vous lui envoyez deux cent mille livres et que bientost aprez il en recevra encore cent mille. Je vous prie de n'importuner [pas] M. le Procureur gênerai; car je suis asseuré que, s'il eust eu un moyen de fournir les sommes que je luy ay demandées, il l'auroit faict avec joye, sçachant qu'il ne souhaite rien avec plus de passion que de me seconder puissamment en tout ce que j'entreprends pour le bien et la grandeur de l'Estat.
^ Si Ton ne change eotièrement mon ca- vrës à Mazarin par lui-même, dans ses
raclère. kllres, méritent d*étre accueillis par This-
* Nous avons eu plus d'une fois occasion toire avec un grand scepticisme, en raî^u
de dire que ces certificats d'indigence, déli- de la fortune laissée par le Cardinal.
Juillet i658.
nat., ou. f. fr., Milmget de Colbert, t. 5a A, f* 36; mmute. — Aff. étr. , France, t. a^a; original signe et en partie cbiffi^ë.
À M. SERVIEN
Bei|[ue8, ûh juillet i658.
Je n ay pas eu le temps de faire plus tost response à vostre mémoire du 1 6 de ce mois. Je vous remercie, de tout mon cœur, des advis quil contient, sur lesquels je fois grand fondement. J'ay tasché de pénétrer quel pouvoit estre celuy du discours qua faict le sieur Guenaud^ touchant M. le Prince^; mais je nen ay pu rien descouvrir. Il serait bon neantmoins d'approfondir davantage la chose, et d'en sçavoir, s'il se pouvoit, tout le vray ; à quoy je vous prie de travailler de vostre costé.
On me mande de tous costez que la noblesse est plus aigrie que jamais de la recherche qu'on faict contre les gentilshommes^, à qui
^ Voy. ci-desBOs, p. a3i , note a..
* On trouve dans les Lettres de Guy Patin la trace de bruits répandus sur la conduite de Condë pendant la maladie du Roi. Patin écrivait à Charles Spon, le 96 juillet i658 : tr Je viens d'entendre une chose que je ne puis croire : ils disent que, comme le Roi était fort malade, le prince de Condé envoyoit tous les jours à la Cour savoir des nouvelles de la santé du Roi, et que, par soumission' et en cachette, il traitoit avec le Mazarin , et avoit son accord pour revenii* k la Cour; mais que, depuis que le Roi est guéri, le Mazarin ne veut plus tenir cet accord.» Il est possible que Mazarin fasse allusion à ces bniits. Guenaud avait été appelé
prè& de Condé, lorsque ce prince était malade. (Voy. ci-dessus, p. a3i). Il est possible que le prince se soit adressé i lui pour avoir des nouvdles du Roi et peut-être aussi entrer en négociation.
' Les gentilshommes s'agitaient dans les provinces k l'occasion d'atteintes portées à leurs privilèges ou h ce qu'ils jugeaient td. (Voy. ci-dessus, p. 333, note 9.) H s'agissait probablement d'une vériGcation des titres, comme cdie que Colbert fît plus tard exécuter, qui eut pour résidtat de mettre à la taille un grand nombi-e d usurpateurs de la noblesse, et de faire payer h nouveau, k certains autres, une exemption qu'on leur avait déjà vendue.
Tel est le texte imprimé. Je pense qu*il faudrait lire êTUfmain, au tiea de «oNmâMon.
cela doaûe sujel de s assembler en toutes les provinces, et comme la Juillet i658. Reyne ne tirera pas un fort grand secours de cette poursuite, je ne sçay s'il ne seroit pas mieux de la faire cesser que de hazarder d'irriter tout le corps de la noblesse, dont les bons se plaignent d'estre exposez à la rigueur des partisans, et les malintentionnez se servent de ce prétexte pour esmouvoir les autres et jeter du bois dans un feu qui pourroit causer un grand embrasement ^ s'il arrivoit que les affaires du Roy, qui prospèrent à présent de tous costez, vinssent à changer de face. Je ^ vous prie d'en conférer avec M. le Procureur gênerai, et si vous jugez tous deux qu'il faut apporter quelque tempérament à cette recherche, il le faut faire plus tost que plus tard, parce que, la santé du Roy estant. Dieu mercy, tout-à-fait restablie et ses affaires en bon estât dedans et dehors le royaume, on n'altribuera présentement cette grâce qu'à une pure bonté de Sa M^^ et non pas à aucune faiblesse.
Gela il'empeschera pas qu'on ne pousse ensuite hautement par la justice, comme on a résolu de faire, ceux qui, se servant de ce prétexte, ont faict des liaisons et pris des voyes contraires au service du Roy. On donnera aussy bon ordre pour ce qui regarde diverses personnes qu'on mande de tous costez ne s'estre pas trop bien conduites à l'occasion de l'extrémité de la maladie du Roy, que l'on doit bien nom^ mer la maladie des dupes, puisqu'il semble qu'elle ne soit arrivée que pour faire cognoistre les bonnes et les mauvaises intentions de tout le monde.
Il est aisé d'apporter du remède à de semblables maux; mais ce qui me donne beaucoup de peine et de desplaisir, c'est de voir que nous sommes sur le point de perdre le roy de Suéde, qui a donné ordre au sieur Courtin^ de se retirer, cognoissant bien, dit-il, qu'il ne doit plus rien attendre de la France et que nous nous soucions peu de l'in-^
^ Les Lettres de Guy Patm parient aussi quelque chose sur leur prétendue noblesse«.
des projets de révolte fomentés par les mé- * Antoine Coui-lin, de Riom. Mazarin a
ccmtents; on y voit que la Normandie, rOr- indiqué par qndle influence il avait été
iéanais, le Poitou se remuaient. Les nobles introduit i la cour de Suède. (Voy. t. III,
se plaignaient qu*on voulait rr regratter f, i^i^ des Lettres de Mazarin.),
Juillet i658. terest de nos amys, pourveu que nous fassions nos affaires particulières. Peut-estre que ce ne sont que des tentatives pour voir si, en nous fai* sant appréhender quil ne prenne d'autres mesures, il pourra nous obligera la guerre quil veut faire en Allemagne, ou, au moins, à luy donner quelque assistance considérable, comme il seroit juste et que la prudence le conseille, sy, par quelque moyen que ce fust, on pou voit trouver de largent pour cela; mais comme les Austrichiens sont des gens qui sçavent bien tirer advantage de tout, et qu'ils ne font pas scrupule de sacrifier leurs amys et ceux de qui ils ont entrepris la deffense pour se raccommoder avec leurs ennemis considérables, il se pourroit bien faire que le roy de Hongrie ^ se servant de la jalousie que peut avoir celuy de Suéde de Testroicte union qu il a faicte avec la Poloigne, et lui offrant en mesme temps des conditions aussy advantageuses qu il pouvoit souhaiter dans la Poloigne et mesme ailleurs, pour le desunir d'avec nous, cela fust capable de lesbranler; de m'esme que les Espagnols taschent de faire de ce costé*cy à l'esgard des An^oys, faisant toutes les recherches imaginables à M. le Protecteur et luy von* lant donner la carte blanche pour un accommodement, en mesme temps qu'ils font voir que leur union avec le roy d'Angleterre ^ pourroit un jour luy estre fatale ', sy par prudence il n'en prevenoit dez à présent les effects. Je tascheray qu'ils ne réussissent [pas] dans ce dernier dessein; mais pour l'autre, comme l'unique moyen seroit de pouvoir assister le roy de Suéde de quelque somme considérable d'argent, et que, par ce que me mande M. le Procureur gênerai , je ne voy pas que nous
^ soyons en estât de le faire, je crains bien que nous ne puissions parer
un coup si dangereux. Je vous prie neantmoins d'en conférer avec ledict sieur Procureur gênerai, luy communiquant celte lettre, parce que je ne luy puis escrire sur la mesme matière, n'ayant point de chiffre avec luy ; car, s'il y avoit le moindre jour à trouver de quoy retenir le roy de Suéde, je sçay qu'il ayme trop l'Estat et a trop grande envie de se-
^ Léopold I*', roi de Hongrie, qui venait * Le roi titulaire d'Angleterre, Charies II,
d'être nomme empereur d'Allemagne. (|Voy. était alors en Hollande. |0 tome VU, p. 175 et i86.) ' Être iatale à Cromweli.
conder les soins que je prends pour ladvantage du service du Roy pour Jofliet i658. ne pas Caire en cela les derniers efforts.
^ On me mande de Londres qu'il estoit arrivé la nouvelle à l'ambassadeur de Portugal que l'on avoit desfaict l'armée d'Espagne, qui venoit pour secourir Badajoz, et que les ennemis y avoient perdu sept mille hommes. Il en faut attendre la confirmation ; mais j'en crois quelque chose; car je sçay, d'ailleurs, que le siège estoit formé; que les Portugais estoient forts de plus de huit mille combattants^, et que les Espagnols se preparoient pour aller secourir la place '.
GCLXXV.
Bibl. nai., ms. f. fr., Mébmgeê de GMert, t. 5i A, f* 38. — Minute ou copie da temps.
AU PRÉSIDENT DE BORDEAUX
Bergoes, iA juiHet ]658.
(bxtiait.)
Tay reçue vostre depesche du i5 de ce mois, et le s' Sanguin est arrivé qui m'a rendu une lettre fort civile de M. le Protecteur, par laquelle Son Altesse me confirme que tout ce qu Elle a promis sera exécuté ponctuellement; mais il ne m'en a rapporté aucune des vos-très, de sorte que je ne voy pas précisément, comme vous me marquez que je le sçaurois par le retour du s' Sanguin, quelle est sa dernière re-
' A partir de On me mande jusqu à la fiu tiques, les eflectifs français ou alKés de la
du paragraphe, la lettre est autographe. France sont volontiers renforces parlai pour
Une co}ne de cette addition se trouve au folio les besoins de la cause.
ko v"" du manuscrit de la BibL nat.. Sa A, ' D'après les Mim. de MofOglat (p. 335,
des Mélangée de Colbert. ëdit. Michaud et Poujoulat) , don Louis de
^ Dans sa lettre du aa juillet aux plëni- Haro, qui commandait Tannée espagnole,
potentiaires (Gramont et Lionne), Mazarin força les Portugais de lever le siège de Ba-
disait que TeiTectif de Tannée portugaise dâjoi, D lenta alors de s'emparer d'Elvas,
était de 1 6,000 fiuotassins et &,ooo chevaux; ville portugaise de la province d'Alentejo;
mais nous avons eu déjà Toccasion de re- mais il fat, à son tour, battu et forcé de
marquer cpe, dans ses dépêches dipkma- lever le siège.
Jiiiïiet i658. solution ' touchant Imfanterie dont je luy avois faicl instance ^ Il faut la réitérer pressamment, luy représentant combien nous avons besoin de cette iiifaîiterie, parce qu autrement les places que nous avons prises icy autour serviront bien pour asseurér la conqaeste de Dunkerque; mais, à nostre esgard, elles ne feroient que nous consommer beaucoup d'hommes et d'argent, sans que nous en tirassions aucun advantage, si nous n'attaquons quelque place à recouvrer^ par la prise de laqudle il paroisse que nous avons faict cette campagne quelque chose de solide.
Je vous envoyé la Gazette de Bruxelles du 6 de ce mois, où vous verrez de quelle manière on parle des Anglois et comme on me traite en mon particulier. Je ne m'y arresterois pas, si c'esloit simplement un discours qui ne vinst que d'un zèle indiscret du gazetier; mais je sçay que M. le marquis de Garacene et M. le Prince mesme prennent soin de travailler à cette gazette*, qu'ils nous descrient ainsy d'un costé, de l'autre flattent fort M. l'ambassadeur Lockhart, à dessein de jeter de la meffiance et ensuite de la division entre nous. A quoy ils ne réussiront pas, puisque ledict s' Lockhart me communique tout ce que l'on luy faict dire et que j'en use aussy de mesme, luy ayant mesme monstre . une lettre que j'ay receue en dernier lieu du marquis de Garacene. Cependant c'est une grande insolence à ces gens-là de parler comme ils font. Il sera bon que vous fassiez voir ladicte gazette à M. le Protecteur, ou directement, ou par le moyen du secrétaire d'Estat, etaprez je vous prie de me la renvoyer, parce que je n'ay [pas] pu en avoir d'autre exemplaire.
On est mal informé à Londres si l'on croit que nous donnions de l'argent au roy de Suéde pour continuer à faire la guerre dans la Prusse
' La dernière résolution du Protecteur. au proGt de la France, puisque TAngleterre
^ Voy. , à ce sujet , la lettre précédemment avait déjà sa part.
adressée à M. de Bordeaux, eh date du * Le manuscrit est surchargé de mots peu
1 3 juillet i658. lisibles écrits en interligne; c*est un déve-
^ Mot douteni. Mazarin entend par là« loppement de Tidée que Caracène et Gondé
sans doute, quelque place qui. soit conquise ibumissent des libelles h cette gazette.
et la Pologne; car, au contraire, nous n'oublions aucune diligence J«iiiei i65«. pour faire faire la paix de Pologne, comme M. le Protecteur le juge nécessaire, avec raison; mais, jusques à cette heure, elles ^ ont esté inutiles, quoyque ledict roy nous ayt tousjours f^ict a^seurer quil y apporterait toute sorte de facilitez et nous ayt mesme déclaré que, moyennant quelque assistance en argent, il restitueroit la Prusse^, dont il ne faut pas s'estonner, parce que l'on voit assez souvent que les prosperitez font changer de sentiment; et vous pouvez dire ou faire parvenir confidemment à M. le Protecteur que toutes les inclinations du roy de Suéde vont à la guerre, quelque chose qu'on lui puisse offrir pour faire la paix, et lorsque ses amis font difficulté de s'engager à ce qu'il propose, ou à lui donner les assistances qu'il demande, ou pour ïït le pouvoir pas, ou parce qu'ils ne le croyent pas juste, il en tesmoigne du chagrin et de la mauvaise satisfaction et se laisse entendre qu'il sera obligé de prendre un autre party, c'est-à-dire de s'accommoder avec la maison d'Austriche; et son ministre qui est auprez du Roy, et ceux qui sont à Francfort ont parlé dans les mesmes termes à ceux du Roy, que vous me mandez qu'a faict celuy qui est à Londres; mais il y a grand sujet de croire que, quand ce viendroit à l'exécution, il ne prendroit jamais le party de quitter ses anciens et véritables amys, qui l'ont assisté puissamment en ses plus pressans besoings , pour en faire de nouveaux qui le tromperoient et le perdroient à la fin, quelque chose que, pour l'embarquer avec eux, ils luy eussent pu pro-^ mettre au contraire.
Je vous réplique de nouveau^ que vous ne devez rien oublier pour presser le passage à Boulogne des levées pour le Roy et pour obliger M. le Protecteur à nous donner promptement quelque corps d'infanterie.
^ Nos diligences. parlait des levées de troupes qui se faisaient
* Il s*agit de la province de Prusse royde en Angleterre pour la France et insistait
enlevée à la Pologne. pour qu'on en hâtât i envoi, comme il le
' Dans un passage supprimé, Mazsrin fera plusieurs fois encore dans ses lettres.
MAZIBIH. — Tlll. 68
Juillet i658.
GCLXXVI.
Bibi. nat, ms. f. fr., Milanges de Cothert, t. Ss A', f* 89 v"; minute ou copie du temps. — Aff. étr., Franoe, t. 976, f" 6i5; copie du t^ps. — La comparaison des deax copie» prouva oombien celle des Affairte étrangère» est défectueuse. Malheureusement, nous n'avons quelquefois à notre disposition que ces manuscrits £ftuti&.
À LA REINE
Ber^os, sa ja^Iet 16Ô8.
(SZTRAIT.)
J'ay eu grande joye d'apprendre par un gentilhomme que M. d'Elbeuf a depesché icy, que le Roy continuait son voyage sans aucune incommodité, en un tdl point que Sa M^ ne faisoit pas estât de séjourner à Montreuil. Je vous supplie de luy dire que, s'il a tant de bonheur et de santé que je lui souhaite, Sa M^ en peut estre contente; ce qui redouble ma joye est la reflexion que je fais à celle que vous recevrez, aprez avoir esté en si grande et juste inquiétude.
M. de Turenne arriva icy hyer au soir, et nous faisons estât d'aller demain à [Casse! ^] pour conférer avec M. de La Ferté , à qui j ay mandé de s y trouver à midy et de laisser larmée qu'il commande à Merville^ On prendra les dernières résolutions, et on ne perdra pas un moment de temps à les exécuter. Marsin s'est posté ^ sur la Lys au mesme temps que M. de La Ferté y est arrivé, et malaysement ne pourra attaquer une place sans y trouver beaucoup de monde pour la deffendre. Il y en a seulement une oiSi il n'y a pas grand nombre de soldats et où le secours ne seroit pas à craindre; mais sans contredit [c'est^] la plus forte de tout les Pays-Bas*.
On examinera toutes choses, et je vous responds bien pour moy que je n'oubliray rien pour faire [résoudre ^] ce qui seroit plus advantageax
^ La copie des Aff. ëtr. porte Castel * Le manuscrit des Aff. ëtr. donne et,
' On peut lire MerveiUe dans la copie qui n'a ici aucun sens, des Aff. ëtr. Merviile est une petite ville du ' On voit, dans la lettre suivante, qae
département du Nord, sur la Lys, arr. Mazarin veut pailer de Gravelines. d*Hazebrouck. * Aff. ëlr., reserver; le manuscrit de la
' On peut lire posté ou porté, Bibl. naU porte bien résoudre.
au service du Roy et pourra mieux contribuer à relever la gloire de iuîiîet i658. ses armes. Il est vray [que^], ayant laissé respirer les ennemis plus de trois semaines durant, parce que la dangereuse maladie du Roy ne permettoit pas d'en user aultrement, ils se sont rasseurez et ont donné assez bon ordre à leurs affaires, ayant remonté deux mille cavaliers et levé cinq à six mille soldats; mais, avec cela, ils auront peine à parer le coup qu'on leur portera. Il faut qu'ils ayent receu la nouvelle de Felection de l'empereur; xrar ils ont faict des resjouissances par toute la Flandre, et je sçavois desja qu'il avoit esté^ pris jour au dix-huit' pour la faire. Us [amusent^] les peuples, leur faisant espérer que cela provient des grands et prompts secours qui feront changer la face de leurs affaires en ce pays. Nous tascherons de nous en garantir le mieux qu'il sera possible.
Lambert vient d'arriver dans le moment que j'allois cacheter cette lettre et vous depescher an gentilhomiKie pour apprendre les nouvelles de la santé du Roy et de la vostre. Je suis dans la confusion de la bonté que vous avez voulu avoir pour moy en me les envoyant et me faisant l'honneur de m'escrire si obligeamment comme il vous a plu de faire, et je vous en rends tres-humbles grâces, et je vous supplie de dire au Cof^ent que, sans contredict, hors vous, personne ne s'intéresse plus que moy en sa santé et en tout ce qui luy peut donner plus de gloire, d'advantages et de satisfaction. L'on m'escrit de [Londres'^] que les Portugais ont gaigné un combat à Badajoz *, et il y a grande apparence , par les circonstances qu'on en mande, que M. de Brienne en aura receu la nouvelle asseurement^
Je ne diray autre chose que *** de tout mon cœur.
V Que est omis dans le manuscrit des Aff. Amusent est très lisiblement écrit dans le
ëtr. manuscrit de la Bibl. nat.
* Les mots qu*il atoù esté sont omis dans * tondes dans la copie des Aff. ëtranla copie des Aff. ëtr. gères.
' Le m de Hongrie fat, en effet, pro- * Voy. cMesstw, p. 635, note 3.
clamé empereur d'Allemagne le 1 8 juillet ' La phrase n'a pas de sens dans le me.
1 868 , et prit le litre de Léopold I". des Aff. étrangères. Ea voici le texte : «rEt il
* Amassen{ dans la copie des Aff. étr. y a grande apparence que les circonstances
54a LETTRES
Juilkl t658.
. CCLXXVIL
Bibl. nat, ms. f. fr., Mtianges de Colberi, t Sa A, f* 9S; eopiedu temps. — Aff. ëtr., France, t 376, f' iai ; copie do tempe.
l LA REINE*
Bergaes, 97 jaîHet i658.
(ectbait.)
J'espere que ce gentilhomme me rapportera des nouvelles de la santé du Roy telles que je puis souhaiter, et que lair de Gompiegne luy aura rendu les forces et [laura] mis en estât de pouvoir bientost continuer son voyage sans aucune incommodité. C'est un grand sacrifice que je fais au bien des affaires d'estre esloigné de vous et du CanfidefUy lorsque j ay le plus de passion de sçavoir à tous momens lestât d^^. leur santé ^ mais il faut souffrir quelque chose pour &ire son devoir et mériter de plus en plus l'honneur de leur bienveillance.
Je revins hyer au soir de Gassel, aprez avoir conféré trois heures avec M. le mareschal de La Ferté. MM. de Turenne et Le Tdlier y estoient. L'on examina ce qu'il estoit le plus advantageux d'entreprendre pour le service du Roy avec espérance de bon succez, et sans la nouvelle qu'un corps de cavalerie estoit arrivé au faubourg d'Hesdin, on auroit résolu d'attaquer cette place; et l'on a jugé à propos de faire le siège de Gravelines, quoyque, sans contredict, ce soit la place de Flandres la plus forte, ayant trois fossez où la mer entre tous les jours. Gela donne de la peine; mais il n'y avoit autre chose à faire sans se résoudre à abandonner tous les postes que nous avions pris en ces quartiers et courre risque de mescontenter les Anglois et les obliger à escouter^ les propositions que les Espagnols leur font incessamment.
qa'on en mande, que M. de Briemie en aura et que plus haut, au lieu de ooiis, on li-
reçue la nouvelle a{^rendront. » sait la Reine.
^ Pour expliquer les mots : leur emté, ' La copie des Aff. étrangères porte exe-
il laut supposer que la lettre était ebiffirée aOer.
Je lie sçay s'il réussira aux ennemis de jeter du inonde durant ces deux JuiUet i658. jours; mais cela n'arrivant pas, on exécutera asseurement ce dessein. Le mien seroit de me rendre promptement auprez de vous; mais M. de La Ferté m'a déclaré qu'il n'entreprendroit le siège en aucune façon ^ si je ne demeurois en ces quartiers pour l'assister, au moins jusques k tant qu'il auroit pris la contrescarpe. Je vous supplie d'informer le Gn^idetU de tout et de me croire à vous sans aucune reserve. Je prends la hardiesse d'asseurer Monsieur de mes tres-humbles respects #**.
CCLXXVni.
BiU. nat , ms. f. fr., Mékngei de Colbert, t. So A, f*" 97 v*"; copie du temps. — Aff. ëtr., France, U 978, T &9&; copie do temps,
À LA REINE
Bergues , 99 juillet j 656.
(iXTBAIT.)
Voilà la quatrième lettre que je me donne l'honneur de vous escrire, et je ne sçay pas si vous avez receu les autres; car outre que le passiage de la mer est incertain, il y a grand hazard depuis Calais à Abbeville; et lorsque vous me voudrez faire la faveur de me mander quelque chose, la voye la plus seure est celle de l'ordinaire, adressant le pacquet au comte de Gharost^
M. de Turenne est de retour à son poste, et Gravelines est investy de tous costez par mer et par terre. On prendra ce soir les forts Philippe etdel'Ëscluse, et l'armée, que M. de La Ferté commande, aura pris ses quartiers demain de bonne heure; mais, avec tout cela, on n'a pa^ résolu absolument d'en faire le siège par force; car l'on a fort peu d'infanterie, M. de La Ferté ayant perdu plus de mille hommes depuis Kiblemont^ («ic), et mon régiment italien plus de deux cens cinquante, de quoy j'ay receu un sensible desplaisir.
^ On a TU que le comte de Charost ëtait ' Voy. le tome V, p. 666, des Lettres
gouverneur de Calais. de Mazarin,
Juillet i658. II nest rien entré dans la place, et la garnison n^est pas composée [de plus] de huit à neuf cens soldats. L'on verra ce que M. de Turenne pourra destacher d'infanterie de son armée, demeurant, comme il faut de toute nécessité, en estât de pouvoir combattre les ennemis toutes fois et quantes ils luy en donneront Toccasion, quand mesme ils auroient rassemblé leurs forces, comme ils feront à présent. L'on verra aussy quelle assistance nous pourront donner les Anglois et ce q» amènera M. de la Salle \ et, aprez, on se déterminera n'estant pas juste de le faire qu'aprez avoir bien examiné Testât où nous sommes; car il vaut mieux tousjours de [ne] rien prendre que de nous engager à un siège sans apparence d'en pouvoir venir à bout, et je m'asseure que le Ccmfdent et vous estes bien persuadez que je n'oublieray rien de ce qui sera dans la possibilité pour son service en la gloire de ses armes.
Gomme les ennemis ne peuvent pas songer au secours de Gravelines et qu'ils peuvent à présent joindre toutes leurs forces en deux fois vingtquatre heures, mesme le corps de Marsin, ils fourniront asseurement une armée plus forte de deux à trois mille hommes qu'ils n'avoient le jour du combat^, et autant qu'il leur sera possible, pour peu de disposition qu'ils voyent dans leurs troupes, [ils] songeront à prendre quelque advantage sur M. de Turenne; car, par ce moyen, Gravelines seroit délivrée, et, pour cette raison, on ne peut l'affmblir' d'infanterie au point qu'il ne luy en reste, pour le moins, autant que les ennemis en ont; car, pour la cavalerie, ayant bien prez de neuf mille chevaux et en tres«-bon estât et pouvant encore estre fortiffiée de M. de La Ferté, qui s'en peut passer au siège, il en aura beaucoup plus que les ennemis, et la seule différence qu'il y a est que la nostre est victorieuse , et la leur abattue.
Nous ne comptons plus sur le régiment royal et celuy de Montausier; car, par les nouvelles que je viens de recevoir de Poictou, on en aura affaire, dans ce pays-là, pour cbastier des gentilshommes qui se sont
* Louis Caillebot de la Salle, lieutenant ' Combat des Dunes. (Voy. d-dessns,
général. (Voy. t. IV, p. &36, note a, des p. &9&.) Lettres de Mazarin,) ' Affaiblir Tarmée db Turenne.
DU CARDINiL MAZARIN. 543
esloignez de ieur devoir; et ainsy noud manquons encore de ces deux Juillet i658. corps, qui estotent destines pour ie siège de Gravelines. J ay dict à M. Le Teiiier d'escrire à M. le Chancelier et à M. de Villeroy ses sentie mens sur ce qui se passe en Poictou ; car il faut esteindre le feu à quelque prix que ce soit, d'abord^; et si on ni croit pas suffisantes pour cela les troupes qui sont dans la Soulogne (mc) , sous le commandement de M. de Glerembault, je feray partir, en diligence, le nombre de ca«- Valérie que Ton voudra, au moindre mot quon m en fasse [dire], sans que cela nous empesche de faire icy les mesmes choses; car, compris ce qui est du costé de Rocroy, à Saint-Quentin et à Rue, nous avons plus de quatorze mille chevaia ; mais je croyrois important que le Roy partist incontinent de Compiegne; que SaM^ demeurast trois ou quatre jours à Paris et qu Elle s'en allast de là à Fontainebleau, faisant courre le bruit que son intention est de s'en aller en personne pour faire irremissiblement chastier les mal intentionnez et les séditieux, et j ose respondre que cela fera un tres-bon effect Ce pendant je me depes* cherois autant qu il me seroit possible pour aller rejoindre la Cour au plus tost à Fontainebleau.
Il seroit bon, si vous et le Confident le jugiez ainsy à propos, de faire examiner devant vous, à Paris, par M. le Chancelier, MM. les Surintendans et' les deux mareschaux qui sont auprez de vous \ ce qu'il y aura à faire, afin qu'on donne, sans perdre un moment de temps, les ordres pour l'exécution de ce qui aura esté résolu, et vous pourrez, vous eu particulier, s'il faut, esloigner quelqu'un de Paris à cause des cabales qu'ib on^ faictes durant la maladie du Roy, et si^ on fera venir quelqu'un des provinces pour se tenir auprez de Sa M^. Sur quoy, M. Le Tellier èscrit à M. de Villeroy.
Je suis au lict avec un peu de goutte; mais j'ee^re que j'en seray bientost quitte, et pourveu que le Confident et vous soyez en parfaicte santé, il est impossible que je sois malade, et je vous diray, en passant,
' Cet adverbe, qui devrait être place * Probablementles maréchaux de Villeroy
après ie verbe éteindre y est rgetë à la 6n de et du Plessis^Praslio. la phrase dans les deux manuscrits. ' Vieille location pour et cependant.
Juillet i658. qu il se peut faire qu il ny ayt lieu d'entreprendre rien de considérable icy, mais asseurement, si je n y estois,il seroit impossible quon eust rien résolu, et vous et le Confàent en sçaarez les raisons, lorsque j auray l'honneur de vous voir.
Je souffre extrêmement, ne pouvant à tout moment avoir de vos nouvelles et celles de la santé du Roy. Pespere pourtant qu il sera ar* rivé à Gompiegue, bien fortifié et en beaucoup meilleur estât qu'il n'estoit au sortir de Calais, et que, dans huit jours, il ne paroistra pas qu'il ayt esté malade. Je vous supplie de dire au ùn^ideni que je ne songe qu'à luy et à la personne qu'il ayme le plus, et que je les prie tous deux de se souvenir quelquefois des absens, qui sont tousjours presens avec leurs esprits où ils doivent eslre, et je vous conjure de vouloir asseurer de mes tres-humbles respects Monsieur.
Gomme il est desja publique ^ la grâce que le Roy a faicte à MM. de Mondejeux et de Fabert^, ainsy qu'à M. de Gastelnan, je vous supplie de leur dire que je leur envoieray les expéditions, afin que cette affaire soit une fois entièrement achevée.
Bibl. Qal., ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5^ A, f* io3; eopie du temps. — Aff. étn, France i I. 276, f° 434; copie du temps.
À LA REINE
Bef^es, dernier jaillet i658.
(lITRAIT.)
11 n'y a pas moyen de vous cacher davantage que je suis furieuse* ment attaqué de la goutte, et lorsque le valet de pied est arrivé, j'estois en de^ grandes douleurs, desquelles j'ay esté fort soulagé, apprenant
' Tel est bien le texte des mss.; la phrase il n'avait reça le bâton de maréchal que sur
est irr^lière, mais elle se comprend. son lit de mort, à. quelques jours de dis-
^ Ces deux généraux, gouverneurs d*Ar- tance des précédents, ras et de Sedan, venaient d'être nommés ' Des grandes dtmlfMn du» la copie des
maréchaux de France r quant à Caslelnau, Aff. étr.
DU CARDINilL MAZARIN. 545
qu'il ne paroist pas que le Roy a esté malade et recevant une lettre Juillet i658.
commencée par le Confident et finie par vous, la plus obligeante qu'on
ay t jamais escrite. Je vous advoue que je n ay pas encore veu une es-
crîture plus semblable que celle du Confident et la vostre, et j'ay eu de
la peine d'en faire la distinction; mais ce qui me plaist beaucoup plus,
c'est de voir que vos sentimens sont conformes à mon esgard, et j'en
suis ravy de joye.
L'estat où je suis ne me permet pas de faire une longue lettre; mais, en peu de mots, vous et le Confident devez estre asseurez que vous n'avez volonté plus soumise que la mienne, et que je cognois fort bien que, si je vivois mille ans, vous servant avec la dernière fidélité et passion, je ne pourrois pas satisfaire à la moindre partie de mes obligations. Lorsque je seray en estât d'estre transporté à Calais, je m'y en iray. Ce pendant on travaille à faire porter toutes choses au camp de Gravelines, quoyque je ne sçache pas encore la dernière resolution de M. de La Ferté; mais, d'une manière^ ou d'autre, il faut tascher que cette importante place tombe dans l'obéissance du Roy, et je supplie Sa M*^ de croire que je ne suis pas inutile en ces quartiers. Je croy que vous aurez pris la resolution de vous en aller à Paris et delà à Fontainebleau, comme je me suis desja donné l'honneur de vous escrire^. Car le Confident y sera beaucoup mieux.
Pour les affaires de deçà, je me remets à ce que M. Le Tellier mandera à M. de Villeroy. Je ne viens que de recevoir présentement vostre lettre d'Abbeville. Vous avez trop de bonté pour Marianne ^, et je commence d'en avoir de la jalousie. Vous me permettrez que, dans la fin de ce billet, j'assure Monsieur de mes tres-humbles respects, et que je vous dise encore que je n'ay autre joye au monde que celle que je reçois du Confident et de la Confidente ****.
* Façon dans le manuscrit des Aff. étr. avril 1662, Godefroy-Maurice de la Tour, ' Voy. ci-dessus , p. 5 A 3. duc de Bouillon , et mourut le a 0 juin 1 7 1 A .
* Marie-Anne Mancini était la plus jeune (Voy. le Journal de Dangeau, t. XV, p. 169, des nièces de Mazarin. Elle épousa, le âo et la note de Saint-Simon sur ce passage.)
HAZAniir. — VII!. 69
IHriiaïUK MATIOlCALIt.
Août t658.
Bibl. fiât, mê. f. fr., Mélmfes de Colbert, t. Sft A, f 4^ ?*. <^ Copie ioi temps.
Bergues, 1*' wât i656.
(nniAiT.)
Vous trouverez cy-joinct un biUet du si" de la Haye, de Saint- Venant, et j ay <îonfinxmtion que Ton assemble beaucoup de inonde à Aire. Je ne sçay pas si ce seroit avec dessein de tenter le secours de Gravelines du costé de la France, joignant aux troupes qui sont desja à Aire le corps de Marsin , oeiuy du prince de Ligne et ce qu'il y a dans Hesdin , ou si ce ne seroit point pour faire une entrée en France par Hesdin, du costé d'Abbevflle^; nous en serons bientost éclaircis mais ce qui me donne de la peine, c'est de voir que l'on ne se haste pas trop de faire ce qui est nécessaire potar advancer le siège, puisqu'on na pas encore commencé à eslever de la terre dans les endroits où, au moins, les petits secours pourroient passer avec facilité ^. Je ne cours pas grande risque ^ des coups de mousquet; mais je vous asseure qoe, hors cela, j'ay- d'ordinaire autant de fatigue que ceux qui sont au siège. Il faut tascher de sortir de celuy-cy le mieux qu'on pourra.
Je croy que nous avons mal faiot de ne nous emparer pas de Lifik; car j'appréhende fort que les ennemis, par le moyen de ce fort-^là, ne nous embarrassent. Hyer il y avoit prez de six cens hommes, et ce ne peut estre que pour s'en servir à faire des destachemens pour taiter de
^ L*annëe ennemie s'assembla vers Bru- * Turenne, dans ses Mëmoires, dit que
ges et, 8*approchant de ia Lys, y joignit le (rTon ne fit presque point de circonvailation
corps de Marsin, jusque-là employé à sur- à GrareKoes, k cause que Tarmëo du Roi
veiller le Luxembourg. Elle passa ensuite couvrait le siège n. La tranchée avait été ou-
par Ypres, ou étaient les troupes du prince verte près de quinze jours avant que les en-
de Ligne et s avança vers Poperingue. Tous nemis changeassent de posture, les généraux y étaient présents. ' Rùque était alors féminin.
DU CARDINAL MAZARIN. 5â7
peftits secours. M. de La Ferlé tesmoigDt eontinuellesient de craindre Août i658. que les ennemis ne jettent du monde dans la place à la faveur de ce poste. J'ay envoyé, cette nuict, Casaiu avec cent cinquante chevaux en un endroit qui est tout proche; mais je vous prie d'examiner si on pourroit le faire attaquer par M. de Schomherg, prenant sept ou huit cens Angloia» que M. l'ambassadeur nous donnera» et disstacbant quelques troupes de vostre armée et de celle de M. le mareschal de La Ferlé, et y employant les mortiers qui sont tous prests. Car, apréz l'action, les troupes pourroient à l'instant retourner aux lieux d'où on les auroit tirées.
La personne, que vous sçavez qui nous donne de bons advis, me confirme qu'on recogaoit la conservation de Nieuport de la maladie du Roy S et qu'il ne falloit qu'y aller aprez la prise de Dixmude pour s'en rendre maistre. Il me mande aussy que, si l'on fust allé à Armentieres, il se seroit rendu à l'instant, et les ennemis craignoient fort qu'on n'attaquast Saint-Omer, et qu'ils ne voyoienl pas jour de le pouvoir sauver, ny aucune autre place que nous eussions assiégée; que, pour Gra vélines, ils croyoient qu'on l'attaqueroit plustost par famine que par force.
Je sçay, d'ailleurs, qu'ils ont eu grande appréhension que, nous prévalant de la maturité des bleds, nous n'unissions toutes nos forces pour entrer bien avant dans le pays, afin d'obliger les peuples, ou au moins les grandes villes, dans la consternation où ils sont, de prendre la resoluiiou de secouer le joug [des Espagnols]. Vous sçavea que je vous ay faict cette proposition; mais avec cela^ comme le suecez en seroit incertain, je croy beaucoup plus solide ce que nous avons résolu de faire.
Je vous prie de vouloir prendre seing, pendant que vous serez au poste où vous estes, de faire bien travailler à Dixmude et à Furnes, car vostre présence et l'armée peuvent beaucoup contribuer à cela.
Je croy que vous pouvez faire estai d'un bon renfort d'Angleterre dans peu de jours , et je finiray celte lettre en vous disant que le Roy
\ Le sens' est : que les Espagnols ne dokent la conservation de Nieuport qu'à la maladie du Boi.
Août i658. jouit d'une parfaicle santé, quil ne semble pas qu'il ayt esté malade. Sa M^ elle-mesme m'a faict l'honneur de me l'escrire en ces termes, et la Reyne me le confirme avec la joye que vous pouvez vous imaginer. Elle me mande que la flatterie va au point que presque tout le monde prend la perruque^; et je ne m'en estonne pas, car je me souviens d'avoir leu que, Tibère estant chauve, chacun se faisoit raser pour luy plaire.
J'oubliois de vous dire que les ennemis n'ont pas plus de six mille hommes à Nieuport, Ostende et Bruges; car, dans ces deux dernières [places], il n'y a que quatre regimens de cavalerie.
Le fort de l'Escluse et celuy appelé Philippe ont esté pris, et le gouverneur de Gravelines a envoyé le marquis de Goaslin ^ à Nieuport le premier jour qu'il y parust des troupes autour de la place.
OCLXXXI.
Bibi. nat., ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t 5a A, f* 5i v'. — Minute ou copie da temps.